samedi 19 janvier 2019

Séminaire « Chorégraphies. Écriture et dessin, signe et image dans les processus de créations et de transmissions chorégraphiques (XV°-XXI° siècle) »

Raoul Auger Feuillet et Guillaume-Louis Pécour, Recueil de dances, composées par M. Pécour, et mises sur le papier par M. Feuillet, 1700, Bibliothèque nationale de France

Descriptions verbales, représentations de la figure, conceptualisation du corps en mouvement et images des traces, du « chemin » sur la page devenue « sol métaphorique », les notations et partitions chorégraphiques révèlent la complexité des réseaux de relations techniques, esthétiques et matérielles entre arts visuels et création chorégraphique. Ces objets essentiels à l’histoire de la danse s’inscrivent également dans une histoire du livre et des publications scientifiques et dans une culture de la représentation technique des arts. Traités, recueils ou notes de chorégraphes relèvent de notations et de systèmes d’écriture multiples, sans cesse renouvelés, qui mêlent parfois images du danseur et transcription de la fluidité du mouvement dans des créations composites, dans l’hybridation du signe et de la figure dont il s’agira d’analyser les sources et correspondances visuelles (histoire de l’ornement, art des jardins, chronophotographie…).

À partir des fonds conservés à la Bibliothèque nationale de France et au Centre national de la danse, le programme invite à penser la place des pratiques graphiques et de l’image dans la création chorégraphique et dans ses processus de transmission, depuis les premières expériences du XVIe siècle jusqu’aux créations et interprétations contemporaines, quand le recours au dessin comme outil de l’exploration esthétique interroge aussi le statut des créations graphiques et de l’image, supports transitoires, traces du processus somatique, en deçà de l’œuvre.


Comité scientifique
  • Mathias Auclair (BnF)
  • Laurent Barré (CND)
  • Sarah Burkhalter (SIK-ISEA)
  • Benoît Cailmail (BnF)
  • Marie Glon (Lille 3)
  • Joël Huthwohl (BnF)
  • Marine Kisiel (Musée d'Orsay)
  • Juliette Riandey (CND)
  • Laurence Schmidlin (Musée des Beaux-Arts de Lausanne)
  • Laurent Sebillotte (CND)
  • Delphine Vernozy (Labex Obvil)
Dans le cadre du programme de recherche « Chorégraphies. Écriture et dessin, signe et image dans les processus de création et de transmission chorégraphiques », sous la direction de Pauline Chevalier (domaine Histoire des disciplines et des techniques artistiques)

Lieu : Institut national d’histoire de l’art (INHA), Galerie Colbert, salle Vasari
2, rue Vivienne ou 6 rue des Petits Champs, 75002 Paris, Entrée libre, 17h-19h. 
 Programme
  • 16 janvier 2019
    Marie Glon (université Lille 3), Mathias Auclair (BnF), Laurent Barré (CND), Juliette Riandey (CND) : « Danses sur papier » : quelles perspectives entre écriture et dessin ?  → Voir dans l'agenda
  • 13 février 2019 
    Sophie Jacotot (EHESS / Labex CAP) : L’écriture Conté, outil de composition et/ou de transmission en danse ?  → Voir dans l'agenda
  • 20 mars 2019 
    Susan Rosenberg (université Saint John, New York), Marie-Charlotte Chevalier (danseuse et notatrice), Modération par Marcella Lista (Centre Pompidou) : Trisha Brown : dessiner, noter, interpréter  → Voir dans l'agenda
  • 15 mai 2019 
    Marina Nordera (Université Côte d’Azur) et Antonella Fenech Kroke (Centre Chastel) : Figurer le mouvement dans les traités de danse et de jeux sportifs de la première modernité.
  • 19 juin 2019
    Audrey Gouy (EPHE) : Reconstituer et dessiner la danse par la biomécanique et la photographie

