vendredi 10 août 2018

Edgar Degas : Petite danseuse de quatorze ans, 1880 - 1881 (1922)


Photos Fabien Rivière © 
— Bronze, textile. 
     Exposé au Musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, Pays-Bas.
     Edgar Degas (Paris, 1834 - Paris, 1917).

NOTICE du Musée Boijmans Van Beuningen (texte anglais ci-dessous : (1))
« Marie van Goethem avait quatorze ans quand elle a posé pour cette sculpture. Degas l'a modelé dans de la cire colorée et l'a fourni avec de vrais cheveux, un arc de soie, de vrais vêtements et des ballerines. Il est presque aussi réaliste que les modèles en cire de Madame Tussauds [musée de cire fondé en 1835 à Londres par l'artiste française Marie Tussaud] et a provoqué un scandale lors de son exposition en 1881. Degas n’a plus jamais montré ses sculptures en public, bien qu’il en ait réalisé quatre-vingt. Vingt-cinq copies en bronze de la petite danseuse ont été coulées après sa mort. » [traduit de l'anglais par Espaces Magnétiques]
     
NOTICE du Musée d'Orsay, Paris, France (ICI) :
« À la mort de Degas, en 1917, on trouva dans son atelier 150 sculptures en cire ou en terre. Du vivant de l'artiste, l'ensemble était demeuré à peu près inconnu du public, à l'exception de la Danseuse de 14 ans, que Degas montra à l'exposition impressionniste de 1881.

Colorée au naturel, coiffée de vrais cheveux, vêtue d'un tutu et de véritables chaussons, elle témoigne d'un hyperréalisme, d'un vérisme poussés à l'extrême. Présentée dans une vitrine à la manière d'un spécimen de museum, elle révèle un Degas presque anthropologue ou naturaliste. Les critiques ne s'y trompèrent pas : l'oeuvre fut violemment accusée de représenter la fillette de manière bestiale ; on la compara à un singe ou un aztèque ; on lui trouva un visage "où tous les vices impriment leurs détestables promesses, marque d'un caractère particulièrement vicieux".

Degas poussait ainsi à bout la logique du réalisme, si en vogue par ailleurs, en dépeignant sans fard ni hypocrisie, de manière quasi scientifique, la société de son temps. L'édition en bronze qui fut faite après sa mort, dont la statuette du musée d'Orsay est un exemplaire, tenta de préserver au mieux les caractéristiques de la cire. La cage de verre est le seul élément voulu par Degas lui-même, affirmant le statut d'oeuvre d'art de la Danseuse. »
(1) « Marie van Goethem was fourteen when she posed for this sculpture. Degas modelled it in coloured wax and furnished it with real hair, a silk bow, real clothes and ballet slippers. It is almost as lifelike as the wax models at Madame Tussauds, and caused a scandal when it was exhibited in 1881. Degas never showed his sculptures in public again, although he made as many as eighty. Twenty-five bronze copies of the little dancer were cast after his death. »

lundi 6 août 2018

Attic Abasement (USA) - Dancing is Depressing (Full Album)



« attic abasement is me, Mike Rheinheimer (guitars, singing), Keith Parkins (bass), Emily Monaco (keys), and Joe Parker (drums). We are playing shows, writing songs, and making records in/around Rochester, NY.»    atticabasement.bandcamp.com  Facebook

1.  00:00  Australia — 03:04
2.  03:04  Sorry About Your Dick — 03:26
3.  06:30  A Werewolf — 03:49
4.  10:19  Opium Eyes — 02:15
5.  12:34  Problems Getting Numb — 03:15
6.  15:49  Both of Me — 01:46
7.  17:35  Seamstress at the Bar — 02:38
8.  20:13  Spread the Word — 03:42
9.  23:55  So Much — 04:02
10.  27:57  Change Machine — 07:09
Pochette de l'album

Mort à 32 ans de Rick Genest alias Zombie Boy



2011

Le Canadien Rick Genest alias Zombie Boy, modèle, performer, musicien (il préparait un album) et poète (il préparait aussi un recueil de textes), est mort mercredi 1er août dans l'après-midi à Montréal. Il se serait suicidé selon la police, ce que conteste les proches qui parlent d'un accident. Il est tombé du balcon de son appartement, à quelques jours de ses 33 ans, le 7 août. En 2011, il avait participé au clip Born This Way de Lady Gaga (à voir ci-dessous).
Fabien Rivière

vendredi 3 août 2018

Nomination de Pascale Murtin, François Hiffler et Margot Videcoq aux Laboratoires d’Aubervilliers

