mardi 15 septembre 2015

Biarritz - Du passé ne faisons pas table rase (Festival Le Temps d'aimer la danse)

Le festival Le Temps d’aimer la danse s’est déroulé cette année du 12 au 21 septembre 2014. Son directeur artistique est le chorégraphe néo-classique Thierry Malandain, qui dirige le Malandain Ballet Biarritz - Centre chorégraphique national (CCN) d'Aquitaine en Pyrénées Atlantiques.

S'il souhaite mettre l’accent sur des compagnies néoclassiques, souvent jamais venues en France, la danse contemporaine a aussi sa place. Sans doute pas le courant conceptuel. Mais cette année, quelques pépites permettaient de se régaler. 

Michel Schweizer Cartel
Photo Capture d'écran Espaces Magnétiques

Michel Schweizer aime la diversité humaine. Le projet Cartel manifeste un intérêt plus particulier pour le danseur étoile qui, à 42 ans et demi, doit quitter l'Opéra national de Paris, Michel Schweizer se demandant, selon ses propos, « comment ils ont repris pied dans notre monde commun ». Il a ainsi sollicité Cyril Atanassoff et Jean Guizerix, anciens danseurs étoiles (le premier s'est blessé), une performeuse et chanteuse lyrique, Dalila Khatir et un jeune danseur classique professionnel, Romain di Fazio. Le témoignage de Jean Guizerix, qui a su avec sa compagne Wilfride Piollet accueillir avec intelligence et chaleur le chorégraphe Merce Cunningham à l'Opéra de Paris en 1973 où il créait Un jour ou deux, dans une maison alors très conservatrice, est particulièrement touchant. De même que celui de Romain di Fazio. Le tout est follement lyrique. 

Frédéric Werlé Nijinskoff
Photo DR


Frédéric Werlé est né en 1964 à Sarcelles (département du Val-d'Oise) nous indique sa biographie. Dans les années 80, il travaille comme danseur avec/pour des pointures comme l’on dit dans le milieu de la musique jazz : Régine Chopinot (dans Rossignol, Le Défilé, Fred le bordel et À la Rochelle il n’y a pas que des pucelles), Philippe Decouflé (Codex et Caramba), Marcia Barcellos en duo avec le musicien Karl Biscuit (Acktualismus et Oratorio mongol), et Angelin Preljocaj pendant deux saisons. Dans les années 90 c’est le chorégraphe qui officie. Dans les années 2000 de même, sauf que cette force tranquille se sait ne plus être "à la mode" (violence d'un milieu culturel). 

On reçoit sa nouvelle pièce, Nijinskoff (2012), avec joie. Frédéric Werlé y est à la fois un danseur contemporain dans sa dimension prosaïque, confronté aux aléas de la vie quotidienne (comme arriver en retard à la répétition, aller au wc et se laver les mains, etc, le tout filmé en caméra subjective) et un personnage de fiction entre (l'adresse de) Zorro et la maladresse du Sergent Garcia. Demeurer humain est sa première exigence. Il refuse de produire un art élitiste et excluant. Il défend un art profondément relié, aux autres et à la vie. Il y manifeste toute son énergie et refuse la mise au pas disciplinaire. Réjouissant. Des adolescents avec lesquels il a travaillé dans le cadre d'un lycée sont sortis enthousiastes. Ils ont su faire leur miel de cette rencontre, poursuivant la discussion après la représentation.  



Claude Brumachon et Benjamin Lamarche La fulgurance du vivant 
Photo Olivier Houeix
La première représentation de La fulgurance du vivant de Claude Brumachon et Benjamin Lamarche - Centre chorégraphique national (CCN) de Nantes a eu lieu à Biarritz. Sur le grand plateau, vide, de la Gare du midi, six interprètes, cinq hommes et une femme, vêtus d’un simple slip de couleur claire. Une lumière douce comme simple habillage. La musique électronique de Christophe Zurfluh, variable comme le temps, est efficace, 

Si la scène d’ouverture fait penser à de la sculpture, on observe avec attention ces étranges créatures le plus souvent en position debout qui vont se déployer dans l’espace avec une forte énergie. La position des bras, constante dans sa torsion (nerveuse), même si de multiples positions sont prises, est frappante : l’avant-bras est replié (vers l’intérieur) en partie, de même que la main. 

Si nous avons une réserve elle est là. Nous ne pensons pas que le vivant maintienne cette position. On peut y voir non pas des hominidés mais de la volaille (déplumée). Pour la pièce les interprètes ont visité un zoo, et sont allés à la plage regarder les oiseaux. Il nous semble que le magnifique Beach Birds (1991) de Merce Cunningham manifeste une imprégnation plus profonde de son objet. De même que le Batracien, l'après-midi (2007) de Bernardo Montet. 

Il n’en reste pas moins que nous demeurons saisis par le souffle de cette création.  
Fabien Rivière

— Le festival a publié chaque jour une intéressante Gazette, gratuite, dont 10 numéros ont paru. 

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