samedi 11 avril 2026

Comment vont les femmes ? (Sarah Adjou + Abou Lagraa)

Comment vont les femmes ? Pour une tentative de réponse, direction les Plateaux Sauvages, sur les hauteurs de Ménilmontant (Paris 20°), où sa directriceLaëtitia Guédon, s'est associée à la directrice du Théâtre de Suresnes (92), Carolyn Occelli, pour cette 7° édition de L'Équipée - Création au féminin. Avec une thématique : « le désir ». Et un petit speech des deux avant le spectacle, dans la salle. Pour une soirée en deux parties. 

Sarah Adjou, Photo Laurent Philippe

Voici Sarah Adjou, dans un solo accompagné au piano à queue noir à la gauche du plateau par Grégoire Letouvet. Le costume, très beau, d'un rouge flamboyant, recouvre l'ensemble du buste et la tête, et suggère la corolle d'une fleur, une rose ou une tulipe, refermée. La femme est une rose, cette femme est une rose. Les pieds et les jambes sont nus, dans un travail du bas du corps très graphique, élégant, qui peut rappeler la star que fut Zizi Jeanmaire (1924 - 2020), danseuse de ballet, chanteuse, meneuse de revue et comédienne, muse du chorégraphe Roland Petit. La fleur va éclore, abandonnant sa peau. La suite propose un portrait tourmenté, de nature psychologique, comme l'aime le ballet classique, pour une fin plus apaisée. 

Abou Lagraa, Photo Laurent Philippe

Quelle est donc cette créature qui évolue sur le plateau, dans une relative pénombre, cette forme recouverte d'un tissu noir qui cache la totalité du corps, et ne laisse apparaître que les mains et les avant-bras. C'est une femme, se dit-on. On songe d'abord à un tchador, où l'on peut voir le visage (même si ici il n'est pas visible), le niqab permettant d'apercevoir les yeux uniquement, la burqa cachant tout. Donc, ici, c'est l'esprit du niqab. Elle avance en tournoyant. Une apparition, un fantôme, un spectre, une prisonnière ? Est-ce banal ou menaçant ? Que veut-on nous signifier ? On ne sait pas trop. Au centre de l'espace, un tapis de prière. Puis, surprise, l'inconnue s'y positionne, face au public, et découvre son visage : c'est Abou Lagraa en personne, cheveux courts, corps rond, souriant (si ma mémoire est bonne). Il porte en fait un jogging noir très large sinon informe, pailleté. Et va enfiler une veste métallisée, à l'opposée du niqab. C'est alors le temps des transformations, cash et trash, infernales sinon maléfiques, dans un registre plus théâtral : un roi sinon un dictateur, en transe, en plein délire, une femme (et une reflexion sur le genre, son genre ?), un prisonnier, un ogre, un fou (et pourquoi pas un assassin finalement), une mendiante, etcetera. Convulsions du monde ou autoportrait ? Peut-être les deux, en définitive.

Quoiqu'il en soit, les femmes, ou ces femmes, souffrent. On ne saura pas pourquoi. On ne connaîtra pas l'origine du mal ou des maux. Pourquoi pas. Et, en ont-elles même conscience d'ailleurs ? Ainsi va la vie. 
Fabien Rivière 

Festival L'Équipée - Création au féminin, 7° édition, Plateaux Sauvages, Paris 20°, 8 et 9 avril 2026. En savoir +  

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