François Hiffler, Pascale Murtin et Margot Videcoq rue Lecuyer à Aubervilliers en juin 2018,
où se situent Les Laboratoires 
d'Aubervilliers, Photos DR



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Les artistes Pascale Murtin et François Hiffler et l'administratrice Margot Videcoq viennent d'être nommés à la direction des Laboratoires d’Aubervilliers, ville populaire et métissée, limitrophe du nord de Paris (France). Les deux premiers ont fondé en 1982 le duo Grand Magasin. La troisième a travaillé pour Latifa Laâbissi, Volmir Cordeiro, Grand Magasin, Martine Pisani et Yvonne Rainer. Le mandat débute le 1er janvier 2019, et dure trois ans. Ils succèdent à Alexandra Baudelot, Dora García et Mathilde Villeneuve en poste depuis 2013.

Pascale Murtin définit son travail ainsi : 
Il s'agit de textes écrits à quatre mains pour être proférés à au moins deux voix. Ils sont à mi-chemin du théâtre, de la poésie sonore et de la performance tout en n'appartenant à aucune de ces catégories officielles.
Les Laboratoire se présentent ainsi :
Les Laboratoires d’Aubervilliers sont un lieu dédié à tous les champs de la création artistique, avec une attention particulière à la danse et aux arts visuels ; un lieu d’expérimentation tant par la nature des projets accueillis qui prennent notamment la forme de projets et de recherches d’artistes en résidence, que par l’articulation et les modes de rencontres avec le public et qui créent les conditions pour le renouvellement et le questionnement des formes artistiques ; un lieu dont l’inscription territoriale est multiple (locale, départementale, nationale et internationale) avec une préoccupation forte pour le travail en réseau et auprès des publics.
Fabien Rivière
   COMMUNIQUÉ DE PRESSE    

Les Laboratoires d’Aubervilliers seront dirigés à partir du 1er janvier 2019 par Margot Videcoq, Pascale Murtin et François Hiffler

Suite à l’appel à candidature publié en mars 2018, le conseil d’administration des Laboratoires d’Aubervilliers, après consultation avec les représentants de la Ville d’Aubervilliers, du Département de la Seine-Saint-Denis, de la Région Île-de-France et de la DRAC Île-de-France, ont retenu la candidature de Margot Videcoq, Pascale Murtin et François Hiffler.

Conformément aux statuts des Laboratoires d’Aubervilliers, le choix s’est porté sur une direction collégiale réunissant des artistes et/ou commissaires, nommée pour un mandat de trois ans.

Le projet artistique de Margot Videcoq, Pascale Murtin et François Hiffler pour la direction des Laboratoires d’Aubervilliers est nourri de leurs expériences et pratiques singulières qui n’ont eu de cesse de dépasser les questions de catégories ou disciplines. Il propose des approches expérimentales pour initier une multitude de « rendez-vous » dans lesquels l’art, autant par ses formes que ses contenus, place le contexte, la réception et la destination au centre des représentations, manifestations, résidences et recherches qui structurent leur proposition. C’est ainsi qu’ils imaginent et proposent des façons de diversifier les modes d’adresse, afin de mieux interroger et mobiliser les publics d’Aubervilliers et alentours.

Le conseil d’administration des Laboratoires d’Aubervilliers tient par ailleurs à exprimer sa reconnaissance et à adresser ses chaleureux remerciements à Alexandra Baudelot, Dora García et Mathilde Villeneuve qui pendant six ans auront dirigés Les Laboratoires d’Aubervilliers avec le souci d’inscrire leur projet artistique au cœur du territoire d‘Aubervilliers, privilégiant des modes diversifiés de partage des savoirs et des pratiques. Elles auront ainsi significativement contribué à affirmer Les Laboratoires comme un lieu d’expérimentations collectives et pluridisciplinaires profondément connecté aux enjeux politiques et sociaux actuels via ses réseaux locaux et internationaux.  En savoir + 

jeudi 19 juillet 2018

Avignon - Rocío Molina mouline (« Grito Pelao »)

Vue du plateau de Grito Pelao de Rocío Molina avant le début de la représentation, Photo Fabien Rivière © 
Saluts, à l'issue de la représentation de Grito Pelao (de d.à g. : la mère de Rocío Molina Cruz Lola Cruz, Rocío Molina, et la chanteuse Silvia Pérez Cruz, et les quatre musiciens), Photo Fabien Rivière

Sans doute la danseuse et chorégraphe de flamenco Espagnole Rocío Molina déploie-t-elle beaucoup d'énergie pendant les deux heures de sa nouvelle pièce créée pour le Festival d'Avignon (In). Mais il manque un élément important : l'émotion. Le thème pourtant semble s'y prêter puisqu'il est question de sa maternité. Elle est en effet enceinte de seize semaines. Le cycle (de la tournée) s'achèvera au terme de 21 représentations en France et en Espagne (Barcelone, Malaga, Séville, Saragosse et Madrid), à Paris à Chaillot début octobre prochain (après Nîmes).

