mardi 28 février 2017

Réussite - William Forsythe présente «Artifact 2017» à Boston

 Artifact, de William Forsythe, Photo Dieter Schwer
Répétition de Artifact 2017 : au premier plan Patrick Yocum et Misa Kuranaga (Boston Ballet),
second plan la répétitrice 
Kathryn Bennetts et William Forsythe, photo Liza Voll, courtesy of Boston Ballet    
Façade de l'Opéra de Boston (Boston Opera House) où le Ballet de Boston (Boston Ballet) danse Artifact 2017 de William Forsythe, Photos Fabien Rivière ©








Washington Street, où se situe le Boston Opera House, Photo Fabien Rivière ©
Boston se situe à 300 km au nord-est de New York
et 400 km au sud-est de Montréal

Envoyé spécial à Boston (Massachusetts), États-Unis

William Forsythe a débuté son partenariat (« partnership ») de cinq ans avec le Ballet de Boston (Partenariat de William Forsythe avec le Boston Balletce 23 février avec Artifact 2017, présenté jusqu'au 5 mars, qui reprend Artifact, une pièce de 1984La compagnie a déjà proposé 5 pièces du chorégraphe (détails en fin d'article) dans la volonté de constituer un répertoire. Une nouvelle pièce sera ainsi montée chaque année, et, dans l'idéal, une création verra le jour. Certains parleraient de « reprises » mais comme le remarquait justement une ouvreuse le soir de la première il s'agit bien pour le public d'un nouveau ballet.

LE BOSTON BALLET

William Forsythe (à gauche) et Mikko Nissinen, le directeur artistique 
du Boston Ballet, Photo Liza Voll 

Le Ballet de Boston, ou Boston Ballet, est l'une des plus grandes compagnie de ballet des États-Unis, même si elle est peu connue en France. Sa dernière venue dans notre pays date d'il y a presque vingt ans, en 1998, à Biarritz lors du Festival le temps d'aimer la danse. Rappelons que Boston est située à 300 kilomètres au nord-est de New York. C'est la capitale de l'état du Massachusetts. Elle compte 660.000 habitants pour une aire urbaine de 4.670.000 personnes.

Le Ballet de Boston a été fondé en 1963, et est dirigé depuis 2001 par le finlandais Mikko Nissinen (photo ci-dessus). C'est un ancien danseur qui s’est formé dans son pays et à l'école du Ballet du Kirov à Saint-Pétersbourg. Il a dansé dix-neuf ans, successivement au Ballet national finlandais, au Ballet national néerlandais, au Ballet de Bâle (Suisse) et au San Francisco Ballet comme principal (étoile) et comme invité dans différentes compagnies. 

La troupe compte actuellement 56 interprètes (68 si l'on y intègre les 12 membres du Boston Ballet II qui ont de 16 à 21 ans). Le Boston Ballet compte 18 nationalités : 27 viennent des États-Unis (un peu moins de la moitié de l'effectif total), 4 de Georgie, 4 de Corée du Sud, 3 du Japon, 2 de France (Anaïs Chalendard ICI et Florimond Lorieux ICI), 2 d'Australie, 2 du Brésil, 2 d'Italie, et 1 pour l'Argentine, la Finlande, l'Albanie, Cuba, la Hongrie, la Chine, le Paraguay, l'Espagne, la Belgique et le Danemark. Il existe une hiérarchie qui débute à "artists", se poursuit à "second soloists", "soloists", pour atteindre "principal dancers" (étoiles). Depuis 2005 Jorma Elo (Finlande) est « chorégraphe résident » au Boston Ballet. Il existe aussi une École du Boston Ballet (Boston Ballet School).

En comparaison le Ballet de l'Opéra national de Paris compte 154 danseurs, le New York City Ballet une centaine, l'American Ballet Theatre 95, le San Francisco Ballet 78, l'Alvin Ailey American Dance Theater une trentaine et le L.A. Dance Project de Benjamin Millepied 9.

