vendredi 25 septembre 2015

Roubaix : le patron du Ballet du Nord Olivier Dubois menace de prendre la porte

Olivier Dubois, Photo DR

Après avoir présenté un bilan négatif l’an dernier, avec un déficit de près de 300 000 euros, le Ballet du Nord devrait aller mieux financièrement en 2015. Mais socialement, la situation est toujours délicate. Au dernier conseil d’administration, le chorégraphe et directeur de la structure, Olivier Dubois, a menacé de démissionner. > La Voix du Nord

jeudi 24 septembre 2015

« Va au spectacle. Tous les soirs, il faut que tu te tapes ça, et tu dis que 'c’est bien', que 'c’est beau' »

Source : L'Obs, 22/09/2015. ICI

Les bons conseils de François Hollande à Fleur Pellerin : "Va au spectacle. Tous les soirs, il faut que tu te tapes ça, et tu dis que 'c’est bien', que 'c’est beau'"


(CHAMUSSY/SIPA)

Dans son documentaire "A l'Elysée, un temps de président", diffusé lundi prochain [28 septembre, 20h50 site] sur France 3, le réalisateur Yves Jeuland a filmé les coulisses de la présidence de François Hollande, au plus près du chef de l’Etat.

En découle plusieurs passages croustillants captés à l’Elysée. Comme lorsque François Hollande briefe Fleur Pellerin, fraîchement nommée ministre de la Culture fin août 2014. 

"Il y a plein d’idées qu’on peut avoir. C’était la grande force de Lang. Vois Jack, il a des idées. Ton premier rendez-vous à avoir, c’est avec Jack et Monique [sa femme, NDLR]." "Va au spectacle. Tous les soirs, il faut que tu te tapes ça, et tu dis que 'c’est bien', que 'c’est beau'", conseille le chef de l’Etat à la nouvelle membre du gouvernement.

Une vision quelque peu réductrice de la fonction de ministre de la Culture.

Québec - Coupes budgétaires pour la Culture et la Danse

Hélène David, Ministre de la Culture et des Communications du Québec, Photo La Presse

La veille de la Fête nationale du 24 juin, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) a annoncé des coupes de 2,5 millions $ [canadiens] de son budget [soit 1,68 million €]. Cette décision s'inscrit dans la politique d'effort budgétaire demandé par le gouvernement libéral (nous faisons référence ici au Parti libéral du Québec (PLQ), dont les orientations sont à priori progressistes). 

Il faut savoir que « le Parti libéral a été au pouvoir de 2003 à 2012, enregistrant durant cette période une hausse record de l'endettement de l'ordre de 60 milliards $ [40,38 milliards €]. Or, ce même gouvernement revenu au pouvoir en 2014 s'est dit obligé d'adopter des mesures d'austérité (terme qu'il a remplacé par « rigueur budgétaire ») incluant une réduction de la taille de l'État, de sévères coupes dans les services et des privatisations. Ces mesures ont été décriées par plusieurs groupes communautaires et syndicats. » (source : wikipedia)

Selon le gouvernement libéral, le CALQ aura le dernier mot sur la façon dont seront appliquées les coupes. Certaines directives ont été formulées. « On a demandé une orientation. Une chose était claire, on a dit de ne pas toucher à l'aide aux créateurs », a expliqué Philip Proulx, attaché de presse de la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David. 

Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL), qui représente les créateurs, a quant à lui qualifié les compressions de « sournoises » (source : La Presse). Il estime qu'Hélène David, défend moins bien le CALQ « qu'un député conservateur à Ottawa » l'aurait fait (source : La Presse). On apprenait deux jours après qu'Hélène David est « furieuse » contre le MAL, qui l'a comparée aux conservateurs fédéraux. Elle juge que l'organisme a colporté un véritable « tissu de mensonges » (source : La Presse).

LA DANSE 

Le Regroupement Québécois de la Danse (RQD) a expliqué dans un texte : « En juillet 2015, le RQD estimait que plus de 20% des compressions demandées par le MCC [Ministère de la Culture et des Communications] au CALQ allaient être assumées par la danse, représentant des pertes minimales de 500 000 $ [336 473,76 €] pour le secteur. [première réaction du RQD + revue de presse ici]

Depuis, d’autres informations provenant des membres — et confirmant la diminution du montant des subventions dans les programmes de diffusion internationale et d’accueil de spectacles étrangers notamment — ont amené le RQD à réviser ses estimations. À ce jour, le RQD considère que le secteur de la danse doit, pour l’année 2015-2016, essuyer des pertes financières de 800 000 $ [538 358,01 €], soit près de 35% du montant de l’ensemble des coupes au CALQ. (source : ici)  Analyses des coupes budgétaires (format pdf)

On apprenait mi-septembre que les sommes auparavant versées à LA LA LA Human Steps - Édouard Lock seront réinvesties dans le secteur de la danse du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). On aboutirait au final à une coupe pour le secteur de la danse de 500 000 $ [336 473,76 €] (source : ici)
Fabien Rivière

Lettre de protestation du Conseil Québecois du Théâtre à la Ministre de la Culture ICI
NOUS AVONS PUBLIÉ Édouard Lock dissout La La La Human Steps

Carte du Québec

mercredi 23 septembre 2015

Danse - Abou Lagraa : le SYNDEAC répond au FN


Communiqué de presse, 22 septembre 2015

Abou Lagraa : le SYNDEAC répond au FN

Le SYNDEAC s’indigne des propos abjects et diffamants qu’Isabelle François, élue Front National de la ville d’Annonay a tenus sur Abou Lagraa : son allusion aux « troubadours aux spectacles dépravés » rappelle les heures les plus sombres de notre histoire.

