vendredi 21 décembre 2018

Réussite - « Graines d'Étoiles... 5 ans après » : Quel avenir après l'école de danse de l'Opéra de Paris ?

Le coffret DVD Graines d'Étoiles - L'intégrale réunit 
Graines d'Étoiles (2013) et Graines d'Étoiles... 5 ans après (2018).
Visuels extraits de Graines d'Étoiles et Graines d'Étoiles... 5 ans après 

De septembre 2011 à juillet 2012, deux jours par semaine, la réalisatrice Françoise Marie a suivi la vie de l'école de danse de l'Opéra national de Paris, située depuis 1987 à Nanterre à l'ouest de la capitale. Cela donne en 2013 Graines d'Étoiles, en six épisodes de 26 minutes et un supplément de 20 minutes (Pour entrer dans la meilleure école du monde...). 

L'établissement accueille 130 élèves de 8 à 18 ans, répartis en 6 divisions de filles et 6 divisions de garçons. Le bâtiment, vaste, sobre et lumineux, est signé Christian de Portzamparc. Il comprend trois parties, consacrées respectivement à la danse, à l'administration et à l'enseignement habituel, et un internat. Plus précisément des salles de cours et des studios, une cantine, des dortoirs, une salle de spectacles qui peut accueillir 300 personnes et un parc. Le matin les jeunes suivent les même cours que les jeunes de leur âge, du CP2 à la Terminale, l'après-midi est consacré à la danse. 2/3 des élèves sont pensionnaires.

Françoise Marie, qui a déjà filmé l'enfance, s'attache surtout à la paroles des élèves, mais aussi à celle des professeurs et des parents d'élèves. Certains de ces derniers exercent une pression psychologique certaine : le jour de la rentrée, un père affirme avec certitude, devant son jeune fils, que « s'il n'arrive pas ce serait à cause de lui, pas de l'école », ajoutant que « C'est au fond de lui-même qu'il doit travailler ». Une mère confie en rigolant à une autre mère que sa fille danse pour elle. 

Dès le jour de la rentrée, la directrice de l'école rappelle à tous certaines règles de base, comme celle du salut, « typique de notre école », d'autant plus typique, précise-t-elle, que le Bolchoï (Moscou) et le Mariinsky (Saint-Pétersbourg) l'ont abandonné. Elle poursuit : « Toute personne adulte est saluée, révérence, [suivi d'un] salut. C'est votre manière de dire que vous appartenez à l'école de danse, c'est votre fierté d'être à l'Opéra ». Le terme est ambigu car appartenir, c'est "faire partie de", mais aussi "être la possession de". 

Un professeur de danse de la 1ère division, celles des "grands", Jacques Namont explique  d'autres règles du jeu : « C'est une école d'élite, donc il y en a qui doivent partir parce qu'ils n'ont pas le physique, parce qu'ils n'ont pas la technique, parce qu'ils n'ont pas ceci ou cela ». Véronique Doisneau, professeur de danse de la 6° division, celle des "petits", complète d'un « Nous n'acceptons pas les enfants trop grands, ou les enfants trop maigres, ou les enfants trop petits, ou les enfants trop ronds ».

SI un quart des élèves réussit le concours d'entrée dans le corps de ballet, la moitié a dû quitté l'école avant la fin du cursus. Comment gèrent-ils cette situation ? Est-elle perçue comme un "échec" ? Sont-ils accompagnés psychologiquement ? 

Un passage est assez pénible. Pendant son cours à des jeunes garçons stagiaires, le professeur de danse, Bertrand Barena intervient soudain : « Qui s'est trompé ? Pompes ». Considérant un élève finissant sa punition : « D'accord, ok, voilà ! ... Vous verrez qu'à force vous aurez plus du tout envie de vous tromper. Merci mon grand ». Ne confond-il pas école et armée ? N'est-ce pas du sadisme ? 

Outre leur cursus, les élèves doivent dès le départ participer sur le plateau de la grande salle de l'Opéra Garnier qui peut accueillir 1.900 personnes à trois programmes : le Défilé, des Démonstrations et un Spectacle ; sans oublier de préparer le spectacle de fin d'année. Chaque année il y a aussi un concours, qui  compte pour moitié dans la note finale, avec le contrôle continu. C'est donc tout autant un centre de formation qualifiant qu'une école. 

