lundi 26 juin 2017

Livre - « Wim Vandekeybus - The Rage of Staging »

(ci-dessus) Couverture de l'ouvrage, (ci-dessous) visuels


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L'ouvrage Wim Vandekeybus - The Rage of Staging vient de sortir à l'occasion des trente ans de la compagnie du danseur et chorégraphe Belge basé à Bruxelles. C'est une réussite plastique éclatante. L'objet est massif mais maniable, souple, d'un format presque carré. Il rend parfaitement compte de l'univers pulsionnel mais réfléchi d'un monde qui apparaît en 1987 avec la pièce What The Body Does Not Remember. Monde masculin, peuplé de ragazzi pasoliniens.

Le livre est constitué principalement de photos, — couleur et noir et blanc mêlés, — et d'extraits de textes de divers auteurs (articles de collègues artistes, textes inédits et scripts des productions ; détails à la fin de l'article). L'organisation des pièces ne se fait pas chronologiquement, mais autour de quelques mots-clefs comme désir, indifférence, instinct, chair, peur, enfant, imagination, chaos, mort. 

La publication documente en 400 pages la totalité de la première période, d'environ 25 ans, purement dansée, et le début d'une nouvelle séquence, qui mêle danse et théâtre de texte.
Fabien Rivière 

       SOMMAIRE       

DESIRE & INDIFFERENCE / LE DÉSIR ET L'INDIFFÉRENCE   16
Sonic Boom — 2003 
FLESH / LA CHAIR   34
The Day of Heaven and Hell — 1998 
Nieuwzwart — 2009 
IMPERFECTION / L'IMPERFECTION   56
Immer Das Selbe Gelogen — 1991 
Alle Grössen Decken Sich Zu — 1995 
INSTINCT / L'INSTINCT   74
Her Body Doesn't Fit Her Soul  — 1993 
FEAR / LA PEUR    92
Mountains Made of Barking  — 1994
Bereft of a Blissful Union  — 1996 
CHILD / L'ENFANT  120
Talk to the Demon  —  2014 
Blush  — 2002 
Monkey Sandwich  — 2010 
CHAOS / LE CHAOS  168 
What The Body Does Not Remember — 1987 
Les porteuses de mauvaises nouvelles — 1989 
The Weight of a Hand — 1990 
Speak Low If You Speak Love — 2015 
IMAGE & IMAGINATION / L'IMAGE ET L'IMAGINATION   246
In Spite of Wishing and Wanting  —  1999 / The Last Words
Scratching The Inner Fields  —  2001  
It  — 2002 
Little Body on The Wall / Jan Fabre [solo de W. V, Direction et texte Jan Fabre]  — 1997 
Menske  — 2007 
Bêt Noir — 2006 Black Biist — 2009  Oedipus/Bêt Noir — 2011 
Radical Wrong — 2011 
7 For A Secret Never To be Told — 1997 
DEATH / LA MORT   326
Inasmuch as Life is Borrowed ...   —  2000
Puur/Here After  — 2005
Galloping Mind — 2015    [film]
AUDIENCE / LE PUBLIC   364
Booty Looting —  2012 

    TEXTES de    

Jean Baudrillard (philosophe), Paul Bowles, David Byrne (musicien), Damien Chapelle (danseur et comédien), Max Cuccaro (acteur), Jan Decorte (metteur en scène et comédien), Jan De Coster (installations), David Eugene Edwards (musicien), Jan Fabre, Lafcadio Hearn (écrivain), Ondrej Hrab (directeur de théâtre, Prague), Ted Hughes (poète), Kip Johnson (danseur), Jerry Killick (acteur), Sofie Mulders (journaliste), Milorad Pavic (écrivain), Mauro Pawlowski (musicien), Jean-Luc Plouvier (musicien, Ictus), Rainer Maria Rilke, Manuel Ronda (danseur, performer, dramaturge), P. F. Thomése (écrivain), Pieter T'Jonck (architecte, publie des textes sur la danse, le théâtre, l'architecture et les arts visuels), Roland Van Campenhout (chanteur), Wim Vandekeybus, Carlo Verano (acteur), Peter Verhelst (poète, romancier), Stefano Questorio (acteur).  