Trois scènes font exceptions : quand elle roule au sol doucement et de façon débridée (une jambe par-ci, un bras par-là) avec la chanteuse Sílvia Pérez Cruz ; quand, assise sur une chaise, très masculine, elle échange avec un musicien, debout, qui danse lui aussi ; quand elle disparaît puis réapparaît avec une longue barbe noire (cf. photo ci-dessous) : faut-il alors parler de femme à barbe, d'homme à barbe, ou de créature à barbe ? 

 Grito Pelao de Rocío Molina, Photo Christophe Raynaud de Lage - Festival d'Avignon

Sinon, aussi bien la danse, le chant et les paroles sont assez pauvres, comme les échanges avec la chanteuse et la propre mère de l'artiste présente sur le plateau (à l'opposé du May He Rise and Smell the Fragrance [en français, Puisse-t-il se relever et humer le parfum] du Libanais Ali Chahrour, cf. ICI). On est assez loin des avancées contemporaines d'Israel Galván (dont la dernière pièce a été programmée dans la Cour d'honneur du Palais des Papes l'année dernière). Faut-il parler de flamenco (de scène) old school ? Et comment l'expliquer ? D'une part, dans le dossier de presse, la danseuse donne des éléments de réponse :
« Pour danser, j'avais besoin de franchir une frontière de douleur, de mettre mon corps dans une situation extrême qui, une fois franchie, faisait cesser la douleur et me permettait d'atteindre un état dans lequel je pouvais danser.
Voilà deux ans que je m'efforçais d'appuyer sur la pédale de frein et d'assouplir la discipline. Freiner, ne pas m'éreinter, dormir. Au plan hormonal, j'allais très mal, j'avais l'air d'une sportive de haut niveau, mon corps était tendu. J'ai retrouvé le corps que j'avais perdu. Un corps si entraîné à la douleur que j'avais cessé de le sentir ; certaines nuits, je touchais mon bras et je ne sentais rien.  J'étais capable de répéter dix heures d'affilées, d'enchaîner dix représentations à la suite ... Mais j'ai cessé de sentir mon corps, j'ai perdu des cycles de sommeil, même au plan émotionnel je ne ressentais rien, c'était comme si mon corps économisait jusqu'à ses larmes. J'avais un corps puissant, très puissant. mais il était mort. »
Bref, elle n'a pas réussi à sortir de sa prison corporelle (et mentale). D'autre part, il est difficile de ne pas être frappé par un certain narcissisme qui ferme l'espace autour de soi, et qui fait qu'en plus on apprend rien sur l'artiste.    
Fabien Rivière

—  Grito Pelao, de Rocío Molina, du 6 au 10 juillet, Festival d'Avignon (In). ICI 

jeudi 12 juillet 2018

Le temps des Créatures (Avignon, La Belle Scène Saint-Denis, Richard / Lamotte / Lescourant & Faye)

Avant le programme, les danseurs s'échauffent, Photo Fabien Rivière

Ça n'a l'air de rien, mais le Festival La Belle Scène Saint-Denis en est déjà à sa 7° édition. Le titre indique bien la volonté d'affirmer la vitalité et la beauté d'un département populaire et métissé souvent présenté sous un angle dramatique (pauvreté, drogue/s, etc.). Il associe deux lieux du département du nord de Paris, le Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France (dont la programmation est plutôt axée sur la Danse) et le Théâtre Gérard-Philipe (TGP) à Saint-Denis (plutôt Théâtre). La manifestation, qui doit chaque année se battre pour son budget, s'est imposée par le sérieux de son travail de défrichage artistique. 

ALBAN RICHARD >  Vivace 

Vivace, d'Alban Richard (du haut vers le bas : début de la pièce, en cours, saluts),
Photos Fabien Rivière ©

Côté Danse, deux programmes différents de trois pièces de trente minutes sont présentés à 10 heures dans la cour arborée de La Parenthèse, située plutôt dans le centre de la ville d'Avignon, sous un auvent léger de toile  blanche, comme la voile d'un navire, quand il fait encore bon, puisque en journée on dépasse allègrement les 30°. 

