samedi 16 octobre 2021

Tournée européenne du chorégraphe Ali Chahrour

Ali Chahrour, Photo DR

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Le chorégraphe libanais Ali Chahrour vit à Beyrouth. Il a 32 ans. Sa première chorégraphie date de 2011. C'est l'un des chorégraphes les plus talentueux de sa génération (on parle ici de l'Europe et du Moyen-Orient). 

Ces dernières années il a créé deux triptyques. Le premier est en définitive consacré à la place de la religion dans le monde arabe. Il comprend Fatmeh (conçue en 2014), Leïla se meurt (2015) (notre article) et May He Rise and Smell the Fragrance (2017) (notre article). 

Le second s'intéresse à l'amour. Il est constitué de Layl-Night (2019), Told by my mother [Raconté par ma mère] (2020), et The Love behind my eyes [L'amour derrière mes yeux] (2020).  

En novembre, il présentera en Europe ses deux dernières créations : The Love Behind My Eyes et Told by my mother (détails ci-dessous). 
Fabien Rivière
PS. On peut lire en parallèle les réflexions du poète syrien installé en France Adonis, dans son ouvrage : Violence et islam. Entretiens avec Houria Abdelouahed (2015, poche Points ICI), où il aborde la question des relations entre religion et poésie en islam.

The Love Behind My Eyes  (trio, durée : 50 minutes)
— Sud de Paris, Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine - Hors les murs à la Briqueterie, CDCN du Val-de-Marne, dans le cadre du focus sur la création artistique dans le monde arabe, mardi 9 novembre 19h. En savoir +   
— Marseille, Les Rencontres à l'échelle (Théâtre, danse, lecture, performance, cinéma), à La Friche La Belle de Mai, mercredi 17 novembre 19h. En savoir + 
 
Told by my mother   (6 interprètes, durée : 50 minutes)
— Bruxelles, Chair Mahmoud Darwish, Bozar, vendredi 12 novembre 19h. En savoir + 
— Lisbonne, Teatro nacional D. Maria II, Al Kantara Festival, mercredi 24 et jeudi 25 novembre 19h. En savoir + 
 
           On peut noter enfin que Layl-Night (2019) sera donnée à voir aux États-Unis le 12 novembre 2022 à l'UMS Michigan [University Musical Society], Ann Arbor, Michigan. (ouest de Detroit) ums.org

 Told by my mother, Photos Lea Skayem (noir et blanc) et Candy Welz (couleur, hors affiche)


mardi 28 septembre 2021

Danse élargie 21 : une très bonne édition

LE choc de Danse élargie 21 : Untamed Donkeys [Les ânes indomptés]
de Sudesh Adhana (Inde), Photo Fabien Rivière 

Depuis 2010 a lieu tous les deux ans le concours Danse élargie, un week-end de juin au Théâtre de la Ville à Paris. L'édition 2020 n'ayant pu se dérouler à cause du Covid-19 a été remplacée par quatre soirées distinctes en septembre 2021. Quel bilan en tirer (sur le projet, et la 1ère soirée lire ICI, la 2° ICI, la 3° ICI, la 4° proposait deux solos qui se voulaient comiques, sans convaincre*) ?

En 2021, Les bonnes surprises ne proviennent pas de la danse contemporaine traditionnelle : LE choc Sudesh Adhana est né en Inde et vit à Oslo au Danemark, Laura "Nala" Defretin & Brandon "Miel" Masele mélangent hip-hop et électro, Marius Hoël aka Akeron est un jeune slameur, Smaïl Kanouté vient du hip-hop, et Dalila Belaza a rencontré le collectif de danse folklorique Lous Castelous de Senergues, un village de l'Aveyron. Le tout est absolument passionnant. 
Fabien Rivière
* Yaïr Bareli avec Dolgberg et Sylvain Riéjou avec Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n'existe pas et qui par ailleurs n'est pas droit)
L'équipe de Untamed Donkeys [Les ânes indomptés] de Sudesh Adhana, Facebook Sudesh Adhana  

