lundi 8 janvier 2018

Exposition - Lille - « PERFORMANCE ! » bouge bien

Affiche de PERFORMANCE !, extrait de Body Double 35, de Brice Dellsperger, 2017, vidéogramme, 
Courtesy Air de Paris, avec François Chaignaud

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Il ne reste que quelques jours (une semaine exactement, jusqu’au dimanche 14 janvier) pour découvrir la très intéressante exposition PERFORMANCE ! que présente le Centre Pompidou au Tripostal à Lille dans le cadre de l’ample manifestation Centre Pompidou 40 qui visait à fêter durant toute l’année 2017 les quarante ans du Centre Pompidou, dans une quarantaine de villes de France en 50 expositions ICI. Le titre suggère le singulier, mais nous avons pu observer un conférencier qui décline la pluralité du mot performance. 

L’exposition s’organise en trois parties, une par étage, Mouvement sur mouvement, Scènes de gestes et Objets d’écoute. Cela commence dans le hall avec une installation de 2010 de La Ribot constituée d’un vaste mur blanc avec des citations et une chaise en bois devant, un téléviseur qui diffuse un film de 1973 de Vito Acconci et les legos d'un artiste non précisé (très beaux, mais hors-sujet ?). 

Captures d'écran, Trisha Brown (USA) dans le film de Babette Mangolte, Watermotor, 1978


En ouverture, dans une salle se déploie le travail ludique de la française Lili Reynaud Dewar sur trois écrans. Puis se succèdent, en écho à l’ultime tableau de Francis Bacon reproduit dans un coin sombre, trois écrans qui projettent un magnifique solo de 7 minutes et 45 secondes de William Forsythe lui-même, qu’il signe avec Peter Weltz (2006), un travail sur la disparition de Xavier Le Roy et la danseuse et chorégraphe née à Hong Kong et basée à Berlin Scarlet Yu que l’on peut ne pas voir (2017), une petite salle pensée par Dan Graham en 1974 avec caméra qui filme le visiteur, un film drôle du hollandais Aernout Mik (2002), et, enfin, une pure merveille, un solo de Trisha Brown capté par Babette Mangolte en 1978, qui dure 7 minutes et 25 secondes, Watermotor (visible ICI). 

Au premier étage Jérôme Bel a droit à une salle entière, comme La Ribot, où l’on revoit avec émotion l’excellent solo Véronique Doisneau. Le dernier étage propose de la musique d’un côté (à gauche de l’escalier), et des objets, de l’autre (à droite du même escalier). Le film de Hassan Khan, basé au Caire (Égypte), est une découverte, un plan fixe, où deux hommes, dans un pays arabe, dansent. Ce choix manifeste que l’on oublie pas la culture populaire. Mais c’est l’étage le plus faible : la salle qui présente un plan fixe de bruiteurs de film en action, que propose Pierre Huyghe n’a pas grand intérêt, et on s’étonne de l’absence de John Cage. On aurait aimé que Dada ait sa place.

Dennis Oppenheim (USA), Attempt to Raise Hell, 1974 
 Dennis Oppenheim, Centre Pompidou, MNAM-CCI

Mais qu’est-ce que la performance ? En quoi se distingue-t-elle de la danse ? Et en quoi n’est-ce pas un happening (autre catégorie historiquement constituée) ? Comment passe-t-on de la danse à la performance ? En quoi le solo de Trisha Brown relève-t-il de la performance ? La question de la définition ou des définitions de la performance ne donne pas le sentiment d’avoir été vraiment posée. Cela aurait dû être le rôle d’un catalogue d’approfondir ces questions. Mais, on l’a compris, il n’y en a pas. 

Dans le dossier de presse, les deux commissaires de l'exposition, Bernard Blistène et Marcella Lista, respectivement directeur et conservatrice du Musée national d'art moderne (MNAM) - Centre de création industrielle (CCI) au Centre Pompidou écrivent que « Performance ! bouscule la pratique de l'exposition. (...) Performance : le mot résonne au-delà du champ artistique. Venu des arts du spectacle (dans la tradition anglo-saxonne), et de la culture sportive, le terme imprègne aujourd’hui les sociétés postindustrielles, avec leurs « indicateurs » évaluant chaque secteur de l’activité humaine. C’est également une pratique implicite des médias sociaux, où les relations se forment et s’inventent par et à travers les représentations de soi ». Sans doute l'exposition est bien plus modeste et légère, au sens positif du terme, qu'affirmée.

Au passage, dans le délire sécuritaire actuel qui touche aussi les milieux culturels, j’ai pu observer un membre de la société qui assure la surveillance, demander à une adolescente assise et en train de regarder tranquillement un film, de bouger ses jambes pour qu’elle se tienne autrement, sinon mieux (il est difficile de voir en quoi sa position initiale posait problème).  

Chaise incluse dans l'installation de La Ribot, Walk The Chair, 2016, Centre Pompidou, MNAM-CCI

Malgré ces quelques réserves, PERFORMANCE ! vaut la visite. Et le bâtiment est idéalement situé à côté de la gare Lille-Flandres, dont on peut entendre au rez de chaussée si on y prête l’oreille les annonces de la SNCF. :)
Fabien Rivière
Site  
   ARTISTES : 
VITO ACCONCI — SAÂDANE AFIF — DOUG AITKEN — FRANCIS ALŸS
ÉLEANOR ANTIN  — JÉRÔME BEL — ANGELA BULLOCH — PIA CAMIL
CLAUDE CLOSKY — DANICA DAKIĆ — GUY DE COINTET
BRICE DELLSPERGER — RINEKE DIJKSTRA — STAN DOUGLAS
HANS-PETER FELDMANN — ROBERT FILLIOU — KIT FITZGERALD
AURÉLIEN FROMENT — DAN GRAHAM — RENÉE GREEN
PIERRE HUYGHE — RYOJI IKEDA — JOAN JONAS — MIKE KELLEY 
HASSAN KHAN — XAVIER LE ROY & SCARLET YU — 
BABETTE MANGOLTE & TRISHA BROWN — CHRISTIAN MARCLAY
AERNOUT MIK — BRUCE NAUMAN — CLAES OLDENBURG
DENNIS OPPENHEIM — ANTHONY RAMOS — LILI REYNAUD DEWAR 
LA RIBOT — JOHN SANBORN — SARKIS — GILLES TOUYARD
PETER WELZ & WILLIAM FORSYTHE — FRANZ WEST