mardi 28 juin 2016

Avec "Le syndrome Ian", Christian Rizzo se révèle alchimiste

Christian Rizzo, Photo Mario Sinistaj

Christian Rizzo a présenté les 24 et 25 juin dans le cadre du Festival Montpellier Danse sa nouvelle création pour dix interprètes, Le syndrome Ian. Le lieu, l'Opéra Comédie, un théâtre à l'italienne, ne se prête guère à la pièce puisque le public situé à l'orchestre n'a pas vu que le sol était de couleur or. Le second jour, on a donc rapatrié en urgence les professionnels importants au balcon. Mais le balcon n'est pas extensible. 

Visuel du Centre chorégraphique national de Montpellier dirigé par Christian Rizzo

J'ai préféré assister à la seconde représentation afin de laisser à la compagnie un peu de temps de maturation. J'étais situé à l'orchestre. 

Christian Rizzo présente le projet dans la feuille de salle : « Troisième volet consacré à l’exploration des pratiques de danses anonymes confrontées à la notion d’auteur, le syndrome ian accueille des souvenirs de clubbing et de la nuit. Ni hommage, ni reconstitution. 1979, première sortie en discothèque. » Né en 1965 à Cannes, le chorégraphe a alors 14 ou 15 ans.  

Le syndrome Ian, de Christian Rizzo, Photo Fabien Rivière 

La proposition est construite comme une longue variation de 55 minutes. L'espace est celui d'une boite de nuit. La musique électro est l'élément dominant : une puissante pulsation à laquelle sont adjointes des fluctuations mélodiques (très bonne musique de Pénélope Michel et  Nicolas Devos - Cercueil / Puce Moment). Dans la scène d'ouverture, qui va durer dix minutes, les danseurs sont regroupés, debout, enlacés. Puis ils vont lentement se séparer pour former pour l'essentiel des duos où ils se prennent dans les bras. Il est possible de penser à des slows.     

Peut-on parler de chaleur humaine et de tendresse ? Il est plutôt question d'une agrégation de molécules qui va se scinder. C'est de la physique, plutôt que de la psychologie. Les relations des uns aux autres ne cessent de se reconfigurer, mais rien de durable n'advient. Il y a bien quelques tentatives de construction, mais elles tournent court. Il s'agit d'un magma.



La danse a d'ailleurs une place spécifique. Christian Rizzo : « Alors que la planète vibre sous le son du disco et de ses adeptes d'une danse ondulatoire et lancinante, l'Angleterre voit naître une musique sombre et poétique rythmée par des corps électriques, angulaires, saccadés [le punk rock] » Ian, c'est Ian Curtis, chanteur de Joy Division, atteint de crises d'épilepsies, qui se suicide à l'âge de 23 ans en 1980. Pendant les concerts du groupe, la gestuelle de Curtis était hallucinante de beauté. Cependant, les corps chez Rizzo ne sont ni disco ni punk. Ceux qui attendent une "belle" danse ou une belle écriture en seront pour leurs frais. Certains parlent de pauvreté des mouvements, à notre avis à tort. Le piège consistant à esthétiser la situation a été justement évitée. Cela dit, cela donne une danse un peu down, ou "chewing-gum". On perçoit que la marge de progression demeure importante.   

Les costumes sont étonnants : baskets blanches, jogging noir, chemises blanches à manches courtes. Propres et banals à la fois.

Le chorégraphe est autant ethnologue que magicien. Le réel et l'imaginaire. Une première séquence et une deuxième. Mais c'est surtout un alchimiste : « L'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, principalement des métaux « vils », comme le plomb, en métaux nobles comme l'argent ou l'or. Un autre objectif classique de l'alchimie est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie. La pratique de l'alchimie et les théories de la matière sur lesquelles elle se fonde, sont parfois accompagnées, notamment à partir de la Renaissance, de spéculations philosophiques, mystiques ou spirituelles. » (1) La troisième et dernière partie est brève, où une jeune femme danse de façon très narcissique devant un totem. 