Wim Vandekeybus - The Rage of StagingÉditions Lannoo (Belgique), 400 pages, 2016, 60 €. En savoir + (en anglais, flamand, et français)
— Exemplaire signé par Wim Vandekeybus, sur webshop : ICI

dimanche 25 juin 2017

Radiohead, Man of War + I Promise



Man Of War and I Promise, taken from the forthcoming album OK NOT OK 1997-2017, out June 23rd on XL Recordings. http://oknotok.co.uk/

samedi 24 juin 2017

L’Opéra de Lyon vire les danseurs de son parvis pour l’été : tribune des Bboys and Bgirls et témoignages

Publié par Rébellion, site collaboratif d'infos alternatives, 22 juin 2017 

LYON (France) — Comme chaque été depuis quelque temps, l’Opéra installe un bar jazz sous les arcades. Nouveauté cette année : une série de dispositifs empêchent totalement les danseurs et danseuses d’exercer leur art dans ce lieu emblématique de la culture hip-hop lyonnaise.

Les Bboys et Bgirls de Lyon, bien décidé·es à faire entendre leur voix, celle de l’underground, publient ici une tribune. Trois d’entre eux témoignent.
                                                                                                            Bboys

mercredi 21 juin 2017

Revue du Crieur # 7: Arts vivants et Beaubourg rouillés


La Revue du Crieur vient de publier son numéro 7. Depuis le début de ce nouveau projet éditorial, il s'agit de proposer « un point de vue critique sur le monde intellectuel » et « une plongée dans la fabrique des idées, ses acteurs, ses réseaux ». Sur les onze articles de fond de ce nouvel opus, deux attirent notre attention. D'abord celui consacré au Centre Pompidou, qui veut « comprendre comment les logiques de gestion néolibérales ont perturbé les ambitions qui avaient initialement présidé à sa création ». Cela fait froid dans le dos. Ensuite, les acteurs du milieu du spectacle vivant sont décrits comme faisant le dos rond et navigant entre clientélisme et renoncement, sauf quelques-uns. Un avenir sombre qui laisse peu de raisons d'espérer.     
Fabien Rivière

La Revue du Crieur (version papier), n°7, 3 numéros par an (février, juin et novembre), publié par Mediapart et les éditions La Découverte, 15 €.  Site de l'éditeur 

mardi 20 juin 2017

Nomination de la Conseillère Culture du Président de la République, Claudia Ferrazzi, énarque

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Le Journal Officiel (JO) vient de publier la longue liste des collaborateurs du Président de la République, les civils du moins, réunis dans un cabinet composé de 45 personnes (à retrouver ICI). 

Mme Claudia Ferrazzi est Conseillère culture et communication, à compter du 1er juin 2017. Mais Mme Soria Blatmann est Conseillère technique droits humains, francophonie, rayonnement culturel, société civile, à compter du 22 mai 2017. On parle du Ministre de la Culture, en oubliant d'évoquer l'influence du Conseiller du Président en charge de la Culture, qui contrôle "son" Ministre.

On apprend aussi que des conseillers du Président sont aussi... conseillers du Premier Ministre, ce qui amène à s'interroger sur la marge de manœuvre du second (lire ICI). Ils sont 8 dans cette situation. Mais pas de conseiller-ère Culture commun-e.

Le cabinet du Premier Ministre, qui compte 32 membres civils (à retrouver ICI), est organisé en « Pôle ». Il existe ainsi un Pôle culture, communication, régulation numérique, qui ne comporte qu'une personne, la Conseillère technique culture et communication, Mme Sylvie Corréard, à compter du 23 mai 2017. 

Mais revenons à la Conseillère culture du Président. Selon L'AFP (ICI), c'est une énarque de 40 ans, une des rares femmes du cabinet Macron constitué « essentiellement d'hommes de 35-40 ans, dont beaucoup d'énarques ». Administratrice générale adjointe du Louvre entre 2011 et 2013, secrétaire générale de la Villa Médicis de 2013 à 2016.

