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mercredi 27 mars 2019

Installation de Jiří Kylián à l'Académie des beaux-arts + Appel à candidatures

Jiří Kylián, Photo DR
Jiří Kylián et sa femme Sabine Kupferberg, Photo DR

Le mercredi 13 mars, le chorégraphe tchèque Jiří Kylián, 72 ans, a officiellement été installé à l’Académie des beaux-arts (Paris, France), par son confrère Hugues R. Gall, membre de la section des membres libres.

L’Académie des beaux-arts a été fondée en 1816. Elle comprend 9 sections : Peinture (I), Sculpture (II), Architecture (III), Gravure (IV), Composition musicale (V), Membres libres (VI), Créations artistiques dans le cinéma et l’audiovisuel (VII, section créée en 1985), Photographie (VIII, section créée en 2005), Chorégraphie (IX, section créée le 9 octobre 2018).

Jiří Kylián a été élu membre associé étranger de l’Académie le 25 avril 2018 au fauteuil du peintre Leonardo Cremonini. Les membres associés étrangers, statutairement au nombre de 16, sont élus parmi des artistes ou personnalités étrangères contribuant par leur action à promouvoir la création artistique dans le monde. Les  membres Associés étrangers forment un dixième groupe, mais pas une section. 

Au cours de cette cérémonie qui s'est tenue sous la Coupole du Palais de l’Institut de France, Hugues R. Gall a prononcé le discours d’installation de Jiří Kylián, avant d’inviter ce dernier à faire, selon l’usage, l’éloge de son prédécesseur.

William Christie, membre de la section des membres libres de l’Académie des beaux-arts, a dirigé à cette occasion l’ensemble Les Arts Florissants.

A l’issue de cette séance, S.A.R. La Princesse de Hanovre lui a remis son épée d’académicien.

Par ailleurs, le 13 mars 2019, les quatre (nouvellement créés) fauteuils de chorégraphes ont été déclarés vacants. Les candidats, de nationalité française, doivent adresser leur lettre de candidature au Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts, Monsieur Laurent Petitgirard, avant le mercredi 27 mars 2019 à 12 heures. Les élections auront lieu le 24 avril prochain.
Fabien Rivière


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DISCOURS de Jiří Kylián (extrait)   Source 


Permettez-moi de vous dire quelques mots de l’art de la danse. La vie est le mouvement, le mouvement est la danse, la danse est la vie. Elle est la forme d’art la plus fugitive et la plus vulnérable, car elle vit et meurt au moment même de sa création. Mais elle est aussi la compagne la plus fidèle de notre vie. Nous dansons, bon an mal an, de l’instant de notre naissance à celui de notre mort. (Quelque chose dont nous, les immortels, n’avons pas à nous soucier.) La danse est le langage de notre corps. Elle révèle l’état de notre être, notre état d’esprit – et elle est certainement notre mode de communication le plus personnel.

Voilà bien des années, j’étais fasciné par les cultures des Aborigènes d’Australie, des cultures restées pratiquement inchangées depuis plus de 40 000 ans. Ce qui m’intéressait particulièrement était la place qu’elles donnent à la danse, comme l‘acte le plus significatif de la vie. En 1982, nous avons organisé en Australie un grand festival de danse aborigène, afin de comprendre pourquoi la danse avait un rôle si important dans leurs sociétés. 

J’ai passé beaucoup de temps avec les Aborigènes. Un jour, j’ai demandé à un vieil homme d’une tribu du désert: “Pourquoi dansez-vous, et pourquoi la danse est-elle si importante pour vous ?” Il m’a répondu : “Parce que mon père me l’a appris et que je dois l’apprendre à mon fils.” Cette simple phrase m’en a plus appris sur l’importance de la danse que des années d’études. Ce que m’a dit cet homme, c’est qu’il était juste un petit maillon d’une chaîne sans fin, un lien entre le passé et le futur. Et que s’il ne remplissait pas son rôle, la chaîne serait brisée et le message perdu pour toujours. D’une certaine manière l’Académie des beaux-arts sert exactement la même fin : elle est un lien entre la tradition et l’innovation, entre ce qui fut et ce qui sera.