On peut rapprocher Le syndrome Ian d'une autre trilogie, présentée au Festival d'Avignon par Romeo Castellucci en 2008 avec Inferno, Purgatorio et Paradiso. La présence de la mort est aussi massive, sans être morbide. D'où la question : sommes-nous au paradis, en enfer ou au purgatoire ? Paradis ? Non. Enfer ? Peut-être. Purgatoire ? Sans doute.

Comme avec Levée des conflits de Boris Charmatz (qui pensait faire exactement le contraire), la pièce montre des humains incapables de relations véritablement humaines les uns avec les autres. Edgar Morin n'en appelle-t-il pas à « une nouvelle « politique de civilisation », pour sortir de cet « âge de fer planétaire... préhistoire de l'esprit humain »».
Fabien Rivière
(1) Source : wikipedia

Christian Rizzo dirige depuis 2015 le Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon devenu Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées depuis quelques mois, regroupement de régions oblige, — mais à vrai dire, depuis un vote du Conseil régional ce 24 juin (1), on doit écrire désormais «Occitanie» avec comme sous-titre «Pyrénées-Méditerranée» — structure qu'il a rebaptisé ICI, pour Institut Chorégraphique International. 
(1) Sud Ouest

Nous avons aussi publié :  

TOURNÉE de Le syndrome Ian :
30 juin et 1er juillet 2016. Stadsschouwburg Amsterdam / Grote Zaal, Amsterdam (Pays-Bas) dans le cadre de Julidans Festival
6 septembre. Château Rouge - Centre culturel, Annemasse, dans le cadre de la Bâtie, Festival de Genève (Suisse)
21, 22 septembre. Opéra de Lyon, dans le cadre du focus de la Biennale de la danse de Lyon
26, 27 septembre. La Comédie de Clermont-Ferrand - Scène nationale
30 septembre 2016. Le Parvis, Tarbes, en collaboration avec le Centre de Développement Chorégraphique (CDC) Toulouse / Midi-Pyrénées
27, 28 janvier 2017. Opéra de Lille
3 février 2017. Le bateau feu, Dunkerque
18 février. L'Autre Scène, Vedène, dans le cadre du Festival Les Hivernales OPTION 
23, 24, 25 février 2017. Kampnagel, Hamburg (Allemagne) OPTION
20 et 21 mars 2017. Comédie de Valence. 
26, 27, 28 avril 2017. Théâtre de Chaillot, Paris, dans le cadre de "Hors les murs" 
                                        du Théâtre de la Ville
15 septembre 2017. Teatro Municipal do Porto (Portugal) 
— Entre le 9 et le 15 octobre 2017. 2 représentations, National Theater Taichung (Taiwan)
— Entre le 8 et le 17 décembre 2017. 1 représentation, Concertgebouw Brugge, Bruges (Belgique). 
À préciser en 2017. lieu unique - Scène nationale de Nantes / TU - Nantes

lundi 27 juin 2016

Min Tanaka est à Paris

Min Tanaka

Figure du butoh, le Japonais Min Tanaka, 71 ans, est actuellement à Paris. Vendredi dernier il dansait Locus Focus à la Maison de la culture du Japon à Paris. Qu'il redonne ce mercredi au Jardin de la succursale de la Banque de France à Pantin ICI.  

Cerise sur le gâteau, nous remercions une lectrice de nous informer qu'il sera visible à Paris : 
Lundi 27 juin — 21h — Place Saint-André-des-Arts 
(cf. plan ci-dessous) Métro Saint-Michel


Mardi 28 juin — 21h — derrière le Centre Pompidou, pas le parvis, rue derrière.

dimanche 26 juin 2016

Décès du danseur Syrien Hassan Rabeh à 25 ans



Le site anglophone TheNewArab basé à Londres nous apprend une nouvelle tragique : le suicide du danseur Syrien Hassan Rabeh (orthographié aussi Hassan Rebeh ou Hassan Rabah) à 25 ans à Beyrouth (Liban) le 22 juin. Il s'est jeté d'un balcon situé au septième étage d'un immeuble situé rue Hamra. 

Selon ses amis Hassan Rabeh souffrait de problèmes psychologiques depuis les deux années difficiles vécues à Beyrouth, ayant dû fuir sa maison et son pays à cause de la guerre. Il travaillait pour la Sima Dance Company. 