Agenda Danse et performance - Paris et sa région - Octobre 2021

1  — Théâtre Sénart Scène Nationale Sénart
2  —  MC93 - Bobigny 
3  —  Le Palais de Tokyo 
4  —  Le Musée d'Orsay 
5  —  Ménagerie de Verre
6  —  Théâtre de la Ville - Les Abbesses
7  —  Théâtre de la Ville - Espace Cardin
8  —  Théâtre de la Ville Hors les murs > CentQuatre
9  —  Théâtre de la Ville Hors les murs > Théâtre du Châtelet
10  —  T2G Théâtre de Gennevilliers - centre dramatique national
11  —  La Philharmonie
12  —  Festival ZOA - Zone d'Occupation Artistique
13  —  TND Chaillot 
14  —  Opéra de Paris 
15  —  Centre Pompidou
16  —  Théâtre Louis Aragon - Tremblay-en-France 
17  —  Folies Bergères
18  —  Centre national de la danse - Pantin
19  —  Maison de la Musique de Nanterre 
20  —  Théâtre Berthelot - Montreuil
21  —  Points Communs – Scène nationale de Cergy Pontoise 
22  —  Théâtre de l’Athénée 
23  —  Nuit Blanche 
24  —  ENSBA - Atelier Huynh 
25  —  Espace 1789 - Saint-Ouen




1  —  Théâtre-Sénart, Scène Nationale  (77)
   Alain Platel     GARDENIA - 10 ANS APRÈS
Vendredi 15 20h30 et samedi 16 octobre 18h. En savoir +  
NOTRE AVIS  Très attendu                   Photo Lui Monsaert 


2  —  MC93, Bobigny (93)
Régine Chopinot  « top » (Création, 11 interprètes, durée 1h15)
Du mercredi 22 septembre au samedi 2 octobre. 
Mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 19h30, sauf jeudi 30 septembre à 14h30, 
samedi à 18h dimanche à 16h30. En savoir + 

  Hommage à Ariel Goldenberg    
Lundi 4 octobre. En savoir +      Ariel Goldenberg, Photo DR

Josef Nadj  Omma   55 mn.
Du mercredi 20 au samedi 30 octobre. Photo Sophie Carles  En savoir + 

THÉÂTRE Viviane De Muynck et Jan Lauwers  Molly Bloom  CRÉATION 2020 
Du jeudi 21 au jeudi 28 octobre, 1h10 – Salle Christian Bourgois. En savoir + 
Photo Maarten Vanden Abeele

Public - Création chorégraphique participative et festive avec Pierre Rigal 
Samedi 23 octobre 2021, 3h – Salle Oleg Efremov. En savoir +  


3  —  Le Palais de Tokyo (16°)
EXPOSITION Carte blanche à Anne Imhof, Natures Mortes
Du 22 mai au dimanche 24 octobre 2021. Photo DR  En savoir + 
NOTRE AVIS  Conseillé 

PERFORMANCE Anne Imhof, Natures Mortes : performance
Du jeudi 14 au lundi 18 oct. et du jeudi 21 au dimanche 24 oct., Entre 18h et 22h. En savoir + 


4  —  Le Musée d'Orsay (7°)
EXPOSITION Enfin le cinéma ! Arts, images et spectacles en France (1833-1907) 
Du mardi 28 septembre au dimanche 16 janvier 2022. En savoir + 
 Henri Rivière, Un couple rentrant dans un bâtiment public (entre 1885 et 1895)
musée d'Orsay ADAGP, Paris 2021, Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

(Soirée Loïe Fuller : Rendez-vous le jeudi 16 décembre à partir de 19h, En savoir +)


5  —  Ménagerie de Verre (11°)
  Jérôme Bel    Jérôme Bel 
Du mardi 5 au samedi 9 octobre 20h30 (et du 14 au 18 décembre). En savoir + 
«  Après s’être attaché à dresser le portrait des danseur·se·s Véronique Doisneau, Pichet Klunchun ou Cédric Andrieux, puis celui de la chorégraphe pionnière de la danse moderne Isadora Duncan, Jérôme Bel applique ce procédé à lui-même. Avec cette création qu’il qualifie d’« auto-bio-choréo-graphique », il porte un regard subjectif sur plus de 30 ans de carrière et révèle ce qui, pour lui, sous-tend le processus de création.