dimanche 13 janvier 2019

Disparition d'Andy de Groat à 72 ans

Andy de Groat, Photo Catherine Galasso 

Le danseur et chorégraphe né à Paterson dans le New Jersey (au nord-ouest de New York) et installé en France depuis 1980, et à Montauban depuis 1996 Andy de Groat est mort le jeudi 10 janvier à 72 ans d'une crise cardiaque. Il fut proche de Bob Wilson avec qui il travailla (pour Ouverture, Le Regard du sourd, et Einstein on the Beach), des danseurs étoiles français Wilfride Piollet et son époux Jean Guizerix, et de Jerome Robbins. Il connaissait des soucis de santé depuis un certain temps. 
Fabien Rivière
On peut lire : Le Figaro  
Hommage du maire de Montauban de 1994 à 2001 Roland Garrigues : 
« Il avait choisi de passer le reste de ses jours dans la Cité d'Ingres qui avait accueilli sa compagnie de danse de 1996 à 2002. Il vient de mourir dans le plus grand dénuement aidé par de rares mais précieux amis. Et pourtant ce commandeur dans l'ordre des Arts et Lettres avait fréquenté les plus prestigieuses scènes au monde. Il est né en 1947 aux États Unis, de racines européennes. Abandonnant ses études aux beaux-arts, il a rejoint «créative tribu» de Bob Wilson avec qui il travaillera comme danseur et chorégraphe et se liera avec ce qui se fait de mieux dans la danse contemporaine. Il créera une première compagnie «Andy Degroat dancers» à New-York en 1975, avec laquelle il tournera aux USA, en Iran, en France et en Italie. Elle sera remplacée par «Rédaction Notes», soutenue par diverses institutions culturelles d'abord à New-York puis en France. C'est peut-être pour cela qu'il portait à chaque poignet une montre marquant l'heure des deux pays que sépare l'Atlantique. Le ministère de la culture l'a subventionné de 1984 à 2004. Autodidacte obsédé par le mélange et la coexistence de styles, de techniques, d'époques, il s'intéresse à l'intégration de danseurs amateurs et professionnels dans les mêmes créations. Associés à Montauban, Andy Degroat et «Red Notes» ont participé au formidable fourmillement culturel des années 90. Ils ont contribué-à l'obtention du label Ville d'art et d'histoire. Il aimait revisiter les œuvres classiques ; nous nous souvenons de la création de «Casse-noisettes» et de la «Flûte enchantée», cette dernière jouée à l'Opéra Bastille. Nous nous souvenons de son spectacle d'adieux le 21 octobre 2001 au théâtre municipal de Montauban. Nous nous souviendrons de l'immense artiste trop discret qu'était notre ami Andy Degroat.»  (source : ICI)

——— Les obsèques civiles auront lieu le jeudi 17 janvier à 13h30 au crématorium ACF de Montauban. Les visites seront possibles le jeudi matin de 9h à 11h30 à la chambre funéraire du crématorium (100 route de St Martial à Montauban).  ——————————

<< Andy de Groat est né en 1947 aux États-Unis de racines hollandaise, italienne, française, allemande et anglaise. Pendant ses études de beaux arts à New York en 1967, il rencontre le metteur en scène Robert Wilson. Il rejoint sa troupe en tant que danseur puis chorégraphe dans l'ensemble de ses productions du Regard du Sourd en 1971, Une Lettre pour la Reine Victoria en 1974 jusqu'à Einstein on the Beach en 1976, créée pour le festival d'Avignon.

En 1981, il reçoit une bourse de la Fondation Guggenheim - New York pour sa recherche chorégraphique.

Des nouvelles pièces s'enchaînent pour Red Notes et parmi d'autres, plusieurs pour Jean Guizerix et Wilfride Piollet, Jean-Christophe Paré, le Groupe de Recherche Chorégraphique de l'Opéra de Paris (GRCOP), la Scala de Milan, Ris et danceries, le Ballet du Nord (Roubaix) et Wah Loo Tin Tin Co, compagnie de jeunes interprètes à Montauban.

Aujourd'hui, son œuvre compte plus de soixante créations présentées dans une vingtaine de pays et revient périodiquement à une interrogation du répertoire et du patrimoine de la danse.

Sa compagnie a collaboré régulièrement à des productions lyriques depuis 1988, notamment pour La Flûte enchantée (Mozart), Robert Wilson à l'Opéra Bastille, The Rake's Progress (Stravinski), Alfredo Arias au festival d'art lyrique d'Aix-en-provence et à l'Opéra de Lyon, de Gênes et de Montpellier, Aïda (Verdi) et Klaus Michael Grüber à l'Opéra d'Amsterdam. >>

       SWAN LAC       

Swan Lac, 1982
Choreography by Andy de Groat
Performed by Patrick Gallagher, Austin Selden, Madeline Wilcox
Music: Talking Heads
This is an excerpt from de Groat’s evening length Swan Lac, which premiered in Aix-en-Provence in 1982, and was performed at Danspace Project in 1983 by de Groat, Viviane Serry and Michael O'Rourke.