Sur son compte Facebook le danseur a écrit [traduction de l'anglais] : « La paix soit avec vous, pardonnez-moi mes amis, ma famille et ma bien-aimée, et que tous les régimes tombent, en commençant par le régime syrien meurtrier, raciste, qui a échoué, et son chef Bachar et son père, et le régime colon Sioniste capitaliste et ISIS [Islamic State of Iraq and the Levant], l'autre côté de la même médaille, et [le ministre de l'intérieur libanais] Nouhad al-Machnouk dans le même cercle, et les services de renseignement mondiaux immoraux... May Palestine return. »

Le nombre de réfugiés Syriens enregistrés au Liban a dépassé le million en avril de l'année dernière, dont 185.000 âgés de 15 à 24 ans.

Sur les réseaux sociaux certains écrivent que cette mort « arrive après sa défaite et la défaite de la plupart des Syriens dans les pays d'immigration. » (Notons que le concours Danse élargie à Paris a remis ce 18 juin le 1er prix (mérité) au (réfugié en France) Syrien Mithkal Alzghair, lire notre Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde)
Fabien Rivière
Sources : TheNewArab — Enab Baladi
Facebook Hassan Rabeh
Facebook - Sima Dance Studio Lebanon

jeudi 23 juin 2016

La Danse au Festival d'Avignon 2016 - OFF

Nous avons déjà publié : 

SOMMAIRE > Samuel Mathieu —— La Belle Scène Saint-Denis ——  Théâtre Golovine ——  Abdennour Belalit  ——  Marine Mane  ——  Contre Courant Le Festival

DANSE ——  www.avignonleoff.com

    Samuel Mathieu  C'est Tout    
Du 9 au 19 juillet (relâche le 14 juillet)  12h10 — Île Piot   En savoir +
Danse et cirque (sangles). Durée 35 mn. 
Dans la cadre de Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées Fait Son Cirque. Photo Pierre Ricci


    La Belle Scène Saint-Denis       
Du 9 au 22 juillet  Site  En savoir +
Du 9 au 13 Juillet
10 h  DANSE 
Satchie Noro et Dimitri Hatton  Bruissements de pelles    35 mn.
Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou  Narcose  [extrait]  30 mn.   Photo Compagnie Chatha
Amala Dianor  New School     20 mn.  Photo Benoîte Fanton
19 h (relâche le 11 juillet)  THÉÂTRE 
Adrien Béal  Le Pas de Bême   1h 
+ 13 Juillet
17 h  LECTURE
Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre  Les Mystiques   1h
14 Juillet
10 h  DANSE
Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou  Narcose     30 mn.
Amala Dianor   New School      20 mn.
Raphaëlle Delaunay et Sylvain Prudhomme  It’s a match   30 mn.
19 h  THÉÂTRE
Adrien Béal  Le Pas de Bême     1h 
15 juillet
10 h  DANSE
Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou  Narcose     30 mn.
Amala Dianor  New School    20 mn.
Raphaëlle Delaunay et Sylvain Prudhomme  It’s a match  30 mn.
19 h
DANSE  Satchie Noro et Dimitri Hatton Bruissements de pelles
THÉÂTRE  Adrien Béal  Le Pas de Bême  

Du 16 au 17 juillet
10 h  DANSE
Mithkal Alzghair  Déplacement    solo 25 mn.   
ON PEUT LIRE Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde
Photo Dani Abo Louh
Herman Diephuis   Prémix   duo 30 mn.
Raphaëlle Delaunay et Sylvain Prudhomme  It’s a match    30 mn.
19 h
DANSE  Satchie Noro et Dimitri Hatton  Bruissements de pelles    35 mn.
THÉÂTRE Astrid Bayiha et Ayouba Ali Jaz   50 mn. 
+ 16 Juillet
12 h30  RENCONTRE, PIQUE-NIQUE 
Céline Champinot, Geoffroy Rondeau, Séverine Astel et Gérald Kurdian  L’Âme humaine sous le régime socialiste 

Du 18 au 22 juillet
10 h  DANSE
Mithkal Alzghair  Déplacement     solo 25 mn.
Herman Diephuis  Prémix    duo 30 mn.
Jann Gallois  Carte Blanche    trio 30 mn.
19 h (relâche le 20 juillet) THÉÂTRE 
Astrid Bayiha et Ayouba Ali  Jaz   50 mn. 