Dans Jérôme Bel, le chorégraphe, seul en scène, reconstitue la généalogie de ses spectacles les plus marquants en s’appuyant sur la projection d’archives filmées, mêlant ainsi les registres discursif et sensible. (...)  »


6  —  Théâtre de la Ville - Les Abbesses (18°)
Eun-Me Ahn (Corée du Sud)  Dragons
Du mardi 28 septembre au samedi 2 octobre. Photo DR En savoir + 

Wen Hui (Chine)  I am 60
Du vendredi 15 au lundi 18 octobre. En savoir +  Capture d'écran Espaces Magnétiques

Maguy Marin  Y aller voir de plus près 
Du jeudi 21 au vendredi 29 octobre. Photo Christophe Raynaud de Lage  En savoir + 


7  —  Théâtre de la Ville - Espace Cardin (8°)
  PORTRAIT TIM ETCHELLS - FORCED ENTERTAINMENT   [3 programmes différents]
Tim Etchells, sa page Facebook, août 2008
Tomorrow's Parties
Du mardi 28 septembre au dimanche 3 octobre, Studio. En savoir + 

Complete Works : Table Top Shakespeare  [36 pièces différentes]
Du jeudi 7 au samedi 16 octobre, Studio. En savoir +

And On The Thousandth Night...     durée : 6h
Le dimanche 19 décembre > Les Abbesses. En savoir + 

    ROBERT WILSON : 2 CRÉATIONS et 1 REPRISE   
Robert Wilson & Lucinda Childs 
I was Sitting on My Patio This Guy Appeared I Thought I was Hallucinating RECRÉATION
— Créé au Quirk Auditorium (Eastern Michigan University), Ypsilanti, Michigan (2-3 avril 1977), puis tournée, notamment à Paris au Théâtre de la Renaissance (16-29 janvier 1978), interprétation à l'origine Robert Wilson et Lucinda Childs
Du lundi 20 septembre au samedi 23 octobre. En savoir +  
Performing Arts Journal, 1979


8  —  Théâtre de la Ville Hors les murs > CentQuatre (19°)
Sharon Eyal (Israël) avec le Tanzmainz (Mayence, Allemagne)  Soul Chain   55mn.
Du lundi 27 septembre au vendredi 1er octobre. Photo DR  En savoir +


9  —  Théâtre de la Ville Hors les murs > Théâtre du Châtelet (1°)
Hofesh Shechter  Double Murder   [Double meurtre]
Du mardi 5 au vendredi 15 octobre. En savoir + 

    ROBERT WILSON : 2 CRÉATIONS et 1 REPRISE   
Robert Wilson et Cocorosie  Jungle Book  
Du 30 octobre au 20 novembre.  En savoir + 


10  — T2G Théâtre de Gennevilliers, centre dramatique national (93)
Carte blanche à Michel Schweizer 
>  Bâtards, performance     -15h
>  Rencontre avec le philosophe Dominique Quessada     -16h
>  BôPEUPL [Nouvelles du parc humain]    -18h
Dimanche 24 octobre. En savoir +  


11  —  La Philharmonie (19°)
Yoann Bourgeois* et Célimène Daudet**  L’Homme est un point perdu entre deux infinis***
                        * Jonglage —— ** Piano  ——  *** Blaise Pascal [1623 - 1662]
Du jeudi 14 au samedi 16 octobre. Photo Pascale Cholette  En savoir +  


12  —  Festival ZOA - Zone d'Occupation Artistique  10° édition  Facebook 
Festival de danse contemporaine et de performances (14 sept. - 2 nov.)
> Compagnie Caminante  Animans   55 mn. 
         Mardi 12 octobre 20h, Étoile du Nord (18°). 
> Olivier Boréel et Perrine Mornay  Lumen  texte      30 mn.
   + Eva Klimackova et Laurent Goldring  Melting times     35 mn.
   + Laura Simi et Ettore Labbate  Tendre     30 mn.
          Samedi 30 octobre 20h, 100ecs (12°).


