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lundi 24 juin 2024

Concours Danse élargie 2024 : la croisière s'amuse

Affiche du concours Danse élargie, Photo Fabien Rivière

AMBIANCE 

Le bonheur règne. Nous sommes dans la salle historique du Théâtre de la Ville à Paris qui a réouvert en septembre dernier après 7 ans de travaux. Dans l'attente des résultats de la 8° édition du concours Danse élargie (la première date de 2010), le dimanche 16 juin à 19h30. Un Crash Test va se dérouler, soit, sur le plateau, 20 propositions de 10 minutes jouées en même temps. Effet garanti. C'est massif et tonique. 

On peut rappeler rapidement les règles du concours : les pièces présentées ne peuvent dépasser 10 minutes, et doivent comporter au minimum 3 interprètes. Cette année, les organisateurs ont reçu 366 propositions provenant de 68 nationalités. Ils en ont retenus 20 (10 de France et 10 de l'étranger), provenant de 10 pays (Suisse, Belgique, Allemagne, Colombie, Iran, Brésil, Israël, Finlande, Royaume-Uni et Nigéria). Ce qui représente 5,5 %. Les choix sont-ils pertinents ou représentatifs ? Impossible de répondre. Il faudrait que tout soit mis en ligne pour pouvoir se faire une idée et sans doute réaliser la difficulté du choix. Les 20 pièces sont présentées le samedi de 11h30 à 18h30 (avec "pause déjeuner" et "pause"), une sélection de 10 reviennent le dimanche. 

TOUT VA BIEN 

On attend les résultats. Vont se succéder « la mention de la SACD » (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) décidée par trois élus auteurs et administrateurs de la SACD dont le chorégraphe Yvann Alexandre (Yvann Alexandre parlera aussi de « Prix ») (avec Anne Villacèque et Jonathan Pontier), qui va finalement remettre une seconde mention, puis le prix de la Technique du Théâtre de la Ville (l'équipe technique compte une vingtaine de personnes), le prix du Jury Jeunes (au nombre de 19) du département danse du Conservatoire régional de Paris accompagné de sa Modératrice (Sandra Neuveut, Directrice de la Briqueterie - Centre de développement chorégraphique national (CDCN) du Val-de-Marne; le-s-la chorégraphe-s retenu-e-s retravaillera-ont la pièce avec ces jeunes qui sera proposée en septembre 2025 au Théâtre des Abbesses), et enfin les trois prix du jury d'Artistes (cf. précisions ci-dessous) et son Modérateur (Christophe Lemaire, Adjoint à la direction et à la programmation du Théâtre de la Ville). 

Boris Charmatz sur le plateau du Théâtre de la Ville ce dimanche 16 juin,
Capture d'écran Espaces Magnétiques
 

Sur le plateau, Boris Charmatz, co-fondateur du concours Danse élargie avec le directeur du Théâtre de la Ville Emmanuel Demarcy-Mota, précise : « Moi je voulais qu'il n'y ait qu'une seule édition et que ça s'arrête. (...) Quand je voyais aujourd'hui les projets, je me disais que ça valait le coup que ça continue, même si j'étais le premier à vouloir que ça s'arrête. » Il ajoutera : « The first edition was so beautiful (...). » Et : « (...) today (...) I would give definitively twenty prices for twenty reasons. »

Mais quels sont les arguments avancés pour attribuer les prix ? 

Devant la façade du Théâtre de la Ville, de gauche à droite : Yvann Alexandre,
Rebecca Journo, Anne Villacèque et Jonathan Pontier, Photo DR

Pour la SACD, partenaire depuis le début, Yvann Alexandre explique : « Bonsoir à toutes et à tous. Merci pour l'invitation dans Danse élargie. C'est la première fois qu'il y a un comité SACD. Merci infiniment aussi pour cette journée... en tout cas que nous avons vécu comme riche, passionnante, faite de gestes engagés et surtout généreux. (...) l'idée c'était d'attribuer et de soutenir avec une aide à la première diffusion ». Il salue  « l'écriture, la performance, la finesse noire, pour reprendre tes mots [Jonathan Pontier], ce que raconte les corps et les images, la création musicale aussi, en live. Nous avons été unanimes en fait, pour se dire, voilà, on allait décerner ce premier prix à Rebecca Journo  [pour L'heure du thé]. »  

Sur le plateau, de gauche à droite : Jonathan Pontier, Samuel Planas,
Yvann Alexandre et
 Anne Villacèque, Photo DR

Après la remise du premier « prix », il poursuit : « Alors, comme le disait Quentin, un concours c'est aussi plein de surprises, et puis c'est aussi la possibilité de planter des petites graines, en tout cas c'est une impulsion. Donc, en fait, de manière exceptionnelle, on a pas un seul prix. On a décidé d'ajouter un second prix. Alors, il y a pas de petits diplômes de prêts, je ne sais pas. Mais en tout cas, on voulait encourager un chorégraphe de demain, on voulait encourager un talent prometteur. Et le remercier aussi de nous avoir partagé ses racines. Et cette aide est donc attribuée à Samuel Planas [pour Gueule au brou]. (applaudissements) Donc, ces deux prix sont dotés d'une aide financière pour l'aide à la diffusion, mais je crois que le plus important c'est la parole des artistes. (il passe son micro aux artistes) »

