dimanche 16 décembre 2018

Agenda Danse et performance - Paris et sa région Janvier 2019

1  —  Théâtre de la Ville - Les Abbesses
2  —  Théâtre de la Ville à la MC 93 - Bobigny 
3  —  Théâtre de la Ville - Espace Cardin  
4  —  Odéon - Théâtre de l'Europe  
5  —  La Colline - Théâtre national   
6  —  Festival Faits d'hiver  
7  —  Opéra de Paris 
8  —  Théâtre des Champs-Élysées
9  —  Cité des sciences et de l'industrie 
10  —  Philharmonie
11  —  Tarmac 
12  —  Maison de la Musique de Nanterre 
13  —  Centre national de la danse - Pantin 
14  —  Atelier de Paris Carolyn Carlson CDCN 
15  —  Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines - Scène nationale  
16  — L'Onde - Vélizy-Villacoublay
17  —  TND Chaillot 
18  —  Palais des Congrès
19  —  CentQuatre





1  —  Théâtre de la Ville - Les Abbesses (18°)
Vincent Dupont (France)  Refuge   50 mn. 
Du mardi 8 au vendredi 11 janvier.  Photo M. Domage  En savoir +   

Kat Válastur (Grèce)   OILinity  55 mn.
Du lundi 14 au mercredi 16 janvier 20h. En savoir +


Igor & Moreno [Igor Urzelai & Moreno Solinas] (Royaume-Uni)  Andante 
Vendredi 18 au dimanche 20 janvier. Photo DR  
En savoir +  

Adi Boutrous (Israël)  Submission   
Du jeudi 24 au samedi 26 janvier 20h. Photo DR  En savoir +    


2  —  Théâtre de la Ville à la MC 93, Bobigny (93) 
Phia Ménard  Saison sèche 
Du jeudi 10 au dimanche 13 janvier. Photo DR En savoir +   


3  —  Théâtre de la Ville - Espace Cardin (8°)
Didier Eribon - Thomas Ostermeier  Retour à Reims    Théâtre - version française
_ Texte : Retour à Reims, de Didier Eribon, paru en 2009 (ICI), en poche en 2010 (ICI), nouvelle édition poche en 2018 précédée d'un entretien avec Edouard Louis (ICI).  
Du vendredi 11 janvier au samedi 16 février. En savoir +  



4  —  Odéon - Théâtre de l'Europe (6°)
Christophe Honoré  Les Idoles    Théâtre
Du vendredi 11 janvier au vendredi 1er février. En savoir + 
            « Les deux dernières décennies du XXe siècle resteront dans l’Histoire comme “les années sida”. La génération à laquelle appartient Christophe Honoré fut la première à parvenir à l’âge adulte en étant pleinement consciente de cette menace. Honoré a eu vingt ans en 1990, l’année de la mort du cinéaste Jacques Demy. L’année aussi où le chorégraphe Dominique Bagouet créa Jours étranges, dont Honoré vit trois ans plus tard une performance posthume. (...) En rendant hommage à ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré revient aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse. “ Un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après?” »
— Nous avons publié : Christophe Honoré : Comment danse-t-on après ?    



5  —  La Colline - Théâtre national (20°)
Angélica Liddell  The Scarlet Letter  
Du jeudi 10 au samedi 26 janvier. Photo Bruno Simao  En savoir +    


6  —  Festival Faits d'hiver    Danse
         Du lundi 14 janvier au mercredi 20 février. 
         Onze Lieux. Quinze chorégraphes. En savoir +   
Affiche du Festival Faits d'hiver, Edouard Hue, Photo Gregory Batardon
Théâtre de la Cité internationale — 14 & 15 janvier 20h30
Thomas Lebrun  Another look at memory    quatuor - 1h Photo Frédéric Iovino

Théâtre de la Bastille — 16 > 31 janvier 21h (relâche du 20 au 24/01 et le 27/01)
Jan Fabre  The Generosity of Dorcas     solo - 50 mn. Photo Marcel Lennartz


Micadanses — 21 & 22 janvier 20h30
Yaïr Barelli   Dolgberg   solo - 1h

Le Carreau du Temple  — 23 & 24 janvier 19h30
Marion Levy  Training    solo - 1h

Centre culturel suisse — (Soirée partagée) 29 > 31 janvier 20h
Laurence Yadi & Nicolas Cantillon  Today    solo - 40 mn.
 + Édouard Hue Forward    solo - 25 mn.


