mardi 5 juillet 2016

Présence de Deborah Hay (« Figure a Sea »)



Portrait de Deborah Hay, Capture d'écran Espaces Magnétiques et Figure a Sea au Théâtre de l'Agora (Festival Montpellier Danse), Photos Fabien Rivière ©

Certains miracles sont encore possibles : qu'une compagnie aussi reconnue que le Ballet Cullberg, qui fêtera l'année prochaine ses 50 ans, commande une pièce à une chorégraphe importante mais discrète comme Deborah Hay. Née en 1941 à Brooklyn aux États-Unis, elle a 75 ans. 

La première de Figure a Sea, — en français Figurer une mer, au sens d'un espace de possibilités et de contemplation — a eu lieu en septembre 2015 à Stockholm à l'issue de six semaines de travail. La chorégraphe avait mené en amont des ateliers (ou workshops) et connaissait les interprètes. 

Le titre peut prêter à confusion. Il suffisait pour s'en convaincre d'écouter certaines conversations à l'issue de l'une des deux représentations données au Théâtre de l'Agora lors du festival Montpellier Danse. C'est Sea qui a retenu l'attention, et orienté le regard, à tort. Au début, on ne voit pas trop le rapport entre ce qui se passe sur le plateau et la mer. On songe au Beach Birds de Cunningham, une pièce de 1991, rare titre explicite (beaucoup plus que CRWDSPCR, Rondo, Loose Time, Xover, Native Green ou encore Un jour ou deux). Rapidement, on décide de ne pas s'y référer. Au départ, on peut certes observer de grands échassiers, prudents, certes un peu dégingandés. 

La scénographie, qui n'est pas créditée dans la feuille de salle, mais que signe celle qui a conçu les lumières, Minna Tiikkainen (assistée de Heikki Paasonen), est sobre mais expressive. Au sol, l'espace central est un vaste rectangle blanc bordé au pied du mur du fond d'une ligne de (sept) tubes de lumière blanche, espace de possible et d'invention. Tout autour, une surface noire, comme une menace constante d'entrave, qui introduit le poids de l'histoire (un 20° siècle tragique; pour les États-Unis, à l'extérieur du territoire, la guerre du Vietnam notamment, et à l'intérieur les luttes de libération pour les droits des minorités, un 21° siècle qui débute avec le 11 septembre). 

L'écriture de la danse est d'une richesse inouïe qui semble infinie, d'une grande fluidité, et qui jamais ne se répète. C'est une danse non violente, qui manifeste une foi dans l'humanité et dans la pluralité du vivant bouleversante. À rebours du cynisme et des rapports de forces et de domination. Il est possible de penser aux espoirs des années 60 dans une civilisation enfin pacifiée, même si la création ne montre pratiquement aucune mobilisation collective. La pièce se clôt par un sublime solo, de droite vers la gauche du plateau, rapide, vif comme un vol d'hirondelle, dont la trajectoire connaît de fréquents et élégants décrochages. 
Fabien Rivière
Les saluts à l'issue de Figure a Sea, Photo Fabien Rivière ©

Birgit Cullberg 
Le Ballet Cullberg est une compa-gnie de danse moderne puis contem-poraine fondée en 1967 en Suède par la chorégraphe Birgit Cullberg (1908 - 1999) qui l'a dirigé presque vingt ans, jusqu'en 1985. Elle compte actuellement 16 danseurs.  « La philosophie fondatrice est que tous les danseurs doivent être considérés comme des solistes et donc recevoir le même salaire », explique la biographie de la compagnie sur son site ICI. Se sont succédés à sa direction Mats Ek (1985-1993), le fils de Birgit CullbergCarolyn Carlson (1993-1995) en codirection avec Bertrand d'At (1993-1994)une codirection Lena Wennergren-Juras et Margareta Lidström (1995-2003), Johan Inger (2003-2009), Anna Grip (2010 - 30 août 2013), un comité artistique composé de Monica Fredriksson, Jane Hopper, Lisa Drake et Thomas Zamolo est nommé jusqu'au 31 décembre 2013, et Gabriel Smeets (cf. portrait ci-dessous) depuis le 1er mai 2014. Ce dernier vient du SNDO (School for New Dance Development) d'Amsterdam, école supérieure de danse.  

De  jeunes chorégraphes contemporains ont été sollicités ces dernières années pour des créations, comme Jefta van Dinther (Plateau Effect puis Protagonist) qui travaille entre Stockholm et Berlin, Trajal Harrell (The Return of the Modern Dance) et Eszter Salamon (Reproduction). Il est fait aussi appel à des créateurs confirmés comme Deborah Hay, le Canadien Benoît Lachambre (High heels too), Edouard Lock (11th Floor) et le Brésilien Christian Duarte (Against the Current, Glow). La troupe est installée au sud-ouest de la capitale Stockholm.

Gabriel Smeets dirige le Ballet Cullberg depuis le 1er mai 2014, Photo DR

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