MONEY

Un article du New York Times en 2011 (ICI) rendait compte en détail des problèmes financiers qu'a dû affronter le directeur du Ballet de Boston. Dans une interview à un site français il y a un peu moins d'un an (ICI), ce dernier expliquait les contraintes que faisaient peser sur les ballets l'absence de financement de l'État et les tentations induites par cet état de fait : 
Mais il y a aussi une forte tentation populiste. (...) On voit aussi de plus en plus de productions très "Disney" ou "Broadway". Je crois que c'est un piège. (...) Aux États Unis, il n’y a pas d’investissement de l’État dans la culture. Pour nous par exemple, c’est 0,2% de notre budget et la vente de tickets est loin de couvrir les coûts de la compagnie. Donc nous dépendons des donateurs individuels et des sponsors d’entreprise. Il faut les convaincre de s’engager pour l’art. Je ne suis pas pessimiste mais je suis tout de même un peu inquiet pour l’avenir car j’ai vu des compagnies prendre un tournant très commercial et ne pas y survivre. Il faut coûte que coûte persister à encourager la création et la nouveauté, quitte à prendre des risques. Mais c'est la seule voie qui sera payante et permettra au ballet de se perpétuer comme art.
Le programme de salle précise que les représentations de Artifact sont rendues possibles grâce aux généreuses donations du cercle de sponsors comprenant Donna and Michael Egan (cf. photo ICI), et Andrea et Frederick Hoff (cf. photo ICI). À l'issue de la première, une réception privée réunissant les sponsors en présence des artistes était organisée à l'hôtel The Ritz-Carlton tout proche. 

PRIX DES PLACES

Le prix des places est le reflet des choix économiques. Pour ce programme Artifact 2017 au Boston Opera House, les prix vont de 145 € à 210 € (cf. captures d'écran ci-dessous). 


L'IMPORTANCE de L'ALLEMAGNE et de la FRANCE
pour WILLIAM FORSYTHE

Un peu d'histoire est nécessaire pour comprendre les enjeux du partenariat Forsythe - Ballet de Boston. Né à New York en 1949 et formé aux États-Unis, c'est cependant en Europe que William Forsythe va mener l'essentiel de sa carrière. Et c'est l'Allemagne et la France qui vont lui permettre de mener à bien sa révolution dans le ballet et plus largement dans la danse. D'abord, l'Allemagne. La première pièce du chorégraphe date de 1976, Urlicht (pas de deux), présentée à Stuttgart. ll se voit proposer cette même année à 27 ans d'être chorégraphe résident au Stuttgart Ballet, pour quatre ans. Il prend la direction du Ballet de Francfort à 34 ans en septembre 1984, qu'il dirige vingt ans, jusqu'à sa dissolution en 2004. Succédera la Forsythe Company, pendant dix ans, entre Dresde et Francfort, de 2005 à juin 2015. 

La France a aussi son importante. D'une part, côté danse classique, Rudolf Noureev l'invite une première fois pour chorégraphier pour le Ballet de l'Opéra national de Paris. En 1983, cela donne France/Dance, puis une seconde fois en 1987, qui aboutit à In The Middle, Somewhat, Elevated. D'autre part, côté danse contemporaine, c'est lors du Festival Montpellier Danse de 1988 que la bombe Forsythe explose. Et enfin, William Forsythe sera « en résidence » (comprendre : existence d'un accord financier afin qu'il puisse produire son travail) pendant une dizaine d'années au Théâtre du Châtelet (Paris) de 1990 à 1998.   

ÉTATS-UNIS : REFUS puis ACCEPTATION

Un article intéressant de Mark Franko montre, au contraire, les fortes réticences dans les années 80 et 90 des États-Unis aux expérimentations du maître New Yorkais (dans l'ouvrage William Forsythe and the Practice of Choreography ICI).  

D'une certaine façon, on peut penser à l'achèvement d'une trajectoire, dans un "retour au pays". D'une part, il y a l'enseignement depuis peu à Los Angeles (notre article ICI), et d'autre part maintenant ce partenariat sur une longue durée. 

ARTIFACT 2017

Artifact, qui date de 1984, est la première pièce de William Forsythe qu'il conçoit en tant que directeur du Ballet de Francfort. Dans son esprit, c'est un travail non fini, toujours en cours, puisqu'il a été créé dans l'urgence en trois semaines à l'époque. C'est très peu pour composer une soirée entière. 