7  —  Opéra de Paris
Rudolf Noureev  Cendrillon 
Opéra Bastille, du lundi 26 novembre au mercredi 2 janvier. En savoir + 

John Neumeier  La dame aux camélias 
Palais Garnier, du vendredi 30 novembre au jeudi 3 janvier. En savoir + 


8  —  Théâtre des Champs-Élysées (8°)
Ballet de l'Opéra national de Kiev  Casse-Noisette
Du dimanche 23 décembre au dimanche 6 janvier. En savoir +   


9  —  Cité des sciences et de l'industrie (19°)
Exposition corps et sport 
Du mardi 16 octobre au samedi 5 janvier. En savoir +  

Exposition Microbiote (d'après le livre Le charme discret de l'intestin
Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019. En savoir +  


10  —  Philharmonie (19°)
Exposition Comédies musicales, la joie de vivre du cinéma 
Du vendredi 19 octobre au dimanche 27 janvier. En savoir +  
Espace dʼexposition de la Philharmonie. 




.
11  —  Tarmac (20°)
Moïse Touré et Jean-Claude Gallotta  2147, et si l'Afrique disparaissait ? 
Du mercredi 9 au vendredi 11 janvier. En savoir +  Photo Guy Delahaye


12  —  Maison de la Musique de Nanterre (92)
Fabrice Lambert  Aujourd'hui Sauvage 
Samedi 19 janvier 20h30. En savoir +   Capture d'écran Espaces Magnétiques 

Ambra Senatore  Nos amours bêtes 
Samedi 26 janvier 18h. En savoir +  


13  —  Centre national de la danse, Pantin (93)
 « Dix-sept projets de recherche et de notation ont bénéficié d’une aide à la recherche et au patrimoine en danse en juin 2017. Chercheurs et notateurs présentent ici l’avancée de leurs travaux. » (suite en février 2019)
_ Exposés de recherche - Jeudi 17 janvier 14h. En savoir +  
_ Exposés de recherche - Jeudi 24 janvier 14h. En savoir +  
_ Exposés de recherche - Jeudi 31 janvier 14h. En savoir +  


14  —  Atelier de Paris Carolyn Carlson CDCN (12°)   Site  
Yasmine Hugonnet  Chro no lo gi cal 
Vendredi 18 janvier à 20h30 ;  
Samedi 19 janvier à 18h + dîner un.e artiste à ma table 

Ashley Chen  Rush 
Jeudi 31 janvier et vendredi 1er février 20h30. Visuel Compagnie Kashyl 


15  —  Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale (78)
DeLaVallet Bidiefono  Monstres / On ne danse pas pour rien 
Vendredi 11 et samedi 12 janvier 20h30, Grand Théâtre. En savoir + Photo Christophe Péan 

Yasmine Hugonnet  Le récital des postures  
Mardi 22 janvier 20h30, Petit Théâtre. En savoir +  Photo Anne-Laure Lechat 

Yasmine Hugonnet  Chronological Trio  
Jeudi 24 janvier 19h30, Petit Théâtre. En savoir +  Photo Anne-Laure Lechat 


16  — L'Onde, Vélizy-Villacoublay (78)
Cie Black Sheep [Johanna Faye et Saïdo Lehlouh]  FACT     
Mardi 22 janvier au jeudi 24 janvier 20h30. En savoir +  Photo Clément Lesaffre 