« Diplômée en 2000 en sciences politiques à l'université de Milan, elle obtient un master en politique européenne à l'Université libre de Bruxelles. Puis ce sera l'ENA à Paris, (promotion « René Cassin ») dont elle sort diplômée en 2003. Après un début de carrière dans le privé, chez Cap Gemini et au Boston Consulting Group (BCG), elle s'oriente vers le secteur public, au ministère français de l'Économie (2006-2007), puis à l'Inspection des finances (entre 2007 et 2011). C'est là qu'elle fait la connaissance d'Emmanuel Macron, qui a le même âge qu'elle »
Fabien Rivière

Peacers (San Francisco), Peacers (full album)

Projet de Mike Donovan et Ty Segall. Publié en 2015.
Mike Donovan eTy Segall, Photo DR

lundi 19 juin 2017

Agenda Danse et performance - Paris et sa région Juillet et Août 2017

1  —  Le Théâtre de la Ville à La Villette 
2  —  Salle Pleyel
3  —  La Seine musicale - Île Seguin - Boulogne-Billancourt 
4  —  Opéra de Paris
5  —  Grand Palais
6  —  Festival Paris l'été 
7  —  Domaine de Chamarande 
8  —  La Villette
9  — Le Générateur - Gentilly 



1 — Le Théâtre de la Ville à La Villette (19°)
  Wim Vandekeybus   In Spite of Wishing and Wanting   RE-CRÉATION  Un chef-dœuvre
Du mercredi 28 juin au dimanche 2 juillet. Photos Danny Willems  En savoir + 









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2 — Salle Pleyel (8°)
  Ballet national de Cuba    
Du jeudi 6 au jeudi 20 juillet, 14 représentations. 
— Le 6 juillet à 20h : une Soirée d’ouverture en hommage à Alicia Alonso, avec les Premiers Danseurs et les Solistes du Ballet National de Cuba  
— Du 7 au 12 juillet : Giselle
Chorégraphie : Alicia Alonso, d’après Jean Coralli et Jules Perrot - Musique : Adolphe Adam
— Du 15 au 20 juillet : Don Quichotte 
Chorégraphie : Alicia Alonso (direction artistique et chorégraphique), Marta García y María Elena Llorente, d’après Marius Petipa et Alexandre Gorski - Musique : Ludwig Minkus
— Des cours de la compagnie seront également donnés en public les 9, 16 et 20 juillet de 11h à 13h.


3 — La Seine musicale, Ile Seguin, Boulogne-Billancourt (92)    Le lieu
  Alvin Ailey American Dance Theater   (New York)
Cinq programmes (notés respectivement A, I, L, E, Y). 
Dans le cadre de Les Étés de la Danse 13° Édition
Du mardi 4 au samedi 22 Juillet, 20 représentations. En savoir + 


4 — Opéra de Paris
Pierre Lacotte  La Sylphide 
Palais Garnier, du samedi 1er au dimanche 16 juillet. Photo Ann Ray - OnP En savoir + 

  Anne Teresa De Keersmaeker    Drumming Live 
Musiciens de l'Ensemble Ictus
Opéra Bastille, du samedi 1er au samedi 15 juillet. En savoir + 
Cf vidéo Anne Teresa De Keersmaeker présente « Drumming Live »  



5  —  Grand Palais (8°)
Le Grand Bal - 13 juillet 20h. En savoir + 
Direction artistique : José Montalvo. Sept chorégraphes (Hervé Robbe, Delphine Caron, Sylvain Groud, Merlin Nyakam, Chantal Loial, Warenne Adien et Kaori Ito) réinterprèteront à leur manière, hip-hop, danse africaine, krump ou bien danse contemporaine, la célèbre Messe pour le temps présent, créée il y a 50 ans par Maurice Béjart sur l’iconique musique de Pierre Henry et Michel Colombier.  
Puis 240 ambassadeurs amateurs, formés pour l’occasion, inviteront le public à « entrer dans la danse ».