Part of the GET DANCING program at Danspace Project, December 2015
danspaceproject.org/calendar/catherine-galasso-get-dancing/

Lighting by Carol Mullins
Costumes by Karen Boyer
Videography by Victoria Sendra 
         FAN DANCE       

Andy de Groat's Fan Dance (1978)
NOVEMBER 22 2013
92nd Street Y, Fridays at Noon
Lexington Avenue at 92nd St - Buttenwieser Hall

Performers: Paisid Aramphongphan, Racy Brand, Ritty Burchfield*, Rosalie Elkinton, Edith Freyer, Patrick Gallagher, Olsi Gjeci, Makram Hamdan**, Kathy Ray*, Satya Stainton, Julia Vickers, Buck Wanner

Rehearsal director: Catherine Galasso
Rehearsal space donated by Abrons Art Center

*original cast, Fan Dance 1978 at St. Mark's Church 
**member of Andy de Groat's company Red Notes from 1991-1995

Andy de Groat's Fan Dance was originally choreographed in 1978 for St Mark's Church and featured an original score by composer Michael Galasso. It was re-performed by a multi-generational cast including some of the original cast members. The program, curated by Benjamin Kimitch, included works by Maggie Bennett and Molly Poerstel.

vendredi 4 janvier 2019

2019 en 4 albums

Dans quel état d'esprit aborder l'année 2019 ? Dans quelles énergies ? Tentative de réponse en quatre albums, sortis en 2018. 
Fabien Rivière

Bodega  New York   Endless Scroll

Idles  Bristol, Royaume-Uni   Joy as an Act of Resistance

 Oh sees  San Francisco   Smote Reverser 


Shame   sud de Londres   Praise

lundi 31 décembre 2018

Danse et performance : Le meilleur de 2018

Les 7 péchés capitaux, de Pina Bausch, Photo Zerrin Aydin-Herwegh 

Pina Bausch - Tanztheater Wuppertal  (Allemagne)   
Les 7 péchés capitaux   [The Seven Deadly Sins]     1976
Opera House, Wuppertal, Allemagne

Bruno Beltrão (Brésil)
Inoah 
CentQuatre, Paris   [Notre article]

William Forsythe (États-Unis - Allemagne) par le Ballet du Rhin 
Quintett 
Opéra de Strasbourg  [Notre article]

Lia Rodrigues (Brésil)
Fúria
CentQuatre, Paris

Christos Papadopoulos  (Grèce)
Ion  
Théâtre de la Ville - Les Abbesses, Paris

Frank Willens (États-Unis - Berlin, Allemagne)
interprétant (sans titre) (2000) [ou (untitled) (2000)] de Tino Sehgal  [vidéo]
Week-end #3 (Musée de la danse - Boris Charmatz), L'invitation aux musées, Centre national de la danse, Pantin (93)

Maarten Seghers (Belgique) 
O or The Challenge of This Particular Show Was To Have Words Ending in O
Théâtre, (Festival) Artdanthé, Théâtre de Vanves (92) 

Jérôme Bel
Conférence sur rien 
(Festival) Inaccoutumés, Ménagerie de Verre, Paris 

Exposition Gordon Matta-Clark : Anarchitecte 
Jeu de Paume, Paris   

Alex Huot & Dave St-Pierre (Québec)
Fléau 
Le Tarmac, Paris

Ali Chahrour (Beyrouth, Liban) 
May he rise and smell the fragrance 
Théâtre Benoît XII, Festival d'Avignon In (84)   [Notre article]

Takao Kawaguchi  (Japon) 
About Kazuo Ohno 
Théâtre de la Ville - Espace Cardin, Paris     [Notre article]
+ Exposition photos Kazuo Ohno, une traversée du siècle [Haruhisa Yamaguchi, Akira Inoue, Koko Kiyama, Hiroaki Tsukamoto, Teijiro Kamiyama, Eikoh Hosoe, Naoya Ikegami, Michiko Matsumoto, Munesuke Yamamoto, Lieuichi Yoshida, Yoshihiko Ueda]

Vincent Dupont
Cinq apparitions successives
(Festival) Inaccoutumés, Ménagerie de Verre, Paris 

Thibault Croisy  
Témoignage d'un homme qui n'avait pas envie d'en castrer un autre
Gaîté Lyrique, Festival Faits d'Hiver et Festival Sors de ce corps ! *, Paris
* dans le cadre de Némo, Biennale internationale des arts numériques - Paris / Île-de-France

Mark Tompkins
STAYIN ALIVE à ma mère
Centre national de la danse, Pantin (93)

Simon Mayer (Autriche) 
Sons of Sissy
Centre Pompidou, Paris   [Notre article]

Gisèle Vienne
CROWD
Kaaitheater, Bruxelles (Belgique)   

Israel Galván (Espagne)
Gatomaquia
Théâtre de la Ville au Cirque Romanès, Paris  [Notre article]

Steven Cohen 
Sphincterography - La politique du trou du cul 
Théâtre du Rond-Point, Paris 

Wagner Schwartz (Brésil - France)
J'ai été tué sur internet comme si j'étais un zombie de la série The Walking Dead
(Festival) DO DISTURB, Palais de Tokyo, Paris 

Herman Diephuis 
MIX 
Panopée, (Festival) Artdanthé, Théâtre de Vanves (92) 

