jeudi 23 février 2017

Anne Teresa de Keersmaeker à l’Opéra : pour quels enjeux ? (« Così fan tutte » de Mozart)

Vues de la scène du Così fan tutte d'Anne Teresa De Keersmaeker avant le début 
de la représentation (haut), et aux saluts (bas), Photos Fabien Rivière ©

Proposer à un/e chorégraphe contemporain/e la mise en scène d’un opéra est peut-être une bonne idée. Mais peut-être pas. À vrai dire la question reste ouverte. Ainsi l’Opéra national de Paris présentait du 23 janvier au 19 février 2016 pour une série de 6 représentations un Così fan tutte. Opera buffa en deux actes que signe la Belge Anne Teresa De Keersmaeker. La production sera reprise la saison prochaine du 12 septembre au 21 octobre 7 fois (En savoir +). On peut préciser qu'un opéra bouffe est un opéra traitant d'un sujet comique ou léger. 

Così fan tutte, qui date de 1790, est le dernier opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, qui meurt en 1791 à 35 ans. Le livret est de Lorenzo Da Ponte

Ce qui frappe, dans un premier temps, c’est le décalage qui existe entre la qualité de la musique et la relative faiblesse du texte du livret, qui comprend des discussions assez banales et des réflexions plus générales assez belles sur le sujet abordé. L’enjeu est simple : des hommes vont tester la fidélité de femmes. Sans doute, pour l’époque, on peut noter l’égalité entre les hommes et les femmes, et l’intervention d’une servante avec qui l’on discute sur un pied d’égalité en quelque sorte.

Nous avons assisté à la 5° (et avant-dernière) représentation, du deuxième balcon face. Quand on regarde vers le bas, vers la corbeille, on observe une majorité de chevelures blanches. Pour le renouvellement du public, on repassera. Dans un théâtre à l’italienne seules certaines catégories de places, les plus chères, jusqu'à la catégorie "Optima" à 210 € pour ce programme, permettent une bonne visibilité. Les autres places ne permettent de voir qu’une partie de la scène.    

La scène est vide, — si ce n’est 7 hauts panneaux rectangulaires verticaux transparents et pas très larges installés les uns à côté des autres sur une ligne qui va vers le fond du plateau, à droite et à gauche en bord de scène, — d’une scène immaculée de blanc, qui suggère un vaste loft - hangar, avec au fond cette lourde, haute et large porte métallique fermée.  

Le chef Suisse Philippe Jordan, directeur musical de l'Opéra national de Paris, dirige l’orchestre et les choeurs. C’est professionnel. Façon de dire qu’il manque un élément fondamental : l’émotion. C’est un peu gênant. Chaque chanteur est doublé par un danseur. À l’origine il y avait deux distributions de danseurs, l’une venant du Ballet de l’Opéra de Paris, l’autre de la compagnie de la chorégraphe, Rosas. Les premiers ont été remerciés à Noël pour une raison qui demeure inconnue, justifiée ou pas (mais ils semblent déçus de cette fin abrupte). Côté danse, on est frappé par la grande et constante pauvreté de la gestuelle. À l'inverse, le Golden Hours (As you like it), qui date de 2015, d'Anne Teresa De Keersmaeker, était un chef-d'œuvre.

On passe donc une soirée « tranquille », « propre », sans émotion et sans écriture des corps. On peut penser à un gentil spectacle bourgeois. On aurait aimé que la chorégraphe manifeste un peu plus de tempérament, elle en a, en secouant un peu tout cela, qu’elle soit un peu moins « timorée », « bien élevée », sinon « sage », comme une image. Elle semble avoir perdue en route la nécessité du projet, pour autant qu’il y en ait eu une au commencement. 
Fabien Rivière

lundi 20 février 2017

Rennes - Paperboard, série sur la conférence d'artiste, du 8 au 10 mars




Au croisement de la théorie et de la performance, du cours et du corps-à-corps, la conférence d’artiste s’est imposée comme un modèle réflexif et souvent ludique, interrogeant simultanément le statut de l’acte et de la parole. Qu’ont à nous apprendre ces artistes qui réfléchissent leur pratique en incarnant un discours ?

L’Université Rennes 2 et le Musée de la danse s’unissent pour proposer un temps de réflexion et de représentation, autour de cette forme qui fait ce qu’elle pense et dit ce qu’elle fait...