Les normes en terme de genre sont très marquées, puisque les garçons se verront attribués des rôles « de princes, de guerriers, de faunes », les filles « de cygnes, de princesses, de sylphides ».

Bien que l'Opéra de Paris participe à la co-production du documentaire avec Arte (c'est systématique si on veut obtenir l'autorisation de filmer en ses murs), et que la directrice de l'école de danse Élisabeth Platel et la directrice du Ballet Brigitte Lefèvre aient contrôlé l'ensemble des images, la réalisatrice estime avoir pu travailler comme elle l'entendait. 

Le résultat est passionnant, même si il est difficile de savoir si il n'omet pas certaines choses. La réalisatrice précise qu'elle n'a pas voulu mettre en difficulté un-e élève en situation délicate. À son arrivée à la direction du Ballet de l'Opéra de Paris, Benjamin Millepied a constaté un nombre trop élevé selon lui de blessures, et a pris un ensemble de mesures pour y remédier. À l'école de danse, la question se pose aussi. Mais rien n'est fait. 

Il est frappant d'observer la vitalité des jeunes gens, malgré cet ensemble de contraintes fortes.

On pouvait se demander ce qu'allaient devenir ces adolescents. Graines d'étoiles... 5 ans après, qui va être diffusé sur Arte en cette fin d'année (et sort en DVD et VOD), répond à cette question, en 5 épisodes de 26 minutes.

Les trois premiers suivent celles et ceux qui ont pu accéder au Ballet de l'Opéra. Le premier s'intéresse à la transmission d'un ballet classique, Le lac des cygnes de Rudolf Noureev par Lionel Delanoë, Ghislaine Thesmar et Clotilde Vayer notamment, le deuxième à la transmission en danse contemporaine avec Jiří Kylián et ses répétiteurs (Stefan Zeromski, Aurélie Cayla, Ken Ossola et Patrick Delcroix). C'est absolument passionnant. Le troisième constate l'importance du concours interne pour monter en grade (la hiérarchie débute à quadrille, puis se poursuit avec coryphée, sujet, premier danseur et étoile). Le 4° observe ceux qui sont partis à l'étranger, à San Francisco ou Hambourg par exemple poursuivre leurs études et/ ou accéder à une compagnie. Le dernier revient en France. 

Observée par l'institution, la réalisatrice a réussi malgré tout à déployer sa liberté avec talent. 
Fabien Rivière

— Coffret DVD Graines d'étoiles - L'intégrale, deux films documentaires de Françoise Marie, Saison 1 (Graines d'étoiles, 6 x 26 mn., 2013) & Saison 2 (Graines d'étoiles... 5 ans après, 5 x 26 mn., 2018), et complément Pour entrer dans la meilleure école du monde... (20 mn.), durée de 5h, version française et anglaise (sauf le complément), sous-titres français pour sourds et malentendants, coffret 3 DVD, Arte éditions et Opéra national de Paris, 2018, 40 €.  Boutique (DVD et VOD) 

— Saison 2 (Graines d'étoiles... 5 ans après)   Boutique (DVD et VOD)   — Saison 1 (Graines d'étoiles)  Boutique (DVD et VOD) 

— Saison 2 (Graines d'étoiles... 5 ans après: DIFFUSION SUR ARTE les dimanches 23 décembre 19h05 (épisode 1), 30 décembre 19h (épisode 2), 6 janvier 19h10 (épisode 3), 13 janvier 19h (épisode 4) et 20 janvier 19h05 (épisode 5). Et en replay pendant 7 jours.

— Saison 1 (Graines d'étoilesDIFFUSION SUR ARTE Lundi 31 décembre à partir de 10h05; 10h05 (épisode 1), 10h30  (épisode 2), 10h55  (épisode 3), 11h20  (épisode 4), 11h45  (épisode 5), 12h15  (épisode 6)).  

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On peut aussi suivre la vie d'une autre célèbre école, la Juilliard School de New York (États-Unis) grâce à une excellente série documentaire de 6 fois 26 minutes que signe en 2013 Priscilla Pizzato pour Arte, Une saison à la Juilliard School (Danse - Théâtre - Musique), disponible en DVD et VOD (versions française, anglaise; sous-titres français pour sourds et malentendants).  ICI 

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