Aline Jobert va remettre le Prix de la Technique,
Capture d'écran Espaces Magnétiques

Pour le Prix de la Technique, Aline Jobert, régisseuse générale du Concours danse élargie au Théâtre de la ville, indique : « Bonsoir ! (...) Donc, on a été très content de participer à cette édition de Danse élargie, sur notre vrai plateau et dans notre théâtre qu'on aime beaucoup. (...) C'était vraiment un plaisir et un honneur de travailler avec vous encore. (applaudissements) Les votes ont été très serrés, mais le prix de la Technique (...) revient à L'heure du Thé, de Rebecca Journo. »

Remise du Prix de la Jeunesse, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Concernant le Prix des Jeunes (19 personnes dont un jeune homme) : « (...) La diversité, le travail, l'originalité et la qualité des projets proposés sur ce plateau hier a rendu notre exercice difficile, cependant une pièce s'est assez vite démarquée lors des délibérations. Je crois qu'on peut parler d'un coup de cœur pour beaucoup d'entre nous ; le parti pris, la force, la maitrise et l'engagement politique fort de ce projet qui concerne particulièrement notre génération, surtout en ce contexte politique actuel, tout cela aiguise notre désir de travailler avec eux. Nous pensons que la reprise de cette pièce par les élèves du conservatoire régional de Paris représentera un défi et nous avons hâte de le relever. Nous avons donc choisi de décerner le prix du Jury Jeunes à de l'impertinence #2 pour Gush is Great. »

Marc Lainé prend la parole pour le Jury d'Artistes,
Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le Jury d'Artistes monte à son tour sur scène. Marc Lainé (directeur de La Comédie de Valence, Centre dramatique national (CDN) Drôme-Ardèche depuis 2020) : « Simplement, on avait pas prévu, là ... on l'a pas écrit ce mot, là, mais vous dire que ça a été un moment passionnant pour nous toutes et tous. Un moment, évidemment, de choix, difficile. Ce qui a été très beau, c'est le dialogue qui s'est noué entre tous les membres du jury, un dialogue pour nous tous, très riche. Néanmoins on est évidemment aussi, très triste pour certains candidats qui méritaient amplement d'être récompensés ce soir. Il fallait en choisir trois, mais effectivement le choix a été très dur. Juste, pour le rappeler, c'est une évidence, mais ça nous paraissait important de le dire. » 

F I C T I O N S d'Annabelle Vir, Photo Nora Houguenade

Tânia Carvalho : « (Au sujet du 3° Prix :) Pour la liberté jubilatoire dont la pièce fait preuve, l'équilibre entre humour et férocité, la [proposition ?] abordée avec légèreté et engagement, un étrange sabbat que nous avons voulu saluer. F I C T I O N S d'Annabelle Vir. »

GUSH IS GREAT, de de l'impertinence #2, Photo Nora Houguenade 

Saïdo Lehlouh : « (...) (Au sujet du 3° Prix :) Encore bravo à elles, vous pouvez les applaudir bien fort, les accompagner  jusqu'à leurs sièges. (Au sujet du 2° Prix :) Pour sa beauté mélancolique, le corps collectif et spectral que cette performance déploie, comme une apocalypse au ralenti, une traversée inexorable vers le vide, dont on ne sait jamais si elle est subie ou choisie, on a décidé de décerner le deuxième prix à GUSH IS GREAT, de de l'impertinence #2 » 

Patricia Allio : « (Au sujet du 1er Prix :) Pour saluer la radicalité de son écriture, sa recherche formelle, la singularité et la puissance des interprètes, l'engagement et la représentation des corps et des personnalités que la pièce met en jeu avec une flamboyance minimale, un combat intime et collectif pour les temps présents, le premier prix est attribué à S.T.U.C.K de Mounia Nassangar. »

OUI 

Mounia Nassanga prend la parole lors de la remise du 1er prix du jury
pour sa pièce, Photo Nora Houguenade  
.
Le S.T.U.C.K de Mounia Nassanga mérite en effet le premier prix du jury (qu'il aurait fallu partager avec Jaber Ramezan, voir ci-dessous). L'espace est réellement construit, pas subi comme souvent, ou en tout cas accepté comme tel. La chorégraphe est aussi à l'aise dans la lenteur que la vitesse. En ouverture, les corps sont immobiles dans un espace immense et vide, comme des arbres éclairés seulement par la lune. C'est une pièce de femmes (métis) fortes, qui porte une tension sinon une violence sourde qui sait éviter la précipitation, le pathos et l'hystérie.