Le premier programme est intéressant et divers, même si une thématique s'en dégage (le second programme sera à découvrir dimanche prochain). Vivace est signé Alban Richard, qui est à la tête du Centre chorégraphique national de Caen en Normandie depuis septembre 2015. C'est un duo de deux garçons lancés dans une mécanique infernale, quoique parfaitement réglée. Le plus souvent face au public, ils débutent avec des pas simples, répétitifs, à droite et à gauche, les bras collés au corps. Devant eux, au sol, il suffit pour le danseur d'appuyer sur un interrupteur blanc pour changer la musique. On passe ainsi de la techno (très bonne bande-son, avec Sleeparchive (Berlin) et The Shoes (Reims, France), par exemple) à de la musique classique (Jean-Sébastien Bach et Michael Nyman), en passant par du R&B (Jackie Wilson et Dinah Washington). Par la façon de tenir son corps si droit, on songe à Louis XIV, même si au fur et à mesure les corps vont se relâcher. Louis XIV dans son élément ou dans une rave. Mais toujours Louis XIV. Le contexte ne vous change/ra pas. La pièce devrait plutôt se nommer Under Control, tant il est vrai qu'il n'est pas question de le perdre ce contrôle (de soi). Le mot "vivace" suggère une certaine organicité sauvage et innocente, absente ici. Manifestement les temps sont durs, et on doit être un dur à cuire pour survivre ? 

À un moment on passe musicalement par du rap, on semble même le singer, on peut le faire, mais c'est un exercice délicat pour un Blanc de sembler se moquer d'une musique souvent Noire, quand on a manifestement pas fait l'expérience des conditions de vie du ghetto US par exemple (c'est un Blanc qui rédige ces lignes), de la misère sociale et du racisme quotidien (faut-il rappeler les trois morts brutales récentes d'excellents jeunes rappeurs US : XXXTentacion, 20 ans, et Jimmy Wopo, 21 ans, ont été abattus le même jour, le 18 juin dernier, le premier au nord de Miami (Floride), le second à Pittsburgh (Pennsylvanie); le rappeur Blanc Lil Peep est mort d'overdose le 17 novembre 2017 à 21 ans). 

SYLVÈRE LAMOTTE>  Les Sauvages [extraits] 

Les Sauvages, de Sylvère Lamotte, Photos Fabien Rivière ©

Faut-il en parler ? Et comment ? Toujours est-il que le casting entièrement masculin de Les Sauvages de Sylvère Lamotte est l'un des plus sexy du Festival d'Avignon In et Off confondus, même si il n'est pas le seul, puisqu'il en est de même chez Thierry Smits (Bruxelles, Belgique) avec Anima Ardens (ils sont entièrement nus) à La Manufacture et chez le Glaucos de Mikaël Six (Grasse, France) (ils sont torses nus et en sueur) au Théâtre Golovine (cf. ICI). Et après, diront certains. En effet, et après ? 

On ne verra que les trente dernières minutes d'une œuvre qui dure une heure.  Qui oscille entre présentation d'une bande de copains, d'origine rurale et populaire, qu'il s'agirait d'étudier, et la reproduction de tableaux anciens et de photographies contemporaines de tragédies. Mais quand un homme s'allonge sur le sol face contre terre, recouvert par un autre, et ainsi de suite, on ne songe pas à un monceau de cadavres. C'est que le chemin pour aboutir à la scène est beaucoup trop court pour être convaincant. Rendre la photo originale sans le contexte et sans le poids de l'histoire est fort difficile. Il faudrait des corps hantés (Meg Stuart peut le faire très bien). Sinon, on n'obtient qu'une forme plastique. Sauvages ? Plutôt très sages (comme des images). 

SANDRINE LESCOURANT et JOHANNA FAYE >  Syn.

Syn. de Sandrine Lescourant et Johanna Faye, (bas: saluts) Photos Fabien Rivière ©

Sandrine Lescourant et Johanna Faye proposent un duo qu'elles chorégraphient, Syn.. La seconde vient d'être nommée au sein d'un regroupement de chorégraphes à la direction du Centre chorégraphique national de Rennes (cf ICI). Syn., comme Synchronicité, ou Synthétique ? Il s'agit ici, selon la feuille de salle, d'explorer « l'infime connexion qui les relie », leurs « différences ». Soit. Mais on a plutôt le sentiment d'une grande identité de personnalités, et, dans ces profondeurs, de deux créatures d'un film de science-fiction plutôt gore, qui se rapprochent, s'associent un temps, se jaugent et finalement s'éloignent. Est-ce à dire que pour juger un individu il ne faudrait pas trop se fier aux apparences immédiatement perceptibles ?