Cette élue frontiste éructe aussi sur le projet de faire d’une chapelle désacralisée un lieu de travail et de création chorégraphique : « Je voudrais dire à un certain troubadour à la renommée internationale que je mettrais tout en oeuvre pour empêcher son installation dans ces conditions sur notre commune. Je voudrais dire à M. Dussopt (député maire de la ville) que si il souhaite rénover le patrimoine religieux historique de France, les églises de notre ville, régulièrement utilisées par les fidèles, ont grand besoin d’être restaurées ».

Que cette élue s’adresse ainsi à un artiste français issu de l’immigration et natif de cette ville d’Annonay est inqualifiable. Il se trouve que le coeur du travail d’Abou Lagraa se fonde sur la tolérance et le dialogue des civilisations. Il vient de créer une pièce intitulée Cantique des cantiques, anticipation oecuménique face à l’attitude de haine et d’ignorance dont Isabelle François fait la preuve.

Nous notons que le seul horizon du Front National en termes de politique culturelle demeure la préférence nationale mais aussi le combat contre les arts vivants et contemporains afin de mieux financer le patrimoine historique local, de préférence catholique. Cela confirme la nature alarmante du programme de ce parti pour les élections régionales.

Alors que la liberté de création, de diffusion et de programmation est sur le point d’être inscrite dans la loi, le SYNDEAC rappelle que le soutien à la création et la présence artistique sur l’ensemble des territoires doit faire l’objet d’un véritable service public, pour permettre l’offre « des plus grandes oeuvres au plus grand nombre ».

Nous conseillons à Isabelle François de se rendre simplement plus souvent aux spectacles, de préférence avant de prendre la parole.

Et nous exigeons qu’elle présente publiquement ses excuses à Abou Lagraa.

Le SYNDEAC

*     *     * 

mardi 22 septembre 2015

La vie du CNDC sous la direction de Viola Farber, 1982

« Quotidien sur danse rend compte de  la vie du Centre National de Danse Contemporaine (CNDC) d’Angers, en 1982, sous la direction de Viola Farber. La pédagogue américaine y dirige un grand cours hebdomadaire mêlant les dix membres de la compagnie et les vingt-quatre stagiaires en formation. Dans la filiation cunninghamienne – et à l’inverse de son prédécesseur Alwin Nikolais – ce cours devant miroir procède par reproduction du modèle, et donne des outils d’extériorisation du corps pour une maîtrise générale de l’espace. On remarque aussi le caractère fugace des indications, et l’intonation musicale, qui préservent une légèreté de circulation de l’ensemble. Voir aussi le travail, cette fois d’élaboration chorégraphique, conduit avec l’effectif resserré de la compagnie. 

Parmi les extraits de pièces de la seconde partie, remarquer Dandelion, créée à New-York pour six interprètes, et que Viola Farber réadapte à Angers pour trente-cinq danseurs exceptionnellement (les stagiaires du CNDC réunis avec la compagnie). Observer encore la version définitivement scénographiée de Villa Nuage (une pièce montrée au stade des répétitions par un autre document de ce fonds CNDC). »  (Source)

Réalisation 1982

étudiants du CNDC promotion 1981/1982 première année Éric Alfieri, Jean-Christophe Arthur, Sylvie Beauviche, Emmanuelle Bloy, Isabelle Boeufgras, Alain Buffard, Claire Chance, Hélène Desplat, Jean-François Duroure, Françoise Empiot, Sandrine Faugeron, Jean-Pascal Gilly, Blandine Girard, Pascale Grenet, Céline Gruyer, Marie-Pascale Lescot, David Liebart, Pascale Luce, Christine Maurel, Marion Mortureux, Sonia Onckelinx, Angelin Preljocaj, Isabelle Theveneau, Dominique Vernin, Dominique Verpraet

compagnie du CNDC 1981/1982 Anne Koren (assistante-répétitrice), Michael Cichetti, Didier Deschamps, Robert Foltz (répétiteur), Chantal de Launay, Joël Luecht, Nadège Macleay, Mathilde Monnier, Sylvain Richard, Claire Verlet

Viola Farber, Photo DR

Intégrale Glenn Gould : 81 CD, un livre de 416 pages

Extracts from "The art of Piano" documentary. Glenn Gould plays J.S.Bach's Partita #2. 

   GLENN GOULD REMASTERED The Complete Columbia Album Collection    
1 coffret de 81 CD Sony Classical et un livre de 416 pages En savoir +. 170 € environ. Sortie le 11 septembre. 

Glenn Gould 2/4 Goldberg Variations (HQ audio - 1981).

lundi 21 septembre 2015

France - Cannabis thérapeutique : "coupable" mais dispensé de peine


Sébastien Beguerie, 31 ans, était poursuivi pour la détention et l'usage à son domicile marseillais de dix-neuf plants de cannabis dont il a plaidé l'usage thérapeutique pour soigner des troubles psychiques. Il a été dispensé de peine. C'est une première. > ICI

Danse - Le Front national attaque Abou Lagraa

Vues du lieu d'implantation de la compagnie Abou Lagraa à Annonay, 
avant travaux, publiées sur le blog du maire d'Annonay. 