Artifact 2017 est un ballet en quatre parties. On pourrait préciser un ballet contemporain, qui raconte des histoires d’aujourd’hui. Selon Forsythe c'est « un hybride de danse et de théâtre » (« a hybrid of dance and theater », selon le Boston Globe ICI). En effet, trois personnages incarnent le théâtre, la Femme en Gris (« The Woman in Grey), hiératique, mystérieuse et silencieuse, L'Homme avec un mégaphone (« Man with Megaphone »), assez discret voire effacé, La Femme en robe historique (« Woman with Historical Dress »), qui parle beaucoup dans une prolifération de mots, et qui a besoin d'occuper tout l'espace. On se disait soudain qu'il s'agissait de trois figures : l'Inconscient, le Père et la Mère. Par ailleurs, quarante danseurs, dans des justaucorps verts sombres. Les femmes sont sur pointes.

L’acte 3 est nouveau. Les danseurs sont regroupés au bord de la scène. Une palissade noire un peu plus haute qu’eux les y parque, leur interdisant l’accès à la plus grande partie du plateau. On sent aussi que l’espace qui demeure disponible interdit la danse. Debouts, à gauche les hommes, regroupés, pourraient être des soldats qui  vont partir au combat, à droite les femmes regroupées de la même façon (on pourrait aussi parler de deux chœurs). Au milieu, assis chacun sur une chaise rouge, en face à face, La Femme en robe historique et l’Homme au mégaphone. La femme part dans un slam. L’homme lui répond d’une certaine façon. Les danseurs et les danseuses vont chanter. Ambiance musical. On peut rester sur sa faim. L’acte 3 est bref.

La danse est à la fois complexe et répétitive. Elle demeure cependant très lisible. Et tonique. Le travail des bras est remarquable. Les corps sont des hiéroglyphes dont l'humanité aurait perdu la signification. D'une civilisation passée, ou future ? Difficile à dire. Le silence se mêle à la musique. Les éclairages ajoutent une dimension dramatique. Le rideau de scène descend et remonte à plusieurs reprises, tombant dans un claquement. Les corps, dans leurs physicalités et leurs trajectoires, suggèrent des planètes en déplacements dans l'espace infini, vide et froid. Faut-il alors parler d'une pièce métaphysique et mystique ? La dimension stellaire d'Artifact 2017 est en tout cas manifeste. 
Fabien Rivière
Artifact - Boston Ballet ICI
William Forsythe - Choreographic Objects  www.williamforsythe.de   

LE BOSTON BALLET et WILLIAM FORSYTHE

Le Ballet de Boston a déjà remonté plusieurs pièces de William Forsythe Love Songs (1979) en 1989. Et sous l'actuelle direction de Mikko Nissinen, In the Middle, Somewhat Elevated (1987) en 2002 et 2005, The Vile Parody of Address (1988) en 2008, The Second Detail (1991) en 2011, 2012, et 2014, et The Vertiginous Thrill of Exactitude (1996) en 2015 et 2016.

ARTIFACT 2017 par le BOSTON BALLET



SAISON 2016 - 2017 du BOSTON BALLET 

— (février-mars) William Forsythe Artifact (1984)
— (mars-avril 2016) George Balanchine Donizetti Variations (1960)
                             + Jiři Kylián Wings of Wax [Ailes de cire] (1997)
— (avril-mai) Marius Petipa, additional choreography by Sir Frederick Ashton
                        The Sleeping Beauty [La Belle au Bois Dormant] (1890, 1939)
— (mai) George Balanchine Stravinsky Violin Concerto (1972)
            + Jerome Robbins The Concert (or, the Perils of Everybody) (1956)
            + Jorma Elo (55 ans, Finlande)  CRÉATION 