Guillaume Marie, Igor Dobričić, Roger Sala Reyner  
Roger Préfiguration #1
Parking, (Festival) Artdanthé, Théâtre de Vanves (92) 

Anne Teresa De Keersmaeker - ROSAS - P.A.R.T.S. (Bruxelles, Belgique) et public 
Slow Walk  
Rues de Paris 

Maguy Marin  
Ligne de crête 
Théâtre de la Ville - Les Abbesses, Paris

Hofesh Shechter -  Shechter II * (Londres, Royaume Uni - Israël)
                               * Interprètes de 18 à 25 ans
Show [à l'exception de la scène qui suit le début des saluts]
Théâtre de la Ville - Les Abbesses, Paris

Aspen Santa Fe Ballet (États-Unis)   
Jorma Elo 1st Flash  +  Alejandro Cerrudo  Silent Ghost  +  Cayetano Soto  Huma Rojo
Théâtre du Casino, Festival Le Temps d'aimer la danse, Biarritz (64)

Mohamed Fouad  (Le Caire, Égypte)  
Without Damage  
La Manufacture au Château de Saint-Chamand, Festival d'Avignon Off (84) 

Thomas Ballèvre
Autopilot / TIL YOU DROP
Danse en résidence, avec la Manufacture au Château de Saint-Chamand, Festival d'Avignon Off (84) 

Farah Saleh (Palestine)  
Gesturing Refugees  
La Manufacture au Château de Saint-Chamand, Festival d'Avignon Off (84) 

Filipe Lourenço 

PULSE(S)    [extrait] 
La Belle Scène Saint-Denis (Théâtre Louis Aragon - Trembay-en-France & TGP Théâtre Gérard Philipe CDN - Saint-Denis), La Parenthèse, Festival d'Avignon Off (84) 

Jefta van Dinther  (Pays-Bas - Suède - Berlin, Allemagne)
Protagonist
TND Chaillot, Paris   [Notre article]

Nasser Martin Gousset
Pop Life Club
(Festival) Bien fait !, Micadanses, Paris 

Olivier Dubois  
Pour sortir au jour
L'Onde - Théâtre Centre d'art, Vélizy-Villacoublay (78)   

Mickaël Phelippeau    
Ben & Luc
On (y) danse aussi l'été !, Les Hivernales, Centre de Développement Chorégraphique National (CDCN), avec le Festival d'Avignon In (84) 

Frank Micheletti - Kubilai Khan Investigations

Black Belt
On (y) danse aussi l'été !, Les Hivernales, Centre de Développement Chorégraphique National (CDCN), Avignon (84) 

Marie-Caroline Hominal & Markus Öhrn  (Suisse)
Hominal / Öhrn
Centre culturel Suisse, Paris

dimanche 30 décembre 2018

Phew (Japon) : CQ Tokyo

« Tutu » des Chicos Mambo à la Maison de la Danse de Lyon

 Rediffusé jusqu'au 25/03/2019
——   Chorégraphe : Philippe Lafeuille
——  Danseurs : David Guasgua M - Pierre Emmanuel Langry - Julien Mercier - Guillaume Quéau - Vincenzo Veneruzo - Stéphane Vitrano - Corinne Barbara
——  Date : 05 septembre 2018, Durée : 1h 22min, Production : 24 Images
——  Réalisation : Denis Caïozzi

vendredi 28 décembre 2018

Arte célèbre la danse en cette fin d'année

Arte célèbre la danse en cette fin d'année au travers de cinq programmes : 
Graines d'Étoiles... 5 ans après — documentaire  (Notre article)  
Quatre chorégraphes d'aujourd'hui à l'Opéra de Paris : Thierrée / Shechter / Pérez / Pite — spectacle (Notre article)
Marius Petipa, le maître du ballet russe — documentaire (Notre article) 
Raymonda — spectacle [Théâtre Mariinsky, Saint-Pétersbourg (Russie), chorégraphe : Marius Petipa (1898), version revisitée par Konstantin Sergeyev (1948), extraits chorégraphiques Fyodor Lopukhov (1886 - 1973]  — (à voir ICI)
Gala inaugural des 350 ans de l'Opéra national de Paris — spectacle — Lundi 31 décembre 22h25
C'est cohérent. Mais il s'agit en grande partie de l'Opéra de Paris et de danse classique. Faisons un voeu : et si, renouvelant le geste dans un an, Arte s'intéressait à un autre lieu emblématique de la capitale, un autre lieu historique, le Théâtre de la Ville qui fête cette saison ses 50 ans, entre histoire exceptionnelle, — la liste des chorégraphes importants qu'il a soutenu est longue — et présent qui vaut encore le détour avec des chorégraphes qui défendent la danse contemporaine comme Maguy Marin, Israel Galván (notre article), Takao Kawaguchi (notre article), Jan Martens et Christos Papadopoulos. Le Festival d'Automne à Paris, qui partage le même directeur, va célébrer fin 2019 le génie New Yorkais Merce Cunningham mort en 2009, fêtant le centenaire de sa naissance à travers ce qu'il nomme « un temps fort » (ICI). À cette occasion on pourrait notamment présenter de nouveau le film magnifique de Tacida Dean daté de 2009 filmant la compagnie de Cunningham performant dans un magnifique hangar portuaire dans la baie de San Francisco, Craneway Event. Chiche ?