La compagnie du danseur et chorégraphe franco-algérien Abou Lagraa est engagée dans un processus d'implantation dans la ville d'Annonay, où il est né. 

Annonay est une commune du département de l'Ardèche, en région Rhône-Alpes, à une soixantaine de kilomètres au sud de Lyon. Comptant un peu plus de 16 000 habitants, Annonay est la commune la plus peuplée de l'Ardèche. 

Le 2 septembre, le Maire socialiste d'Annonay et Député du départe-ment de l'Ardêche, Olivier Dussopt, annonce sur son blog l'Installation de la compagnie La Baraka au coeur du centre ancien à Annonay site. Il explique : 
Nous avons proposé à la Baraka de s'installer dans les locaux de l'ancienne chapelle, désacralisée, de Sainte Marie, au cœur de la vieille ville et du quartier PNRQAD [Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés site]. 
L'Etat et la Région Rhône-Alpes accompagnent ce projet jugé structurant et ils l'ont inscrit dans le contrat de projet Etat-Région avec des subventions d'un montant respectif de 200 000 et 280 000 euros. Le Département de l'Ardèche s'est engagé à hauteur de 70 000 euros. 
La Ville ne vendra pas la chapelle mais la mettra seulement à disposition. C'est un bâtiment classé sur lequel nous avons déjà fait des travaux les années précédentes (...). Nous prévoyons des travaux de protection et d'entretien du patrimoine (...) 
Le lieu accueillera donc des danseurs en résidence et dans le cadre des créations d'Abou Lagraa. Il accueillera aussi les bureaux de la compagnie et son personnel permanent. C'est donc aussi l'occasion d'implanter des emplois dans ce quartier. C’est enfin une belle façon de mettre en valeur un lieu trop méconnu des Annonéens puisque les travaux respecteront évidemment tous les éléments majeurs de la chapelle. 
Le budget total des travaux est de 650 000 euros HT [Hors Taxes] avec un taux de subvention de plus de 80%, ce qui est exceptionnel et dû au fait que tous nos partenaires jugent cette opération intéressante et forte. (...) 
L'installation pourrait intervenir entre fin 2016 et début 2017.
Abou Lagraa, Photo DR

Abou Lagraa a présenté son projet au quotidien Le Dauphiné Libéré du 3 septembre site, qui a titré Abou Lagraa : « Je ne suis pas là pour prendre du pognon à la ville d'Annonay ». Il déclare :  
« Je suis né ici et j’avais envie d’y revenir. J’ai refusé de m’installer dans des centres chorégraphiques. Ce qui m’intéresse, c’est de rester libre et créatif. Et puis la chapelle Sainte-Marie, c’est un lieu magnifique, chargé d’histoire, inspirant », précise le chorégraphe. 
Ce dernier se veut toutefois rassurant : « Je sais qu’il y a des rumeurs et inquiétudes. Mais je ne suis pas là pour prendre la place des gens. La Baraka n’est pas une école de danse, je ne dispense pas de cours. En revanche, je suis entièrement disposé à travailler avec les autres structures. Je ne vais pas non plus prendre de pognon à la ville d’Annonay. Ma compagnie, c’est un budget de fonctionnement de 500 000 €. Or, la Ville me donnera quoi ? 5 000 € peut-être. Notre budget, nous le bouclons tout seuls, avec nos partenaires, les subventions et la vente de nos spectacles. » 
Il poursuit : « Je voudrais dire à une certaine élue du Front national (la conseillère municipale Isabelle François, NDLR) : non, je ne suis pas un troubadour. Je suis un artiste qui a une renommée internationale. Je suis à la tête d’une compagnie d’une quinzaine de danseurs et d’une dizaine de personnes au bureau ou à la technique. Pour un troubadour, je fais vivre tous ces gens depuis 18 ans. Et c’est quand même une chance pour Annonay d’accueillir une compagnie comme la nôtre. L’image d’Annonay va rayonner dans le monde entier. Je suis là pour aider à redynamiser la commune. »
Vue de la page Facebook de la Front national Isabelle François, 
Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le même jour, sur sa page Facebook ici, la conseillère municipale Front National d'Annonay Isabelle François, parti d'extrême droite, réagit : 

Dans un communiqué (que nous publions ci-dessous), elle attaque violemment le projet d'installation de la compagnie. Le tract débute ainsi : M. Abou Lagraa n'est pas là QUE pour prendre  le pognon de la ville d'Annonay ... mais aussi celui du département, de la région et de l'État.  

Il est question « d'une troupe de troubadours », de « spectacles dépravés », d'absence de retombées économiques pour la ville, et d'une menace : « Je voudrais dire à un certain troubadour à la renommée internationale que je mettrais tout en œuvre pour empêcher son installation dans ces conditions sur notre commune ».      

On peut indiquer que lors des dernières élections municipales de 2014, Olivier Dussopt a été élu dès le premier tour avec 51,71 % des voix exprimées, Claude Faure [ex-RPR, Divers Droite] étant en deuxième position avec 15,26 % et Isabelle François en troisième avec 10,68 %.