SAISON 2017 - 2018 du BOSTON BALLET

— (novembre) Wayne McGregor Obsidian Tear  (2016, The Royal Ballet) 
                     Jorma Elo (55 ans, Finlande) Finlandia   CRÉATION 2017 
— (nov.-déc.)  Mikko Nissinen  The Nutcracker  [Casse-Noisette(1892, 2012)
— (mars-avril 2018) William Forsythe  Pas/Parts 2016 (2016, San Francisco Ballet)
        + Justin Peck In Crease (2012, New York City Ballet)
        + Jorma Elo  Bach Cello Suites (2015, Boston)
— (mars-avril) John Cranko Romeo & Juliette (1962, Stuttgart Ballet) 
— (mai-juin)  George Balanchine Prodigal Son (1929) 
                         + Chaconne (1976) + Stravinsky Violin Concerto (1972)
— (mai-juin) Auguste Bournonville La Sylphide (1836) + Bournonville Divertissements 

RÉPERTOIRE du BOSTON BALLET (2002 - 2015)

Chorégraphes : Pino Alosa, Karole Armitage (USA), Frederick Ashton (Royaume-Uni), George Balanchine (24 pièces), Christopher Bruce (Royaume-Uni), Val Caniparoli (USA), Jeffrey Cirio (USA), Lucinda Childs (USA), Florence Clerc, John Cranko (Afrique du Sud), David Dawson (Royaume-Uni), Alexander Ekman (Suède), Jorma Elo (Finlande), Sorella Englund (Finlande), Michel Fokine, Maina Gielgud (Royaume-Uni), James Kudelka (Canada), Jiří Kylián, Harald Lander (Danemark), José Martinez, Peter Martins (Danemark / New York City Ballet), Léonide Massine, Sabrina Matthews (Canada), Wayne McGregor (Royaume-Uni), Mark Morris (USA), Heather Myers (Canada), John Neumeier, Bronislava Nijinska, Vaslav Nijinsky, Mikko Nissinen, Rudolf Nureyev, Marius Petipa, Helen Picket (USA), Viktor Plonikov (Ukraine), Jerome Robbins, Twyla Tharp (USA), Antony Tudor (Royaume-Uni), Rudi van Dantzig (Hollande), Hans van Manen (Hollande), Christopher Wheeldon (Royaume-Uni), Norbert Vesak (Canada), Yury Yanowsky (Boston Ballet), Leonid Yakobson (Russie), Lila York (USA), Petr Zuska (République tchèque).        

lundi 27 février 2017

Étude - Dépenses culturelles des collectivités locales (2015 - 2017)


GRATUIT - Vient de paraître - Format Pdf (15 pages) > ICI
Auteur : Observatoires des politiques culturelles (Grenoble, France) 

   RÉSUMÉ :  

Cette note de conjoncture présente des résultats relatifs à l’évolution des dépenses culturelles des régions, des départements et des villes de plus de 100 000 habitants entre 2015 et 2016.

Globalement, la tendance majoritaire qui se dessine en 2016 est celle d’une baisse des budgets de fonctionnement, dans des proportions qui restent contenues en moyenne à hauteur de -4 % pour les régions, -5 % pour les départements et -7 % pour les villes de plus de 100 000 habitants.

Si en 2017, plus de la moitié des régions de notre échantillon affiche un espoir de stabilité de leur effort pour la culture, ce n’est pas le cas des départements et des villes de plus de 100 000 habitants qui sont partagés entre des perspectives de baisse ou de stabilité. Respectivement 27 % des départements et 29% des villes de plus de 100 000 habitants envisagent une baisse de leur effort, tandis que 34% des départements et 36% de cette caté- gorie de villes projettent une stabilité de leurs dépenses cul- turelles.

Photos - Walker Art Center, Minneapolis : Extérieur

Je suis à Minneapolis, au nord des États-Unis, à l'occasion de l'exposition Merce Cunningham CO:MM:ON TI:ME au Walker Art Center, en abrégé le Walker. Et le moins que l'on puisse dire est que je ne suis pas déçu ! Cela vaut en effet le déplacement. Aussi bien pour l'exposition (j'y reviendrai), le bâtiment, et la ville. 

