vendredi 28 octobre 2016

Danse à Bruxelles - Thierry Smits : Où vont les âmes de « Anima Ardens » ?



Le chorégraphe Belge Thierry Smits présente Anima Ardens, pièce pour onze interprètes, depuis le 6 octobre jusqu'au 10 décembre dans le cadre de la programmation du Théâtre Varia - Centre dramatique de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Bruxelles (Belgique), hors les murs, dans le studio de sa compagnie, six semaines et pour 51 représentations, ce qui, en danse contemporaine est extraordinaire. 

La veille de la première Thierry Smits expliquait que les trois mots clefs pour appréhender sa nouvelle création sont Transe, État de possession et Transformation. Dans un espace d'un blanc puissant, les jeunes hommes évoluent nus. Ce qui alimente encore les discussions de certain-e-s, que cela perturbe, à notre avis à tort, la seule question qui vaille étant la qualité du travail. 

Le groupe va se déployer. Exister. On peut parler, d'une certaine façon, d'une tribu contemporaine. Depuis un certain temps il nous semble que Thierry Smits s'inscrit dans un cycle que l'on peut nommer des années d'hiver, au sens que donnait à cette expression le psychanalyste Félix Guattari dans un livre publié initialement en 1986 (Les années d'hiver, de nouveau disponible aux éditions Les prairies ordinaires ICI). Il s'agit de « cet hiver mondial des premières années 1980, avec ses poussées droitières, son triomphe du marché et ses nouveaux esclavages subjectifs. » De ce point de vue, sur le plateau, les êtres sont traversés de forces qui les dépassent et les déplacent. Transe et État de possession, en effet, mais pas au sens où on l'entend spontanément. Quant à la Transformation, elle n'aura pas lieu. Faute sans doute de sorcier, celui qui est chargé de guérir les âmes et les corps meurtris, faute de possibilités de sortir sinon de s'évader de cette nouvelle ère (et en l'absence de conscience et de mobilisation collective). La pièce est, en tout cas, à voir.
Fabien Rivière
Anima Ardens, de Thierry Smits, Théâtre Varia - Centre dramatique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Bruxelles (Belgique), du 6 octobre au 10 décembre 2016 En savoir +

dimanche 23 octobre 2016

Lorn (USA), Acid Rain

Que penser des nouveaux travaux d'1,5 million d'euros au Centre national de la danse ?



  (ci-dessus) Les nouveaux travaux n'ont pas modifié les façades :   
(du haut vers le bas) 1 & 2 : façade donnant sur le Canal de l'Ourcq 
et sur la très passante avenue du général Leclerc,  
3-4-5 : largeur du bâtiment sur l'avenue du général Leclerc
 6 : rue qui donne accès à l'entrée du CND rue Victor Hugo, 
   (ci-dessous) nouvelle entrée (ancienne entrée un peu après à gauche)  
   et nouvel aménagement intérieur du rez-de-chaussée  
 Photos Fabien Rivière ©






Le Centre national de la danse (CND) à Pantin (93), vient de réouvrir après 8 mois de travaux de réaménagement de l'intérieur de son rez-de-chaussée, financés par le Ministère de la Culture et de la Communication. Le montant est connu : 1,5 million d'euros. 

Il est intéressant de prendre connaissance de l'argumentaire développé pour justifier ces modifications. Le Centre national de la danse a ouvert en 2004, succédant à une cité administrative regroupant services sociaux, justice et police. Nous vous laissons apprécier si le nouveau projet de réaménagement de ce qui fut le vaste « palais du peuple », originellement dessiné par l'architecte Jacques Kalisz en 1972, « redonne au public, aux artistes, aux danseurs et à tous les usagers une plateforme d'invention et de travail, un nouveau regard sur le mouvement et sur l'art, un autre paysage du spectacle » (nous soulignons), quand on sait qu'une grève historique s'est déroulée le 4 octobre dernier (lire nos articles ICI et ) pour protester contre une prise en compte jugée insuffisante des demandes de revalorisation des salaires et des carrières, et des conditions de travail mauvaises (plus de 25% du personnel a quitté l'entreprise depuis 3 ans). 

Fallait-il engager ces travaux ? Changent-ils quelque chose ? Quelle était la solution la plus juste ? Quand on marche vers le Centre national de la danse, depuis la gare RER Pantin, on contemple la longue façade qui donne sur le canal de l'Ourcq et sur la très passante avenue du général Leclerc (cf. photos en haut de l'article). C'est de cette façon que la majorité des passants entrent en contacts avec le lieu. La vue suggère un bunker abandonné. Les grandes lettres rouges "danse" demeurent énigmatiques. L'autre entrée en contact se fait par l'étroite largeur du bâtiment sur la même avenue du général Leclerc. On notera les lettres "C" et "N" (noir sur fond blanc), lapidaires. C'est une singulière façon de communiquer. La vue générale n'est guère engageante.

Si l'on doit se fixer une  priorité, on peut penser que c'est à partir de ces analyses qu'il fallait travailler : rénover les façades donnant respectivement sur le canal, et en largeur donnant sur l'avenue du général Leclerc. 

Faute d'avoir posé le problème de façon juste, le réaménagement intérieur du rez-de-chaussée devient une démarche accessoire, d'autant plus que la nouvelle équipe de direction nommée autour de la nouvelle directrice, Mathilde Monnier, a profondément accentué un malaise social préexistant. La direction a préféré se concentrer sur le bâti au détriment de l'humain. 
Fabien Rivière 
  
ARGUMENTAIRE DE PRÉSENTATION DES TRAVAUX : 

LE CN D À PANTIN S'OUVRE À UNE NOUVELLE PRATIQUE DE SES ESPACES PUBLICS ! 

SON RÉAMÉNAGEMENT OUVRE PLUS LARGEMENT LE REZ-D-ECHAUSSÉE DU BÂTIMENT ET ORIENTE SON ACCÈS SUR LA VILLE DE PANTIN ET LES BERGES DU CANAL DE L'OURCQ. 

LE PROGRAMME DES TRAVAUX COMPREND LE REGROUPEMENT DE L'ACCUEIL ET DE LA BILLETTERIE DÉSORMAIS ORIENTÉS VERS LES FLUX PRINCIPAUX DE LA VILLE DE PANTIN, L'AMÉNAGEMENT D'UN CAFÉ-RESTAURANT, D'UNE LIBRAIRIE, LA RÉALISATION D'UNE SALLE FLEXIBLE D'EXPOSITION, D'UN ESPACE OUVERT DE DANSE ET DE PROJECTION ET LA RÉINVENTION DE LA SALLE DE LECTURE DE LA MÉDIATHÈQUE. 

LE NOUVEAU PROJET POUR LE VASTE « PALAIS DU PEUPLE », ORIGINELLEMENT DESSINÉ PAR L'ARCHITECTE JACQUES KALISZ EN 1972, REDONNE AU PUBLIC, AUX ARTISTES, AUX DANSEURS ET À TOUS LES USAGERS UNE PLATEFORME D'INVENTION ET DE TRAVAIL, UN NOUVEAU REGARD SUR LE MOUVEMENT ET SUR L'ART, UN AUTRE PAYSAGE DU SPECTACLE.