NON

Nous sommes en désaccord avec pratiquement tous les prix, sauf le premier prix décerné par le jury d'artistes, donc. D'une façon générale, il y aura eu, successivement, du vide, de l'arrogance, du glauque, de l'hystérie. Appeler un collectif de l'impertinence (qui reçoit deux prix !) est bien présomptueux sinon arrogant, et est-ce très réaliste ? L'impertinence se pratique sans jamais s'auto-désigner a priori ou a posteriori, encore moins publiquement. Ici, on observe un slow motion de 10 minutes du fond du plateau à son devant, une ligne d'interprètes face au public, qui va jeter par dessus bord si on ose dire, tout un tas d'objets dissimulés sous ses manteaux. C'est du mime, et "politiquement", pour répondre à un jury, c'est bien faiblard, sinon geignard, passif. Encore du mime avec L'heure du thé de La Pieuvre (qui reçoit lui aussi deux prix !) dans une frontalité obsessionnelle et peu inventive. De l'hystérie avec Annabelle Dvir qui n'a rien d'un sabbat comme l'affirme un autre jury, puisqu'un sabbat est un jour de repos consacré à Dieu. Ici, aucune spiritualité mais de la psychiatrie. 

OUI 

Jaber Ramezan

Il est problématique que le Boundaries of bodies, en français Frontières des corps, de l'Iranien Jaber Ramezan, qui vit à Téhéran on doit le noter, soit reparti bredouille. Pièce épurée, courageuse, digne, d'un travail que l'on ne reverra peut-être jamais hélas, où un vent léger ou fort, c'est selon, immémorial, semble souffler sur les corps. Il réussit à se saisir du réel, sans complaisance ni hystérie ni pathos. Il est possible d'y voir une certaine fraternité avec les recherches du Syrien réfugié en France Mithkal Alzghair, 1er prix Danse élargie en 2016 (cf nos articles : un paragraphe dans Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde - PHOTOS Le « Déplacement » de Mithkal Alzghair (Avignon) - Métamorphoses de Mithkal Alzghair (« Clameurs »)). 

Liam Francis
Mixtape, de Liam Francis, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le Mixtape du Britannique Liam Francis, 3 danseurs, soit 3 solides gaillards métis en jogging et Tee-shirt moulant, et un DJ jouant live, est touchant dans cette façon de croire encore en une écriture de la danse. Il était bien seul il faut le reconnaître, ce week-end. 

Tous les français, de Simon Roth, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le titre de la pièce de Simon Roth, Tous les français, est à prendre au pied de la lettre. En mobilisant 45 interprètes il donne le sentiment de vouloir travailler avec l'ensemble des corps qui existent dans une société. Belle lucidité. Bel appétit. Dans un premier temps chacun bouge, bougeotte ou gigote dans son coin, dans une atmosphère sonore plutôt menaçante où l'on entend des paroles extraites de discours politiques - slogans agressifs, en France ou à l'étranger (pour la France Eric Zemmour, Emmanuel Macron, Jordan Bardella, Marine Le Pen, de Gaulle, par ailleurs Giorgia Meloni). Dans un second temps, les êtres sont réunis dans un ensemble où les corps balancent bien, portés par une samba enivrante et libératrice où Jacques Chirac déclare « Je serai le président de tous les français. »
Fabien Rivière


   PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES   
1er Prix ex-aequo :    S.T.U.C.K. — Mounia Nassangar  
                            ET  Boundaries of bodies — Jaber Ramezan
2° Prix : Tous les français — Simon Roth 

LAURÉATS DANSE ÉLARGIE 𝟮𝟬𝟮𝟰 : PRIX et MENTIONS
 𝟭𝗲 : S.T.U.C.K. — Mounia Nassangar
 𝟮𝗲 : Gush is Great — De l'impertinence
 𝟯𝗲 : F I C T I O N S — Annabelle Dvir
 𝗝𝘂𝗿𝘆 𝗝𝗲𝘂𝗻𝗲𝘀 : Gush is Great — De l'impertinence
 Prix 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗧𝗲𝗰𝗵𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲 : L’heure du thé — La Pieuvre
 — 𝗠𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗦𝗔𝗖𝗗  : L’heure du thé — La Pieuvre
 — 𝗠𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘀𝗽𝗲́𝗰𝗶𝗮𝗹𝗲 𝗦𝗔𝗖𝗗 : Gueule au brou — Samuel Planas

LE JURY D'ARTISTES
Patricia Allio — Metteuse en scène, autrice, performeuse
Lucie Antunes — Musicienne, compositrice
Tânia Carvalho — Chorégraphe, musicienne, artiste
Marc Lainé — Metteur en scène, auteur, scénographe
Saïdo Lehlouh  — Chorégraphe, danseur
Théo Mercier — Sculpteur, metteur en scène, plasticien
Arthur Nauzyciel — metteur en scène, acteur 
Ioanna Paraskevopoulou — Chorégraphe, danseuse

Le Jury d'Artistes décernera trois prix (13 000€, 8 000€ et 5 000€) et éventuellement des mentions spéciales aux finalistes de leur choix.

