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mercredi 3 janvier 2024

Culture - 4° texte de soutien au peuple palestinien

Drapeau palestinien


                                                  
TRIBUNE Mediapart, 2 janvier 2024  Site

Révolte de la conscience

« C’est avec un sentiment d’horreur et de révolte que nous assistons à la poursuite acharnée du massacre à Gaza ». Plus de 100 personnalités, dont de nombreux artistes, signent cette lettre à Emmanuel Macron pour lui demander d'user de toute son autorité pour imposer un cessez-le-feu immédiat (...) et relancer le processus politique qui permettrait de « sortir enfin de ce conflit qui n’en finit pas et menace la paix du monde. »
 
Monsieur le président,

C’est avec un sentiment d’horreur et de révolte que nous assistons à la poursuite acharnée du massacre à Gaza. Suite à l’attaque du Hamas, l’Etat d’Israël se livre à une véritable entreprise d’extermination des Palestiniens, dans la bande de Gaza mais aussi dans plusieurs lieux de Cisjordanie. Déjà plus de 20 000 morts, dont 9 000 enfants ! Des camps de réfugiés, des écoles de l’ONU, des hôpitaux bombardés... Au prétexte de « traquer les terroristes », des journalistes, des poètes, des ingénieurs sont tués, parfois avec toute leur famille, lors d’attentats ciblés. C’est le peuple et l’élite de la société palestinienne que l’armée d’occupation israélienne cherche à décimer.

Gaza, qui était déjà depuis des années un ghetto, une prison à ciel ouvert, est maintenant un camp de concentration dont les habitants sont promis à la mort, violente ou lente, par la faim et la soif provoquées par la privation délibérée d’eau et d’alimentation !

Depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons connu peu d’entreprises meurtrières telles que celle-ci. Il est sidérant de constater que des descendants des victimes du nazisme se comportent à leur tour aujourd’hui en génocidaires racistes pour qui les autres, les Palestiniens, ne sont que des « animaux » pour reprendre l’expression de plusieurs hauts responsables israéliens. Ils sont en train de détruire l’héritage spirituel et humaniste du peuple juif et entachent durablement son honneur.

Qu’il soit juif ou arabe, - donc sémite, aussi -, ou de tout autre origine, aucun d’entre nous ne peut être soupçonné d’antisémitisme et nous n’acceptons pas le détournement de langage, qui pour dédouaner un régime colonial d’apartheid, assimile anti-sionisme et antisémitisme. En vertu de cette confusion organisée, beaucoup d’intellectuels et de pacifistes juifs, en Israël et dans le monde, peuvent être et sont parfois traités d’antisémites.

Pour notre part, nous ne pouvons pas rester silencieux devant l’hypocrisie qui consiste à renvoyer dos à dos bourreaux et victimes. Oui nous pensons que Benjamin Netanyahu est un criminel de guerre et que son cas relève de la Cour Internationale de Justice !

Nous pensons qu’un peuple opprimé a le droit de résister et de s’insurger, et ne partageons pas pour autant l’idéologie ni les méthodes du groupe Hamas dont la stratégie s’avère désastreuse pour la population de Gaza… Mais en matière de terrorisme, l’État d’Israël bat tous les records. Devant la disproportion des armes et du nombre des victimes, nul ne peut invoquer un quelconque droit à la vengeance. Nous sommes bien loin de l’antique loi du talion.

Nul ne peut invoquer non plus le droit d’Israël à préserver sa sécurité. La « solution finale » que Netanyahu et son gouvernement sont en train de mettre en œuvre ne résoudra rien. Elle ne peut au contraire que nourrir la haine, la volonté de revanche et la violence. C’est son action qui pousse aujourd’hui la majorité de la population palestinienne dans les bras du Hamas.

Il n’y a pas d’avenir pour les juifs d’Israël, ni pour les Palestiniens, sans la cohabitation pacifique des uns avec les autres.

Il n’y a pas d’avenir et pas de paix sans justice, sans reconnaissance des droits du peuple palestinien, sans respect des résolutions de l’ONU.

En tant que président de la République française nous vous demandons d’user de toute votre autorité pour imposer un cessez-le-feu immédiat, l’organisation de secours d’urgence pour la population de Gaza, la reconstruction des maisons, des services publics de santé, d’éducation et la reprise du processus politique pour sortir enfin de ce conflit qui n’en finit pas et menace la paix du monde.