6  —          Festival Paris l'été       [ex- Paris Quartier d'Été]
                 Arts, Scènes et Sun (théâtre, danse, cirque, clown), 
                 Du lundi 17 juillet au samedi 5 août. En savoir + 
DANSE : 
Soirée d'ouverture : Floor on Fire - Battle of Style
                                   Lundi 17 juillet, Auditorium de Radio France. Photo Christoph Seidler 
Guilherme Botelho Sideways Rain 
                                 Du mercredi 19 au samedi 22 juillet, Lycée Jacques Decour (9°)
Sidi Larbi Cherkaoui & Shantala Shivalingappa  Play 
                                  Du jeudi 27 au dimanche 30 juillet, Lycée Jacques Decour (9°)


7  —  Domaine de Chamarande (91) 
À l'air libre ! Escapades insolites 
animations - concerts - spectacles - expos - cinéma plein air - pique-nique
Programme de juin à octobre. Gratuit. Photo Henri Perrot   En savoir +
DANSE : 
Danse aérienne, Dimanche 16 juillet 15h et 17h30 :  Compagnie Libertivore  Hêtre


8  —  La Villette (19°)
—— Au WIP : 
      Red Bull BC One Camp 2017     2° édition GRATUIT (sauf dimanche)
Du mercredi 5 au dimanche 9 juillet. Facebook   
« Cours de b-boying avec les meilleurs danseurs hip hop de la planète ; des battles en 2vs2 ou 8vs8 départagées par un jury d’experts ; des expériences digitales. »

—— ESPACE PÉRIPHÉRIQUE :
    PARIS HIP HOP       12° édition 
Dimanche 9 juillet.  En savoir +
Programmation musicale française et internationale : 20 heures de concerts, de performance dansées et graffées. 
—— GRANDE HALLE :
AFROPUNK    musique
Samedi 15 et dimanche 16 juillet.   Cf notre article ICI


9  — Le Générateur, Gentilly (94)     Facebook
Dans le cadre de l'exposition Bernard Bousquet (27 juin - 9 juillet) co-fondateur du lieu
Éléonore Didier — 27 juin    danse
Églantine Laval — 7 juillet    performance
François Durit — 9 juillet    performance
  

vendredi 16 juin 2017

Comment les hommes vivent (Hofesh Shechter, «Grand Finale»)

Grand Finale, de Hofesh Shechter, Photo Fabien Rivière ©

Le chorégraphe israélien basé à Londres Hofesh Shechter nous revient avec Grand Finale, une « création mondiale » que le Théâtre de la Ville présente dans la Grande Halle de La Villette (Paris). La solidité et le sérieux de la proposition tranche avec la pièce précédente, plus faible, barbarians (notre article Que fait Hofesh Shechter ?). D'entrée de jeu, apparaît dans la pénombre et dans la brume, au centre du plateau, cet imposant rectangle noir posé sur le sol, comme dans un vieux film en noir et blanc, dont on sent bien, derrière l'immobilité, la puissance et la menace qu'il porte. C'est un aérolite qui n'est pas sans faire penser à l'imposant monolithe noir de 2001, l'Odyssée de l'espace, qui manifeste dans le film de Stanley Kubrick une présence - intelligence extra-terrestre.

Mais on réalise très vite qu'il s'agit plutôt d'un Mur, celui dont la construction a commencé en 2002 en Cisjordanie et long de 700 kilomètres, officiellement édifié pour la sécurité des Israéliens (sur place les dénominations sont diverses : « grillage de séparation », « clôture de sécurité », « barrière anti-terroriste », « muraille de protection », « clôture antiterroriste », « mur de la honte »). Pour le chorégraphe la perspective est bien plus large, qui déclare dans une interview que l'on trouve dans la feuille de salle : « quelque chose d'énorme, de violent est en train de se passer à l'échelle de la planète (...). » 

Sur le plateau les dix interprètes se déplacent presque toujours en groupe, à l'exception d'une scène où se forment des couples où les femmes s'évanouissent dans les bras des hommes. Cet ensemble, de civils ?, pourrait aussi devenir, à l'occasion, une meute ou une patrouille de militaires. Dans la première partie de la pièce, d'un peu moins d'une heure, les vêtements, — de par la simplicité du pantalon et de la chemise large, — suggèrent un kibboutz, communauté rurale (le premier est fondé en 1910). La seconde partie, d'un peu moins d'une demi-heure, après un entracte, où les costumes changent, se situe en ville. Ce groupe est très homogène, on sent que l'Autre, le Palestinien ?, en est absent, si ce n'est au début de la deuxième partie quand on entend, en ville donc, de la musique arabe. Le temps passe, mais les structures sociales demeurent. Il n'y a pas tellement de différence entre jadis et aujourd'hui. 