——— Nous écrivions en 2010 au sujet de Craneway Event (Film 16mm anamorphique couleur - son optique, 1h48) : 

  NOTRE AVIS            ➜    Un Cunningham portuaire et maritime
L'artiste britannique Tacita Dean, née en 1965, utilise aussi bien la photographie, l'installation, le dessin et le cinéma 16 mm. Dans ce dernier domaine on lui doit un film absolument passionnant consacré à Merce Cunningham, Craneway Event. Fidèle à sa volonté de sortir la danse des théâtres, le chorégraphe et sa compagnie investissent début novembre 2008 une ancienne usine Ford construite dans les années 30, située dans le port de Richmond, en Californie, et maintenant nommée Craneway Pavilion. Réhabilitée, elle est devenue un immense loft d'environ 120 mètres de long sur 20 de large, absolument vide — si ce n'est un plancher de danse noir amovible installé pour l'occasion — riche, des trois côtés du bâtiment, d'une immense verrière traversée d'une lumière magnifique. Un bateau est amarré à quelques mètres à peine. C'est la baie de San Francisco, qui se déverse dans le Pacifique. Au loin, on aperçoit les ponts suspendus qui donnent sur cette ville. La région comprend plusieurs parcs naturels. 

Dans ce cadre exceptionnel, la cinéaste suit trois jours de répétitions de la compagnie, composée de 14 danseurs. Merce Cunningham a 89 ans. Il se déplace en fauteuil roulant. Son esprit est toujours vif, son visage mobile et ses yeux attentifs à tout. À l'époque, personne ne sait qu'il mourra presque neuf mois plus tard, le 26 juillet 2009, à 90 ans. 


On peut parler de "cinéma vérité" dans la mesure où il n'y a aucun commentaire ni aucun effet. La compagnie répète même dans ce que l'on nomme "le silence". On sait, depuis John Cage, compagnon de Cunningham fort  longtemps, que ce mot a un tout autre sens que seulement "absence de musique". Il signifie intensité de la présence (humaine, animale, végétale, et des éléments naturels), ici et maintenant. 

Craneway Event est un document(aire) exceptionnel sur la quotidienneté de la compagnie. Le film avance tranquillement, pas à pas, au rythme de la vie. 


Fabien Rivière

jeudi 27 décembre 2018

Arte diffuse une soirée Thierrée / Shechter / Pérez / Pite à l'Opéra de Paris


Le prix des places pour un spectacle de danse à l'Opéra de Paris étant de plus en plus élevé malgré certains efforts, et en absence de tarifs sociaux contrairement au Théâtre national de la danse de Chaillot, il revient à Arte la lourde responsabilité de tenter de démocratiser cet art ; et incidemment de participer à la constitution d'une mémoire d'une discipline qui se veut éphémère

On peut ainsi profiter en cette fin d'année du programme de qualité donné sur le plateau de l'Opéra Garnier en mai et juin dernier : Quatre chorégraphes d'aujourd'hui à l'Opéra de Paris : Thierrée / Shechter / Pérez / Pite.

Le Suisse James Thierrée, 43 ans, est metteur en scène et acteur. Avec Frôlons, une création pour l'Opéra, il investit les espaces publics, proposant des créatures animales (par exemple une salamandre et un tamanoir) ou inventées et quelques personnages, qui errent plutôt tranquillement. Les interprètes portent de somptueux costumes d'or, de ténèbres et d'algues. La proposition, plus atmosphérique que chorégraphique, rejoint finalement la salle. Le tout est filmé à fleur de peau.  

The Art of Not Looking Back, de l'Israélien installé à Londres Hofesh Shechter, 43 ans, a été créé pour sa compagnie en 2009 (il a alors 34 ans), mais semble très récent. Sur le plateau neuf jeunes femmes incarnent les relations tendues du chorégraphe avec sa mère, mêlant sensations crues et très grande élégance gestuelle et formelle. Il est dommage que la voix off, dans cette  œuvre forte, ne soit pas traduite de l'anglais en français. 

