mardi 1 mai 2018

La Danse au Festival d'Avignon 2018 : entre prudence et absence

Une affiche, des enfants de cœur ?,  qui suggère la religiosité, pour une thématique consacrée au genre
Claire Tabouret, La Grande Camisole, 2014, Annik Wetter - Graphisme mine de rien

La 72° édition du Festival d'Avignon se déroulera du 6 au 24 juillet (soit 19 jours). C'est la 5° édition que dirige Olivier Py, durant son second mandat de quatre ans. En tout, 400 rendez-vous (spectacles, débats, expositions, cinéma) pour 225 levers de rideaux. 47 spectacles vivants, 39 dans le In proprement dit et 8 dans le cadre des Sujets à Vif dans le très beau Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph qu'organise la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques). 

Les œuvres sont classés en catégories : Théâtre (24, soit 52 %), Indiscipline (20 %), Danse (20 %) et Musique (13 %). Le total fait 105 % car des œuvres peuvent relever de deux disciplines. 

On compte 35 créations (74 %), et 26 pièces co-produites par le Festival (55 %) ; 30 % d'artistes connus, et 70 % de découvertes. Ainsi, 36 artistes ne sont jamais venus au Festival. 50 % de Français et 50 % d'étrangers. En terme de parité, on atteint un niveau jamais obtenu de femmes avec une proportion de 45,5 %, soit 31 femmes. 

Que penser de la programmation danse et performance ? On tient compte des 8 programmes classés "Danse" (de 9 chorégraphes distincts), des trois duos des Sujets à Vif (voir un peu après) et de l'"Indiscipline" Phia Ménard. Cela donne 13 propositions. 

Le Libanais Ali Chahrour est une découverte du Festival d'Avignon, qui a déjà présenté en 2016 les deux premières excellentes parties (on peut lire notre Dieu et les femmes en Orient (« Fatmeh » et « Leïla se meurt »)) d'une trilogie qui va s'achever cette année avec May he rise and smell the fragrance (Ce que charrie Ali Chahrour). L'Allemand Raymond Hoghe, longtemps dramaturge de Pina Baush, propose une reprise, 36, avenue Georges Mandel, et une création Canzone per Ornella, dédiée à une ancienne danseuse de Maurice Béjart, Ornella Balestra. La Française Phia Ménard vient du cirque et est classée en Indiscipline donc mais son travail corporel est le plus souvent intéressant. On verra ce que donne sa création, Saison sèche. Le Français Mickaël Phelippeau propose de forts belles pièces (cf. notre Deux façons pour la danse contemporaine de parler de l'Autre). On attend avec impatience son nouveau projet, un duo, Ben & Luc (très belle vidéo de présentation, ci-dessous). Le Belge Flamand Jan Martens fait aussi du très bon boulot, par exemple avec The Dog Days are over puis récemment avec Rule of Three, sauf avec le solo retenu, Ode to the attempt, pas assez travaillé et déployant une séduction un peu trop facile. Le Kreatur de l'Allemande Sasha Waltz, vu au dernier Festival Tanz im August à Berlin (Allemagne), est très plastique, et tout de spasmes (inutiles ?). Pour le reste, on dira que nous n'avons pas d'avis. 

Seuls 6 des 8 programmes des Sujets à Vif sont à ce jour dévoilés (il faut attendre juin pour en savoir plus), — et on ne connaît rien des titres, — qui font se rencontrer deux auteurs dans des formes courtes d'une demie-heure, travaillées rapidement. Il y a de la danse dans les trois duos Jenna Jalonen - Beatrix Simkó, Pierre Fourny - Cécile Proust et Mylène Benoît - Julika Mayer.
ABSENCE

Un absent, Arkadi Zaides, Photo Facebook

Le tout manifeste une certaine prudence, que confirme une absence importante, celle de l'Israélien Arkadi Zaides installé en France depuis trois ans, qui secouait le Festival d'Avignon en 2014 avec l'exceptionnel Archive (cf. ICI). Sa nouvelle création, le puissant Talos, vu en août dernier au fort bon Festival Tanz im August est pourtant une des réflexions les plus intelligentes de ces dernières années sur l'époque. Il est consacré au projet que met en place l'Europe pour contrôler ses frontières. C'est vraiment triste : le Festival d'Avignon ne s'est même pas déplacé pour découvrir le travail.
Fabien Rivière
www.festival-avignon.com  
Ouverture de la billetterie : 9 juin.

CHIFFRES -— Festival d'Avignon
Budget : 13 millions d'euros. 
— Recettes — Subventions : 7,2 millions (soit 56 % du budget) 
— Dépenses — 36 % pour la programmation, production, co-production et action culturelle
                           35 % pour l'aménagement technique 
                            29 % pour le fonctionnement (dont La Fabrica, à l'année)
— Action culturelle : a touché 7.000 personnes, pour 800 heures d'intervention 

   CONSEILLÉ  

Ali Chahrour    May he rise and smell the fragrance
Beyrouth - 14>17 - Théâtre Benoît XII 
Affiche de May he rise and smell the fragrance 

Raimund Hoghe    36, avenue Georges Mandel
Düsseldorf - 17>19 - Cloître des Célestins


Raimund Hoghe    Canzone per Ornella   CRÉATION 2018
Düsseldorf - 22>24 - Cloître des Célestins


Mickaël Phelippeau Ben & Luc  CRÉATION 2018 + Jan Martens Ode to the attempt
Orléans Ouagadougou - Anvers - 21>24 - Les Hivernales 

Phia Ménard  Saison sèche  CRÉATION 2018 catégorie Indisciplline
Nantes - 17>24 - L'Autre Scène du Grand Avignon Vedène  - Photo DR








ET   ET AUSSI    

Emmanuel Gat et Ensemble Modern  Story Water   CRÉATION 2018
Istres Francfort Avignon -  19>23 - Cour du Palais des Papes

Rocío Molina   Grito Pelao   CRÉATION 2018
Séville - 6>10 - Cour du Lycée Saint-Joseph  

Sasha Waltz   Kreatur 
Berlin - 7>14 - Opéra Confluence 

François Chaignaud et Nino Laisné  Romances incertains, un autre Orlando
Paris - Madrid - 7>14 - Cloître des Célestins 

Sujets à Vif 
(quatre programmes, huit propositions d'environ 30 minutes, 
2 auteurs se rencontrent, 6 pièces actuellement connues) :
Avec de la danse : 
Jenna Jalonen (danse, Helsinki) et Beatrix Simkó (danse, Hongrie) [Titre inconnu]
Pierre Fourny (poète) et Cécile Proust (danse)  [Titre inconnu]
Mylène Benoît (danse) et Julika Mayer (marionnette)  [Titre inconnu]

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