13  —  TND Chaillot (16°)    En savoir +
> Jann Gallois Ineffable   22/09>01/10
> Lia Rodrigues - Béatrice Massin - Dominique Hervieu Fables à la fontaine 07>16/10 
> Blanca Li  Le Bal de Paris 07>16/10 
> The Walk / La Marche  La marionnette Amal à Chaillot 15/10
>  La danse : rassemblement ! Rencontre 18/10


14  —  Opéra de Paris 
Alexander Ekman  Play 
Palais Garnier (9°), du mardi 28 septembre au samedi 6 novembre. En savoir +

Pierre Lacotte  Le Rouge et le Noir  
Palais Garnier (9°), du vendredi 15 octobre au jeudi 4 novembre. En savoir + 
 

15  —  Centre Pompidou (4°)
Gisèle Vienne  Kindertotenlieder 
Du mercredi 6 au samedi 9 octobre.  En savoir + 
NOTRE AVIS Un chef d'œuvre 

Festival MOVE  >  La ressource de l'intime 
Festival - Danse - Performance - Film - Vidéo - 5e édition   
Forum -1, grande salle, petite salle, musée 11h-21h, entrée libre. 
Du vendredi 8 au dimanche 24 octobre. En savoir +  
     Pauline Boudry / Renate Lorenz, "Moving Backwards" au Pavillon suisse de la 58° Biennale internationale d'art – La Biennale de Venise 2019 - Courtesy Pauline Boudry — Renate Lorenz. Photo : Annik Wetter

Danse | Performance  Davide-Christelle Sanvee  Je suis Pompidou.e.x 
Du jeudi 21 au vendredi 22 octobre, dans le cadre de Move, gratuit. En savoir +  

Ayaka Nakama  Freeway Dance
Du samedi 23 au dimanche 24 octobre.  En savoir + 


16  —  Théâtre Louis Aragon, Trembay-en-France (93)
                  Scène conventionnée d’intérêt national Art et création 
Alice Ripoll  Lavagem   45mn.
Vendredi 15 (20h30) et samedi 16 (19h) octobre. En savoir + 


17  —  Folies Bergères (9°)
MOMIX (Etats-Unis)  Alice
Du vendredi 22 octobre au dimanche 7 novembre. En savoir + 


18  —  Centre national de la danse (CND), Pantin (93)  En savoir +
Colloque international Danses et rituels 30/09>02/10 En savoir + 
Danse et rituel, une exposition 30/09>18/12/21 
Avec des œuvres de Meris Angioletti, Minia Biabiany, Zheng Bo, Lilibeth Cuenca Rasmussen, Odonchimeg Davaadorj, Lola Gonzàlez, Anna Halprin, Thomas Hirschhorn, Joachim Koester, Anna Maria Maiolino, Myriam Mihindou, Lydia Schouten

Gisèle Vienne x 4     24/09>18/12/21
>  Scores extraits de Parades & Changes d’Anna Halprin Anne Collod  02/10 En savoir + 
>  Barbara Matijević  & Giuseppe Chico  Forecasting   07>09/10  En savoir + 
>  Fanny de Chaillé Le Chœur  07>09/10   En savoir + 
>  Nach Nulle part est un endroit   14>16/10   En savoir + 
>  Cassiel Gaube  Soirée d'études  14>16/10   En savoir +
>  Vincent Dupont  Air  14>16/10  En savoir + 
>  Carte blanche à Lia Rodrigues 20/10>11/12  En savoir + 
>  Ana Pi  O B∆NQUETE 20>22/10  En savoir + 
>  Thiago Granato The Sound They Make When No One Listens 20>22/10  En savoir +


19  —  Maison de la Musique de Nanterre (92)
Mehdi Slimani  Les disparus 
Vendredi 8 octobre 20h30. Photo DR  En savoir +  

Fabrice Lambert  Epurrs   CRÉATION
Samedi 23 octobre. En savoir + 


20  — Théâtre Berthelot, Montreuil (93)
Thomas Chopin  Le charme de l'émeute  
Du vendredi 15 au samedi 16 octobre ; 6 rue Marcelin Berthelot, 93100. En savoir + 


21  —  Points Communs – Scène nationale de Cergy Pontoise (95)
Séverine Chavrier  Aria da capo  THÉÂTRE 
 «  Ils ont entre treize et seize ans. Une fille et trois garçons. L’un joue du violon, l’autre du trombone, un troisième du basson, elle chante et joue du piano. »
Les jeudi 21 et vendredi 22 octobre. Photo DR  En savoir + 