       AU PROGRAMME :        

            colloque : La conférence comme performance

jeudi 9 et vendredi 10 mars, Université Rennes 2, amphithéâtre L3

Performances et Conférences performées :

Vox artisti : la voix de ses maîtres / Guillaume Désanges avec Mélanie Mermod
mercredi 8 mars, 19h, auditorium EESAB

inging / Jeanine Durning, par Simon Tanguy
jeudi 9 mars, 11h45, Université Rennes 2, bâtiment Mussat, atelier 2
NOUS AVONS PUBLIÉ Simon Tanguy parle le « inging »

Quand le corps délivre des images / Anne Creissels
jeudi 9 mars, 15h30, amphi L3

Oblivion / Sarah Vanhee
jeudi 9 mars, 20h, Musée de la danse / St-Melaine

Performer la recherche : faire de l’in situ dans l’oeuvre de Deborah Hay / Laurent Pichaud
vendredi 10 mars, 10h, amphi L3

La langue brisée (1) / Pauline Le Boulba
vendredi 10 mars, 11h30, amphi B4

Marco Decorpeliada, l'homme aux schizomètres / Marcel Bénabou, Baptiste Brun,
Dominique De Liège, Jean-Luc Deschamps, Yan Pélissier, Olivier Vidal
vendredi 10 mars, 16h, amphi L3

Échauffement public avec Laurent Pichaud
dimanche 12 mars, 12h, place du recteur Henri Le Moal

café 420 n°3 : Les artistes font-ils les poubelles ? par la Collective et la Belle Déchette 
du 10 au 12 mars, Ateliers du Vent


Revue - Arts sacrés : "Danse, rythme et mystique"

Le danseur et chorégraphe espagnol de flamenco Israel Galván 
en couverture de la revue Arts sacrés. Photo Javier del Real

La revue trimestrielle Arts sacrés, basée à Perpignan (France) et dont le directeur est le Frère Philippe Markiewicz, dans son numéro de janvier - mars 2017, n° 35, consacre un dossier de 50 pages au sujet suivant : Danse, rythme et mystique. 
Prix : 15,90 €
 SOMMAIRE
Le corps dansant : entre ivresse et guérison  France Schott-Billmann
Danse et christianisme : des relations difficiles ?  Jean-Claude Schmitt
La danse sacrée dans la spiritualité juive : la danse hassidique  Paul B. Fenton 
Les danses soufies  Thierry Zarcone 
La danse des Orixás  Stefania Capone 
Entre Rajasthan et Andalousie. Une enquête expérimentale  Miriam Phillips
Chorégraphes modernes, danseurs enthousiastes  Élodie Verlinden 

dimanche 19 février 2017

Sergei Polunin dans la campagne « Make Love not Walls » de Diesel, filmée par David LaChapelle

C'est le danseur né en Ukraine Sergei Polunin qui ouvre le clip de la campagne printemps - été 2017 (Spring - summer) de Diesel, Make Love not Walls (Faites l’amour, pas des murs), mis en ligne le 14 février. 

« Diesel takes on the Wall, a symbol of separation by definition, breaking it down to create strong storytelling throughout the imagery developed around it: walls are built and the Diesel love tank breaks it with a heart shape turning a symbol of separation into a happy place full of flowers of celebration of freedom and love.

“At Diesel, we have a strong position against hate and more than ever we want the world to know that,” explains Artistic Director Nicola Formichetti. “Love and togetherness is cru-cial in creating a society we all want to live in, and the future we all deserve.”

Committed to diversity and the rights of individuals around the world, the iconic American artist and photographer David LaChapelle collaborates with Formichetti to break down barriers. »

Song: Higher Love by Alex Vargas

Vitry : au Mac/Val, ils veulent tous un câlin de l’artiste Jean-Luc Verna nu

Vue de l'exposition de Jean-Luc Verna au Mac/Val


 .
Le Parisien, Laure Parny, 19 février 2017.

L’artiste Jean-Luc Verna, dont l’exposition cartonne au musée d’art contemporain Mac/Val de Vitry-sur-Seine [sud de Paris, France] jusqu’au 26 février proposait ce dimanche une performance entièrement nu. On a testé pour vous. > SUITE 

Livre - La vie d'une école historique : « Mudra, 103 rue Bara. L'école de Maurice Béjart 1970 - 1988 »

Couverture de l'ouvrage

Nous étions à Bruxelles (Belgique), ce vendredi 13 mai 2016, à l'occasion de la sortie du livre Mudra, 103 rue Bara. L'école de Maurice Béjart 1970 - 1988 que signe Dominique Genevois aux éditions Contredanse. Une journée était dédiée à l'événement, Sur les traces de Mudra, qui s'est déroulée de 14h à minuit. De 14h à 17h l'auteure de l'étude a donné un atelier « chorégraphique, vocal, théâtral et musical » dans l'esprit de Mudra.

L'auteure de Mudra, 103 rue Bara, Dominique Genevois, 
lors de la présentation du livre le 13 mai dernier, Photo Fabien Rivière

Nous avons assisté, à 18h30, à la présentation de l'ouvrage par son auteure (cf. photo ci-dessus) devant une salle comble, et en présence d'Anne Teresa De Keersmaeker. La française Dominique Genevois a fréquenté Mudra dès 1972 puis a dansé pour Maurice Béjart pendant quinze ans, avant de rejoindre Maguy Marin à Créteil (France) en 1988. Elle enseigne actuellement la danse classique. 