Le président socialiste de la région région Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne a réagi vivement à ces propos, les condamnant : « En s’opposant de façon véhémente, et en des termes scandaleux, au projet d’implantation de la compagnie La Baraka à Annonay, le Front National montre une nouvelle fois son profond mépris pour la culture et les artistes ». Avant de déplorer : « Porter un jugement d’ordre moral sur les créations d’Abou Lagraa est inacceptable. Je suis très attaché à la liberté de création et nous devons défendre la présence des artistes sur l’ensemble du territoire. La Région est fière, aux côtés de la ville d’Annonay, du département de l’Ardèche et de l’État, d’accompagner cette installation. » (source :  Le Dauphiné Libéré) 

Isabelle François a répondu le 18 septembre à Jean-Jack Queyranne dans un texte (que nous publions ci-dessous).

Abou Lagraa a présenté une nouvelle création, Le Cantique des Cantiques, du 15 au 18 septembre, à la Maison de la Danse de Lyon, où il est artiste associé en 2015-16 site. Le Cantique des Cantiques est d'abord un texte écrit au 4° siècle avant notre ère en hébreu. Il y est question d'amour et de sensualité : « Tes seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle » ou « Ta poitrine comme les raisins mûrs. ». Selon CultureBox « Abou Lagraa ose un "Cantique des Cantiques" sexuel, ode à la tolérance » site.
Fabien Rivière



TOURNÉE Le Cantique des Cantiques : 
16 octobre : Théâtre de Suresnes
- 24 et 25 novembre : Bonlieu Scène Nationale Annecy 
2016
- 8 et 9 janvier : Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
- 26 et 27 janvier : Espace des Arts, Chalon-sur-Saône
- 2 février : Théâtres en Dracénie, Draguignan
- 4 février : Théâtre Liberté, Toulon
- 7 Février : Théâtre Jean Vilar, Vitry S/Seine
- 29 mars : Théâtre des Cordeliers – Annonay – Agglo en scène
- 31 Mars : Théâtre de Privas
- 14, 15, 16 avril : Movimentos Festwochen der Autostadt in Wolfsburg 2016, Allemagne
- 20, 21, 22 mai : Les Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux 
2017 : Théâtre National de Chaillot, Paris


*     *     * 


RÉPONSE DE L'ÉLUE D'EXTRÊME-DROITE SUR SA PAGE FACEBOOK 
À JEAN-JACK QUEYRANNE
Isabelle Francois
18 septembre, 22:13 · Modifié ·  
Ma réponse sous forme de lettre ouverte à M. Queyranne suite à son interpellation à mon égard cette semaine dans Le Dauphiné Libéré Annonay et Nord Ardèche 
Monsieur le Président du Conseil Régional, 
Suite à vos assertions publiées dans le Dauphiné Libéré du 15 septembre 2015 :
Outre le fait que je m'interroge sur les motivations qui font que le Président du Conseil Régional intervienne publiquement sur cette affaire, je tenais tout d'abord à vous demander en quoi l'utilisation des termes « troubadours » et « saltimbanques » est-elle scandaleuse ? 
Il est vrai que cette culture, la maîtrise de la langue française, n'est effectivement plus au goût du jour dans notre pays. Dans tous les domaines, nos élus semblent préférer largement d'autres cultures que celles de notre histoire de France, de notre patrimoine. Je vous enjoins malgré tout à vérifier étymologiquement le caractère scandaleux de ces termes. 
Pour ma part j'aurais préféré que vous fussiez scandalisé par le montant des subventions que vous avez attribué à cette compagnie de saltimbanques, vous et les élus UMPS du conseil régional Rhône-Alpes, ceux du département de l'Ardèche et de toutes les couches du mille-feuilles administratif que vous avez créé. 
Cette fameuse réforme territoriale que vous avez installé dans notre pays et qui tend finalement à déposséder les français du seul droit qui leur permettait de s'exprimer, le vote. 
Environ 700.000€ d'argent public pour cette futilité, cette inutilité coûteuse pour laquelle je gage que chaque année nous verrons apparaître d'autres subventions en conseil municipal, alors que notre ville d'Annonay se paupérise chaque jour un peu plus ... nous en subventionnons déjà suffisamment ! 
Alors que les écoles, les entreprises, les commerçants, les artisans et les service publics ferment les uns après les autres au point que les ordures n'y sont même plus ramassées ; 
Alors que les gens qui y travaillent la quittent, et que ceux qui essayent de rester croulent sous les taxes pour permettre à ceux qui vivent de subventions d'y venir ; 
Ne pensez-vous pas que cette somme qui représente le seul et unique investissement prévu pour la ville d'Annonay dans le cadre du contrat de plan Etat-Région jusqu'en 2020 (450 millions d'euros pour notre département) aurait pu être utilisée à bien meilleur escient ? 
Pensez-vous que les Français aient envie, en ces périodes difficiles, de se laisser faire ainsi les poches sans réagir ?  
Pensez-vous que vous pouvez ainsi dépenser sans compter, même si selon un adage présidentiel « ça ne coûte rien, c'est l'Etat qui paye », quand tous les Français se rendent compte jour après jour à quel point cela leur coûte ? 
Je sais M. Queyranne que vous ne répondrez pas plus à mes questions, à ces questions légitimes que se posent tous les français, que vous n'y avez répondu dans votre interjection de presse.  
Comme tous vos semblables politiques de droite comme de gauche vous avez préféré (mal) interpréter la forme plutôt que de réfléchir sur le fond.  
Les échéances électorales à venir vous donneront, à n'en point douter, un aperçu des réponses que les Français, les habitants de Rhône-Alpes Auvergne, les Ardéchois, les Annonéens attendent. 
Pour ma part, en tant qu'élue de la ville d'Annonay et de la communauté d'agglomération je vous confirme que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher l'installation de cette troupe dans ces conditions scandaleuses de dilapidation de l'argent public. Une troupe dont la «célébrité» ne semble pas vraiment avoir atteint les limites de notre territoire, et encore moins celles de lui permettre de vivre sans l'argent public. 
Veuillez agréer Monsieur le Président du Conseil Régional, l'expression de mes salutations distinguées. 
Isabelle FRANCOIS
Conseillère municipale
Conseillère communautaire