Jusqu’à aujourd’hui, l’Académie n’avait honoré que deux artistes de ma discipline, Maurice Béjart et Marcel Marceau, qui ont fait partie de la section des membres libres. Je les aimais tous deux. Béjart fut un innovateur hardi, son langage chorégraphique était très inspirant, clair, puissant, accessible à un large public. Dans les années soixante, lorsque j’étais étudiant au Conservatoire de Prague, un film en 8 millimètres de l‘une de ses créations, Symphonie pour un homme seul, nous est parvenu. Pour moi, cela a été une révélation. Ce petit film en 8 mm m’ouvrait tout un nouvel univers.

C’est à la même époque que j’ai eu la chance de rencontrer l’art de Marcel Marceau. Il fut un créateur et un interprète d’une extrême sensibilité, dont la simple pantomime a ému, enchanté et inspiré des millions de gens. Il fut la plus grande figure de ce que l’on appelle l’Art du silence. Il savait nous montrer les larmes derrière un masque de sourire, il savait nous montrer l’invisible. Il parlait couramment trois langues au moins, mais il n’en avait nul besoin. Son langage silencieux était universel, il parlait droit au coeur, à tous les gens, à toutes les races, à toutes les religions, aux riches comme aux pauvres... et je le salue bien bas.

Aujourd‘hui nous voilà tous assis sous cette même Coupole, les mortels et les immortels. Beaucoup de mortels, que j’admire profondément. Des créateurs, des maîtres, qui pourraient aisément se tenir ici, à ma place. Et nous avons tous en commun quelque chose de beau et de fatal: nous sommes vivants, chaque minute de cette cérémonie nous voit vieillir d’autant, et nous sommes promis à la mort. Les mortels comme les immortels. Oui, nous vivons, nous mourons, nous laissons des traces – grandes ou petites, toutes ces traces devraient être révérées et conservées dans la mémoire. 

samedi 26 mai 2018

Jiří Kylián élu membre de l'Académie des Beaux-Arts et création d'une section de chorégraphie

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Le chorégraphe tchèque Jiří Kylián, 71 ans, vient d'être élu membre associé étranger de l'Académie des Beaux-Arts (créée en 1816), qui est l’une des cinq Académies composant l’Institut de France (créé en 1795 ; par ailleurs constitué de l'Académie française, l'Académie des Sciences, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et l'Académie des Sciences morales et politiques). La cérémonie d’installation de Jiří Kylián à l’Académie des Beaux-Arts devrait avoir lieu avant fin 2019.

De plus, une section de chorégraphie est créée dans la foulée. Elle sera composée à son ouverture de 4 membres. L’Académie passera alors de 59 à 63 membres. Ces statuts seront examinés par le Conseil d’Etat avant la parution du décret dans le Journal Officiel qui créera officiellement cette section.
Fabien Rivière

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 
Vendredi 25 mai 2018
Jiří Kylián élu membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts 
Création d’une section de chorégraphie

Au cours de sa séance plénière du mercredi 25 avril 2018, l’Académie des beaux-arts avait procédé à l’élection de Jiří Kylián en qualité de membre associé étranger au fauteuil précédemment occupé par Léonardo Cremonini.

Cette élection vient de recevoir l’approbation du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, conformément aux statuts de l’Académie.