     Théâtre Golovine       
 7 - 30 juillet   En savoir +
EXPOSITION de PHOTOS  Thomas Bohl   6 - 30 juillet  10h - 22h   Facebook
Vernissage mardi 28 juin 18h30 Dégustation de vins du caveau Colombes des vignes Entrée libre
10h45 Jours impairs — Max Diakok   Depwofondis   Photo Cie Boukousou 
10h45 Jours pairs — Bintou Dembélé  S/T/R/A/T/E/S - Quartet
12h30 — Emmanuel Grivet  Duo 1 suivi de  Résonnance(s)
14h30 — Julie Dossavi  La Juju
16h30 — Julien Gros  Mauvais rêves de bonheur      Photo DR
18h45 — Rafael Smadja  Domino + Jann Gallois  Compact
20h30 — Nabil Hemaïzia  Les silences obligés     Capture d'écran Espaces Magnétiques
22h — Nono Battesti  Double



       Abdennour Belalit   Reconstitution   (hip hop)      
 7 - 30 juillet — Le Célimène  En savoir +


     Marine Mane  La tête des porcs contre l'enclos        
9 - 26 juillet  — Caserne des Pompiers  En savoir +


     Contre Courant Le Festival        
(13-17 juillet)   En savoir +  
Complexe de loisirs de la CMCAS Avignon - Rond-point Île de la Barthelasse
Mercredi 13 juillet à 18h En savoir +
Kiaï Compagnie - Création cirque chorégraphique et poétique pour 4 acrobates, 1 slameur (Arthur Ribo) et un musicien live CRI
Mercredi 13 juillet 22h En savoir +
Ali Chahrour Fatmeh 

lundi 20 juin 2016

Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde


Le concours Danse élargie est une initiative de Boris Charmatz pour le Musée de la Danse - Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne et d'Emmanuel Demarcy-Mota pour le Théâtre de la Ville à Paris. Il se déroule au Théâtre de la Ville, tous les deux ans en juin un week-end. Il se veut ouvert à « des artistes de toutes les générations et de toutes disciplines. » La règle est simple : présenter une pièce de 10 minutes maximum, composée de 3 interprètes minimum. Vingt pièces sont proposées. 

En 2014, 319 dossiers de 37 pays ont été reçus. Pour l'édition 2016, 480 dossiers ont été réceptionnés (soit une augmentation de plus de 50 %) provenant de 50 pays. 34 ont été retenus. 

PASSAGE PAR SÉOUL CETTE ANNÉE



Danse élargie à Séoul avant Paris cette année : un visuel et les lauréats

L'Année de la Corée du Sud en France a été l'occasion d'une première partie du concours organisée à Séoul les 11 et 12 juin au LG Arts Center, où ont été présentés 17 projets ICI, et dont il ressort quatre lauréats (1er prix du jury : Jeong Seyoung pour Deus Ex Machina (Corée du Sud) [Formation exerce (initiée en 1998 par Mathilde Monnier, au sein du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon (CCN MLR))],  2° prix du jury : Samuel & Mathieu Joseph et Jeff Armand pour Libre sans toi-t (Île Maurice), 3° prix du jury : Gaétan Bulourde pour Spoiled Spring : There  are no more seasons (Belgique), Prix du jury spectateur : Chien-Hao Chang  pour Bout (Taïwan)).

EN 2016, DANSE ÉLARGIE REPEND DES COULEURS

Une seconde partie du concours se poursuit dans la capitale française, où dix-sept autres projets sont invités à se présenter (voir la liste et les photos ci-dessous) les 17 et 18 juin

À Paris, après une première édition 2010 prometteuse, les seconde et troisième éditions furent décevantes, artistiquement parlant (officiellement 2014 « fut un succès au-delà de toute attente » de par le grand nombre de dossiers déposés, « un jury international composé d'artistes de grande renommée et de toutes disciplines », les « centaines d'interprètes sur la scène du Théâtre de la Ville » et les 1800 spectateurs). 

Surprise : en 2016 la manifestation reprend des couleurs (artistiques). 