Finalement, dans les trois propositions, l'humanité est plutôt laissée de côté. À l'inverse du travail, l'année dernière au même endroit, de Mickaël Phelippeau, un solo, Juste Heddy (lire notre Deux façons pour la danse contemporaine de parler de l'Autre (Mélanie Perrier / Mickaël Phelippeau)). 
Fabien Rivière
Programme du 9 au 14 juillet 2018. 

mardi 3 juillet 2018

Des chorégraphes maltraitent-ils les danseurs ? : Lettre ouverte des danseuses et danseurs

Fabien Rivière pour Espaces Magnétiques 

Le blog français HILDA, — sous titré Why the fuck am I a dancer ? — du nom de la danseuse professionnelle qui en est à l'origine, publie un texte signé par 29 interprètes professionnels, Lettre ouverte des danseuses et danseurs « Nous avons des prénoms », qui décrit le déroulement d'une audition qui s'est déroulée au CentQuatre (Paris) le 15 juin 2018, simultanément pour quatre chorégraphes (Emilio Calcagno, Kaori Ito, Anthony Egea, Kettly Noël). Ils détaillent un certain nombre de faits survenus, et estiment que cette audition s'est mal passée. Et affirment : 
Votre comportement, lors de cette audition, n’est pas en adéquation avec la responsabilité et la mission de votre compagnie. Votre audition a été la fois de trop. Nous ne voulons plus que cela se reproduise.
On peut élargir le questionnement en précisant que la Lettre ouverte est adressée à différents interlocuteurs, dont le Centre national de la danse, qui a connu sa première grève le 4 octobre 2016 (ICI et ICI), révélant aussi un profond malaise. Et si on élargit encore, on peut remarquer la violence des uns sur les autres, notamment mais pas seulement de ceux qui ont des postes de pouvoir sur ceux qui n'en ont pas ou moins (programmateurs sur chorégraphes, programmateurs sur journalistes, etc.). On pourrait parler de violence professionnelle ou sociale. D'où la question : comment en est-on arrivé là, que faire pour que cela cesse, quelle organisation professionnelle mettre en place ? 
Fabien Rivière
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[introduction par le blog]
Par cette lettre ouverte des danseuses et danseurs, ce n’est pas seulement ma voix que je partage. Ce sont LES voix à  l’unisson des danseuses et danseurs qui ont envie de faire changer les choses. Et je suis fière que cela se produise ici.  Le 15 juin 2018 se tenait au cent-quatre, l’audition sur convocation, de la Compagnie Eco, dirigée par Emilio Calcagno. Le projet réunit quatre chorégraphes, Emilio Calcagno, Kaori Ito, Anthony Egea, Kettly Noël. Quatre postes sont à pourvoir : 2 hommes, 2 femmes. Malheureusement, l’audition pour ce projet, s’est mal passée. Ici, c’est un Nous, danseuses et danseurs, qui parlons aujourd’hui. Afin de dire à cœur ouvert, ce que nous ressentons tout bas. Nous avons décidé de ne pas garder pour nous ce qui s’est passé, afin d’apporter une vraie réflexion sur notre métier, et les conditions problématiques de certaines auditions.

A l’attention du Ministère de la Culture, de la compagnie ECO, des chorégraphes Emilio Calcagno, Kettly Noel, Antony Egea, Kaori Ito, de l’établissement Le cent-quatre, du Centre National de la Danse, ainsi qu’à toutes et tous, actrices et acteurs de notre métier, danseuses, danseurs, chorégraphes, assistantes et assistants chorégraphes, directrices, directeurs de compagnies, productions, administratrices, administrateurs, directrices et directeurs de théatres, metteuses et metteurs en scène…
Nous sommes danseuses et danseurs free-lance. Sélectionnés, après envoi de nos candidatures et vidéos spécifiquement demandées, puis convoqués à votre audition se déroulant à Paris, nous nous sommes déplacés depuis Paris, mais aussi de toute la France, d’Angleterre, de Suisse, d’Allemagne… Nous avons payé, avions, trains, trajets, hôtels et frais annexes pour être présents devant vous en ce 15 juin 2018.
Votre audition a eu lieu au cent-quatre : l’espace idéal lorsque nous n’avons pas de budget pour nos entraînements ou répétitions de futurs projets, puisque libre d’accès, et ouvert à tous.
L’audition de votre projet, destiné à la scène, se déroule dans les grands espaces du cent-quatre sur ce sol en béton. Pourquoi ce choix alors que des studios de répétitions existent là-bas ?   > SUITE  

lundi 2 juillet 2018

Le Tarmac bouge toujours

Nous publions intégralement la lettre (ou newsletter) qu'a publié aujourd'hui Le Tarmac - La scène internationale francophone, qui propose théâtre et danse, lieu parisien toujours menacé de fermeture par le Ministère de la Culture et de la Communication (Défendre le Tarmac (Pétition + Soirée de mobilisation)), car elle nous semble très instructive. 