PROGRAMME
     (en rouge : le meilleur - en noir : intéressant)    
— SAMEDI 15 JUIN
Dans la grande salle du THÉÂTRE DE LA VILLE-SARAH BERNHARDT

11H15 - OUVERTURE DE LA PREMIÈRE JOURNÉE (20 PROJETS)

11h30 - Gueule au brou — Samuel Planas (4 interprètes) (France)
11h45 - A Very Eye — Tumbleweed (6) (Bruxelles-Zurich)
12h00 - Les Héritier·x — Marion Zurbach (3) (Suisse)
12h15 - L’heure du thé — Rebecca Journo (4) (France)
12h30 - Épopées — Lou Cantor (10) (France)
12h45 - Danse Fragile — Renato Cruz (6) (Brésil)
13h00 - Sabotage — Sara Angius, Johanna Ehlert (4) (Allemagne)

13H15 - PAUSE DÉJEUNER

14h45 - DisEngage — Joshua Akubo Gabriel (7) (Kaduna, Nigéria)
15h00 - Tous les français — Simon Roth (45) (France)
15h15 - Boundaries of bodies — Jaber Ramezan (6) (Iran) 
15h30 - Mixtape — Liam Francis (4, 3 danseurs et un DJ) (Royaume-Uni)
15h45 - Game Theory — Joshua Monten (5) (Suisse)
16h00 - Beste cantate — Juliette Chevalier (9) (France - Belgique)

16H15 - PAUSE

16h45 - Gush is Great — de l’impertinence # 2 (7) (Sète, France)
17h00 - La Danse macabre — Pauline Bayard (7) (France)
17h15 - S.T.U.C.K. — Mounia Nassangar (5) (France)
17h30 - Les Jeux — Checho Tamayo (4) (Colombie)

17h45 - Organicitées — Marion Blondeau (3) (France)
18h00 - F I C T I O N S — Annabelle Dvir (3) (Ora, Israël)
18h15 - COURTSHIP DISPLAY (BIRDS OF PARADISE) — Tiia Kasurinen (4) (Finlande)

18H30 - FIN DES PERFORMANCES

— DIMANCHE 16 JUIN 2024 
Dans la grande salle du THÉÂTRE DE LA VILLE-SARAH BERNHARDT 

13H30 - OUVERTURE DE LA 2° JOURNÉE (10 PROJETS sur les 20)

14h30 - DisEngage — Joshua Akubo Gabriel
14h45 - F I C T I O N S — Annabelle Dvir
15h00 - S.T.U.C.K. — Mounia Nassangar
15h15 - L’heure du thé — Rebecca Journo
15h30 - Tous les français — Simon Roth

16H00 - PAUSE
16h30 - Gueule au brou — Samuel Planas
16h45 - Mixtape — Liam Francis
17h00 - Boundaries of bodies — Jaber Ramezan
17h15 - Les Héritier·x — Marion Zurbach
17h30 - Gush is Great — de l’impertinence # 2

samedi 11 juin 2022

Le concours Danse élargie 2022 sera retransmis en direct sur Youtube


Danse élargie est un concours fondé en 2010 par le danseur et chorégraphe Boris Charmatz qui dirige alors le Centre chorégraphe national de Rennes, renommé Musée de la danse, et Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville à Paris.

Il vise à faire émerger une nouvelle génération de chorégraphes. Il se veut ouvert à « des artistes de toutes les générations et de toutes disciplines. » Tous les deux ans, il présente lors d'un week-end de juin une vingtaine de créations. Le premier jour 20 pièces de dix minutes sont proposées, le second jour dix finalistes demeurent. Le nombre minimum d'interprètes est fixé à trois. Un jury est composé d'artistes, un autre jury de membres du public. Il est gratuit. 

Pour cette édition, 18 pièces ont été retenues sur 454 projets issus de 63 pays et 76 nationalités. Grande nouveauté cette année, la retransmission des œuvres en direct sur le canal Youtube du théâtre. Plutôt que de donner une simple liste des participant-e-s il a semblé plus intéressant de présenter les visages des créatrices et créateurs.     
Fabien Rivière
VISUELS Captures d'écran Espaces Magnétiques (sinon, indiqué)


NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ : 
Danse élargie 2021 : une très bonne édition
Danse élargie 2021 : acte 2 (avec Smaïl Kanouté et Mellina Boubetra)

SAMEDI 25 JUIN 
(18 projets)
Retransmis en direct  > ICI 

11h15      Ouverture de la première journée 

11h30      1—   COCONUT EFFECT   Ioanna Paraskevopoulou   GRÈCE   Photo Facebook
11h45      2—   TRIBU[T]   Clémence Baubant   FRANCE 
12h          3—    HELP    Yoko Omori  JAPON
12h15      4—    BOUFFÉES    Leïla Ka  FRANCE
12h30      5—    D.I.S.C.O (DON'T INITIATE SOCIAL CONTACT WITH OTHERS) 
 Josépha Madoki FRANCE 
12h45       6—    CORE  Jerson Diasonama  FRANCE