Le Walker est un musée fondé en 1879 par Thomas Barlow Walker. Il se trouve à son emplacement actuel depuis 1927. Il est établi sur une propriété de plus de 69 000 m² qui comprend deux bâtiments et des parcs. L'aile nord [deux photos ci-dessus, en bas] ouverte en 1971 fut dessinée par Edward Larrabee Barnes. En 2005, une extension conçue par les architectes suisses Herzog & de Meuron est ouverte, doublant ainsi la surface d'exposition du musée et offrant également un restaurant [Esker Grove], un théâtre de 385 places [Mc Guire Theater] (source : Wikipedia), une librairie, une boutique, une médiathèque et des bureaux pour l'administration. Le tout est situé à dix minutes en bus du centre ville. 

Le Mc Guire Theater a proposé cette saison de la danse, de la musique et un peu de théâtre. 

Côté danse, l'excellent Alesandro Sciarroni (Italie), Pavel Zuštiak (New York), Jérôme Bel avec GALA, Jérôme Bel et une rencontre Talking Dance and Screening, Karen Sherman (Minneapolis), Out There - A Festival of Performance Alternatives en janvier (avec Andrew Schneider (New York), Faye Driscoll, Okwui Okpokwasili et Philippe Quesne (théâtre, France)), la Batsheva Dance Company, une programmation associée à l'exposition Cunningham avec d'anciens danseurs de la dernière formation de la Merce Cunningham Company (Events avec Dylan Crossman, Silas Riener, Jamie Scott et Melissa Toogood sous la direction d'Andrea Weber), le ballet de Lorraine présentant trois pièces de Cunningham, Sounddance, Fabrications et Devoted, et enfin, des travaux de Maria Hassabi, Rashaun Mitchell + Silas Riener + Charles Atlas et Beth Gill. 

Côté musique Colin Stetson, David Lang, Amir ElSaffar, Mbongwana Star, Kneebody + Daedelus = Kneedelus, Roomful of Teeth, Steve Coleman's Natal Eclipse et Tunde Adebimpe (TV on the Radio).

Ah oui, n'oubliez pas : les armes à feu sont bannies du musées. À l'entrée, il est ainsi écrit : « The Walker Art Center bans guns in these premises » (Le Walker Art Center interdit les armes dans ces locaux) (cf. photo ci-dessous).
Fabien Rivière
PHOTOS FABIEN RIVIÈRE ©
« The Walker Art Center bans guns in these premises »
Couverture du programme 2016 - 2017 de la Performing Arts Season du Walker Art Center 

jeudi 23 février 2017

Anne Teresa de Keersmaeker à l’Opéra : pour quels enjeux ? (« Così fan tutte » de Mozart)

Vues de la scène du Così fan tutte d'Anne Teresa De Keersmaeker avant le début 
de la représentation (haut), et aux saluts (bas), Photos Fabien Rivière ©

Proposer à un/e chorégraphe contemporain/e la mise en scène d’un opéra est peut-être une bonne idée. Mais peut-être pas. À vrai dire la question reste ouverte. Ainsi l’Opéra national de Paris présentait du 23 janvier au 19 février 2016 pour une série de 6 représentations un Così fan tutte. Opera buffa en deux actes que signe la Belge Anne Teresa De Keersmaeker. La production sera reprise la saison prochaine du 12 septembre au 21 octobre 7 fois (En savoir +). On peut préciser qu'un opéra bouffe est un opéra traitant d'un sujet comique ou léger. 

Così fan tutte, qui date de 1790, est le dernier opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, qui meurt en 1791 à 35 ans. Le livret est de Lorenzo Da Ponte

Ce qui frappe, dans un premier temps, c’est le décalage qui existe entre la qualité de la musique et la relative faiblesse du texte du livret, qui comprend des discussions assez banales et des réflexions plus générales assez belles sur le sujet abordé. L’enjeu est simple : des hommes vont tester la fidélité de femmes. Sans doute, pour l’époque, on peut noter l’égalité entre les hommes et les femmes, et l’intervention d’une servante avec qui l’on discute sur un pied d’égalité en quelque sorte.

Nous avons assisté à la 5° (et avant-dernière) représentation, du deuxième balcon face. Quand on regarde vers le bas, vers la corbeille, on observe une majorité de chevelures blanches. Pour le renouvellement du public, on repassera. Dans un théâtre à l’italienne seules certaines catégories de places, les plus chères, jusqu'à la catégorie "Optima" à 210 € pour ce programme, permettent une bonne visibilité. Les autres places ne permettent de voir qu’une partie de la scène.    