C'est une création que propose l'Espagnol vivant aux Pays-Bas Iván Pérez, 35 ans. Dix hommes sur le plateau pour The Male Dancer. Sans doute le chorégraphe ne donne pas le sentiment d'avoir lu les auteurs qui traitent de la question du genre. Il propose cependant un moment de douceur elle aussi plus atmosphérique que chorégraphique. Un nouveau Mort à Venise, si l'on veut  Les interprètes sont des gravures de mode, les costumes sont très beaux. C'est peut-être un peu trop beau, — on aimerait qu'on nous propose d'autres figures d'hommes que des mannequins, — mais le chorégraphe s'en sort plutôt bien. Mais si il revient, il devra creuser plus profondément.  
   
Enfin, la Canadienne Crystal Pite, 48 ans, présente de nouveau son "succès" créé ici-même il y a deux ans, The Season's Canon, pour 54 interprètes. Tout le monde est en pantalon militaire vert bouteille, et torse nu, les femmes portant un très discret justaucorps couleur chair qui masque en partie la poitrine. Elles sont virilisées. Le plus souvent c'est une masse inquiétante qui se déploie, qui s'étire de différentes façons. Est-ce à dire qu'est célébré une certaine idée régressive de l'armée, où l'individu ne peut que se dissoudre dans le groupe et se soumettre ? Dans les quelques duos, c'est l'homme qui porte la femme.
Fabien Rivière
— Diffusé sur Arte le Mardi 1er janvier 2019 à 23h35.  www.arte.tv/fr/ 

lundi 24 décembre 2018

Arte : « Marius Petipa, le maître français du ballet russe »

Documentaire complet disponible jusqu'au samedi 29 Décembre 2018

NOTRE AVIS Documentaire passionnant de Denis Sneguirev, daté de 2017, consacré au chorégraphe Marius Petipa (1818, Marseille - 1910, Hourzouf — 92 ans) qui fit l'essentiel de sa carrière en Russie. Une surprise de taille nous est réservée vers la fin par un autre chorégraphe, Alexei Ratmansky.  
Fabien Rivière

Livre - Anne Teresa De Keersmaeker 2007 - 2017

Couverture du livre 

L'ouvrage de grand format et à la couverture cartonnée Anne Teresa De Keersmaker / Rosas 2007 - 2017 suit les créations récentes de la chorégraphe belge installée à Bruxelles (Belgique), à la tête de sa compagnie, Rosas. Comme il s'agit principalement d'un livre de photos, celles de Anne Van Aerschot et Herman Sorgeloos, il aurait été préférable d'indiquer leurs noms sur la couverture. Anne Van Aerschot travaille à Rosas. L'intitulé de son poste est : « coordination artistique et planning ». 

Il s'agit de suivre dix ans de travail d'une des chorégraphes les plus intéressantes de son époque. Dans un ordre chronologique des œuvres créées (en gras, celles qui nous semblent les plus importantes) : Keeping Still - Part 1 (2007), Zeitung (2008), The Song (2009), 3Abschied (2010) [avec Anne Teresa De Keersmaker, Jérôme Bel et un groupe de musiciens], En attendant (2010) [première au Festival d'Avignon au Cloître des Célestins, lumière du jour, se clôt avec la nuit qui tombe], Cesena (2011) [première au Festival d'Avignon, Cour d'honneur du Palais des Papes, à la levée du jour], Partita 2 (2013) [duo entre Boris Charmatz et Anne Teresa De Keersmaker, vu au Festival d'Avignon dans la Cour d'honneur du Palais des Papes], Vortex Temporum (2013), Golden Hours (As you like it) (2015) [musique Brian Eno], Work/Travail/Arbeid (2015) [dansé dans un musée, au WIELS à Bruxelles et au Centre Pompidou à Paris, par exemple], Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke (2015) [notre article], Cosi fan tutte (2017) [opéra créé à l'Opéra Garnier à Paris, notre article], et Mitten Wir im Leben sind/bach6cellosuiten (2017) [présenté à Paris dans la grande salle de la Philharmonie].

On peut dire que les photographes ont fait un bon travail. Du  côté de l'écrit, le résultat est mitigé, qui débute par un texte de cinq pages de Gilles Amalvi (sous la forme d'une lettre adressée à la chorégraphe), et un autre de dix pages de Floor Keersmaekers, qui, à Rosas, a la charge de la « dramaturgie générale et [du] traitement des archives ». Le premier ne nous apprend pas grand chose, sinon que les périodes artistiques de la chorégraphe sont marquées « par un certain usage de ton propre corps ». Soit. Mais encore ? Il poursuit :  « (...) et comme démonstration plus générale des différents régimes du chorégraphique » [Soit. Mais  encore ?];  « (...) le glissement d'une période à une autre, cela se joue au niveau de ton corps, en tant que nœud (...)  [Soit. Mais  encore ?] ». Le texte de Floor Keersmaeker est d'une autre tenue, plus factuel et plus riche : « Dressant en 2017 un bilan de la décennie écoulée, De Keersmaeker a distingué les cinq points d'ancrage majeurs qui ont constitué la trame de son travail et orienté son désir : une approche de la chorégraphie comme « espace-temps » ; le rapport aux danseurs ; l'observation de la nature ; la pensée orientale des énergies et, enfin, l'art de la calligraphie ». 