samedi 19 septembre 2015

Revue - Cahiers du cinéma : Le vide politique du cinéma français, septembre 2015

Passionnant dossier des Cahiers du cinéma. Question subsidiaire : que se passe-t-il si on remplace "cinéma français" par "danse" ? Règne du publireportage, Absence d'une pensée sérieuse, Haine de la pensée indépendante et de la critique, Absence d'autonomie financière, Soumission aux programmateurs, Fonctionnement féodal, etcetera. Conclusion de l'éditorial des Cahiers du cinéma : « Nous vivons un drôle de moment où les aberrations sont telles qu’on se dit que cela ne peut pas durer. »
Une des Cahiers du cinéma, septembre 2015, n° 714

     ÉDITORIAL    

par Stéphane Delorme

Derrière ce titre provocateur et les rires goguenards de la couverture, se dresse le constat alarmant que le cinéma français de fiction fait tout pour se débarrasser de la politique. Il le fait de diverses manières. La première, la plus fréquente, prend la forme du "cinéma social", terme générique qui s’est substitué à ceux de cinéma politique, militant ou engagé : le cinéma social ne mange pas de pain, il dresse des constats, toujours désabusés, de situations qui semblent inévitables. Ces enquêtes dans un milieu socioprofessionnel donnent bonne conscience à tout le monde. Or plus ça va, plus ces films nous coupent de tout « social », se soumettant à la loi de l’immersion dans un vague milieu qui sert surtout de décor à un roman initiatique : La Loi du marché en est l’incarnation.

La deuxième, plus récente, nous en ­avions parlé il y a cinq ans ("Nouvelles utopies du cinéma français", n° 659), prend la forme de la défection : quittons ce monde pourri, partons nous ressourcer loin des villes, créons des communautés autarciques. C’est une forme dandy de cinéma d’auteur, parfois réussie (Larrieu, Bonello, même Guiraudie), qui ne croit plus aux mirages du film social mais ne croit pas non plus en un possible politique puisque le peuple et le monde sont précisément ce qu’il faut fuir. La troisième, enfin, est celle qui prend toute la place en ce moment et qui demande le plus d’éclaircissements : le recours au cinéma de genre sur le dos de situations politiques. Dheepan de Jacques Audiard, Palme d’or à Cannes, en est désormais l’étalon. Colportant les plus gros clichés sur les banlieues, Dheepan est le parfait résultat, conscient ou non, de la « BFMisation » des cerveaux.

Pourquoi s’étonner de ce vide politique du cinéma français ? N’est-il pas le même partout ? Dans les grands médias, qui réduisent la politique à du ­storytelling de série TV (la Grèce, saison 6) ou à une fiction sportive (qui gagnera le pompon de l’Élysée ? quel score record fera le FN ?). Chez les hommes politiques eux-mêmes, qui nous expliquent ­benoîtement leur impuissance face au diktat économique, aux géants transnationaux ­d’Internet, au désastre écologique, bref à la marche du monde. Comment s’étonner que ce vide politique retentissant se reflète dans le cinéma français ?

Mais à l’inverse comment expliquer que la révolte qui monte face à cette incurie ne trouve pas de relais sur les écrans ? Le seul film qui sauvait l’honneur cet été et résonnait avec la persécution sadique des Grecs était Les Mille et Une Nuits du Portugais Miguel Gomes. Mais pas un film français – ni allemand, ni grec d’ailleurs (et hélas pas la scène ratée de fête chez les Grecs dans Révolution Zendj de Tariq Teguia). C’est comme si le cinéma s’était détaché de notre monde pour vivre dans une sphère séparée, pour raconter les mêmes histoires, convaincre les mêmes financiers, rassurer le même public. Or le monde tourne, et vite, et ce cinéma ne résonne plus avec notre vie. Qu’est-ce que le cinéma de fiction nous a appris sur la crise financière depuis sept ans, sur l’Europe, sur le gouvernement des experts, sur les castes au pouvoir, sur la révolte qui monte ? Où sont les satires féroces de ce moment ubuesque où les incompétents clament leur incompétence et les soumis leur soumission ? Mais aussi ­comment témoigner des nouveaux rapports de vie, empestés par la peur, la sécurité, la rentabilité, l’amertume, la surveillance consentie, et un goût moindre pour la liberté – et à ­l’inverse, reprenons courage, de la prolifération de la parole politique de la part de tous : pourquoi ne voyons-nous pas au moins sur les écrans des gens discuter de politique ? Le cinéma français ne dit rien de cela, il s’enferme dans des imageries coupées du réel. Au pire le vide politique cache mal une affirmation cynique, une droitisation plus ou moins décomplexée – des fantasmes guerriers d’Audiard aux comédies clinquantes néo-beaufs.