13h        Pause déjeuner

14h30      7—    UNE FAMILLE SINGULIÈRE  Claire Durand-Drouhin  FRANCE
14h45      8—     BREAK  Bruce Chiefare  FRANCE   breakdance
15h           9—    ROI MUSCLÉE  Louise Buléon Kayser   FRANCE
15h15      10—   WHAT DID YOU DO BEHIND THE CURTAIN ?  
Stereo48 Dance Company - Abdallah Damra & Amir Sabra  PALESTINE 
Photo Facebook
15h30       11—   MER PLASTIQUE (WORK IN PROGRESS)  Tidiani N’Diaye  FRANCE/MALI
15h45       12—   MEEPAO  Surjit Nongmeikapam  INDE   Photo Facebook

16h Pause

16h30      13—   LA PREMIÈRE DANSE POLITIQUE  Josué Mugisha  BURUNDI
16h45      14—    MIREILLE  Collectif ÈS (Jérémy Martinez, Émilie Szikora, Sidonie Duret) FRANCE
Photo DR
17h         15—     HAIRY  Dovydas Strimaitis  FRANCE/LITUANIE
17h15 16— A BIG BIG ROOM FULL OF EVERYBODY'S HOPE  Amit Noy  NOUVELLE ZÉLANDE 
17h30  17— MULTI-PRISES  Yasmine Hadj Ali, Antoine Kobi, Ike Zacsongo-Joseph  FRANCE 
Photos Portraits Pro réunis par Espaces Magnétiques
17h45    18— KLAPPING  Ahilan Ratnamohan & Feras Shaheen • BELGIQUE/AUSTRALIE

18h      Fin des performances

DIMANCHE 26 JUIN 
(12 projets sélectionnés) 

14h15—    Ouverture de la deuxième journée 

14h30— 6 projets

16h—       Pause

16h30—      6 projets

18h—      Fin des performances

19h30—      Crash Test dans les Jardins des Champs-Élysées
Suivi de la Cérémonie de remise des prix en salle
Retransmis en direct sur la chaîne YouTube du Théâtre de la Ville

lundi 13 septembre 2021

Danse élargie 21 : de belles découvertes lors de la première soirée

Couverture du programme de Danse élargie 21

Danse élargie est un concours fondé en 2010 par le danseur et chorégraphe Boris Charmatz qui dirige alors le Centre chorégraphe national de Rennes, renommé Musée de la danse, et Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville à Paris.

Il vise à faire émerger une nouvelle génération de chorégraphes. Il se veut ouvert à « des artistes de toutes les générations et de toutes disciplines. » Tous les deux ans, il présente lors d'un week-end de juin une vingtaine de créations. Le premier jour 20 pièces de dix minutes sont proposées, le second jour dix finalistes demeurent. Le nombre minimum d'interprètes est fixé à trois. Un jury est composé d'artistes, un autre jury de membres du public. Il est gratuit. 

L'édition 2020 n'a pu avoir lieu à cause des restrictions liées au Covid-19. Elle est remplacée par quatre soirées distinctes (payantes, et pas de concours) en septembre 2021. Ainsi, la « soirée Formats courts » ouvre le bal avec sept propositions. Voici donc la 6° édition et les 10 ans de la manifestation. 

Mathilde Rance  Karnaval  
Le public suit les interprètes, et gravit la rue en face du théâtre
jusqu'à la place ombragée Emile-Goudeau
 Place Emile-Goudeau

Ambiance légère, voire festive avec le Karnaval de Mathilde Rance. Sortis par l'entrée du Théâtre des Abbesses, les huit interprètes investissent la cour du théâtre puis gravissent la rue en face, pour atteindre une place, et redescendent. Costumes métalliques, et masques d'animaux. Les enfants adorent, un serveur d'un restaurant voisin sort son portable pour filmer. Cependant, les corps sont un peu raides me semble-t-il.  
(durée : un peu plus de 15 minutes)

Rémi Esterle  Beauté Bâtarde 
Marius Hoël aka Akeron dans Beauté bâtarde, Photo Sonia Blin

Dans Beauté bâtarde, de Rémi Esterle, le jeune mais mature Marius Hoël aka Akeron est saisissant. Cheveux noirs et courts, petite moustache, en jean et sweat-shirt rouge sombre intense. Debout face au public, appuis solides au sol et haut du corps mobile et fluide, il slame puissamment un désarroi, une désorientation, mais une force de vie d'abord. Il possède l'intensité des Bérurier Noir, ce groupe phare de la scène punk et alternative française des années 1980. Un slam qui peut faire ricaner certains (je songe à un avis recueilli après la pièce). Cet art engagé est moqué sinon méprisé par tous ces spectateurs dégagés. Sur le plateau, il y a aussi un couple qui valse, habillé de façon improbable intégralement en jean, comme le petit chaperon rouge, mais en bleu, plutôt effacé. Dans le travail de répétition de la pièce, le jeune homme est censé être « la parole » (simplement cela), le couple « la danse », mais il se trouve qu'en réalité il est la danse, un corps chargé, vivant, quand le couple peut être perçu comme une métaphore d'une certaine danse transparente. La fin est terrible puisque la danseuse pose sa main sur l'épaule du jeune homme comme pour lui intimer l'ordre, dans une position de surplomb, de cesser de bouger et donc d'être, ce qu'il fait. Mais que cette fausse danse ne supporte pas l'autre dans sa différence est tragique, et réaliste.
(durée : 17 minutes)