Les saluts, à l'issue de la représentation de Grand Finale, Photo Fabien Rivière 

Il est frappant que les interprètes ne vont jamais contester l'existence du Mur, qui, si l'on poursuit la réflexion, est bien le résultat d'une décision politique. Ce que les hommes ont fait, ils peuvent le défaire. C'est la limite de ce travail dont la danse est profondément jouissive : une relative dépolitisation. 

De la musique classique est jouée live par six musiciens qui vont intervenir en différents points de l'espace pendant toute la représentation, à laquelle est adjointe une puissante musique industrielle créée par Hofesh Shechter.

La danse est remarquable d'engagement, de force et de sensualité. Rarement l'urgence vitale de la danse n'aura été aussi évidente. On songe à cette phrase de Pina Bausch : « Dansez dansez, sinon nous sommes perdus... »
Fabien Rivière

Grand Finale, de Hofesh Shechter, Théâtre de la Ville à La Villette, Paris (France), du 14 au 24 juin 2017. Site  

Affiche de Grand Finale aux abords de la salle, Photo Fabien Rivière 

jeudi 15 juin 2017

Christophe Haleb (Marseille), Projet ENTROPIC NOW


Le chorégraphe vivant à Marseille Christophe Haleb vient de publier les premières images, tournées à La Havane en mars 2017, d'un projet chorégraphique et audiovisuel qui va se poursuivre jusqu'en 2018, ENTROPIC NOW. Les étapes de travail passeront par La Havane, Marseille, et Fort-de-France. Il proposera une cartographie d'une jeunesse « qui invente ses modes et ses styles de vie. » 
Les premières représentations publiques auront lieu à Tropiques Atrium - Scène nationale de Martinique, les 1er et 2 mai 2018 dans le cadre de la Biennale de la danse

mercredi 14 juin 2017

L'étrange chimie de Crystal Pite et Jonathon Young (« Betroffenheit »)

Betroffenheit, de Crystal Pite et Jonathon Young, Photo  Wendy D  

« Ça sent la coke ! » se dit-on, quand débute Betroffenheitla nouvelle création de Crystal Pite et Jonathon Young, que présentait le Théâtre de la Ville à La Colline - Théâtre national (Paris). Le titre signifie « la stupeur, la stupéfaction, l’effroi : être concerné, impacté, physiquement et mentalement, voire moralement. » Nous n'avions rien lu avant la représentation pourtant, qui aurait pu influencer cette intuition. Aucun indice explicite n'est donné non plus. Nous savions seulement que le spectacle, en provenance de Vancouver (Canada), mixe danse et théâtre et déploie sur scène les cinq danseurs de la compagnie de Crystal Pite, Kidd Pivot, et Jonathon Young lui-même, co-fondateur de l'Electric Company Theatre, auteur et comédien, à l'origine du texte torturé, qui peut donner le sentiment d'être autobiographique, colonne vertébrale de la soirée.

La scénographie, qui n'occupe que la partie gauche du plateau, dévoile une petite arrière-cour vide sans âme d'un bâtiment quelconque installé sur un seul rez-de-chaussée, façade d'un blanc sale, la nuit, dans une zone industrielle sans doute. Un homme, seul, agité, est en pleine discussion avec une voix off, qui va bientôt se matérialiser. Les danseurs incarnent les scènes de "flash", ces convulsions d'origines chimiques, de cet homme qui reconnaîtra qu'il se « défonce », à travers des séquences notamment de style cabaret comportant de la danse salsa et des claquettes. On peut se demander si la danse ne se contente pas d'illustrer le théâtre, d'un théâtre qui emprunte un peu trop aux procédés des séries et du cinéma de science-fiction américains. D'où la question : comment peut exister une culture canadienne à côté de - face à l'ogre américain ?     