Dorothée Munyaneza - Compagnie Kadidi  Mailles 
Du mardi 12 au mercredi 13 octobre. En savoir +  


22  —  Théâtre de l’Athénée (9°) 
Séverine Chavrier  Aria da capo   THÉÂTRE 
 «  Ils ont entre treize et seize ans. Une fille et trois garçons. L’un joue du violon, l’autre du trombone, un troisième du basson, elle chante et joue du piano. »
Du 28 au 31 octobre. En savoir + 


23  —    Nuit Blanche     GRATUIT   samedi 2 octobre   En savoir +
(notamment) Lenio Kaklea  Analphabète  Jeu de Paume, 2 octobre 18h.  En savoir + 


24  —  ENSBA - Atelier Huynh (6°)
Lenio Kaklea Overture 
Samedi 16 et dimanche 17 octobre. abd-contents.com/calendar/2021.php  


25  —  Espace 1789 - Saint-Ouen (93) 
Mickaël Phelippeau  Lou  +  De Françoise à Alice   CRÉATION
Mercredi 13 octobre. En savoir + 

(La)Horde  To Da Bone 
Du jeudi 28 au vendredi 29 octobre. En savoir + 

jeudi 23 septembre 2021

Danse élargie 21 : acte 3 (Gandini Juggling, et Dalila Belaza)

Et de trois ! Lors de la troisième soirée de Danse élargie 21 que propose le Théâtre de la Ville à Paris, deux nouvelles pièces ont été présentées : LIFE - A love letter to Merce Cunningham, des britanniques de Gandini Juggling, et Au cœur, de la française Dalila Belaza (pour une exposition du projet général, et de la première soirée, on peut lire notre article Danse élargie 21 : de belles découvertes lors de la première soirée; et pour la deuxième soirée Danse élargie 21 : acte 2 (avec Smaïl Kanouté et Mellina Boubetra)). 

En ouverture, une responsable du Théâtre de la Ville prend la parole et explique que sa structure a bien accompagné les 19 projets qui devaient initialement être révélés en juin 2020, à travers des aides financières, des résidences ou des co-productions. Ce soir, une thématique se dégage qui mobilise et interroge le passé.  

 Gandini Juggling LIFE - A love letter to Merce Cunningham
Saluts, LIFE - A love letter to Merce Cunningham, de Gandini Juggling,  
Photo Fabien Rivière

Gandini Juggling est une
compagnie de jonglage contemporain, installée et qui tourne pas mal, basée à Londres (Royaume-Uni), fondée en 1992 par Sean Gandini et Kati Ylä-Hokkala. Sur le plateau ils sont neuf, tous habillés de la même façon : tee-shirt blanc à manche courte, jean et pieds nus. Le fondateur prend la parole, qui veut nous « introduire au vocabulaire du jonglage », pendant six minutes. Ambiance concours télé, comme La France a un incroyable talent sur M6, America's Got Talent aux États-Unis et Britain's Got Talent au Royaume-Uni. 

Qu'une compagnie de cirque connaisse et reconnaisse le génie du new-yorkais Merce Cunningham (1919-2009) est à mettre à son crédit. Cependant, maîtriser réellement cet univers exige un long apprentissage physique et une réflexion approfondie. Pendant la représentation, je songeais soudain au magnifique UNTITLED_I will be there when you die, de l'italien Alessandro Sciarroni qui travaille le jonglage, plus précisément les massues de jonglage, de façon épurée et répétitive, jusqu'à l'épuisement. La proposition britannique est intéressante quand elle aussi est épurée et répétitive. Moins quand le plateau semble un peu trop encombré. Sans doute peut-on préférer un peu moins de parole, de musique, et de fouillis. Mais soyons concret : et si la compagnie découvrait le travail d'Alessandro Sciarroni et le rencontrait, pour progresser ? 