L’Académie a également adopté, ce 25 avril, une réforme de ses statuts dans la perspective de la création d’une section de chorégraphie. Cette modification des statuts sera prochainement soumise au Conseil d’Etat.

mardi 27 mars 2018

Ballet du Rhin - «Grands chorégraphes européens» : Scholz / Kylián / Forsythe, du bon travail

Riku Ota dans Jeunehomme, de Uwe Scholz, Photo Agathe Poupeney - PhotoScene

C’était en quelque sorte son baptême du feu : nommé en juillet 2016 (ICI), et entré en fonction en septembre 2017, le nouveau directeur du Ballet du Rhin, Bruno Bouché, a présenté son premier programme de la saison, avec trois pièces courtes d'environ une demi-heure chacune (respectivement 26 minutes, 27 minutes 52 secondes et 35 minutes), sous l’intitulé de « Grands chorégraphes européens ». Avec, dans l’ordre d’apparition, Uwe Scholz, Jiří Kylián, et William Forsythe. Un allemand, un tchèque et un américain qui a fait l’essentiel de sa carrière à Francfort (Allemagne). Un mort (le premier, en 2004, à 45 ans) et deux vivants (de 70 et 67 ans). Trois hommes. Trois "classiques" de la danse néo-classique (même si le dernier relève finalement autant de la danse classique que la danse contemporaine, et qu'il est un véritable révolutionnaire). Deux noms connus (Kylián et Forsythe), et un inconnu (du grand public). On notera au passage que Forsythe était présent dans l'exposition de « Chorégraphes américains à l'Opéra de Paris » en 2016. Alors, européen ou américain ? Ce qui est sûr, c'est qu'il a travaillé en Europe pendant presque 40 ans (1976 - 2015), après 26 ans aux États-Unis. 

Mais qui est Bruno Bouché, demanderez-vous peut-être ? Il est entré à l’école de Danse de l’Opéra national de Paris en 1989, avant d’être engagé dans son Corps de Ballet comme Quadrille en 1996, Coryphée en 1999 puis Sujet en 2002. Il dirige depuis 1999 sa compagnie, Incidence chorégraphique. Et, à vrai dire, pour être précis, il faut écrire qu'il dirige dorénavant le « CCN/Ballet de l’OnR », soit le Centre chorégraphique national/Ballet de l'Opéra national du Rhin, qui compte 33 interprètes. La troupe vient d'accueillir 11 nouveaux interprètes, qui ont été sélectionnés parmi 1.000 candidats ! 

Ces soirées dites "composées" posent des problèmes pratiques. Une fois le chorégraphe déterminé et sa pièce choisie, encore faut-il trouver la bonne personne pour la remonter, quand le chorégraphe est peu disponible, et laisser suffisamment de temps aux danseurs, qui doivent être au niveau, pour qu'ils se l'approprient. Les compagnies de ballet passent d'un chorégraphe à l'autre, d'une technique à l'autre, et d'un monde à l'autre, souvent trop vite. Ici, la qualité d'interprétation sera constamment au rendez-vous. 

UWE SCHOLZ   >   Jeunehomme  

Uwe Scholz, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Uwe Scholz est peu connu en France, et c'est bien dommage. En matière de programmation, il y a les noms de chorégraphes à la mode. Et les autres, qui n'existent pour ainsi dire pas. Tout cela n'est pas vraiment compatible avec une véritable culture chorégraphique, qui se doit d'assurer une assez grande diversité de regards. Le Ballet du Rhin est constant dans sa démarche de reconnaissance de la valeur du travail d'Uwe Scholz, puisque c'est sous la direction de Bertrand d'At qu'est présenté Jeunehomme en 2000 sur la musique de Wolfgang Amadeus Mozart (le chorégraphe est alors encore vivant), et sous la direction d'Ivan Cavallari Die Schöpfung [La Création] en 2014 sur du Joseph Haydn et Le Rouge et le Noir en janvier 2017 sur du Hector Berlioz  . 

Uwe Scholz est l'un des rares chorégraphes qui entrait dans un studio de répétition avec la chorégraphie déjà en tête, qu'il écrivait sur partition. À l'origine il souhaitait être chef d'orchestre. Il lisait d'abord la musique, puis rédigeait la danse. Jeunehomme est une création de 1986 pour 21 danseurs des Ballets de Monte-Carlo.  

Il est difficile d'oublier l'interprétation sensible, expressive, toute en émotion, de DongTing Xing (cf. photo ci-dessous). 