La rédaction du livre relève du tour de force, un violent incendie ayant détruit les archives de l'école en 1992 (ICI), entreposées dans le vaste hangar qui a accueilli cette aventure humaine pendant dix huit ans, de 1970 à 1988. À l'origine du projet il y a un désir : « Je me suis tellement éclatée dans cette école ! ». Mais Dominique Genevois n'est pas naïve : « Ce sont des écoles qui font des déchets, beaucoup de blessures. »

Il a fallu retrouver tous les Mudristes, comme ils se nomment, répartis sur la planète, au Japon comme à Los Angeles. Un projet où l'oralité a une place de choix :  « C'est la parole de beaucoup de nos camarades », dit-elle. L'index comporte ainsi 850 noms. Le résultat se veut cependant modeste. Il s'agit de « petites pierres à l'édifice de la culture chorégraphique » ; « Je me suis bien gardé de dire que c'est la vérité. » 

La dimension internationale de l'entreprise a été rappelée, militant pour le mélange des cultures, où les langues parlées s'enchevêtraient allègrement. « Ce qu'a réussi Béjart, c'est nous mettre tous ensemble ! »

Intervention de Claudio Bernardo, Photo Fabien Rivière

La présentation de Dominique Genevois s'est accompagnée de témoignages d'anciens élèves que sont Claudio Bernardo (cf. photo ci-dessus), Nicole Mossoux, Diane Broman et Jean Gaudin (cf. photos ci-dessous). On pouvait craindre un caractère trop officiel et donc l'ennui à des « lectures ». Il n'en fut rien. Au contraire, l'émotion fut intense, et constante. 

Voici quelques notes, loin d'être exhaustives : en véritable crooner, Claudio Bernardo mêla parole et chant. Avec franchise, il parla sans pathos de la dureté de ce métier (de chorégraphe), où les uns détestent les autres. Profitant de la dimension mystique de Béjart, le visage en direction du ciel, il l'apostropha, lui demandant de venir. Le défunt avait été très critiqué, disait-il, mais sa présence demeurait. Nicole Mossoux, timide, parlait de « cicatrice », et de l'anorexie qu'elle avait dû affronter. « Nous étions malléables et fragiles. » Diane Broman rappelait qu'au moment de partir de l'école, l'image qui lui était venu à l'esprit était celle d'une porte qui s'ouvrait et ... d'un coup de pied au cul. Elle poursuit : « Je venais d'une famille désargentée et j'ai pu faire çà. Je peux le dire aujourd'hui, il y a prescription. Maurice me donnait de l'argent de sa poche pour [que je puisse] faire l'école. »  

Intervention de Jean Gaudin, Photos Fabien Rivière

Pour Jean Gaudin, très détendu, Maurice Béjart nous apprend à nous sentir libre. Il lâche le micro, on lui demande de s'en saisir pour l'enregistrement, il le reprend, devant un parterre qui apprécie son esprit. Il danse, très en forme. Il lâchera le savoureux « On a jamais appris le répertoire de Maurice Béjart ! », échappant ainsi au danger d'une certaine forme de reproduction stérilisante du style du Maître. Il remarque l'incroyable pluralité des trajectoires et surtout des styles des élèves sortis de l'école, témoignage de la liberté qu'il a évoqué au début de son propos.

Nul doute que, s'il doit y avoir une réédition du livre, elle devra comporter l'intégralité (sans coupes) des interventions des quatre protagonistes. 

LE LIVRE : MUDRA, 103 RUE BARA 
Inauguration de Mudra avec Maurice Béjart, page tirée de Mudra, 103 rue Bara

Avant toute chose, il faut expliquer que si la vie artistique et d'enseignement du chorégraphe Français Maurice Béjart se développe à Bruxelles et pas à Paris, c'est que la capitale française est aux mains des balletomanes, qui ne reconnaissent pas la valeur de sa danse novatrice, dite « moderne ». Il devra en conséquence s'expatrier. Il a la chance d'être accueilli par Maurice Huisman, le directeur du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, qui lui donnera les moyens de travailler à partir de 1959. L'ouvrage montre bien que l'entreprise est indissociablement artistique et politique, au sens où il a fallu constamment batailler (et s'épuiser) avec les autorités politiques pour obtenir les financements nécessaires. 
Fabien Rivière

Mudra, 103 rue Bara. L'école de Maurice Béjart 1970 - 1988, Dominique Genevois, Éditions Contredanse (Bruxelles, Belgique), 444 pages, 28 €, diffusé en France. SITE

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