Or voilà il y a eu les attentats de janvier et l’injonction impérieuse de faire quelque chose : nous verrons si les films mis en chantier depuis s’en font l’écho. Nous vivons un drôle de moment où les aberrations sont telles qu’on se dit que cela ne peut pas durer. 

jeudi 17 septembre 2015

Colloque - De Bordeaux à Saint-Pétersbourg, Marius Petipa (1818-1910) et le ballet « russe »

Marius Petipa

Mercredi 21, jeudi 22, vendredi 23 octobre 2015 
Grand-Théâtre de Bordeaux, France

«  Le grand ballet académique, connu également sous le vocable de « ballet russe », est le produit d’une évolution initiée au XVIIIe siècle en Russie et parachevée dans la seconde moitié du XIXe siècle par Victor-Marius-Alphonse Petipa (1818-1910), maître de ballet principal des Théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg de 1869 à sa mort.

 Né à Marseille dans une famille de danseurs et d’acteurs, Marius Petipa, après des contrats éphémères dans plusieurs théâtres dont celui de Bordeaux, a effectué une carrière de plus de cinquante ans en Russie, où il est devenu Marius « Ivanovitch ». C’est lui qui a fixé les règles du grand ballet académique en laissant à la postérité une soixantaine de créations, dont les plus célèbres (La Bayadère, Le Corsaire, Le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant, Raymonda, etc.) continuent d’être données sur toutes les scènes du monde.

 Le nom « Petipa » est devenu synonyme de ballet classique. Cependant, en France, son pays natal, aucun ouvrage, pas même une simple biographie, n’a été consacré à Petipa et son œuvre a connu une reconnaissance tardive, consacrée seulement par les relectures de Rudolf Noureïev à la tête du Ballet de l’Opéra national de Paris dans les années 1980.

 L’importance du rôle de Petipa pour l’histoire du ballet classique, des relations culturelles franco-russes et de la danse de façon générale justifie qu’une étude globale de son œuvre soit enfin réalisée, dans la perspective de la célébration de son bicentenaire en 2018.

 Ce colloque se propose de rassembler les connaissances les plus actuelles sur la vie et l’œuvre de Marius Petipa et de préciser son rôle dans l’histoire du théâtre musical, ainsi que sa place dans l’univers contemporain de la danse. Quelques-uns des meilleurs spécialistes mondiaux du ballet sont attendus au Grand-Théâtre de Bordeaux, dans ce lieu mythique où Marius Petipa a officié comme second danseur au cours de la saison 1843-1844.
 Sous le patronage de la commission nationale française UNESCO. »
Marius Petipa

mardi 15 septembre 2015

Biarritz - Du passé ne faisons pas table rase (Festival Le Temps d'aimer la danse)

Le festival Le Temps d’aimer la danse s’est déroulé cette année du 12 au 21 septembre 2014. Son directeur artistique est le chorégraphe néo-classique Thierry Malandain, qui dirige le Malandain Ballet Biarritz - Centre chorégraphique national (CCN) d'Aquitaine en Pyrénées Atlantiques.

S'il souhaite mettre l’accent sur des compagnies néoclassiques, souvent jamais venues en France, la danse contemporaine a aussi sa place. Sans doute pas le courant conceptuel. Mais cette année, quelques pépites permettaient de se régaler. 

Michel Schweizer Cartel
Photo Capture d'écran Espaces Magnétiques

Michel Schweizer aime la diversité humaine. Le projet Cartel manifeste un intérêt plus particulier pour le danseur étoile qui, à 42 ans et demi, doit quitter l'Opéra national de Paris, Michel Schweizer se demandant, selon ses propos, « comment ils ont repris pied dans notre monde commun ». Il a ainsi sollicité Cyril Atanassoff et Jean Guizerix, anciens danseurs étoiles (le premier s'est blessé), une performeuse et chanteuse lyrique, Dalila Khatir et un jeune danseur classique professionnel, Romain di Fazio. Le témoignage de Jean Guizerix, qui a su avec sa compagne Wilfride Piollet accueillir avec intelligence et chaleur le chorégraphe Merce Cunningham à l'Opéra de Paris en 1973 où il créait Un jour ou deux, dans une maison alors très conservatrice, est particulièrement touchant. De même que celui de Romain di Fazio. Le tout est follement lyrique. 

Frédéric Werlé Nijinskoff
Photo DR


Frédéric Werlé est né en 1964 à Sarcelles (département du Val-d'Oise) nous indique sa biographie. Dans les années 80, il travaille comme danseur avec/pour des pointures comme l’on dit dans le milieu de la musique jazz : Régine Chopinot (dans Rossignol, Le Défilé, Fred le bordel et À la Rochelle il n’y a pas que des pucelles), Philippe Decouflé (Codex et Caramba), Marcia Barcellos en duo avec le musicien Karl Biscuit (Acktualismus et Oratorio mongol), et Angelin Preljocaj pendant deux saisons. Dans les années 90 c’est le chorégraphe qui officie. Dans les années 2000 de même, sauf que cette force tranquille se sait ne plus être "à la mode" (violence d'un milieu culturel). 