DongTing Xing, Photo Facebook

JIŘÍ KYLIÁN    >   27'52''

Le 27'52'' de  Jiří Kylián est une pièce de 2002, qui, certes, se regarde. Quand on rentre dans la salle à l’issue de l’entracte, le rideau de scène est remonté, et les danseurs sont déjà sur scène. Au sol, un vaste carré blanc occupe la plus grande partie du plateau. Le reste est noir. Les 3 garçons, bruns (dont deux barbus) portent des pantalons noirs. Ils sont torses nus, imberbes, costaux aux pectoraux saillants. Les 3 femmes sont en pantalons noirs, haut d’une couleur unie : jaune, rouge ou bleu. Elle sont fines.  

Un son, et ça commence. Très vite, on repère l’influence de William Forsythe : espace éclairé comme un plateau de cinéma la nuit, avec des "noirs" profonds, atmosphère qui suggère la science-fiction. Pourquoi pas. Sauf qu’une influence doit être digérée pour être intéressante. Ce n’est pas le cas ici, où l’on garde la forme sans un vrai travail sur le fond. Comme si on pouvait faire l’économie du cheminement de la pensée et de la poésie de l’américain (ou européen, donc). La musique singe celle de celui qui en fût le collaborateur de longue date, Thom Willems. 

 WILLIAM FORSYTHE  >   QUINTETT 

Quintett, de William Forsythe, avec Renjie-Ma et Céline Nunig , Photo Agathe Poupeney 

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Avec son titre ramassé et factuel, Quintett cache bien son jeu. La création date de 1993 pour le Ballet de Francfort. À vrai dire, nous étions un peu inquiet, tant la pièce n'est pas facile à danser. Depuis que Forsythe n’a plus de compagnie, soit depuis fin juin 2015, ce sont des ballets qui doivent relever le défi. Avec des résultats pas vraiment convaincants. On songe au Ballet de l’Opéra de Lyon (vu au Théâtre de la Ville à Paris en février 2011), et au L.A. Dance Project de Benjamin Millepied (au Théâtre du Châtelet à Paris en mai 2013). Avec cette dernière, seule une danseuse arrivait à relever le défi. Et surprise, la fameuse trappe au sol d’où entraient et sortaient les danseurs avait disparu. Forsythe est prompt à retravailler ses pièces, mais cela est indiqué dans le programme. Ainsi, par exemple, quand il reprend Artifact avec le Boston Ballet en début d'année 2017 cela devient Artifact 2017 (cf notre article ICI). Ici, rien de tel. Interrogé, Benjamin Millepied nous expliquait qu’il s’agissait pourtant d’une « nouvelle version ». Avec le Ballet du Rhin, la trappe était absente à Mulhouse et Colmar, « pour raisons techniques ». On nous promettait son retour à Strasbourg. Hélas, toujours pas de trappe. 

Mais, surprise, l’interprétation est excellente. On peut rappeler le contexte de la création : la maladie et la disparition de l'épouse du chorégraphe, la magnifique danseuse Tracy-Kai Miller. Ici, le corps du danseur est moins puissant, moins assuré, plus relâché, plus adolescent, voire parfois enfantin. Le corps est à la fois présent et absent. Il a quelque chose de fantomatique. Le corps n’est pas homogène. Il articule différentes zones du corps. Les danseurs peuvent se regarder avant d’engager un mouvement commun. Ils peuvent jouer de façon brève. Aller en arrière en se regardant aussi. Il n’y a pas d’enjeux de pouvoir, mais de coopération. C’est franchement bouleversant. La bande-son, de Gavin Bryars, est sublime : un couplet chanté en anglais, doucement, par un vieil homme est joué en boucle, comme psalmodié, méditatif. Rarement la musique répétitive, associée à un certain intellectualisme ou contrôle mental assez froid, a été aussi sensuelle. Là, justement, on perd le contrôle (de sa vie), et il faut faire avec. 
Fabien Rivière 
Ballet du Rhin, Programme Forsythe · Kylián · Scholz (Grands Chorégraphes européens), du 19 octobre au 19 novembre 2017. SIte