mercredi 14 juin 2017

L'étrange chimie de Crystal Pite et Jonathon Young (« Betroffenheit »)

Betroffenheit, de Crystal Pite et Jonathon Young, Photo  Wendy D  

« Ça sent la coke ! » se dit-on, quand débute Betroffenheitla nouvelle création de Crystal Pite et Jonathon Young, que présentait le Théâtre de la Ville à La Colline - Théâtre national (Paris). Le titre signifie « la stupeur, la stupéfaction, l’effroi : être concerné, impacté, physiquement et mentalement, voire moralement. » Nous n'avions rien lu avant la représentation pourtant, qui aurait pu influencer cette intuition. Aucun indice explicite n'est donné non plus. Nous savions seulement que le spectacle, en provenance de Vancouver (Canada), mixe danse et théâtre et déploie sur scène les cinq danseurs de la compagnie de Crystal Pite, Kidd Pivot, et Jonathon Young lui-même, co-fondateur de l'Electric Company Theatre, auteur et comédien, à l'origine du texte torturé, qui peut donner le sentiment d'être autobiographique, colonne vertébrale de la soirée.

La scénographie, qui n'occupe que la partie gauche du plateau, dévoile une petite arrière-cour vide sans âme d'un bâtiment quelconque installé sur un seul rez-de-chaussée, façade d'un blanc sale, la nuit, dans une zone industrielle sans doute. Un homme, seul, agité, est en pleine discussion avec une voix off, qui va bientôt se matérialiser. Les danseurs incarnent les scènes de "flash", ces convulsions d'origines chimiques, de cet homme qui reconnaîtra qu'il se « défonce », à travers des séquences notamment de style cabaret comportant de la danse salsa et des claquettes. On peut se demander si la danse ne se contente pas d'illustrer le théâtre, d'un théâtre qui emprunte un peu trop aux procédés des séries et du cinéma de science-fiction américains. D'où la question : comment peut exister une culture canadienne à côté de - face à l'ogre américain ?     

Dans la seconde partie, après un entracte, sur un plateau désormais complètement vide, si ce n'est la présence d'une poutre verticale noire dont on ignore la signification sinon la nécessité, on se dit que notre homme a dû faire une overdose. La danse a plus d'espace, aussi bien mentalement que physiquement, mais n'est pas inoubliable, même si on nous indique que Crystal Pite a dansé (cinq ans, de 1996 à 2001) pour le Ballet de Francfort que dirigea William Forsythe.
Fabien Rivière 

Betroffenheitde Crystal Pite et Jonathon Young, Théâtre de la Ville à La Colline - Théâtre national, Paris, du 29 mai au 2 juin. En savoir +   

Aucun commentaire:

Publier un commentaire