On reçoit sa nouvelle pièce, Nijinskoff (2012), avec joie. Frédéric Werlé y est à la fois un danseur contemporain dans sa dimension prosaïque, confronté aux aléas de la vie quotidienne (comme arriver en retard à la répétition, aller au wc et se laver les mains, etc, le tout filmé en caméra subjective) et un personnage de fiction entre (l'adresse de) Zorro et la maladresse du Sergent Garcia. Demeurer humain est sa première exigence. Il refuse de produire un art élitiste et excluant. Il défend un art profondément relié, aux autres et à la vie. Il y manifeste toute son énergie et refuse la mise au pas disciplinaire. Réjouissant. Des adolescents avec lesquels il a travaillé dans le cadre d'un lycée sont sortis enthousiastes. Ils ont su faire leur miel de cette rencontre, poursuivant la discussion après la représentation.  



Claude Brumachon et Benjamin Lamarche La fulgurance du vivant 
Photo Olivier Houeix
La première représentation de La fulgurance du vivant de Claude Brumachon et Benjamin Lamarche - Centre chorégraphique national (CCN) de Nantes a eu lieu à Biarritz. Sur le grand plateau, vide, de la Gare du midi, six interprètes, cinq hommes et une femme, vêtus d’un simple slip de couleur claire. Une lumière douce comme simple habillage. La musique électronique de Christophe Zurfluh, variable comme le temps, est efficace, 

Si la scène d’ouverture fait penser à de la sculpture, on observe avec attention ces étranges créatures le plus souvent en position debout qui vont se déployer dans l’espace avec une forte énergie. La position des bras, constante dans sa torsion (nerveuse), même si de multiples positions sont prises, est frappante : l’avant-bras est replié (vers l’intérieur) en partie, de même que la main. 

Si nous avons une réserve elle est là. Nous ne pensons pas que le vivant maintienne cette position. On peut y voir non pas des hominidés mais de la volaille (déplumée). Pour la pièce les interprètes ont visité un zoo, et sont allés à la plage regarder les oiseaux. Il nous semble que le magnifique Beach Birds (1991) de Merce Cunningham manifeste une imprégnation plus profonde de son objet. De même que le Batracien, l'après-midi (2007) de Bernardo Montet. 

Il n’en reste pas moins que nous demeurons saisis par le souffle de cette création.  
Fabien Rivière

— Le festival a publié chaque jour une intéressante Gazette, gratuite, dont 10 numéros ont paru. 

dimanche 13 septembre 2015

Concours Danse élargie : que donne la cuvée 2015 ?


2010, 2012 et 2014 : le concours de chorégraphie Danse élargie a connu trois éditions. Il est organisé conjointement par le Musée de la danse - Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne - direction Boris Charmatz et le Théâtre de la Ville - Paris - direction Emmanuel Demarcy-Mota. Il se déroule en juin durant un week-end dans les murs du théâtre parisien. Dans la grande salle historique de 1.000 places. L'objectif est ambitieux : faire émerger une nouvelle génération de chorégraphes. Pour des résultats que nous avons analysé à l'occasion de la dernière édition dans un article disponible ICI. 

Les primés sont soutenus au-delà des 10 minutes réglementaires présentées, afin de leur permettre d'élaborer un pièce entière. Début septembre 2015, trois programmes différents sont ainsi proposés dans la salle plus intime des Abbesses. 


1 —— Paula Rosolen (Allemagne)  Aerobics ! Un ballet en trois actes 
Photo Laurent Philippe

Quel sens peut avoir en 2015 une chorégraphie consacrée à l’aérobic ? Cette activité « qui stimule l’activité cardio-vasculaire et oxygène le corps par des mouvements rapides sur une musique à rythme soutenue ». Elle a été inventée par le médecin Kenneth H. Cooper, le terme faisant son apparition à la fin des années 60 aux États-Unis et une décennie plus tard en France (merci wikipedia). Des personnalités l’ont incarné comme Jane Fonda aux États-Unis et plus largement encore dans le monde, et Véronique et Davina pour la France à travers leur émission de télé, Gym Tonic. Mais la chorégraphe Paula Rosolen est Allemande. 

Deux danseurs et cinq danseuses « en tenue » évoluent sur un plateau vide. Chacun porte une couleur fluo unique, des pieds à la tête, des baskets, chaussettes, shorts et T-shirts. Jaune et vert pour les garçons, orange, rose, rouge, bleu clair et violet pour les filles. Les tenues flashy sont contredites par des éclairages lugubres, de caves ou de catacombes. 