Julien Grosvalet  Flashlights

En ouverture, est proposé un très beau travail plastique. Chaque interprète a une petite lampe qu'il allume ou ferme, dans la nuit. C'est très efficace. Mais quand la lumière revient, la danse n'est pas vraiment chargée.
(durée : 9 minutes)

Nicolas Barry  Pas de danse 
Saluts, à l'issue de Pas de danse, de Nicolas Barry (à l'extrême-droite)

Debout face au public, Nicolas Barry nous explique qu'il a lu Surveiller et punir, le fameux ouvrage de Michel Foucault paru en 1975, qui examine l'émergence historique de la prison et son organisation. Il dit s'intéresser en réalité à l'architecture des années 70 et à l'urbanisme des villes nouvelles. Il a effectué « des excursions », selon son expression, dans des centres commerciaux, des sorties de métro, et des halls de grandes gares, observant les corps et les visages, leurs tensions. 

Enfin, il souhaite mettre en pratique la page 153 du livre, qui décrit des pas militaires, jadis. Le résultat, dansé par quatre interprètes, se veut drôle et amusant, mais se révèle anecdotique. La logique du projet échappe absolument. 

Plus tard dans la soirée, interrogé pour savoir selon quelle logique on passe de Foucault à l'humour, le chorégraphe, gêné, ne peut répondre, et mettra fin abruptement à la conversation. 
(durée : 9 minutes)

Sudesh Adhana  Untamed Donkeys [Les ânes indomptés] 
Projection du film Untamed Donkeys de Sudesh Adhana

Sudesh Adhana est né en Inde, mais vit à Oslo en Norvège. C'est LE choc de la soirée, à l'effet de sidération absolu. Un écran de projection de la taille de l'ouverture de scène descend des cintres. Un film est projeté. Un plan fixe, — images magnifiques et bouleversantes, — montre un extrait d'une performance dans une rue de Delhi (Inde), devant un public debout. Tous les interprètes portent un masque d'escrime sombre. Des actions simples et répétées. Pour le reste les mots manquent, et on se dit que ce film met à mal, pousse à sa limite extrême un cerveau occidental, qui peut disjoncter face à de telles secousses mentales, sans que l'on puisse expliquer pourquoi, et avec une économie de moyen redoutable. Le budget et les moyens ne sont en effet pas ceux d'un film hollywodien. 
(durée : 13 minutes) 

Laura "Nala" Defretin & Brandon "Miel" Masele  Rave lucid 
Performance (haut) et saluts (bas), Rave lucid
de Laura "Nala" Defretin & Brandon "Miel" Masele
 

C'est la troisième excellente surprise de la soirée : Rave lucid, de Laura "Nala" Defretin & Brandon "Miel" Masele (Miel est le surnom du danseur). Quand on découvre les interprètes, c'est un soulagement : il n'y a pas que des Blancs sur le plateau (c'est un Blanc qui écrit ces lignes). C'est extra-ordinaire en danse contemporaine. Car cette danse électro et hip hop  relève bien de la danse contemporaine. La gestuelle est excellente, précise, chargée, juste, qui accepte la tension, ne l'interdit pas, mais la module, l'oriente, la fait circuler et finalement en joue. C'est une danse apaisante et pourquoi pas thérapeutique. Le seul petit danger est le glissement par moments vers une certaine théâtralité sans paroles (et donc de la psychologie) qui dilue un peu le passionnant et exigeant propos.  
(durée : 10 minutes) 

Brandon "Miel" Masele et  Laura "Nala" Defretin,
Capture d'écran Espaces Magnétiques

Trimukhi Platform  Cooking Stone
 Film, Cooking Stone de Trimukhi Platform 

Film projeté dans la cour du théâtre à la sortie de la salle. À vrai dire, il faudrait pouvoir le revoir en entier, pour donner un quelconque avis. On peut simplement dire que les images, tournées en extérieur et en noir et blanc sont très belles. 

On peut désespérer de la forme concours en général, de son utilité et de son niveau. Mais le programme ce soir fut de qualité. Il n'est pas si fréquent de pouvoir profiter de trois excellentes découvertes.  
Fabien Rivière 
— Soirée Formats courts, Danse élargie 21, 10 septembre 2021, Théâtre de la Ville - Théâtre des Abbesses, Paris, France. En savoir +   

— PHOTOS Fabien Rivière, sauf deux exceptions indiquées.

