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vendredi 6 mai 2022

Marie Chouinard se lâche (« Radicale vitalité »)

Saluts à l'issue de Radicale vitalité à l'Espace Cardin, Photo Fabien Rivière

Le Théâtre de la Ville de Paris présente les œuvres de la chorégraphe québécoise Marie Chouinard, 66 ans, depuis exactement 20 ans. L'histoire a commencé en 2002 avec Le cri du monde et Les 24 préludes de chopin. Aujourd'hui, jusqu'au 12 mai, on découvre Radicale vitalité, qui permet de se pencher sur presque quarante ans de créations, qui débutent en 1980 ici, en 1978 dans la vie, une « suite de petites séquences, menées tambour battant » comme l'explique la feuille de salle. On appelle cela aussi best of, synthèse, remix, abrégé, condensé ou, mieux, compendium ? Très bonne session de rattrapage pour celles et ceux qui auraient louper le début, tout, ou un certain nombre d'épisodes. 

Dix-huit parties, le plus souvent un solo ou un duo, à deux exceptions, pour une durée minimum de 37 secondes, au plus 13 minutes 22 secondes. On peut dire que la chorégraphe ne recherche pas le bon goût, elle le fait même clairement valdinguer même si c'est visuellement très bien léché. Pour un corps brut de décoffrage qui l'obsède : « Depuis les débuts, je m'intéresse au corps et au souffle. Je suis fascinée par le corps vivant et éphémère avec ses organes, sa salive, son mélange de quelque chose d'organique et d'architectural, ce corps qui, possédé d'un émoi insoupçonné, trouve tout à coup une nouvelle forme, inhabituelle mais si exacte. » (extrait de la feuille de salle) 

Radicale vitalité, capture d'écran Espaces Magnétiques

Un corps le plus souvent traversé de soubresauts, et qui ne semble pas aller bien. On peut se demander d'ailleurs quelle relation entretient le corps et l'esprit. Quelle est l'autonomie du premier vis-à-vis du second ? Corps tordu pulsionnel indépendant de l'esprit, ou corps perturbé car l'esprit est tourmenté ? Pure imagination, auto-portrait de la chorégraphe, voire même observation de l'état du monde ? On ne résiste pas au plaisir de citer la remarque d'une pourtant jeune spectatrice, qui a sa solution ("pure imagination"), donnée sur un ton un peu dégouté : « Je ne suis pas là pour voir des êtres humains ». Quoiqu'il en soit, et quelle que soit la réponse, les 11 interprètes sont forts bons, qui défendent avec talent ce monde secoué.
Fabien Rivière 
Radicale vitalité, de Marie Chouinard, Théâtre de la Ville à l'Espace Cardin, Paris (8°), du mercredi 4 au jeudi 12 mai 2022. En savoir +  

lundi 18 juillet 2016

Danse - Singer n'est pas aimer (Marie Chouinard, «Soft virtuosity, still humid, on the edge»)

Soft virtuosity, still humid, on the edge, de Marie Chouinard; Saluts des danseurs, 
puis salut de Marie Chouinard, Photos Fabien Rivière

Selon le directeur du festival d'Avignon Olivier Py, la Québécoise Marie Chouinard est « une immense chorégraphe ». Elle présentait ce dimanche dans la Cour du Lycée Saint-Joseph une pièce de 2015, Soft virtuosity, still humid, on the edge, en français Virtuosité douce, encore humide, sur le bord. 

Ce qui frappe d'emblée ce sont les traversées rapides de la scène vide, de droite vers la gauche et inversement de danseurs boitants fortement. C'est à la fois très bien fait, les 10 interprètes sont forts bons (et cela donne de belles photos), mais cette façon de singer le corps handicapé est franchement gênant. D'autant qu'un peu plus tard, il est aussi question du handicap mental. On peut penser observer les pensionnaires d'un asile. Le regard est surplombant, soft ?, comme un riche regardant ses pauvres. 

William Forsythe travaille la question de la folie, et plus généralement celle du chaos de façon plus convaincante, dans ses différentes strates. Chaos psychique, chaos de la matière, du point de vue d'un physicien, chaos stellaire. William Forsythe n'imite pas. Il est profondément dans le matériau corporel. Il ne s'exclut pas, dans une hauteur aristocratique. 

On est donc surpris de lire dans la feuille de salle une interview de Marie Chouinard où elle explique que son intérêt se porte sur la marche de l'humanité, et non d'un groupe en particulier.  

Par ailleurs, l'usage de la vidéo, qui retransmet sur la plus grande partie du mur du fond en direct les situations n'apporte pas grand chose, même si l'on sait que la chorégraphe veut être au plus près des visages. On ne comprend pas trop le court passage où un danseur portant un casque audio, très concentré sur sa musique et sa danse, les yeux quasi fermés, traverse l'espace. La scène finale est finalement très kitsch avec cette grande et cette petite aile d'ange découpées dans un carton blanc dont le sens demeure mystérieux. 

On peut avoir le sentiment que la chorégraphe développe des processus qui se déploient dans des séquences plus ou moins réussies, mais que manque un propos solide. 
Fabien Rivière
Soft virtuosity, still humid, on the edge, Marie Chouinard, Cour du Lycée Saint-Joseph, du dimanche 17 au samedi 23 juillet (relâche le 21 juillet), 22h. En savoir +
— Ateliers de la pensée, Dialogues artistes-spectateurs avec Marie Chouinard, le jeudi 21 juillet à 17h30 sur le site Louis Pasteur de l'université d'Avignon.