Il est question de santé physique, sinon, plus poétiquement, d’air. Mais il s’agit surtout de discipline, les interprètes réalisant pendant une heure sans discontinuer des mouvements d’aérobic, à l’exception de deux brèves pauses durant lesquelles une technicienne du théâtre passe un balai raclette, respectivement au bout de vingt, et trente trois minutes. La chorégraphe rappelle, dans une interview publiée dans le programme de salle que « l’aérobic vient d’une forme d’entrainement militaire ». Mais selon Paula Rosolen « le corps du danseur apporte sa propre histoire ». C’est plutôt le contraire, puisque l’anonymat est manifeste, même si Christopher Matthews, en jaune, apporte un peu de fantaisie et d’humour. Sans forcer. Pas de musique mais le bruit répétitif des baskets sur le sol, selon un rythme binaire.

Les dix minutes présentées en 2014 nous semblaient anecdotiques, même si elles avaient remportées le premier prix. Ici, la rigueur de l’organisation temporelle et spatiale en lignes est convaincante. Le plateau du théâtre nous semble un peu étroit (il était trop grand dans la vaste salle du 4° arrondissement où se déroulait le concours). 

À l’issue de la première pause, quand la pièce reprend, l’atmosphère se densifie, une dimension tragique émerge. C’est passionnant. Mais ce n’est pas la voie choisie par la chorégraphe qui poursuit sur l’axe de la mécanique glacée sinon folle. Nous sommes à mi-parcours, et nous allons décrocher de la proposition. 
Fabien Rivière
— Paula Rosolen (Allemagne)  Aerobics ! Un ballet en trois actes 
Du mercredi 2 au samedi 5 septembre. En savoir +    
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2 —— Brice Bernier  J'y arrive pas   e-nondation



Brice Bernier est un jeune Nantais. Le collectif hip hop auquel il appartient, KLP, a remporté le troisième prix (mérité) de la première édition de Danse élargie. La pièce présentée aujourd'hui s'appelait jusqu'à récemment J'y arrive pas, pour devenir e-nondation (le e doit avoir un lettrage plus grand que le reste du titre).

Dans ce solo, Brice Bernier apparaît en fond de plateau à droite. Il est de profil et marche lentement. Il est fin et musclé. Il porte des chaussettes blanches basiques, des genouillères noires, un short noir moulant, et un marcel blanc. Tonsure de moine, barbe de trois jours et fine moustache. Ce pourrait être un footballeur. Sur le grand écran blanc derrière lui, une aurore boréale irradie. 

Quelques minutes passent, le "dispositif spectaculaire" est installé avec des consoles, des baffles, un tapis de danse, un projecteur de diapos. Trois collaborateurs du chorégraphe occupent le plateau : le musicien et le vidéaste à gauche, la créatrice lumière à droite. Ils sont tous assis. Le seul mobile est le musicien, dans des mouvements de tête et du buste qui accompagnent la rythmique. Le danseur va enfiler son survêtement marron foncé et ses  baskets ainsi que son bonnet.

On peut parler d'ouvrier danseur pour qualifier Brice Bernier. Qui suggère un rapport au monde du travail plus ancré, un rapport distant à la question de son image et de l'esthétique, qui obsède tant de monde dans le milieu de la danse. 

Quand retentit soudain le célèbre morceau du musicien et poète afro-américain Gil Scott-Heron (1949-2011), The Revolution Will Not Be Televised, sorti en 1970, l'émotion est forte. Mais nous sommes en France dans une salle remplie de Blancs (ce que nous sommes aussi). C'est pour eux une autre histoire qu'ils ne connaissent pas pour l'essentiel, et qu'il n'est pas sûr qu'ils aient d'ailleurs envie de connaître. Quoiqu'il en soit, c'est une attaque-analyse brillante « contre les médias de masse et contre l'ignorance par l'Amérique blanche de la dégradation progressive des conditions de vie dans les cités ». Et que se passe-t-il pendant ce temps-là sur le plateau ? Brice Bernier tente des mouvements. Cette distance entre le travail de conscience du poète et le renfermement du danseur fait mal. On nous expliquera qu'elle est voulue. Qu'il ne s'agissait pas d'aller dans le même sens que la chanson. Soit. Mais est-ce une bonne idée ? N'est-ce pas dévastateur ? D'autant qu'entre la conscience collective de l'un et la solitude (ou dépolitisation) de l'autre il existe un vaste espace de possibles. 

En savoir + (texte original, traduction française, traduction annotée) Ici

Nous avons découvert le sujet de la pièce après la représentation : la submersion de nos vies par les nouvelles technologies. Comme en écho, Jérome Bel explique : « J'ai aussi besoin de voir si les spectateurs comprennent les idées que je développe durant le spectacle. S'ils ne les comprennent pas, c'est que je me suis mal exprimé, et c'est en parlant avec eux que je peux réaliser qu'il leur manque tel ou tel élément. Dans ce cas là, il faut que je reprenne ma copie. » (1)

Il n'en demeure pas moins que nous attendons avec grand intérêt la prochaine pièce de Brice Bernier. 
Fabien Rivière

(1) Supplément "Festival d'Automne à Paris", Les InRockuptibles, supplément au n°1031 du 2 septembre 2015, page 27. On le trouve aussi gratuitement dans différents théâtres. 

— Brice Bernier  J'y arrive pas   e-nondation, 
Du jeudi 10 au dimanche 13 septembre. En savoir +   Photos DR
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À VENIR
3 —— Alina Bilokon & Léa Rault  TYJ 
Du mercredi 16 au samedi 19 septembre. En savoir +      Photo Laurent Philippe
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