Dans la seconde partie, après un entracte, sur un plateau désormais complètement vide, si ce n'est la présence d'une poutre verticale noire dont on ignore la signification sinon la nécessité, on se dit que notre homme a dû faire une overdose. La danse a plus d'espace, aussi bien mentalement que physiquement, mais n'est pas inoubliable, même si on nous indique que Crystal Pite a dansé (cinq ans, de 1996 à 2001) pour le Ballet de Francfort que dirigea William Forsythe.
Fabien Rivière 

Betroffenheitde Crystal Pite et Jonathon Young, Théâtre de la Ville à La Colline - Théâtre national, Paris, du 29 mai au 2 juin. En savoir +   

mardi 13 juin 2017

Anne Teresa De Keersmaeker présente « Drumming Live »

L'Opéra de Paris présente l'excellent Drumming Live d'Anne Teresa De Keersmaeker à l'Opéra Bastille du 1er au 15 juillet, pour douze danseurs et neuf percussionnistes sur scène, pour une série de dix représentations (celle du 14 juillet est gratuite et réservée aux associations caritatives partenaires de l’opéra), dansées par le Ballet de l'Opéra. Drumming a été créé il y a presque vingt ans, en 1998. Durée : une heure.  En savoir +

vendredi 9 juin 2017

Danse - Ce que charrie Ali Chahrour (« May He Rise and Smell the Fragrance »)

Saluts à l'issue de la représentation de May He Rise and Smell the Fragrance d'Ali Chahrour
 (2° en partant de la gauche), Photo Fabien Rivière 

Le danseur et chorégraphe libanais Ali Chahrour présentait May He Rise and Smell the Fragrance, en français Peut-il se lever et sentir le parfumla dernière partie de sa trilogie, découverte en juillet dernier pendant le Festival d'Avignon avec Fatmeh et Leïla se meurt (notre article ICI). Le cadre de présentation de l'œuvre était sensiblement différent ce 6 juin : la pierre et le plein air du Cloître des Célestins, bâti au XIV° siècle par l'ordre des Célestins, et ses deux magnifiques platanes, a cédé la place au Théâtre de l'Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes à l'est de Paris, lors du Festival June Events, qui n'est pas sans charme, principalement celui du vaste hall d'entrée où un bar et une librairie sont installés sur un sol rouge vif. 

La trilogie porte officiellement, ou consciemment, selon le chorégraphe, sur « la mort comme rituel pour traiter le rapport entre la danse, la religion au sein de la société arabe ». Rien d'assommant ou de mortifère heureusement. Mais le sujet est à vrai dire plus ample. Fatmeh est un duo où se déploie la puissance d'agir de deux femmes (quand elles ne sont pas sous l'atroce emprise de la domination masculine ?). Leïla se meurt active un trio redoutable : Dieu (écrasant), la Mère (toute puissante à un certain niveau, même si elle est prise dans une histoire tragique) et le Fils (qui essaie de se dépatouiller face à ces deux figures cannibales). 

Ali Chahrour dans May He Rise and Smell the Fragrance, Photo Zyad Ceblany 

Que pouvait donner la troisième partie ? 

On retrouve la Mère, qui, cette fois, a perdu son Fils, et qui s'adresse à l'Absent. Dans Leïla se meurt elle avait perdu son Mari, et d'autres hommes. Elle se lamente et transcende d'une certaine façon la situation à travers la musique, jouée live par Ali Hout et Abed Kobeissy du groupe Two or The Dragon (qui mobilisent des bouzouks et des bendirs, un riq et un daf iranien), et le chant, avec l'épatante Hala Omran, à la voix d'une impressionnante ampleur qui n'est pas sans évoquer Oum Kalthoum. C'est une énergie qui rejoint celle du rock. Mais quand la chanteuse se déchaîne en surplomb derrière son micro seins nus, le Fils est au sol, allongé sur le dos, tourné vers le ciel, dans une sorte de transe. La pièce a été créée à Beyrouth devant un public où se trouvaient notamment des femmes voilées sans que cela ne pose de problèmes, ni dans la salle, ni dans la presse qui a salué la qualité du travail. 