DANSE DE SURFACE ET DANSE BLANCHE

Mais il faut nuancer : côté négatif, on notera la place majoritaire, statistiquement parlant, des propositions sans grand intérêt, trop propres, fades et vides, de gentils Blancs, — dont on se demande avec une certaine inquiétude sinon angoisse la relation qu'ils entretiennent avec le monde, avec le réel (il y a bien une tentative dans une proposition de traiter de la réalité, mais elle demeure anecdotique), — que nous qualifierons de Danse de Surface (DS). Ou alors faudrait-il parler d'une Danse Blanche (DB) ? Une « Danse ethnique » nous souffle un professionnel paisible en souriant ? D'ailleurs, à l'exception d'une pièce qui mixe des Français et des Coréens du Sud, les Blancs demeurent entre eux (c'est un Blanc qui rédige ces lignes). Pas de mélange. Peu de couleurs. 

C'est aussi ou d'abord la responsabilité du « comité de sélection [des projets retenus], composé de membres des équipes du Musée de la danse, du LG Arts Center et du Théâtre de la Ville, [qui] a longuement et soigneusement étudié chaque projet. »

À l'inverse, ils manifestent la diversité de la France à eux seuls (sur 17 pièces) : Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh (et, discrètement, l'espace étant plongé dans l'obscurité totale sauf à la fin, quelques secondes, Pauline Corvellec). Par ailleurs, le Syrien réfugié en France Mithkal Alzghair a fait une partie de ses études ici. Deux, c'est peu.

DE BONNES SURPRISES

Les bonnes surprises n'en sont que plus éclatantes. Déplacement du Syrien Mithkal Alzghair, un trio d'hommes, est un choc bienvenu. Ils sont seuls. Ils entrent comme par mégarde par la droite du plateau, vide, habillés de façon fort simple (pantalon sombre et T-shirt blanc). Un d'eux porte une serviette blanche avec une certaine solennité, qu'il va poser au sol. Leur regard se portent vers nous. Et ils lèvent les bras. Comme si ils étaient en joue. Les gestes sont d'un dépouillement et d'une simplicité bouleversantes. Pas de musique ou de bande son. Le silence. Pas d'effet de lumière/s. Pas de pathos. Des faits, pourrait-on écrire. Plutôt que de dénoncer, le chorégraphe énonce. Le réel. Ce sont des hommes. Mais en même temps il y a un côté personnages de bande dessinée. Ils vont engager une danse (populaire) minimale, à partir du bas du corps, comme si de rien n'était. À la fin, ils vont se disperser doucement dans l'immensité de l'espace plongé dans une pénombre relative, dans une abstraction stupéfiante. 

Déplacement parlerait d'abord de ceux qui sont partis, qui sont devenus des réfugiés. Il est cependant difficile de ne pas y voir aussi ceux qui restent. 

À la demande de la directrice du studio Le Regard du Cygne, à Paris, Amy Swanson Salmon, un jeune garçon de dix ans, Victor, a donné son ressenti : 
 

Après deux créations en Syrie, Mithkal Alzghair vient en France en novembre 2009. Il a alors 29 ans, bientôt 30. La révolution de mars 2011 va changer la donne, rentrer au pays devenant beaucoup trop dangereux. Il obtient le statut de réfugié politique. 

Il va étudier à exerce, formation initiée en 1998 par Mathilde Monnier, au sein du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon (CCN MLR), de 2011 à 2013.

Après le studio Le Regard du Cygne à Paris les 24 et 25 mars 2016, Déplacement sera présenté : 
— à Berlin (Allemagne) dans le cadre de Tanz im August les 2 et 3 septembre ICI
 Onassis cultural center à Athènes (Grèce) les 26 et 27 octobre 
— Goethe institut à Bratislava dans le cadre du Nu Dance Festival ICI (Slovaquie) le 16 novembre 
— Les Treize Arches – scène conventionnée à Brive-la-Gaillarde ICI le 26 novembre
— Louvre-Lens ICI le 22 janvier 2017
— Le Vivat à Armentières dans le cadre de Vivat la danse ! 20 ans en 2017 le 25 janvier 2017 ICI 
— Centre de Développement Chorégraphique (CDC) de Toulouse ICI les 27 et 28 janvier 2017