Le Tarmac en résistance #10


Le ministère de la Culture tente de maquiller sa décision d'un cadre légal

Cher(e)s ami(e)s,


Nous venons de vivre en deux jours plus de rebondissements qu'en cinq mois de lutte. Pour le meilleur... Et pour le pire !

Une newsletter particulièrement longue aujourd'hui... Mais édifiante !


> Conférence de presse des élus du 20ème arrondissement

Les élus du 20ème arrondissement de Paris ont organisé une conférence de presse ce mercredi 27 juin au Tarmac. Ils ont évoqué "la situation du Tarmac, l'incompétence du gouvernement dans la gestion de ce dossier et l'importance d'un lieu dédié à la création francophone à Paris". 

"La décision de fermer le Tarmac a été prise de manière totalement inconsidérée. [...] Nous sommes là pour exiger une réponse claire. Le silence du ministère met le personnel du Tarmac dans une situation d'instabilité inacceptable" a précisé Pierre Laurent, sénateur de Paris.
George Pau-Langevin, députée de Paris et ancienne ministre, a quant à elle déploré le manque de considération de nos dirigeants : "On peut voir ici une programmation qu'on ne voit pas ailleurs. On a le sentiment que ces cultures-là n'intéressent pas le ministère".
De son côté, Raphaëlle Primet, conseillère de Paris, est revenue sur la "méthode incroyable" employée par la ministre : "on a l'impression que les choses n'ont pas été préparées".
Enfin, Nathalie Maquoi, conseillère de Paris, a évoqué le travail de terrain du Tarmac avec les établissements scolaires et sociaux du territoire : "ils se sentent bien et chez eux au Tarmac", avant de conclure fermement : "Il est nécessaire que le ministère confirme la saison 18-19 au Tarmac, et ce, très vite."

> Le courrier de confirmation de la saison 18-19

Quelques heures après cette conférence de presse, nous avons reçu le courrier officialisant le maintien de notre saison 18-19. Nous pouvons maintenir avec un grand soulagement notre programmation au complet. Une première victoire qui ne signe en rien l'arrêt du combat. Trop de questions restent en suspens : que deviendra le Tarmac et son personnel ensuite, qui assurera la visibilité des artistes francophones en France, qui se chargera du travail de fond, relationnel, culturel, politique et administratif, nécessaire à leur programmation en France ?...

> Un curieux appel à projet ouvert... Très (Théâtre) ouvert...

Au moment-même où ce courrier nous parvient, nous apprenons fortuitement que le ministère lance, de façon confidentielle, un appel à projet express pour l'occupation du 159 avenue Gambetta à compter du 1er janvier 2020 (soit après les travaux qui débuteront au théâtre à la fin de notre saison 18-19), sans y mentionner l'occupant actuel : le Tarmac.

Dans une première version, il y est clairement mentionné que : "Au cours du dernier trimestre 2017, le ministère de la culture a été sollicité par l’association Théâtre Ouvert qui a fait part de son intérêt pour le lieu et lui a présenté un projet artistique défendant les écritures contemporaines et la parole des artistes de toutes les francophonies. Ce projet rencontre les objectifs poursuivis par le ministère sur le site du théâtre situé au 159 de l’avenue Gambetta". Ainsi donc, le lauréat est tout trouvé et a eu, en prime, plus de six mois pour peaufiner son offre.

Notons que le 159 avenue Gambetta se situerait dans le 19ème, selon le ministère... Quel bel intérêt porté au territoire et à ses enjeux...

> Une médaille au goût amer

Pendant ce temps, Valérie Baran, directrice du Tarmac, s'est vue décorée à l'Assemblée Nationale, de l'Ordre de la Pléiade de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Une récompense qui aura été l'occasion de profiter d'une belle tribune. Ainsi, Valérie Baran a pu rappeler la place décisive du Tarmac dans l'histoire de nombreux artistes internationalement reconnus tels que Fiston Mwanza Mujila, Serge Aimé Coulibaly ou Dieudonné Niangouna : "A travers eux me reviennent tous les autres, les 1100 artistes accueillis au Tarmac, au coeur du 20ème arrondissement, formidable outil qui m'a permis d'oeuvrer à la promotion de la francophonie". 

