jeudi 6 juin 2013

L'art d'Iffra Dia fait du bien

Vue de la Cartoucherie de Vincennes le 4 juin; à droite un des lieux de June Events,
le Théâtre de l'Aquarium, Photo Espaces Magnétiques ⓒ

Le Festival June Events qui se déroule du 4 au 19 juin dans l'espace verdoyant de la Cartoucherie de Vincennes, avec cette année quelques extensions ailleurs, présentait en ouverture une création du Français Iffra Dia, Issue de secours, deuxième partie d'un triptyque. Bonne pioche. 

On peut avancer d'entrée de jeu que le jeune chorégraphe de Trappes travaille sur le poids et le rebond, deux états contraires. Le poids, sans être lourdingue. Le rebond, sans naïveté. 

Issue de secours, d'Iffra Dia, Photos Adrien Godefroy 

La scène est délimitée, fermée, par trois murs qui suggèrent, comme le sol d'ailleurs, un bois lourd ou du métal, brut et sale. L'énergie des cinq interprêtes et la qualité et l'inventivité de l'écriture sont admirables. On doit nommer tous les danseurs : William «Willy J» Garrouste, Michel «Meech» Onomo, Hervé «Roméo» Kanda, Takeo Ishii «Ismaera» et Christopher «Kyu» Hanani. Qu'ils soient remerciés. Ce sont des hommes, des "bonhommes", comme l'on dit aussi. Des hommes qui demeurent debout, des hommes bons. Ils sont réunis dans un même espace, "en groupe", mais chacun garde son identité. 
    

S'il est question d'enfermement, le spectateur n'est jamais pris en otage. Il conserve son espace. Il ne suffoque pas. On échappe au pathos. Pas de psychologie mais des flux de forces créatrices. Malgré la situation les corps demeurent chaleureux et l'oxygène présent.

Issue de secours ? Il n'y aura pas d'issue, il n'y aura pas de secours. C'est que la domination est sans pitié. 

Le chorégraphe ne veut pas "divertir" au sens de faire oublier le réel. Il essaie à la fois de le montrer, de le penser et pourquoi pas de le déplacer. La distance qui se veut distinguée aux choses qu'une partie de la danse contemporaine prône ne l'intéresse pas vraiment.    


La musique, une création de Charles Amblard est puissante sans être assommante. Elle fait penser au meilleur du groupe britannique Massive Attack. La lumière, de Maël Guiblin, qui longtemps ne viendra que des hauteurs, nous interpelle sur son sens : néon ou néant ? Lumière, au sens d'espoir, ou surveillance et oppression ?   

Si on doit répondre à la question de savoir à quel genre cette danse appartient, on peut dire hip hop contemporain, par son haut degré d'élaboration. On sent chez le chorégraphe un grand appétit.

Fabien Rivière  

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