Il est remarquable que les hommes demeurent constamment hors-champ. L'inverse aurait été plus probable, sous le régime du patriarcat. Dans la deuxième pièce ils sont même décrits comme morts, de maladie, ou au combat. Ne demeure que le Fils, mais, face à sa Mère, bien qu'officiellement adulte, il reste malgré tout mineur. 

On découvre alors les déclarations d'Ali Chahrour à L'Orient Le Jour (ICI) : « J'ai grandi dans un milieu matriarcal, où les femmes sont dotées d'une force de caractère, assument leur indépendance et leur appartenance religieuse sans toutefois sombrer dans le fanatisme. Elles m'ont ouvert les yeux sur le pouvoir des femmes face aux hommes. » Et d'ajouter : « Dans ma famille, les hommes meurent tôt et les femmes leur survivent avec dignité et maîtrise de soi. » 

Bref, comment devenir un Homme, chiite en l'occurrence, quand un Dieu et une Mère vous en empêchent ? À vrai dire, Il faudrait se débarrasser de l'un et de l'autre. En France, le Roi a été décapité en 1793 (pouvoir temporel) et une loi a organisé la séparation des églises et de l'État en 1905 (pouvoir spirituel). La troisième pièce réactive les problématiques de la seconde, sans vraiment avancer, même si elle est de très grande qualité. Car quand Ali Chahrour pense parler des Femmes, il ressasse la question de la Mère. Sans doute faut-il aller au bout de quelque chose pour s'en débarrasser. Ou pas.
Fabien Rivière
May He Rise and Smell the Fragrance, d'Ali Chahrour, 6 juin, Festival June Events. Site

Le hall du Théâtre de l'Aquarium avant d'entrer dans la salle de spectacle, Photo Fabien Rivière

mardi 6 juin 2017

La Danse au Festival d'Avignon 2017 — IN

Couverture du programme 2017 du Festival d'Avignon, peinture de Ronan Barrot 

Né à la sortie de la 2° guerre mondiale, en 1947, le Festival d'Avignon fêtera en 2017 sa 71° édition, la 4° sous la direction d'Olivier Py. La danse y est présente depuis 1966, avec l'invitation quatre années de suite de Maurice Béjart dans la Cour d'honneur du Palais des Papes. Cette Cour verra cette année la présence d'une figure très importante de la danse flamenca, l'Espagnol Israel Galván. Mais il n'est pas nécessaire d'aimer "le flamenco", tant Galván déconstruit avec intelligence cet art en le rendant contemporain (comme on dit "danse contemporaine"). 50 spectacles sont proposés dont 19 relèvent de la danse voire de la performance (en intégrant les Sujets à Vif, initiative de la SACD). 

En danse, les thématiques principales s'organisent autour de quelques points forts d'un art qui peut être engagé, dans le cadre, mais pas seulement, du Focus Afrique subsaharienne : la fête d'abord, que célèbre Israel Galván, — « de fêtes populaires en temps sacrés avec les carnavals et les pèlerinages », sans oublier la danse dans un théâtre —, la mer Méditerranée, que doivent traverser au risque de la mort  les réfugiés qui veulent rejoindre l'Europe (le metteur-en-scène Guy Cassiers associé à la chorégraphe Maud Le Pladec à partir d'un texte de la Prix Nobel de littérature 2004 Elfriede Jelinek, Les Suppliants, publié en 2013), ou que l'on contemple depuis la Tunisie (Radhouane El Meddeb), l'homme dans l'histoire (Dimitris Papaioannou), l'engagement de Fela Kuti, ce musicien nigérian qui résista au pouvoir (Serge Aimé Coulibaly), la figure du populiste, que le programme du Festival nomme « tyran démocratique » (Boyzie Cekwana), le « sort des femmes qui disparaissent de la vie sociale, sans explication » (Lemi Ponifasioele viol des femmes dans les zones de conflits (Dorothée Munyaneza). 
Fabien Rivière

www.festival-avignon.com
Festival d'Avignon (IN), Du 6 au 26 juillet.  
Ouverture de la billetterie = en Avignon, le samedi 10 juin. 
Téléphone et internet, le lundi 12 juin à partir de 10h.

