dimanche 17 juillet 2016

Que faire de l'abjection ? (« Prémix », d'Herman Diephuis, Avignon Off)

Marvin Clech et Dalila Khatir dans Prémix, d'Herman Diephuis, (dernière photo) Les saluts
Photos Fabien Rivière ©

Prémix est un duo que présente Herman Diephuis à La Parenthèse, une cour en plein air, dans le cadre de La Belle Scène Saint-Denis, qui associe deux lieux de ce département, le Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France et le Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis. Du 9 au 22 juillet de la danse y côtoie du théâtre, une lecture et une rencontre pique-nique. Dans la première discipline, qui nous intéresse, les propositions sont de bonne qualité. 

Présent dans un programme composite, ce tête-à-tête, d'une durée de 30 minutes, suit le fort bon Déplacement dans sa version solo que danse son auteur Mithkal Alzghair (25 minutes) et précède It's a match, de la chorégraphe Raphaëlle Delaunay et de l'écrivain Sylvain Prudhomme (30 minutes), que nous n'avons pas vu. 

Prémix préfigure Mix, la prochaine création d'Herman Diephuis. La feuille de salle explique que Dalila Khatir et le jeune Marvin Clech s'inscrivent dans « une battle ludique (...), un corps-à-corps entre le chant [elle] et la danse [lui] ». Mais, à vrai dire, le cœur du sujet n'est pas celui-ci. Car la femme va injurier, à la manière de, à la manière du racisme le plus abject, le jeune homme (avec un peu d'homophobie au passage). Après les injures caractérisées, vont suivre des propos racistes (« On est chez nous ! », etc.). Certes, elle va mimer un vomissement (de dégoût). Certes est diffusé un morceau de Depeche Mode (Personal Jesus, tiré de l'album Violator, publié en 1991) pour ouvrir l'espace, modifier le cadrage. Mais c'est bien peu. Trop peu. D'autant que, dans le programme, cela donne : « Les deux interprètes jouent avec la question de la différence, de l'identité culturelle et les stéréotypes qui y sont liés. (sic) » Puis, la proposition poursuit son petit bonhomme de chemin. Herman Diephuis va du côté de l'humour un temps, mais c'est surtout dans la douceur et la séduction un autre moment qu'il est juste. 

C'est un sujet trop grave pour être abordé à la légère, et qui ne nous fait pas rire. Il faut l'urgence à dire et la puissance de pensée d'un Pasolini, d'un Genet ou d'un Fassbinder. Sinon, ne faut-il pas s'abstenir ? 

Le réel rode, quand l'art flanche : en sortant de la représentation nous découvrons immédiatement, "par hasard", comme une confirmation, un article que le quotidien Le Parisien vient de publier Attentat de Nice : dans le centre-ville, la parole raciste se libère (1).
Fabien Rivière
(1) À lire ICI.
Programme détaillé de La Belle Scène Saint-Denis. ICI
Prémix d'Herman Diephuis, du 16 au 22 juillet. site du off 

NOUS AVONS AUSSI PUBLIÉ, RÉCEMMENT : 
Que faire de la vulgarité ? (Avignon - Sujets à vif - Capdevielle & Dosch + Cattani & Diephuis)

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