dimanche 25 octobre 2026

Federico González nous Poush

Carcasse de grenade lacrymogène et fumigène GR 56 FUM LAC MP7 23-PB-23, porte de l'atelier de Federico González, Photo Fabien Rivière

 Porte de l'atelier de Federico González, Photo Fabien Rivière

La proposition plastique du Mexicain Federico González visible ci-dessus, l'œuvre et le texte qui l'accompagne, sur la porte de son atelier d'artiste, constitue sans nul doute la proposition la plus pertinente et bouleversante du moment. L'œuvre, une carcasse d'un GR 56 FUM LAC MP7 23-PB-23, « correspond à une grenade lacrymogène et fumigène de calibre 56 mm (modèle MP7 ou dérivé), fabriquée par SAE Alsetex, utilisée par les forces de l'ordre pour le maintien de l'ordre ». En fait il s'agit plus de répression que de maintien de l'ordre, au service des intérêts du capital. Profitons-en pour apprendre le beau langage du maintien de l'ordre : 
GR 56 : Grenade de calibre 56 mm
FUM LAC : Fumigène et lacrymogène (contenant généralement de l'agent chimique CS / 2-Chlorobenzylidène malononitrile).
MP7 : Type de grenade autopropulsée ou modèle spécifique (pouvant être propulsé jusqu'à 100 mètres via un tube de transport ou un dispositif adapté)
23-PB-23 : Inscription indiquant le numéro de lot, le fabricant (PB) et l'année de fabrication (2023)

C'est aussi, ou on peut le voir ainsi, une réponse sinon une discussion avec Comedian, l'œuvre de l'artiste italien Maurizio Cattelan, une vraie banane scotchée sur un mur avec un même type de scotch, acquise par un collectionneur français pour 120.000 dollars, d'ailleurs mangée par un autre artiste durant Art Basel Miami en décembre 2019 (ICI). 

J'ai fait la découverte du travail de Federico González lors des journées portes ouvertes de Poush, un lieu pour la création et l'exposition, qui réunit 250 artistes plasticiens de 40 nationalités sur 12.000 m², ces vendredi 23 et samedi 24 octobre, dans leur nouveau lieu à Aubervilliers (93), Poush Sucre, du nom de la rue où se trouvent les deux bâtiments de respectivement 3 et 7 étages qu'ils occupent depuis février dernier, pour un bail minimal de 5 ans. Le projet débute en 2020. Il est aussi musicien sous le pseudo de Suricata. On lui doit le morceau Love is Dancing dans l'album The Only Way Out Is In, en français La seule issue, c'est l'intérieur (ci-dessous). 
Fabien Rivière
poush.fr    
Poush - Artistes résidents >  ICI 
Site de l'artiste > ICI
Instagram de l'artiste  >  ICI 
Suricata  >  bandcamp 
Vue d'un des deux bâtiments de Poush Sucre, Photo Fabien Rivière 

                                                                     


JE NE SUIS PAS ABSENT.


JE SUIS ALLÉ ÉCOUTER.



Je suis artiste sonore et migrant. Je vis et travaille en France. 


La moitié de mes revenus part dans le loyer, près d’un tiers dans les impôts. Je paie la TVA et mon titre de séjour. Je contribue à ce pays, mais je n’ai pas le droit de vote. 


Alors aujourd’hui, je descends dans la rue, avec mon micro. 


Pour entendre les gens, et pas seulement ce que les médias racontent d’eux. Pour enregistrer leurs voix, leurs chants, leurs silences. Pour écouter ce que signifie être ensemble. 


Mais aussi pour entendre ce qui cherche à les couvrir avec des sirènes, hélicoptères, grenades assourdissantes, tirs de gaz lacrymogènes et discours politiques de oppression. 


Une manifestation n’est pas une guerre. Pourquoi, alors, en reconnaît-on parfois la bande-son ?    


Le bruit aussi peut-être un instrument de pouvoir. 


Je manifeste en solidarité avec les étudiants, les pompiers et celles et ceux qui défendent l’éducation, la culture et les services publics. 


Je crois en une société qui investit dans l’écoute plutôt que dans l’intimidation. 


Dans l’éducation plutôt que dans la répression. Pour former des citoyens éclairés, des responsables politiques plus lucides, une police au service de la population et, peut-être un jour, un monde sans armées.


Je n’ai pas le droit de vote. 


Mais j’ai une voix, un micro et la responsabilité d’écouter.  

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