(Signataires à retrouver au bas de la page initiale : Site)

vendredi 14 mai 2021

Tribune (Suisse, Culture) - Certificat vaccinal : non à la discrimination



Parallèlement aux événements tests sur quelques grandes manifestations et à l’élévation des jauges prévue en juin, le Conseil Fédéral envisage d’instaurer un accès sélectif à certains lieux : dès que 40% à 50% de la population aura été vaccinée, l’entrée dans nos institutions, de même que dans les restaurants ou les manifestations sportives de moyenne grandeur, pourrait dépendre du passeport vaccinal, les publics devant attester d’un vaccin ou d’un coûteux et laborieux test PCR pour entrer dans nos murs.

Pour nous, institutions culturelles publiques, être accessibles à touxtes n’est pas un principe discutable. Personnes sans papiers, personnes requérantes, SDF, phobiques, allergiques, sceptiques, vaccinées aux vaccins non-ARN, « provax » ou « antivax », « complotistes » ou « rigoristes » : il ne nous appartient pas de trier nos publics selon les critères que la Confédération n’ose elle-même pas faire appliquer aux autres secteurs. Il a été démontré à de multiples reprises – par des statistiques, par des simulations, par des recherches tout à fait scientifiques – que les théâtres, les cinémas et salles de concert assises, moyennant le port du masque et la distanciation, faisaient courir à leur public exceptionnellement peu de risques de contamination – d’après ces études, moins que les transports publics et beaucoup moins que les supermarchés par exemple.

Si la Confédération est toutefois tentée de nous imposer un rôle contre nature, discriminateur plutôt que rassembleur, cela n’est donc pas parce que le risque est spécialement élevé mais pour des questions pures de communication, sur le mode de la récompense, ou plutôt de la punition : vous retournerez à vos loisirs lorsque vous aurez joué le jeu de la vaccination. Ce chantage fait à nos dépens n’aurait lieu que parce que la Confédération n’a pas osé aborder de front le débat sur la vaccination obligatoire, et bien sûr n’oserait pas imposer les mêmes règles à Zara ou IKEA, ou aux CFF. Imaginez le tollé si les universités, les écoles, les EMS, les administrations publiques, les transports publics conditionnaient leur accès au vaccin ou au test quotidien ! Nos lieux culturels sont des institutions publiques au même titre que celles-ci. Les hypothèses de mesures faites ces derniers jours, proposées de manière non démocratique et au mépris de toute consultation du milieu, nous menacent directement d’instrumentalisation, dans des buts de politique sanitaire que nous estimons non directement liés à la dangerosité de notre activité. Elles sont une menace énorme pour notre mission et nos valeurs, le cœur de ce pourquoi nous travaillons. Si elles devaient se vérifier, nous serions à nouveau mis dans une position extrêmement problématique, puisque nous ne pourrions pas, éthiquement, logistiquement et financièrement, les mettre en œuvre.

Paru initialement dans Le Temps, 14.05.21.

Par ordre alphabétique :
— Le collectif 2.21  [théâtre de poche multi-salles, Lausanne]
— Cécilia Bovet & Delphine Jeanneret, co-directrices Festival de Cinéma Jeune Public  [Lausanne]
— Bénédicte Brunet et Dominique Hauser, programmation et direction de la Grange de Dorigny, UNIL [Université de Lausanne]
— Grossfeld Gwenaël, directeur du Cinéma Bellevaux   [Lausanne]
— Marie Klay, Martina Pattonieri, direction générale, et Julien Bodivit, Thibault Walter Dimitri Meier, direction artistique, LUFF  [Lausanne Underground Film and Music Festival]
— Myriam Kridi, directrice du festival de La Cité  [Lausanne]
— Stéphane Morey, directeur de la Fête du Slip  [Lausanne]
— Valérie Niederoest et Philippe Saire, co-directeurs du Théâtre Sévelin 36  [Lausanne]
— Dominique Radrizzani, directeur de BDFIL [Festival de bande dessinée, Lausanne]
— Patrick de Rham, directeur de l’Arsenic   [Lausanne]
— Ysaline Rochat et Samuel Antoine, co-directeur.trice du festival Les Urbaines [Lausanne]