"Cette décoration salue surtout le formidable travail réalisé depuis plus de treize ans par l'équipe remarquable du Tarmac" a-t-elle tenu à ajouter, avant de conclure par quelques mots empruntés à Achille Mbembé : "Nous militons pour une langue monde. Une langue dont l'humanité toute entière pourrait se servir dans le but de partager des paroles neuves et engagées. Depuis des années, c'est ce que le Tarmac s'efforce d'accomplir : mettre, patiemment, nos mondes en relation. Alors, Monsieur le Président Macron, dites-nous : où irons-nous chercher la force de refaire ce qui est en train d'être défait ?"
Pétition en ligne : faites grimper les signatures !
Revivez les LIVETWEETS de la semaine
Le Tarmac - La scène francophone internationale

dimanche 1 juillet 2018

Présence de la Danse dans les débats du Festival d'Avignon 2018

Photo Fabien Rivière 

LUNDI 9 JUILLET
14h30 -  Émerger, et après ? Organisé par Chorégraphes Associés
Avec Jean-François Munnier, programmateur danse de l’Etoile du nord et du festival Concordanses; Daniel Larrieu, chorégraphe ; Naomi Fall, chorégraphe ; Lisie Philips, chorégraphe ; Matthieu Nieto, chorégraphe
Le débat est modéré par Emmanuel Serafini, suivi d’un échange avec le public.
— Cloître Saint-Louis

10h-12h – Point d'informations professionnelles pour les compagnies de danse et les artistes chorégraphiques
Quelles sont les ressources offertes par le CND pour développer un projet chorégraphique ? Découvrez les différents outils et services concernant: l’emploi et les métiers, la formation et l’insertion, la reconversion; l’organisation et l’économie du secteur; le droit (réglementation du spectacle et de l’enseignement, statuts de l’artiste et de l’enseignant, assurance chômage...) ; la santé. Organisé par le CN D
Informations et Rendez-vous: ressources@cnd.fr ou 01 41 839 839
— Village des professionnels du Off [+ Jeudi 12, 15h-17h]

MARDI 10
9h30-12h30 – Ateliers de la pensée – Rencontres Recherche et Création
Le jeu et la règle ! – Jeu, geste et langage
Avec Guillaume Dumas, Institut Pasteur ; Sonja Kotz, University of Manchester ; Adrien Meguerditchian, CNRS-Université Aix-Marseille ; Olivier Py ; Jochen Sandig et Sasha Waltz ; Louis Schweitzer ; Elisabetta Visalberghi, National Research Council de Rome. Organisé avec l’Agence nationale de la recherche
— Cloître Saint-Louis – entrée libre sur réservation : recherche-creation-avignon.fr

CAFÉ DE SYSTÈME D
14h30-16h30 – Rencontre CN D / SystèmeD(anse)
SystèmeD(anse), groupement informel de professionnels du monde de la danse, propose un temps de rencontre sur l’actualité du secteur. L’occasion d’échanger sur les préoccupations qui traversent le monde de la danse actuellement.
— Salle de commission 1er étage – ISTS (Institut supérieur des techniques du spectacle), Réunion publique

14h30-18h – Ateliers de la pensée – Rencontres Recherche et Création
Le jeu et la règle! – Jouer le jeu: société, conversation, émotion...
Avec Alain Badiou; Marguerite Chabrol, Université Paris 8; Véronique Dasen, Université de Fribourg; Philippe Desan, Université de Chicago; Didier Galas; Emanuel Gat; Edouard Gentaz, CNRS - Université de Genève; Tiphaine Karsenti, Université Paris Nanterre; Jack Katz, Université de Californie Los Angeles; Jacques Moeschler, Université de Genève; Pascale Piolino, Institut universitaire de France, Université Paris Descartes
Organisé avec l’Agence nationale de la recherche
— Cloître Saint-Louis – entrée libre sur réservation : recherche-creation-avignon.fr

16h30-18h – Ateliers de la pensée – Dialogues artistes-spectateurs
Avec Rocío Molina et l'équipe artistique de Grito Pelao
Animé par Rémi Alcaraz, Thibaut Courbis et Margot Dacheux (Ceméa) 
— Site Louis Pasteur Supramuros de l'Université d'Avignon – accès libre

MERCREDI 11
14h-18h – Ateliers de la pensée – Rencontres Recherche et Création
Le jeu et la règle ! – Suivre la règle? Normes, transgressions, arrangements 
Avec François Chaignaud; Sébastien Chauvin, Université de Lausanne; Aude Fauvel, Université de Lausanne; Geneviève Fraisse, CNRS; Mitchell Greenberg, Université Cornell; Nino Laisné; Catriona Seth, Université d’Oxford Organisé avec l’Agence nationale de la recherche
— Cloître Saint-Louis  – entrée libre sur réservation : recherche-creation-avignon.fr