Dalila Belaza  Au cœur
Saluts, Au cœur, de Dalila Belaza, Photo Fabien Rivière

Dalila Belaza vit Paris. Elle a rencontré le collectif Lous Castelous de Senergues il y a trois ans. C'est une association fondée en 1982, qui vise à « sauvegarder et maintenir les traditions locales, notamment les danses et les chants ». Elle est basée dans le village de Senergues, 421 habitants selon le recensement de 2018 (le pic a été atteint en 1881 avec 1671 habitants), dans le département de l'Aveyron, à 30 km au nord de Rodez. Lous Castelous signifie en occitan "Les Châtelains".  

Sur le plateau, la nuit règne. Seule la lumière de la lune permet de distinguer des silhouettes, un temps immobiles. On observe les beaux costumes traditionnels des 9 interprètes, qui séparent cependant bien les hommes des femmes. Ce pourrait être les mannequins en cire du musée Grévin. Le groupe va se déplacer lentement dans l'espace. Le son des cloches d'une église résonne. Au milieu du groupe se trouve la chorégraphe, de noir vêtue, fine, plongée dans une autre histoire, un autre univers sonore : une musique répétitive, entêtante et chaude d'Afrique du nord. Elle suggère la possession de la transe, et dans une certaine désarticulation, une marionnette. 

La chorégraphe ne veut pas proposer de gentilles œuvres à consommer. Elle souhaite aller à la rencontre, des autres, et, de fait, de soi. Elle entreprend, consciemment ou pas peu importe, un courageux sinon vertigineux travail d'anamnèse, c'est-à-dire d'exploration de son histoire, personnelle et collective. Quand les sons qui entourent Dalila Belaza se durcissent dans un brouhaha durable, il est possible de penser à l'histoire de l'Algérie. Aux dégâts de la colonisation par la France, de 1830 aux accords d'Evian signés en 1962, qui passa par les déplacements forcés de population et la répression. Et aussi à ce qui survint après. En surface, les danses d'Aveyron sont données à voir, pleines de rebonds et de vie. En profondeur, des questionnements travaillent l'histoire commune des deux pays. Un passé qui ne passe pas. Mais pas de pathos. Pas d'accusations(s). Simplement une sismographie. Des corps vivants, pour une très belle œuvre, accessible, qui mérite d'être vue par le plus grand nombre.   

La danse contemporaine s'est intéressée récemment à la danse folklorique. Dans deux démarches distinctes. La première approche déconstruit. Déconstruire n'est pas détruire, mais aimer, observer, accepter certaines choses et refuser d'autres, puis reconstruire différemment. Ainsi l'espagnol Israel Galván, fou de flamenco ; l'italien Alessandro Sciarroni avec FOLK-S will you still love me tomorrow ? qui explore le Schuhplattler, une danse bavaroise et tyrolienne typique dont le nom (battre la chaussure) vient du fait qu’elle consiste, littéralement, à taper ses chaussures et ses jambes avec ses mains ; l'autrichien Simon Mayer avec son solo SunBengSitting, « une pièce à cheval entre le yodel [une technique de chant], la danse folklorique et la danse contemporaine », et son trio Sons of Sissy, avec les danses et les chants de son village natal du nord du pays. Toutes ces œuvres sont excellentes. L'autre approche prend le matériel chorégraphique tel qu'il est sans le déplacer, tel le collectif (La)Horde avec Marry Me in Bassiani avec l'ensemble Iveroni, en Géorgie. Du bon travail. On peut aussi faire état du remarquable Dialogue avec Shams, du français Mathieu Hocquemiller, avec une derviche tourneur qui vit en France, d'origine iranienne. Bref, le passé n'est pas nécessairement dépassé. 
Fabien Rivière
Théâtre de la Ville - Théâtre des Abbesses, Paris, Danse élargie 21, 20 et 21 septembre 2021En savoir + 
À VENIR  Au cœur - le film

dimanche 19 septembre 2021

K.J. Holmes : « 900 Bees Are Humming » (New York & Buenos Aires) - extraits

 
           excerpts of a work in progress, 900 Bees Are Humming [900 abeilles bourdonnent]
Created and performed by K.J. Holmes
Recorded music by cellist, Juan Ignacio Ferreras
K.J. Holmes is a dance artist who lives in Brooklyn NY. 
Juan Ignacio Ferreras is a cellist who lives in Buenos Aires, Argentina.