À 50 € la publication de 240 pages, il aurait fallu pourquoi pas proposer pour chaque pièce une interview non complaisante de la créatrice évoquant les enjeux de son travail. À minima, et si Gilles Amalvi avait réalisé un entretien de la chorégraphe ? Le livre n'en demeure pas moins une réussite plastique. 
Fabien Rivière

Anne Teresa De Keersmaker / Rosas 2007 - 2017, éditions Actes Sud (France) et Fonds Mercator (Bruxelles, Belgique), septembre 2018 (parution), 240 pages, 50 €. En savoir +  

vendredi 21 décembre 2018

Réussite - « Graines d'Étoiles... 5 ans après » : Quel avenir après l'école de danse de l'Opéra de Paris ?

Le coffret DVD Graines d'Étoiles - L'intégrale réunit 
Graines d'Étoiles (2013) et Graines d'Étoiles... 5 ans après (2018).
Visuels extraits de Graines d'Étoiles et Graines d'Étoiles... 5 ans après 

De septembre 2011 à juillet 2012, deux jours par semaine, la réalisatrice Françoise Marie a suivi la vie de l'école de danse de l'Opéra national de Paris, située depuis 1987 à Nanterre à l'ouest de la capitale. Cela donne en 2013 Graines d'Étoiles, en six épisodes de 26 minutes et un supplément de 20 minutes (Pour entrer dans la meilleure école du monde...). 

L'établissement accueille 130 élèves de 8 à 18 ans, répartis en 6 divisions de filles et 6 divisions de garçons. Le bâtiment, vaste, sobre et lumineux, est signé Christian de Portzamparc. Il comprend trois parties, consacrées respectivement à la danse, à l'administration et à l'enseignement habituel, et un internat. Plus précisément des salles de cours et des studios, une cantine, des dortoirs, une salle de spectacles qui peut accueillir 300 personnes et un parc. Le matin les jeunes suivent les même cours que les jeunes de leur âge, du CP2 à la Terminale, l'après-midi est consacré à la danse. 2/3 des élèves sont pensionnaires.

Françoise Marie, qui a déjà filmé l'enfance, s'attache surtout à la paroles des élèves, mais aussi à celle des professeurs et des parents d'élèves. Certains de ces derniers exercent une pression psychologique certaine : le jour de la rentrée, un père affirme avec certitude, devant son jeune fils, que « s'il n'arrive pas ce serait à cause de lui, pas de l'école », ajoutant que « C'est au fond de lui-même qu'il doit travailler ». Une mère confie en rigolant à une autre mère que sa fille danse pour elle. 

Dès le jour de la rentrée, la directrice de l'école rappelle à tous certaines règles de base, comme celle du salut, « typique de notre école », d'autant plus typique, précise-t-elle, que le Bolchoï (Moscou) et le Mariinsky (Saint-Pétersbourg) l'ont abandonné. Elle poursuit : « Toute personne adulte est saluée, révérence, [suivi d'un] salut. C'est votre manière de dire que vous appartenez à l'école de danse, c'est votre fierté d'être à l'Opéra ». Le terme est ambigu car appartenir, c'est "faire partie de", mais aussi "être la possession de". 

Un professeur de danse de la 1ère division, celles des "grands", Jacques Namont explique  d'autres règles du jeu : « C'est une école d'élite, donc il y en a qui doivent partir parce qu'ils n'ont pas le physique, parce qu'ils n'ont pas la technique, parce qu'ils n'ont pas ceci ou cela ». Véronique Doisneau, professeur de danse de la 6° division, celle des "petits", complète d'un « Nous n'acceptons pas les enfants trop grands, ou les enfants trop maigres, ou les enfants trop petits, ou les enfants trop ronds ».

SI un quart des élèves réussit le concours d'entrée dans le corps de ballet, la moitié a dû quitté l'école avant la fin du cursus. Comment gèrent-ils cette situation ? Est-elle perçue comme un "échec" ? Sont-ils accompagnés psychologiquement ? 

Un passage est assez pénible. Pendant son cours à des jeunes garçons stagiaires, le professeur de danse, Bertrand Barena intervient soudain : « Qui s'est trompé ? Pompes ». Considérant un élève finissant sa punition : « D'accord, ok, voilà ! ... Vous verrez qu'à force vous aurez plus du tout envie de vous tromper. Merci mon grand ». Ne confond-il pas école et armée ? N'est-ce pas du sadisme ? 