16h30-18h –  Metteurs en scène et Chorégraphes : Quelle rémunération pour ces professions au double statut ?
Atelier juridique Artcena / CN D
Comment se définissent juridiquement les professions de chorégraphe et de metteur en scène? Sous quel(s) statut(s) interviennent-ils et selon quelles modalités contractuelles?
Statut de salarié, conventions collectives, rémunérations, statut d’auteur et protection sociale seront abordés.
Avec Samuela Berdah, chargée de l’information juridique et production au CN D, Apolline Raffner et Rose Pinson-Berthet, chargées de l’information juridique à Artcena
— Salle de commission 1er étage – ISTS (Institut supérieur des techniques du spectacle), Réunion publique

JEUDI 12 
13h30-17h – Des économies, des singularités
Avec Stéphanie Aubin, Maison des Métallos; Cécile Backès, Comédie de Béthune; Laurent Barré, Centre national de la danse; Angeline Barth, Maison professionnelle du spectacle vivant; Solène Bellanger, ministère de la Culture; Pierre-Jean Benghozi, École polytechnique; Jean-Samuel Beuscart, Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Orange Labs; Philippe Chapelon, SNES; Romaric Daurier, Syndeac; Annelies Fryberger, Ircam, CNRS, Sorbonne Université, Centre Pompidou; Nathalie Garraud, CDN Montpellier; 25 Bérénice Hamidi Kim, Université Lyon 2; Christian Laget, Région Paca; Emmanuel Mahé, École nationale supérieure des Arts Décoratifs; Arnaud Meunier, Comédie de Saint-Étienne; Amel Nafti, Villa Arson Nice, École nationale supérieure d’art; Jean-Noël Tronc, Sacem; Cécile Rabot, Université Paris Nanterre; Hyacinthe Ravet, Université Paris-Sorbonne; Luc Robène, Université de Bordeaux; Judith Roze, Institut français; Solveig Serre, CNRS, Centre de musique baroque de Versailles; Jeremy Sinigaglia, CNRS, Université de Strasbourg / Organisé avec l’Agence nationale de la recherche, le ministère de la Culture, l’Institut supérieur des techniques du spectacle, la Maison professionnelle du spectacle vivant
— Cloître Saint-Louis – entrée libre sur inscription sur recherche-creation-avignon.fr

SAMEDI 14
17h30-19h – Ateliers de la pensée – Dialogues artistes-spectateurs 
Avec François Chaignaud, Nino Laisné et l’équipe artistique de Romances Inciertos, un autre Orlando. Animé par Rémi Alcaraz, Thibaut Courbis, Margot Dacheux (Ceméa)
— Site Louis Pasteur Supramuros de l'Université d'Avignon – accès libre

MARDI 17 
11h-12h – Rencontre Foi et Culture
Avec Ali Chahrour, chorégraphe de May He Rise and Smell the Fragrance 
— Chapelle de l'Oratoire – accès libre

MERCREDI 18 
14h30-16h – La SACD au Conservatoire – Entretien avec Phia Ménard 
Avec Phia Ménard - Animé par Laure Adler 
— Conservatoire  du Grand Avignon – accès libre

JEUDI 19
14h30-16h – Ateliers de la pensée – L’Éclatement du genre au théâtre. À quoi obéit l’éclatement du genre au théâtre?
Avec Emmanuelle Favier, auteure ; Phia Ménard ; Anne Pépin, agente principale aux politiques Commission européenne secteur genre. Animé par Sarah Authesserre, L’Écho des planches, et Sylvie Martin-Lahmani, Alternatives théâtrales
— Site Louis Pasteur Supramuros de l'Université d'Avignon – accès libre

VENDREDI 20
14h-15h – Territoires cinématographiques – Bambi 
Réalisation Sébastien Lifshitz
L’histoire de Bambi, figure mythique des cabarets parisiens des années 1950-60.  Rencontre avec Phia Ménard et Bambi à l’issue de la projection
— Utopia-Manutention

DIMANCHE 22
14h30-16h – Ateliers de la pensée – Livrer combat: regards croisés de Phia Ménard et Emanuel Gat
Se libérer du patriarcat, des systèmes d’oppression qui entravent nos vies et qui s’arrogent un droit sur l’autre. Avec Emanuel Gat, Phia Ménard / Animé par Marjorie Carré et Jean-Jacques Goron, Fondation BNP Paribas
— Site Louis Pasteur Supramuros de l'Université d'Avignon – accès libre

MARDI 24 
11h-12h – Rencontre Foi et Culture
Avec Raimund Hoghe, chorégraphe de 36, Avenue Georges Mandel et Canzone per Ornella
— Chapelle de l'Oratoire – accès libre