17  — TND Chaillot (16°)
Thomas Guerry et Camille Rocailleux  Bounce !   Danse - musique - jeunesse 
Du mercedi 9 au samedi 12 janvier. En savoir +  

Emmanuel Gat et Ensemble Modern  Story Water 
Du jeudi 10 au dimanche 13 janvier. En savoir +  

Abou Lagraa  Wonderful One 
Du mercredi 16 au jeudi 24 janvier. En savoir +  

CCN - Ballet de Lorraine  Plaisirs inconnus 
Du jeudi 17 au vendredi 25 janvier.  En savoir +  

Alban Richard et Arnaud Rebotini [musique]  Fix me 
Du mardi 29 janvier au samedi 2 février. En savoir +  

GöteborgsOperans Danskompani - Damien Jalet  Skid 
Du jeudi 31 janvier au samedi 2 février. En savoir +  


18  —  Palais des Congrès (17°)  
Shen Yun (Chine)  
Du mercredi 16 au dimanche 20 janvier, et du jeudi 9 au dimanche 12 mai. En savoir +  


19  —  CentQuatre (19°)
Erwan Ha Kyoon Larcher  Ruine   cirque - musique - danse 
Du samedi 19 janvier au samedi 2 février. En savoir +  
Dans le cadre du Festival Les Singuliers, 3° édition (19/01 > 16/02).

Olivier Dubois  Pour sortir au jour   solo    Conseillé 
Du mardi 22 au samedi 26 janvier. Photo Fabien Rivière  En savoir +
Dans le cadre du Festival Les Singuliers, 3° édition (19/01 > 16/02).   
 

vendredi 7 décembre 2018

Revue - Soirée de lancement de "Repères" #42 : «Ce que la marche fait à la danse»

<<  À l’aube des « dancewalks » de Foofwa d’Imobilité ou du « Songlines » de Joanne Leighton, ce nouveau numéro de Repères, cahier de danse est consacré au rôle actuel de la marche dans l’écriture chorégraphique. 
Plutôt que d’aborder la marche au prisme de techniques codifiées visant à explorer ce que la danse fait à la marche, on peut aussi renverser la question : Que fait la marche à la danse ? Quels dialogues se tissent à la rencontre des spatio-temporalités de la marche, un art d’expérience, avec le monde de la danse ? 
Danser en marchant est souvent acte de résistance, de découverte de soi et d’autrui. Geste ordinaire issu de la vie quotidienne, la marche est également un mouvement perpétuel d’avancée ou de recul, qui laisse des traces esthétiques, philosophiques, écologiques et sociopolitiques, parmi d’autres…  >>
Marisa Hayes, rédactrice en chef 
          SOMMAIRE         

La marche : petite révolution dans la danse  Par Frédérique Doyon  p. 6
Des oeuvres chorégraphiques en forme de marche  Par Julie Perrin  p. 11 

Comme je marche, je danse  -  Par Anne Teresa De Keersmaeker  p. 15 
Témoignages des danseurs sur la marche  p. 16

La marche : instrument du désapprendre  Par Lise Saladain  p. 19
Les marches qui permettent - entretien Joanne Leighton  Par Gérard Mayen  p. 24

Alain Michard et Mathias Poisson - Les Promenades Blanches  p. 28 
                       Par François Maurisse
De fulgurances en fêlures  Par Frédérique Doyon  p. 30 

Pour approfondir  p. 31 

Repères, cahier de danse est publié par La Briqueterie (Centre de développement chorégraphique national du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine, France).  En savoir +  

mercredi 5 décembre 2018

Yarol : Girls

Réalisé par Adrien Dantou pour Yarol Poupaud. 
Avec Christine Gérard (à partir de 2:05).
Mis en ligne hier. 
— Danseurs :
Casimir Sochacki
Audjyan Officiel
Camille Dantou et Mikael Cadiou
Christine Gérard
Seungeun Shin
Adrien Z'Up Sissoko
Dgiorgia Chaix-saurin
Directeur de la photo : Vadim Alsayed
Steadicam : Mathieu Verdier
Left Productions

mardi 4 décembre 2018

Christophe Honoré : Comment danse-t-on après ?