Videography: The Fleet NYC LLC

Movement Research at the Judson Church, February 3, 2020

            February 2019, Estudio Fraga, Buenos Aires, Argentina (ci-dessous)

——  K.J. Holmes dansera à Bâle (Suisse) au Schaulager, un musée, avec la danseuse Sandra Lamouche, dans le nouveau projet Catasterism in Three Movements [Catastrophisme en trois mouvements], du musicien Jonathan Bepler et du plasticien Matthew Barney, du mercredi 22 au samedi 25 septembre 2021. En savoir + 


samedi 18 septembre 2021

Akeron (France), Interstice + Salamandre

J'ai découvert Marius Hoël aka Akeron dans la chorégraphie Beauté Bâtarde de Rémi Esterle, lors de la « soirée Formats courts » de Danse élargie 21 le 10 septembre dernier (cf. le compte-rendu dans l'article Danse élargie 21 : de belles découvertes lors de la première soirée). Ici, c'est le slameur qui signe ses propres créations.  
Fabien Rivière
— Ci-dessus : Vidéo publiée le 3 septembre 2021. Ci-dessous, publiée le 20 février 2021. 

vendredi 17 septembre 2021

Disparition de Delphine Demont, chorégraphe


COMMUNIQUÉ DE PRESSE 

Dimanche 12 septembre s'est envolée la danseuse et chorégraphe Delphine Demont, créatrice d'Acajou et maman de deux petites filles.

Ceux qui ont croisé son chemin se souviendront de la douceur de la présence de Delphine, de son regard toujours neuf sur les choses de la vie et de la danse, de son humanité.

Avec sa compagnie, Delphine Demont a développé des outils comme l'AcaJOUET (inspiré par le système de notation Laban) et le Coffret Giselle, conçu avec Wilfride Piollet (théâtre miniature en 3D), objets qui ont permis au public déficient visuel de découvrir et de vivre aussi, dans la joie, des moments de cette danse à laquelle il semblait ne pas avoir accès. Interrogeant la perception et la conception du mouvement, ses créations ont fait se côtoyer danseurs aveugles et artistes valides ; on espère revoir, à l'automne, Nouvelle Lune... [Lien]

Ainsi s'en va bientôt cette personne aimée, dansant dans la nuit, sur le fil de la sensibilité, comme la Giselle virevoltante qu'elle affectionnait.

Laure DAUGE pour
Chorégraphes Associé.e.s


Extrait de Clairières, de Delphine Demont 
 > son dès le début, image à partir de 0:47 
avec Delphine Demont et Saïd Gharbi, filmé à Micadanses, Paris, le 23 octobre 2012 

mercredi 15 septembre 2021

Danse élargie 21 : acte 2 (avec Smaïl Kanouté et Mellina Boubetra)

Saluts, Never Twenty One de Smaïl Kanouté, Photo Fabien Rivière

Danse élargie 21 se poursuit. La deuxième soirée s'est déroulée hier (dernière ce soir). De bonne tenue encore, avec respectivement Smaïl Kanouté et Mellina Boubetra (pour une présentation du projet général, et de la première soirée, on peut lire notre article Danse élargie 21 : de belles découvertes lors de la première soirée)

Quand on découvre le Never Twenty One de Smaïl Kanouté, 35 ans, plus précisément un extrait de 35 minutes, il peut sembler évident que le chorégraphe vient de Los Angeles (États-Unis), ou de Soweto (Afrique du Sud). Pas exactement, car c'est un Français qui vit à Paris. Les trois interprètes, Aston Bonaparte, Jérôme Fidelin aka Goku et le chorégraphe lui-même sont de solides gaillards noirs, les torses nus et les bras recouverts intégralement d'impressionnants tatouages, des lettres blanches, aux inscriptions énigmatiques. La gestuelle est très graphique, qui mobilise beaucoup les bras, tels des hiéroglyphes. Le plateau est absolument nu. S'agit-il de la cellule d'une prison, d'un entrepôt désaffecté ou d'un nowhere urbain ? 