La scène est vide, — si ce n’est 7 hauts panneaux rectangulaires verticaux transparents et pas très larges installés les uns à côté des autres sur une ligne qui va vers le fond du plateau, à droite et à gauche en bord de scène, — d’une scène immaculée de blanc, qui suggère un vaste loft - hangar, avec au fond cette lourde, haute et large porte métallique fermée.  

Le chef Suisse Philippe Jordan, directeur musical de l'Opéra national de Paris, dirige l’orchestre et les choeurs. C’est professionnel. Façon de dire qu’il manque un élément fondamental : l’émotion. C’est un peu gênant. Chaque chanteur est doublé par un danseur. À l’origine il y avait deux distributions de danseurs, l’une venant du Ballet de l’Opéra de Paris, l’autre de la compagnie de la chorégraphe, Rosas. Les premiers ont été remerciés à Noël pour une raison qui demeure inconnue, justifiée ou pas (mais ils semblent déçus de cette fin abrupte). Côté danse, on est frappé par la grande et constante pauvreté de la gestuelle. À l'inverse, le Golden Hours (As you like it), qui date de 2015, d'Anne Teresa De Keersmaeker, était un chef-d'œuvre.

On passe donc une soirée « tranquille », « propre », sans émotion et sans écriture des corps. On peut penser à un gentil spectacle bourgeois. On aurait aimé que la chorégraphe manifeste un peu plus de tempérament, elle en a, en secouant un peu tout cela, qu’elle soit un peu moins « timorée », « bien élevée », sinon « sage », comme une image. Elle semble avoir perdue en route la nécessité du projet, pour autant qu’il y en ait eu une au commencement. 
Fabien Rivière

lundi 20 février 2017

Rennes - Paperboard, série sur la conférence d'artiste, du 8 au 10 mars




Au croisement de la théorie et de la performance, du cours et du corps-à-corps, la conférence d’artiste s’est imposée comme un modèle réflexif et souvent ludique, interrogeant simultanément le statut de l’acte et de la parole. Qu’ont à nous apprendre ces artistes qui réfléchissent leur pratique en incarnant un discours ?

L’Université Rennes 2 et le Musée de la danse s’unissent pour proposer un temps de réflexion et de représentation, autour de cette forme qui fait ce qu’elle pense et dit ce qu’elle fait...

       AU PROGRAMME :        

            colloque : La conférence comme performance

jeudi 9 et vendredi 10 mars, Université Rennes 2, amphithéâtre L3

Performances et Conférences performées :

Vox artisti : la voix de ses maîtres / Guillaume Désanges avec Mélanie Mermod
mercredi 8 mars, 19h, auditorium EESAB

inging / Jeanine Durning, par Simon Tanguy
jeudi 9 mars, 11h45, Université Rennes 2, bâtiment Mussat, atelier 2
NOUS AVONS PUBLIÉ Simon Tanguy parle le « inging »

Quand le corps délivre des images / Anne Creissels
jeudi 9 mars, 15h30, amphi L3

Oblivion / Sarah Vanhee
jeudi 9 mars, 20h, Musée de la danse / St-Melaine

Performer la recherche : faire de l’in situ dans l’oeuvre de Deborah Hay / Laurent Pichaud
vendredi 10 mars, 10h, amphi L3

La langue brisée (1) / Pauline Le Boulba
vendredi 10 mars, 11h30, amphi B4

Marco Decorpeliada, l'homme aux schizomètres / Marcel Bénabou, Baptiste Brun,
Dominique De Liège, Jean-Luc Deschamps, Yan Pélissier, Olivier Vidal
vendredi 10 mars, 16h, amphi L3

Échauffement public avec Laurent Pichaud
dimanche 12 mars, 12h, place du recteur Henri Le Moal

café 420 n°3 : Les artistes font-ils les poubelles ? par la Collective et la Belle Déchette 
du 10 au 12 mars, Ateliers du Vent


Revue - Arts sacrés : "Danse, rythme et mystique"