Les Idoles, de Christophe Honoré, Photo Jean-Louis Fernandez




.
Christophe Honoré a créé la pièce de théâtre Les Idoles, au Théâtre Vidy à Lausanne (Suisse) en septembre dernier. Elle est consacrée aux années Sida, à « ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face (...) ». Il est aussi question de danse avec la figure du danseur et chorégraphe Dominique Bagouet (1951 - 1992). 

Après Tarbes, Toulouse, Marseille, Douai, Rennes et Poitiers (du 12 au 14 décembre), Les Idoles sera présenté du 11 janvier au 1er février 2019 à l'Odéon - Théâtre de l'Europe (Paris) (ICI), les 6 et 7 février à la Comédie de Caen (ICI) puis les 14 et 15 février à MA - Scène nationale, Pays de Montbéliard et le Granit, Scène Nationale de Belfort (ICI). 

Christophe Honoré a  publié le texte que l'on trouvera ci-dessous concernant sa relation à la danse. 
Fabien Rivière

Comment danse-t-on après ?

What thou lov’st well is thy true heritage
Ce que tu aimes bien est ton véritable héritage 
Ezra Pound, Canto LXXXI

Il me semble que c’était un dimanche, j’étais à Paris pour le week-end, c’était l’après-midi, au centre Beaubourg, à l’époque où j’ignorais qu’il s’y jouait aussi des spectacles, l’époque où je pensais que c’était un musée, c’est tout... On m’avait conseillé, on m’avait guidé vers les sous-sols. Je ne connaissais pas grand-chose à la danse contemporaine, je ne connaissais rien à la signalétique du centre Beaubourg. C’était l’époque où je voulais tout ressentir et comprendre, où mes vingt ans réclamaient chaque jour du nouveau : un cinéaste, un romancier, un metteur en scène, un chorégraphe, un photographe... chaque jour des bras où me jeter. Il me fallait des inconnus, des étrangers qui, je l’espérais, m’aimeraient un peu. L’époque où je croyais que je venais voir, alors que je venais m’abandonner.

Un gradin. Assis, on domine la scène. À main droite, des enceintes. Gigantesques. Entassées les unes sur les autres. À main gauche d’autres enceintes. Des carcasses. Pas le souvenir que c’était une configuration en miroir. Aucun souvenir du fond de scène. Il y a des lignes tracées au sol, comme des couloirs sur les pistes d’athlétisme, ou il n’y a peut-être rien.

Jours étranges, c’est le titre. Et, pendant que la salle se remplit de spectateurs, on entend ici et là des murmures. Voix retenues, et concernées. Messes basses. La chose est entendue pour la majorité de ceux qui viennent de s’asseoir. Il se répète que ce n’est pas “l’original que nous allons voir”. J’écoute le public, je ne comprends rien :

“J’ai vu l’original, moi, il y a quoi, un an, non ? La création... Oui ce sont les mêmes danseurs... Non pas tous... D’autres sont là... Ils tenaient à être là... C’est leur manière de témoigner, la seule vraie manière pour les danseurs,
il faut danser. Très important. Dans leurs corps, la mémoire. Eux seuls peuvent dire maintenant ce que c’était, l’original... La partition. Comment danse-t-on après ? La diffusion, ça se fait comment ? Il y a le risque de la prolifération. Tout le monde peut prétendre à... Il suffit d’un stage, d’une heure, soudain, les voilà héritiers. Et ça se dégrade ensuite. Pas du tout la même exigence, il manquera toujours l’œil de celui qui... Ça ne se copie pas même si ça se relit... Mais c’est un plaisir aussi, de le revoir. C’était si beau, l’original...”