Outre leur cursus, les élèves doivent dès le départ participer sur le plateau de la grande salle de l'Opéra Garnier qui peut accueillir 1.900 personnes à trois programmes : le Défilé, des Démonstrations et un Spectacle ; sans oublier de préparer le spectacle de fin d'année. Chaque année il y a aussi un concours, qui  compte pour moitié dans la note finale, avec le contrôle continu. C'est donc tout autant un centre de formation qualifiant qu'une école. 

Les normes en terme de genre sont très marquées, puisque les garçons se verront attribués des rôles « de princes, de guerriers, de faunes », les filles « de cygnes, de princesses, de sylphides ».

Bien que l'Opéra de Paris participe à la co-production du documentaire avec Arte (c'est systématique si on veut obtenir l'autorisation de filmer en ses murs), et que la directrice de l'école de danse Élisabeth Platel et la directrice du Ballet Brigitte Lefèvre aient contrôlé l'ensemble des images, la réalisatrice estime avoir pu travailler comme elle l'entendait. 

Le résultat est passionnant, même si il est difficile de savoir si il n'omet pas certaines choses. La réalisatrice précise qu'elle n'a pas voulu mettre en difficulté un-e élève en situation délicate. À son arrivée à la direction du Ballet de l'Opéra de Paris, Benjamin Millepied a constaté un nombre trop élevé selon lui de blessures, et a pris un ensemble de mesures pour y remédier. À l'école de danse, la question se pose aussi. Mais rien n'est fait. 

Il est frappant d'observer la vitalité des jeunes gens, malgré cet ensemble de contraintes fortes.

On pouvait se demander ce qu'allaient devenir ces adolescents. Graines d'étoiles... 5 ans après, qui va être diffusé sur Arte en cette fin d'année (et sort en DVD et VOD), répond à cette question, en 5 épisodes de 26 minutes.

Les trois premiers suivent celles et ceux qui ont pu accéder au Ballet de l'Opéra. Le premier s'intéresse à la transmission d'un ballet classique, Le lac des cygnes de Rudolf Noureev par Lionel Delanoë, Ghislaine Thesmar et Clotilde Vayer notamment, le deuxième à la transmission en danse contemporaine avec Jiří Kylián et ses répétiteurs (Stefan Zeromski, Aurélie Cayla, Ken Ossola et Patrick Delcroix). C'est absolument passionnant. Le troisième constate l'importance du concours interne pour monter en grade (la hiérarchie débute à quadrille, puis se poursuit avec coryphée, sujet, premier danseur et étoile). Le 4° observe ceux qui sont partis à l'étranger, à San Francisco ou Hambourg par exemple poursuivre leurs études et/ ou accéder à une compagnie. Le dernier revient en France. 

Observée par l'institution, la réalisatrice a réussi malgré tout à déployer sa liberté avec talent. 
Fabien Rivière

— Coffret DVD Graines d'étoiles - L'intégrale, deux films documentaires de Françoise Marie, Saison 1 (Graines d'étoiles, 6 x 26 mn., 2013) & Saison 2 (Graines d'étoiles... 5 ans après, 5 x 26 mn., 2018), et complément Pour entrer dans la meilleure école du monde... (20 mn.), durée de 5h, version française et anglaise (sauf le complément), sous-titres français pour sourds et malentendants, coffret 3 DVD, Arte éditions et Opéra national de Paris, 2018, 40 €.  Boutique (DVD et VOD) 

— Saison 2 (Graines d'étoiles... 5 ans après)   Boutique (DVD et VOD)   — Saison 1 (Graines d'étoiles)  Boutique (DVD et VOD) 

— Saison 2 (Graines d'étoiles... 5 ans après) : DIFFUSION SUR ARTE les dimanches 23 décembre 19h05 (épisode 1), 30 décembre 19h (épisode 2), 6 janvier 19h10 (épisode 3), 13 janvier 19h (épisode 4) et 20 janvier 19h05 (épisode 5). Et en replay pendant 7 jours.

— Saison 1 (Graines d'étoiles) : DIFFUSION SUR ARTE Lundi 31 décembre à partir de 10h05; 10h05 (épisode 1), 10h30  (épisode 2), 10h55  (épisode 3), 11h20  (épisode 4), 11h45  (épisode 5), 12h15  (épisode 6)).  

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On peut aussi suivre la vie d'une autre célèbre école, la Juilliard School de New York (États-Unis) grâce à une excellente série documentaire de 6 fois 26 minutes que signe en 2013 Priscilla Pizzato pour Arte, Une saison à la Juilliard School (Danse - Théâtre - Musique), disponible en DVD et VOD (versions française, anglaise; sous-titres français pour sourds et malentendants).  ICI