— NOS ARTICLES :
— Sur la 4° édition en 2016 > Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde 
— Sur la 3° édition - 2014 > ICI   
— Sur la 1ère édition - 2010 > Le concours Danse élargie en photos 

lundi 20 juin 2016

Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde


Le concours Danse élargie est une initiative de Boris Charmatz pour le Musée de la Danse - Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne et d'Emmanuel Demarcy-Mota pour le Théâtre de la Ville à Paris. Il se déroule au Théâtre de la Ville, tous les deux ans en juin un week-end. Il se veut ouvert à « des artistes de toutes les générations et de toutes disciplines. » La règle est simple : présenter une pièce de 10 minutes maximum, composée de 3 interprètes minimum. Vingt pièces sont proposées. 

En 2014, 319 dossiers de 37 pays ont été reçus. Pour l'édition 2016, 480 dossiers ont été réceptionnés (soit une augmentation de plus de 50 %) provenant de 50 pays. 34 ont été retenus. 

PASSAGE PAR SÉOUL CETTE ANNÉE



Danse élargie à Séoul avant Paris cette année : un visuel et les lauréats

L'Année de la Corée du Sud en France a été l'occasion d'une première partie du concours organisée à Séoul les 11 et 12 juin au LG Arts Center, où ont été présentés 17 projets ICI, et dont il ressort quatre lauréats (1er prix du jury : Jeong Seyoung pour Deus Ex Machina (Corée du Sud) [Formation exerce (initiée en 1998 par Mathilde Monnier, au sein du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon (CCN MLR))],  2° prix du jury : Samuel & Mathieu Joseph et Jeff Armand pour Libre sans toi-t (Île Maurice), 3° prix du jury : Gaétan Bulourde pour Spoiled Spring : There  are no more seasons (Belgique), Prix du jury spectateur : Chien-Hao Chang  pour Bout (Taïwan)).

EN 2016, DANSE ÉLARGIE REPREND DES COULEURS

Une seconde partie du concours se poursuit dans la capitale française, où dix-sept autres projets sont invités à se présenter (voir la liste et les photos ci-dessous) les 17 et 18 juin. 

À Paris, après une première édition 2010 prometteuse, les seconde et troisième éditions furent décevantes, artistiquement parlant (officiellement 2014 « fut un succès au-delà de toute attente » de par le grand nombre de dossiers déposés, « un jury international composé d'artistes de grande renommée et de toutes disciplines », les « centaines d'interprètes sur la scène du Théâtre de la Ville » et les 1800 spectateurs). 

Surprise : en 2016 la manifestation reprend des couleurs (artistiques). 

DANSE DE SURFACE ET DANSE BLANCHE

Mais il faut nuancer : côté négatif, on notera la place majoritaire, statistiquement parlant, des propositions sans grand intérêt, trop propres, fades et vides, de gentils Blancs, — dont on se demande avec une certaine inquiétude sinon angoisse la relation qu'ils entretiennent avec le monde, avec le réel (il y a bien une tentative dans une proposition de traiter de la réalité, mais elle demeure anecdotique), — que nous qualifierons de Danse de Surface (DS). Ou alors faudrait-il parler d'une Danse Blanche (DB) ? Une « Danse ethnique » nous souffle un professionnel paisible en souriant ? D'ailleurs, à l'exception d'une pièce qui mixe des Français et des Coréens du Sud, les Blancs demeurent entre eux (c'est un Blanc qui rédige ces lignes). Pas de mélange. Peu de couleurs. 

C'est aussi ou d'abord la responsabilité du « comité de sélection [des projets retenus], composé de membres des équipes du Musée de la danse, du LG Arts Center et du Théâtre de la Ville, [qui] a longuement et soigneusement étudié chaque projet. »

À l'inverse, ils manifestent la diversité de la France à eux seuls (sur 17 pièces) : Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh (et, discrètement, l'espace étant plongé dans l'obscurité totale sauf à la fin, quelques secondes, Pauline Corvellec). Par ailleurs, le Syrien réfugié en France Mithkal Alzghair a fait une partie de ses études ici. Deux, c'est peu.

DE BONNES SURPRISES

Les bonnes surprises n'en sont que plus éclatantes. Déplacement du Syrien Mithkal Alzghair, un trio d'hommes, est un choc bienvenu. Ils sont seuls. Ils entrent comme par mégarde par la droite du plateau, vide, habillés de façon fort simple (pantalon sombre et T-shirt blanc). Un d'eux porte une serviette blanche avec une certaine solennité, qu'il va poser au sol. Leur regard se portent vers nous. Et ils lèvent les bras. Comme si ils étaient en joue. Les gestes sont d'un dépouillement et d'une simplicité bouleversantes. Pas de musique ou de bande son. Le silence. Pas d'effet de lumière/s. Pas de pathos. Des faits, pourrait-on écrire. Plutôt que de dénoncer, le chorégraphe énonce. Le réel. Ce sont des hommes. Mais en même temps il y a un côté personnages de bande dessinée. Ils vont engager une danse (populaire) minimale, à partir du bas du corps, comme si de rien n'était. À la fin, ils vont se disperser doucement dans l'immensité de l'espace plongé dans une pénombre relative, dans une abstraction stupéfiante. 