Je ne comprends rien, j’écoute et je m’ennuie un peu alors que le noir tombe et que résonnent les premières notes d’une musique que je connais. Je la connais par cœur, une chaleur m’envahit, elle détruit l’ennui. Je la reconnais. La chanson des Doors, Strange days, je l’anticipe, la chaleur règne et je vais mieux.

Sur la scène sont apparus les danseurs. Ils ressemblent à des danseurs. Ils en ont la tenue. C’est Fame. Ils s’échauffent, ils tentent un saut, une course. Non, c’est La Boum. Ils dansent pour l’autre. Pour le séduire, l’entraîner, lui résister. Ils dansent dans l’éventualité du sentiment amoureux. Danse de couple, danse de salon. D’un mur d’enceintes à l’autre. Ils enchaînent les trajets. Ils se défient, ils se courent après, ils se heurtent. Ils vivent pleinement, et la musique qui se suspend, reprend, bégaye, les élève dans un mouvement unique. C’est une mer qui déferle. Comme un temps très beau, très léger, épuisé.

La joie dure, elle offre l’opportunité du détail, de l’espionnage. Le cadre se resserre, sur les mains. Elles scandent puis dessinent dans l’air des combinaisons compliquées. Elles se secouent, nettoient, et débutent de nouvelles phrases illisibles. Les pieds tracent des énigmes. Mains et pieds militent pour un autre temps que celui de l’élan en vue d’ensemble. Des clandestins complotant un temps interrompu, un freinage. Et je comprends ce que je n’avais pas saisi. J’assiste à une danse d’après. Nous sommes après la mort de celui qui l’a inventée. Mais nous sommes juste après. C’est une réunion de danseurs jouant comme on dépose une fleur sur une dalle, sur le bois autour d’un corps aimé et mort. Se déroule là un événement qui ne nous est pas adressé mais auquel nous sommes conviés. Et si je cadre maintenant les visages des danseurs, je lis des regards perdus, affolés, la peau qui tremble au-dessus des joues, la détresse dans les bouches, la peine qu’on retient mais qui les dévaste tous. Il faut tenir, et courir, s’élancer d’une enceinte à l’autre. Papillonner, flirter, continuer la discipline de légèreté. Tenter d’obtenir ce sentiment impur, inachevé et possible du chagrin heureux.

Le soir, j’ai repris le train pour Rennes. Et la semaine suivante, j’ai cherché qui était Dominique Bagouet. C’était l’époque sans Internet, où donc étais-je allé chercher ça ? J’ai découvert ce dont j’étais déjà certain, qu’il était mort du Sida peu de temps auparavant. J’en étais certain parce que c’était l’époque où tous ceux par qui j’étais aimé mouraient du sida : Koltès, Guibert, Demy, Daney, Lagarce, Collard... Cette fois, Bagouet. Jours étranges, non, jours sinistres et terrifiants. Jours où le désir s’appariait toujours à la mort. Désir des corps et désir de l’art.

Je n’ai plus vingt ans. Aujourd’hui, j’aimerais évoquer ces jours étranges... Comment durant quelques années, ceux que j’avais choisis comme modèles pour ma vie, mes amours, mes idées se rangèrent tous du côté de la mort. Comment le Sida brûla mes idoles. Je n’ai plus vingt ans et j’aimerais faire un spectacle qui raconte le manque mais qui espère aussi transmettre. Un spectacle pour répondre à la question : Comment danse-t-on après ?

Christophe Honoré

samedi 1 décembre 2018

L'assurance-chômage des Intermittents du spectacle de nouveau menacée : appel à la mobilisation

Le gouvernement veut imposer une nouvelle négociation dans le domaine de l'assurance-chômage pour aboutir à une forte baisse générale des allocations chômage de presque 4 milliards sur 3 ans. Pour les intermittents du spectacle une économie de 100 millions par an est exigée. 

L'acteur Samuel Churin (photo), une figure importante de la lutte pour la défense des droits des intermitents du spectacle, vient de publier le 29 novembre sur sa page Facebook un texte que nous publions dans son intégralité ci-dessous. Pour aider à sa lecture nous avons mis en forme et en couleurs certains passages. 