Le danseur et chorégraphe espagnol de flamenco Israel Galván 
en couverture de la revue Arts sacrés. Photo Javier del Real

La revue trimestrielle Arts sacrés, basée à Perpignan (France) et dont le directeur est le Frère Philippe Markiewicz, dans son numéro de janvier - mars 2017, n° 35, consacre un dossier de 50 pages au sujet suivant : Danse, rythme et mystique. 
Prix : 15,90 €
 SOMMAIRE
Le corps dansant : entre ivresse et guérison  France Schott-Billmann
Danse et christianisme : des relations difficiles ?  Jean-Claude Schmitt
La danse sacrée dans la spiritualité juive : la danse hassidique  Paul B. Fenton 
Les danses soufies  Thierry Zarcone 
La danse des Orixás  Stefania Capone 
Entre Rajasthan et Andalousie. Une enquête expérimentale  Miriam Phillips
Chorégraphes modernes, danseurs enthousiastes  Élodie Verlinden 

dimanche 19 février 2017

Sergei Polunin dans la campagne « Make Love not Walls » de Diesel, filmée par David LaChapelle

C'est le danseur né en Ukraine Sergei Polunin qui ouvre le clip de la campagne printemps - été 2017 (Spring - summer) de Diesel, Make Love not Walls (Faites l’amour, pas des murs), mis en ligne le 14 février. 

« Diesel takes on the Wall, a symbol of separation by definition, breaking it down to create strong storytelling throughout the imagery developed around it: walls are built and the Diesel love tank breaks it with a heart shape turning a symbol of separation into a happy place full of flowers of celebration of freedom and love.

“At Diesel, we have a strong position against hate and more than ever we want the world to know that,” explains Artistic Director Nicola Formichetti. “Love and togetherness is cru-cial in creating a society we all want to live in, and the future we all deserve.”

Committed to diversity and the rights of individuals around the world, the iconic American artist and photographer David LaChapelle collaborates with Formichetti to break down barriers. »

Song: Higher Love by Alex Vargas

Vitry : au Mac/Val, ils veulent tous un câlin de l’artiste Jean-Luc Verna nu

Vue de l'exposition de Jean-Luc Verna au Mac/Val


 .
Le Parisien, Laure Parny, 19 février 2017.

L’artiste Jean-Luc Verna, dont l’exposition cartonne au musée d’art contemporain Mac/Val de Vitry-sur-Seine [sud de Paris, France] jusqu’au 26 février proposait ce dimanche une performance entièrement nu. On a testé pour vous. > SUITE 

Livre - La vie d'une école historique : « Mudra, 103 rue Bara. L'école de Maurice Béjart 1970 - 1988 »

Couverture de l'ouvrage

Nous étions à Bruxelles (Belgique), ce vendredi 13 mai 2016, à l'occasion de la sortie du livre Mudra, 103 rue Bara. L'école de Maurice Béjart 1970 - 1988 que signe Dominique Genevois aux éditions Contredanse. Une journée était dédiée à l'événement, Sur les traces de Mudra, qui s'est déroulée de 14h à minuit. De 14h à 17h l'auteure de l'étude a donné un atelier « chorégraphique, vocal, théâtral et musical » dans l'esprit de Mudra.

L'auteure de Mudra, 103 rue Bara, Dominique Genevois, 
lors de la présentation du livre le 13 mai dernier, Photo Fabien Rivière

Nous avons assisté, à 18h30, à la présentation de l'ouvrage par son auteure (cf. photo ci-dessus) devant une salle comble, et en présence d'Anne Teresa De Keersmaeker. La française Dominique Genevois a fréquenté Mudra dès 1972 puis a dansé pour Maurice Béjart pendant quinze ans, avant de rejoindre Maguy Marin à Créteil (France) en 1988. Elle enseigne actuellement la danse classique. 