Couverture de l'ouvrage d'Arol Ketchiemen, Dictionnaire de l'origine des noms 
et surnoms des pays africains, aux éditions Favre (Lausanne, Suisse), 2014 Site
Rappelons que l'organisation de force de l'Afrique en États-nations 
sur le modèle occidental est une création des puissances coloniales 

   Israel Galván   Séville  
La Fiesta 
Cour d'honneur du Palais des Papes — Dates :16 > 23 juillet  En savoir +


   Radhouane El Meddeb    Tunis  
Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire 
Cloître des Carmes — 20 > 25  En savoir +


Serge Aimé Coulibaly Bobo-Dioulasso, Burkina Faso & Bruxelles 
 Kalakutra Republik
Cloître des Carmes — 19 > 25  En savoir +


Dorothée Munyaneza Portland & Marseille  
Unwanted     
Chartreuse de Villeneuve lez Avignon — 7 > 13  Photos DR  En savoir +

Boyzie Cekwana Durban - Afrique du Sud  
The Last King of Kakfontein [Le dernier Roi de la fontaine de caca]
Chartreuse de Villeneuve lez Avignon — 17 > 23 Photo Lungile Cekwana  En savoir + 

Kettly Noël Port-au-Prince Bamako Tichèlbé [Macho, en créole]  En savoir +
Nadia Beugré & Nina Kipré Abidjan  Sans repères  En savoir + 
(elles reprennent une pièce de Béatrice Kombé [1972-2007])
Seydou Boro & Salia Sanou Ouagadougou Figninto - L'œil troué En savoir +
Théâtre Benoît-XII — 9 > 15    


Guy Cassiers [Théâtre] & Maud Le Pladec [Danse] Anvers & CCN d'Orléans 
Grensgeval (Borderline). d'après les Suppliants de Elfriede Jelinek
Parc des Expositions — 18 > 24  En savoir +


Dimitris Papaioannou Athènes - Grèce 
 The Great Tamer
La Fabrica — 19 > 26  Photo Julian Mommert  En savoir + 

Lemi Ponifasio  AucklandNouvelle-Zélande  
Standing in Time
Cour du Lycée saint Joseph — 7 > 10  Photo MAU  En savoir +

Ambra Senatore CCN de Nantes   CCN = Centre chorégraphique National 
Scena Madre
Gymnase du Lycée Mistral — 7 > 13    Photo CCNN Bastien Capela   En savoir +

Fanny de Chaillé Chambéry  
 Les Grands. de Pierre Alféri
 Théâtre Benoît-XII — 19 > 26   En savoir +
Pierre Alféri, dit Thomas Lago, né Pierre Derrida en 1963 à Paris, est un romancier, traducteur, poète et essayiste français. Photo Marc Domage

Raphaël Cottin CCN de Tours   
C'est une légende  duo 40 mn.
 Danse jeune public — CDC Les Hivernales — 23 > 26  En savoir +
Photo Frédéric Iovino 


SUJETS À VIF 
——— Initiative de la SACD ———
Programme A  8>14 — 11h
Koffi Kwahulé et Michel Risse Ezéchiel et les bruits de l’ombre   En savoir +
DANSE Gaëlle Bourges et Gwendoline Robin  Incidence 1327   En savoir +
Programme B  8>14 — 18h
Joachim Latarjet et Nikolaus  La même chose         En savoir +
Julien Mabiala Bissila et Adèll Nodé-Langlois  Le rire pare-balles      En savoir +
 Programme C  19>25 — 11h
Sir Alice et Cristina Kristal Rizzo (Untitled) humpty dumpty      En savoir +
David Somló et Claudia Triozzi  Accents      En savoir +
Programme D  19>25 — 18h
Mathieu Desseigne-Ravel et Michel Schweizer Bâtards    En savoir +
Jann Gallois et Lazare  L’éclosion des gorilles au cœur d’artichaut   En savoir +

Visuel associé à Bâtards, Photo Patrick Veyssiere