Par ailleurs, sur cette question, on peut lire une interview de représentants syndicaux (dans L'HumanitéICI) et les articles des quotidiens Libération (ICI) et Le Monde (ICI). 

En région parisienne une AG est prévue à l'appel de la CGT Spectacle le lundi 10 décembre à 19h au Théâtre national de la Colline (15 Rue Malte Brun, 20° arrondissement).  
Fabien Rivière
———————————————

PARTAGEZ PARTAGEZ
Résumé et perspectives
Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas exprimé sur la question de l’assurance chômage et il est temps de reprendre du service. Le répit pour les intermittents aura été de courte durée mais nous y sommes hélas habitués. 

Que s’est-il passé depuis la signature à l’unanimité de l’accord de 2016

Celui-ci a été appliqué. C’est un accord redistributif qui a permis de sauver au moins 6000 intermittents par an et qui a mis fin à de nombreuses ruptures de droits temporaires. En effet, la recherche de droits sur 10 mois ou 10 mois ½ avait engendré de nombreuses ruptures de droits. Non pas des techniciens ou artistes qui sortaient définitivement de l’indemnisation, mais qui ne cessaient de sortir de l’indemnisation pendant plusieurs mois avant de « refaire » leurs heures. Les premiers résultats sont clairs : l’accord de 2016 a « sauvé » les plus pauvres. Certes la nouvelle franchise sur les congés spectacle (franchise obligatoire imposée par la loi) a limité le nombre d’indemnités pour celles et ceux qui travaillent beaucoup, mais sachez que l’aspect redistributif de l’accord de 2016 est effectif. De fait il impacte les moins précaires pour redonner aux plus pauvres. Pour rappel, la date anniversaire est flottante comme avant 2003. Pour ouvrir des droits sur 12 mois lors d’une réadmission, déclarer une journée de travail la veille de votre date anniversaire ou peu de temps avant. Certains parleront de magouilles ou de triche. A cela je réponds que la date anniversaire flottante est un piège, qu’elle est aberrante, inadaptée à nos pratiques d’emploi, que ce qui n’est pas vertueux doit être détourné. 

Que s’est-il passé depuis l’élection de Macron

La part salariale des cotisations sociales pour l’assurance chômage a été supprimée pour l’ensemble des travailleurs du privé SAUF pour les intermittents du spectacle. En effet ces cotisations avaient été doublées pour notre secteur. Elles étaient de 4,8 % contre 2,4% pour le reste des salariés du privé. Nous sommes donc passés à 2,4% et elles sont de zéro pour l’ensemble des salariés. En contrepartie, la CSG a été augmentée. Pour rappel la CSG est payée par tout le monde, y compris par les fonctionnaires et retraités. Contrairement aux cotisations sur les salaires, la CSG est un impôt. Les recettes de l’assurance chômage sont donc constituées de :
- Cotisations patronales pour tous les travailleurs du secteur privé
- Cotisations salariales uniquement pour les intermittents du spectacle
- CSG payée par tous

Outre le fait que les recettes ne sont pas constituées de la même manière, les conséquences sont importantes pour le « pilotage » des accords Unedic : Il ne s’agit plus d’une gestion paritaire entre syndicats de salariés et syndicats de patrons, mais d’une tripartite. L’impôt abondant les recettes, l’état est partie intégrante de la négociation. Il l’était de fait avant, mais en coulisse. Maintenant, il l’est officiellement. Ainsi c’est l’état qui donne sa feuille de route en premier, et les syndicats sont sensés l’appliquer. Et avec un état libéral, le Medef aura beau jeu de dire : nous ne faisons que répondre aux injonctions de Macron.

Quelles sont ces injonctions ?