La rédaction du livre relève du tour de force, un violent incendie ayant détruit les archives de l'école en 1992 (ICI), entreposées dans le vaste hangar qui a accueilli cette aventure humaine pendant dix huit ans, de 1970 à 1988. À l'origine du projet il y a un désir : « Je me suis tellement éclatée dans cette école ! ». Mais Dominique Genevois n'est pas naïve : « Ce sont des écoles qui font des déchets, beaucoup de blessures. »

Il a fallu retrouver tous les Mudristes, comme ils se nomment, répartis sur la planète, au Japon comme à Los Angeles. Un projet où l'oralité a une place de choix :  « C'est la parole de beaucoup de nos camarades », dit-elle. L'index comporte ainsi 850 noms. Le résultat se veut cependant modeste. Il s'agit de « petites pierres à l'édifice de la culture chorégraphique » ; « Je me suis bien gardé de dire que c'est la vérité. » 

La dimension internationale de l'entreprise a été rappelée, militant pour le mélange des cultures, où les langues parlées s'enchevêtraient allègrement. « Ce qu'a réussi Béjart, c'est nous mettre tous ensemble ! »

Intervention de Claudio Bernardo, Photo Fabien Rivière

La présentation de Dominique Genevois s'est accompagnée de témoignages d'anciens élèves que sont Claudio Bernardo (cf. photo ci-dessus), Nicole Mossoux, Diane Broman et Jean Gaudin (cf. photos ci-dessous). On pouvait craindre un caractère trop officiel et donc l'ennui à des « lectures ». Il n'en fut rien. Au contraire, l'émotion fut intense, et constante. 

Voici quelques notes, loin d'être exhaustives : en véritable crooner, Claudio Bernardo mêla parole et chant. Avec franchise, il parla sans pathos de la dureté de ce métier (de chorégraphe), où les uns détestent les autres. Profitant de la dimension mystique de Béjart, le visage en direction du ciel, il l'apostropha, lui demandant de venir. Le défunt avait été très critiqué, disait-il, mais sa présence demeurait. Nicole Mossoux, timide, parlait de « cicatrice », et de l'anorexie qu'elle avait dû affronter. « Nous étions malléables et fragiles. » Diane Broman rappelait qu'au moment de partir de l'école, l'image qui lui était venu à l'esprit était celle d'une porte qui s'ouvrait et ... d'un coup de pied au cul. Elle poursuit : « Je venais d'une famille désargentée et j'ai pu faire çà. Je peux le dire aujourd'hui, il y a prescription. Maurice me donnait de l'argent de sa poche pour [que je puisse] faire l'école. »  

Intervention de Jean Gaudin, Photos Fabien Rivière

Pour Jean Gaudin, très détendu, Maurice Béjart nous apprend à nous sentir libre. Il lâche le micro, on lui demande de s'en saisir pour l'enregistrement, il le reprend, devant un parterre qui apprécie son esprit. Il danse, très en forme. Il lâchera le savoureux « On a jamais appris le répertoire de Maurice Béjart ! », échappant ainsi au danger d'une certaine forme de reproduction stérilisante du style du Maître. Il remarque l'incroyable pluralité des trajectoires et surtout des styles des élèves sortis de l'école, témoignage de la liberté qu'il a évoqué au début de son propos.

Nul doute que, s'il doit y avoir une réédition du livre, elle devra comporter l'intégralité (sans coupes) des interventions des quatre protagonistes. 

LE LIVRE : MUDRA, 103 RUE BARA 
Inauguration de Mudra avec Maurice Béjart, page tirée de Mudra, 103 rue Bara

Avant toute chose, il faut expliquer que si la vie artistique et d'enseignement du chorégraphe Français Maurice Béjart se développe à Bruxelles et pas à Paris, c'est que la capitale française est aux mains des balletomanes, qui ne reconnaissent pas la valeur de sa danse novatrice, dite « moderne ». Il devra en conséquence s'expatrier. Il a la chance d'être accueilli par Maurice Huisman, le directeur du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, qui lui donnera les moyens de travailler à partir de 1959. L'ouvrage montre bien que l'entreprise est indissociablement artistique et politique, au sens où il a fallu constamment batailler (et s'épuiser) avec les autorités politiques pour obtenir les financements nécessaires. 
Fabien Rivière

Mudra, 103 rue Bara. L'école de Maurice Béjart 1970 - 1988, Dominique Genevois, Éditions Contredanse (Bruxelles, Belgique), 444 pages, 28 €, diffusé en France. SITE

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