La version solo de Déplacement dansée par Mithkal Alzghair sera visible lors du Festival d'Avignon Off dans le cadre de la Belle Scène Saint-Denis (cf. notre La Danse au Festival d'Avignon 2016 OFF) du 16 au 22 juillet à 10h, à A Corner in the World - Istanbul Independent Performing Arts Festival ICI (1-10 octobre) en Turquie le 6 octobre — qui sera consacré aux travaux en provenance du Moyen-Orient — et pendant les Petites Scènes Ouvertes ICI au Centre de Développement Chorégraphique (CDC) Le Cuvier à Artigues-près-Bordeaux le 1er décembre.  

*   *   * 
JumpStyle HardJump Shuffle @ Berlin HardStyle Germany, Alexanderplatz 

(La)Horde est un collectif créé par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel en 2013 à Paris. Il s'intéresse au jumpstyle. C'est un genre de musique électronique techno hardcore qui apparaît à la fin des années 90 aux Pays-Bas et en Belgique, qui associe une forme de danse pratiquée lors de fêtes underground. Le mouvement va se diffuser mondialement. Du côté d'internet on trouve de courtes vidéos d'une personne ou d'un groupe dansant dans l'espace privé ou public. 

L'intérêt pour cette danse se développe en trois temps : la création de Avant les gens mourraient pour l'Ecole de Danse Contemporaine de Montréal (EDCM) en 2014, le court métrage de 16 minutes Novaciéries ICI présenté dans les festivals (de cinéma, mais pas seulement) en 2015, et aujourd'hui To Da Bone en 2016.

Le titre de la pièce, To Da Bone — en françaisJusqu'à l'os —  associe de l'argot anglais, To Da (pour To The), à de l'anglais, la norme linguistique et son contraire. Les interprètes se connaissent depuis longtemps, mais ne s'étaient jamais rencontrés physiquement. Ils sont dix, huit jeunes hommes et deux jeunes femmes, qui ont adopté le look normcore : baskets, pantalon plutôt jean 501 (pas trop serré et pas trop large) et une veste de sport (ici, colorée). On lit sur internet qu'il s'agit d'« une esthétique de la normalité » et de « non-style ». (La)Horde aurait souhaité associer des performers afro-états-uniens et indonésiens, mais cela n'a pas été possible, et nous voici avec dix Blancs. Ils ont conscience que c'est problématique. 

Le groupe, compact, est en mouvement dans une mécanique sans fin, d'où un individu sort un temps, pour revenir dans la meute tout aussi mécaniquement. C'est réussi, un peu trop « viril » au sens où tout cela porte une agressivité certaine. Cette discipline peut faire penser à un entrainement de militaires ou de néo-nazis. À la fin on se dit qu'après la représentation ils vont tous aller « casser du pédé. » L'esthétique jumpstyle est en fait plurielle : sur internet, les vidéos sont bon enfant, souriantes et détendues, le film Novaciéries suggère la désolation, To Da Bone la potentialité d'une confrontation future violente. En leur remettant le deuxième prix du jury, Vincent Macaigne expliquait : « Ce qu'on a récompensé est vraiment très beau, parce que ça nous a parlé d'une forme de colère qu'il peut y avoir en Europe. Il y avait une sorte d'énergie à nos yeux tribale, politique et contemporaine. On a aussi voulu féliciter le travail de recherche de danse. » Mais on peut percevoir cette énergie comme régressive, et dangereuse. Il existe un danger à trop l'esthétiser. La montrer est une chose, expliquer les conditions socio-historiques qui rendent possibles son apparition en est une autre, plus difficile, plus ambitieuse et plus nécessaire. Au cinéma on dirait que tout cela est un problème de cadrage : le spectre est large entre la dénonciation et l'accord, en passant par le constat qui se veut neutre. (La)Horde défend le droit à un « regard non autoritaire ». Mais il nous semble que la réflexion sur le cadrage doit se poursuivre, en dissipant l'ambiguité. 

Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh ont présenté FACT. La ville en est le sujet principal : son patrimoine, ses mutations, ses espaces, les déplacements et les trajectoires de ses habitants, les mouvements de masse et les mouvements de foule. Ils ont recruté des interprètes aux formations diverses : deux danseurs jazz contemporain, quatre danseurs hip hop et un danseur électro. Les chorégraphes présentent des corps chargés d'énergie dans une écriture élégante. Cette croyance dans les potentialités du corps n'est pas si fréquente et doit être saluée. La prise de parole sur scène est encore maladroite mais les deux chorégraphes comprennent et progressent vite. 

PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES

Quoiqu'il puisse arriver (nous écrivons avant la remise des prix), nous avons décidé, comme en 2014 ICI, d'attribuer les PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES : 
— Premier Prix : Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE
— Deuxième Prix : COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel  TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE 
— Troisième Prix : Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh   FACT   FRANCE 

PRIX DANSE ÉLARGIE 

— Premier Prix du Jury :
 Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE
— Deuxième Prix du Jury :
 COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel 
TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE 
— Troisième Prix du Jury :
 Lyon-Eun Kwon  Glory    CORÉE DU SUD 
— Prix du Jury de spectateurs : 
Eirini Papanikolaou  Anthemoessa  GRÈCE
— Prix du Jury de spectateurs avec mention spéciale :
 Lyon-Eun Kwon  Glory   CORÉE DU SUD 
— Prix de la Technique : 
Eirini Papanikolaou  Anthemoessa  GRÈCE
Fabien Rivière
PHOTOS Fabien Rivière ©

On peut lire nos articles :
Le concours Danse élargie 2010 en photos
Photos et Analyses- 3° édition du concours Danse élargie 2014
Concours Danse élargie : que donne la cuvée 2015 ?

DEUX JURYS : 
— Un « jury d'artistes » (avec Eun-Me AHN directrice artistique de Eun-me Ahn company, chorégraphe, performeuse CORÉE DU SUD, Lee Bul plasticienne CORÉE DU SUDLucinda Childs chorégraphe USA, Tiago Guedes chorégraphe, directeur du théâtre municipal de Porto-Rivoli et Campo Alegre  PORTUGAL, Young-Kyu Jang musicien CORÉE DU SUD, Vincent Macaigne acteur, metteur en scène FRANCE, Dorothée Munyaneza musicienne, chorégraphe, comédienne FRANCE/RWANDA) au nombre de sept. 
— Un « jury de (neuf) spectateurs. »

VIDÉOS des projets sélectionnés sur Numéridanse.tv ICI


Sur les 17 projets proposés samedi,
 il demeure 10 Finalistes présentés dimanche, notés  F  
Nous avons fait précéder les propositions les + intéressantes de        

SAMEDI 18 juin — 
11h30 - 13h 
1.    Marion Schoevaert, Violaine Schwartz & Annamirl Van Der Pluijm
       MOLOCH   CORÉE DU SUD / FRANCE  
2.    Laurent Cèbe Les gens qui doutent   FRANCE     F  
3.    Eirini Papanikolaou  Anthemoessa   GRÈCE     F  
          4.    Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh  FACT   FRANCE     F  
           5.    DAL project  Erase the moon    CORÉE DU SUD      F  
6.    Pauline Corvellec BLACK AND LIGHT   FRANCE      F 
Capture d'écran Espaces Magnétiques
14h15 - 15h45
           7.    COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE     F  
8.    Jean Hostache & Garance Silve  Le Sacre du printemps   FRANCE
              9.    Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE      F  
10.   Cie Popùliphonia - Romain Pichard  Blue Monday    FRANCE     F  
11.   Lyon-Eun Kwon  Glory   CORÉE DU SUD      F  
12.   Paul Changarnier - Collectif A/R   h o m e    FRANCE

16h - 17h15
13.  ATELIER 37.2  GRAFT, danse d’une espèce à venir   FRANCE /  ITALIE /  CANADA
14.  Maud Blandel  TOUCH DOWN     SUISSE /  BELGIQUE /  PORTUGAL     F  
15.  Jasmina Krizaj & Cristina Planas Leitão  The Very Delicious Piece XL  
                 PORTUGAL / SLOVÉNIE     F  
16.  Christos Papadopoulos - Leon and Wolf company  OPUS  GRÈCE
17.  Pierre Piton  Capillotractée   SUISSE / LITUANIE