L’état demande 3 à 3,9 milliards s’euros d’économies sur 3 ans soit de 1 à 1,3 milliards d’euros par an sur l’assurance chômage en général, autrement dit sur le dos des chômeurs. Inutile de vous dire que le Medef va se faire un plaisir d’imposer cette lettre de cadrage. D’habitude c’est eux qui la rédigent. Faire des économies sur le dos des chômeurs, c’est obscène, tout le monde sera d’accord. Mais il y a pire dans les injonctions de Macron. Et le pire, c’est le fléchage. Car le gouvernement ne se contente pas de donner un objectif économique global, il indique où prendre l’argent. Résultat : tout comme pour sa réforme fiscale, les économies sur l’assurance chômage ne sont pas demandées aux plus « riches », mais EXCLUSIVEMENT aux plus pauvres. En effet, l’état indique que ce qui doit diminuer sont les indemnités versées aux travailleurs précaires. Autrement dit à TOUS LES INTERMITTENTS DE L’EMPLOI. Toutes celles et ceux qui ont des petits boulots à temps partiels vont se faire massacrer. Et nous en faisons partie évidemment. En cela Macron est tout à fait cohérent : on taxe les classes moyennes et les pauvres, on enrichit les plus aisés, le ruissellement fera le reste !!

Quelles conséquences pour les seuls intermittents du spectacle ?

Le Medef a rendu une jolie copie hier mercredi 28 novembre lors d’une journée de « négociations ». Cette copie a été distribuée à tous les syndicats de salariés. Denis Gravouil (négociateur pour la CGT et à la tête de la CGT spectacle) en a fait un résumé détaillé. En clair le MEDEF applique aux intermittents du spectacle la feuille de route de l’Etat et estime que notre secteur doit réaliser 100 millions d’euros par an d’économies
Autrement dit, si ces économies sont réalisées, on est tout proche de la disparition de l’intermittence. 

Que pouvons-nous faire ?

Nous réunir, nous organiser et nous défendre. 

Avant que l’Etat et le Medef tentent une nouvelle fois de faire disparaitre le dernier régime spécifique d’assurance chômage qui couvre l’emploi précaire, autrement dit le dernier régime pensé pour assurer une continuité de revenus sur une discontinuité d’emplois, avant que nos vies soient directement impactées, nous devons lancer un signal fort :
NOUS N’ACCEPTERONS AUCUNE ECONOMIE
Et non seulement nous ne devons pas accepter d’économies supplémentaires, mais nous devons revendiquer : UNE ASSURANCE CHOMAGE DIGNE POUR TOUTES ET TOUS.
En ce qui concerne les intermittents, l’accord de 2016 peut être rediscuté, mais uniquement dans le but d’être amélioré. 

Macron dans son programme réclamait plus de flexibilité en assurant qu’il n’allait pas oublier la sécurité liée à cette flexibilité. Non seulement il l’oublie, mais il fait pire : il tente de détruire le peu de sécurité qui était accordée aux plus fragiles.

Qu’il sache que nous ne laisserons rien passer, qu’il nous aura sur sa route. 

Jusqu’alors, l’Etat était un interlocuteur. Auparavant, c’était un jeu de dupes. Le ministère des affaires sociales voulait des économies, le ministère de la culture se disait de notre côté et tentait mollement de nous défendre. Pour la toute première fois, le nouveau ministre Franck Riester a décidé de nous ignorer en ne nommant pas de conseiller aux affaires sociales à son cabinet. Autrement dit, nous n’avons plus d’interlocuteur. Dont acte. Ils ne veulent pas discuter, AGISSONS.

La CGT appelle à la manifestation samedi 1er décembre Place de la République à Paris sur le chômage, la précarité et la hausse des salaires.
Pour les intermittents, il est essentiel que des AG s’organisent partout. 
Demandez aux théâtres de vos régions. Organisons nous.
Pour les franciliens, à l’appel de la CGT spectacle :

AG AU THEATRE NATIONAL DE LA COLLINE
LUNDI 10 DECEMBRE 19 H
SOYONS NOMBREUX PARTOUT