mardi 1 mars 2016

Où va le Ballet de l’Opéra de Lyon ?

Photo Fabien Rivière ©

Le Ballet de l’Opéra de Lyon (BOL) a présenté du 9 au 13 février au Toboggan de Décines, en banlieue de Lyon, le programme Révolution(s) qui comportait deux pièces de 2014, Sunshine d’Emanuel Gat (Israël - France) et Tout autour de Rachid Ouramdane (France) ainsi qu’une création de Tânia Carvalho (Portugal), Xylographie. Pourquoi Révolution(s) ? Mystère. Le dossier de presse ne donne aucune explication à ce titre. 

Du 20 au 27 février, le BOL se produisait au Théâtre de la Ville à Paris dans un programme proche.

Pièce pour 18 danseurs, le Xylographie de Tânia Carvalho est composée pour l’essentiel de poses qu’adopte le groupe. Il n’y a pas d’écriture chorégraphique ou de travail corporel chorégraphique. On peut sans doute parler de mime. On reste sur sa faim.

Sunshine d’Emanuel Gat relève de la danse, mais doit tout à William Forsythe. Façon de parler, car il en garde surtout une certaine façon de bouger dans l’espace, mais pas la pensée qui a permis d’arriver à cette corporéité si spécifique. Ce n’est pas un « hommage ». On re-produit. De plus le tout est déstructuré au-delà du raisonnable. 

Black Box de Lucy Guerin (Australie), contient, comme son titre l’indique, un grand caisson noir cubique, très lumineux à l'intérieur, ouvert d'un côté, l'ouverture étant orientée vers le sol, qui monte et descend. Quant il est au sol, le noir du plateau est quasi absolu. L’ensemble de la scène est vide et noir. À chaque déplacement du caisson, son nombre de danseurs, dans le caisson. Tout le monde est habillé de la même façon, plutôt dans un trip militaire, tissus de couleurs proches des blancs et des verts. La gestuelle est martiale. Et si Lucy Guerin interrogeait son rapport à l'ordre ? Bref, rien d’inoubliable.

Revoir One Flat Thing, Reproduced, de William Forsythe, est a priori une bonne chose. Sauf pour ceux qui, comme moi, ont vu la pièce à sa création en 2000 avec ses interprètes d’origine, ceux du Ballet de Francfort. On peut s’étonner que le patron du Ballet de l’Opéra de Lyon ait demandé une nouvelle version pour sa compagnie, et que cela ne soit pas explicitement indiqué dans le programme. En musique, on distingue les différentes versions, de l’original à toutes les autres. On parle souvent de remix. La version du BOL est-elle un remix ? D’autre part, les interprètes sont très loins des états de corps des danseurs de Forsythe. C’est la différence entre du 1.000 Volts et du 220. Le programme de salle parle de « virtuosité éclectique » pour désigner le BOL. Mais la virtuosité consiste à interpréter correctement une œuvre.      

On note un certain laissez-aller depuis quelque temps (1) : ainsi, en septembre 2014, au Théâtre du Châtelet, le BOL reprenait Limb’s Theorem de William Forsythe (site), un ballet en trois parties. Nous avions déjà vu la pièce, au même endroit, avec le Ballet de Francfort. Le ratage était terrible. Sans doute (humour) le décor était-il le même, comme les lumières et la musique, de Thom Willems; et sur le plateau « ça bougeait ». De quoi sans doute contenter un public qui découvrait l’œuvre. Mais c’était dansé de façon tellement approximative, que cela en était hallucinant. Alors qu’il faut 8 semaines de travail pour remonter cette création de 1990, les interprètes n’avaient bénéficié que de 5 semaines. Le miracle (réussir malgré tout) n’avait pas eu lieu. On peut se demander si tout le monde ne se moque pas de cette question. Pour avoir une idée de l’état de la réflexion dans une partie du milieu de la danse, on citera une anecdote : faisant part de notre perplexité à un ancien administrateur d’une chorégraphe contemporaine connue et exigeante, ce dernier nous affirmait que mettre un bras ici plutôt que là (dans une certaine distance entre "ici" et "là") était un « détail » (sic). Vu ainsi, pourquoi consacrer 8 semaines plutôt que 5 ? Faut-il alors parler d’une "logique" d’administrateur ? On peut imaginer en musique ce qu’une telle "analyse" peut donner : jouer approximativement les notes. Et, en théâtre, apprendre à peu près son texte. En peinture, même les faussaires tiennent à être le plus près de l'œuvre. 
Fabien Rivière
(1) D'autres éléments dans notre article Jan Fabre nommé directeur du festival d'Athènes       
Ballet de l'Opéra de  Lyon, Théâtre de la Ville (Paris), Du 20 au 27 février. Site

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