Dans un premier temps les trois jeunes hommes semblent engager une discussion mystérieuse et silencieuse entre eux, dont la teneur ne nous est pas donnée, dans une certaine solidarité fraternelle. Des voix off donnent à entendre des témoignages poignants et tragiques, en anglais non traduit. À Paris, et plus largement en France, cela signifie que l'on ne comprend pas la teneur précise des propos. C'est un choix assumé de Smaïl Kanouté, qui nous confie : « Je ne veux pas tout donner ». Soit. C'est la distinction entre l'explicite et l'implicite. Entre un chorégraphe qui sait, et le spectateur en partie dépossédé. Il est possible de regretter passer partiellement à côté du réel. Compte tenu de la gravité du sujet, est-ce raisonnable ? 

Dans un second temps, un homme frappe un autre homme à terre, qui serait ainsi mort. Dans la nuit, un téléphone portable semble filmer le cadavre. Puis une lutte s'engage, à l'issue que l'on pressent tout aussi dramatique. Montrer la violence entre Noirs pose question. Comment montrer ? Comment éviter le déjà-vu et les clichés (racistes) ? Existe-t-il un regard (de) Blanc(s) ? C'est une question de cadrage dirait Godard. Smaïl Kanouté remarquait qu'il fallait voir la pièce en entier pour se faire une idée juste de sa création. Certes. Mais il faut pouvoir assumer aussi le sens d'un simple extrait. Par exemple, il fait état « de la grande urgence de création chez les jeunes qui vivent dans des environnements hostiles comme le Bronx, Soweto, les favelas de Rio de Janeiro ou La Goutte d'or à Paris. » Sauf que les ghettos américains sont des territoires constitués exclusivement de Noirs, où aucun Blanc ne pénètre. Le meurtre y est banal, dans l'indifférence des Blancs. Qui sont les grands absents de la pièce. Car ces errances et ces meurtres sont bien le résultat de politiques Blanches (par exemple la suppression des budgets sociaux). Il pourrait être pertinent que Smaïl Kanouté mobilise aussi les sciences sociales, avec par exemple Marx, Bourdieu, Loïc Wacquant, ou William Julius Wilson, ce professeur de sociologie à l'université de Chicago. L'élaboration universitaire n'est pas l'ennemie du sensible. 

Quoiqu'il en soit, il faut voir ce travail, dont on peut se demander si il ne participe pas de l'émergence d'une nouvelle génération de chorégraphes contemporains hip hop qui s'intéresse (enfin ?) au réel, plus précisément aux questions sociales. Rejoignant les questionnements de  l'exceptionnel chorégraphe brésilien Bruno Beltrão, qui aura 42 ans le 19 septembre (La physique des corps de Bruno Beltrão : « Inoah »), et de l'excellent français Iffra Dia (L'art d'Iffra Dia fait du bien).

Saluts, Rēhgma, de MellinaBoubetra et Noé Chapsal, Photo Fabien Rivière

Le Rēhgma de Mellina Boubetra est un duo qu'elle interprète avec Noé Chapsal. Ils dansent de dos, un temps, dans des tremblements prononcés qui suggèrent le trouble psychiatrique. Ce qui n'est sans doute pas l'effet recherché. Depuis trente ans, sauf erreur seule Trisha Brown a dansé (intégralement) de dos, dans If you could't see me, une merveille qui date de 1994, vu en plein air lors du Festival Montpellier danse. Ce soir, on peut penser un temps qu'il s'agit d'une représentation d'anciens du NDT (Nederlands Dans Theater, basé à La Haye, aux Pays-Bas), d'esprit néo-classique (même si on pourra objecter qu'il s'agit d'une compagnie de danse moderne). 
La musique est insistante, très directive. Puis, ils vont mobiliser un piano droit, dans un toucher qui nous a semblé très froid et dur. 
Fabien Rivière
  Never Twenty One de Smaïl Kanouté : 
EXTRAIT 35 minutes > Théâtre de la Ville - Théâtre des Abbesses, Paris, Danse élargie 21, 14 et 15 septembre 2021. En savoir +
VERSION LONGUE 1h > Espace 1789, Saint-Ouen (93), Festival Kalypso, 9 et 10 novembre 2021 20h. En savoir + 
— Rēhgma de Mellina Boubetra.