Déplacement parlerait d'abord de ceux qui sont partis, qui sont devenus des réfugiés. Il est cependant difficile de ne pas y voir aussi ceux qui restent. 

À la demande de la directrice du studio Le Regard du Cygne, à Paris, Amy Swanson Salmon, un jeune garçon de dix ans, Victor, a donné son ressenti : 
 

Après deux créations en Syrie, Mithkal Alzghair vient en France en novembre 2009. Il a alors 29 ans, bientôt 30. La révolution de mars 2011 va changer la donne, rentrer au pays devenant beaucoup trop dangereux. Il obtient le statut de réfugié politique. 

Il va étudier à exerce, formation initiée en 1998 par Mathilde Monnier, au sein du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon (CCN MLR), de 2011 à 2013.

Après le studio Le Regard du Cygne à Paris les 24 et 25 mars 2016, Déplacement sera présenté : 
— à Berlin (Allemagne) dans le cadre de Tanz im August les 2 et 3 septembre ICI
— Onassis cultural center à Athènes (Grèce) les 26 et 27 octobre 
— Goethe institut à Bratislava dans le cadre du Nu Dance Festival ICI (Slovaquie) le 16 novembre 
— Les Treize Arches – scène conventionnée à Brive-la-Gaillarde ICI le 26 novembre
— Louvre-Lens ICI le 22 janvier 2017
— Le Vivat à Armentières dans le cadre de Vivat la danse ! 20 ans en 2017 le 25 janvier 2017 ICI 
— Centre de Développement Chorégraphique (CDC) de Toulouse ICI les 27 et 28 janvier 2017

La version solo de Déplacement dansée par Mithkal Alzghair sera visible lors du Festival d'Avignon Off dans le cadre de la Belle Scène Saint-Denis (cf. notre La Danse au Festival d'Avignon 2016 OFF) du 16 au 22 juillet à 10h, à A Corner in the World - Istanbul Independent Performing Arts Festival ICI (1-10 octobre) en Turquie le 6 octobre — qui sera consacré aux travaux en provenance du Moyen-Orient — et pendant les Petites Scènes Ouvertes ICI au Centre de Développement Chorégraphique (CDC) Le Cuvier à Artigues-près-Bordeaux le 1er décembre.  

*   *   * 
JumpStyle HardJump Shuffle @ Berlin HardStyle Germany, Alexanderplatz 

(La)Horde est un collectif créé par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel en 2013 à Paris. Il s'intéresse au jumpstyle. C'est un genre de musique électronique techno hardcore qui apparaît à la fin des années 90 aux Pays-Bas et en Belgique, qui associe une forme de danse pratiquée lors de fêtes underground. Le mouvement va se diffuser mondialement. Du côté d'internet on trouve de courtes vidéos d'une personne ou d'un groupe dansant dans l'espace privé ou public. 

L'intérêt pour cette danse se développe en trois temps : la création de Avant les gens mourraient pour l'Ecole de Danse Contemporaine de Montréal (EDCM) en 2014, le court métrage de 16 minutes Novaciéries ICI présenté dans les festivals (de cinéma, mais pas seulement) en 2015, et aujourd'hui To Da Bone en 2016.

Le titre de la pièce, To Da Bone — en français, Jusqu'à l'os —  associe de l'argot anglais, To Da (pour To The), à de l'anglais, la norme linguistique et son contraire. Les interprètes se connaissent depuis longtemps, mais ne s'étaient jamais rencontrés physiquement. Ils sont dix, huit jeunes hommes et deux jeunes femmes, qui ont adopté le look normcore : baskets, pantalon plutôt jean 501 (pas trop serré et pas trop large) et une veste de sport (ici, colorée). On lit sur internet qu'il s'agit d'« une esthétique de la normalité » et de « non-style ». (La)Horde aurait souhaité associer des performers afro-états-uniens et indonésiens, mais cela n'a pas été possible, et nous voici avec dix Blancs. Ils ont conscience que c'est problématique. 

Le groupe, compact, est en mouvement dans une mécanique sans fin, d'où un individu sort un temps, pour revenir dans la meute tout aussi mécaniquement. C'est réussi, un peu trop « viril » au sens où tout cela porte une agressivité certaine. Cette discipline peut faire penser à un entrainement de militaires ou de néo-nazis. À la fin on se dit qu'après la représentation ils vont tous aller « casser du pédé. » L'esthétique jumpstyle est en fait plurielle : sur internet, les vidéos sont bon enfant, souriantes et détendues, le film Novaciéries suggère la désolation, To Da Bone la potentialité d'une confrontation future violente. En leur remettant le deuxième prix du jury, Vincent Macaigne expliquait : « Ce qu'on a récompensé est vraiment très beau, parce que ça nous a parlé d'une forme de colère qu'il peut y avoir en Europe. Il y avait une sorte d'énergie à nos yeux tribale, politique et contemporaine. On a aussi voulu féliciter le travail de recherche de danse. » Mais on peut percevoir cette énergie comme régressive, et dangereuse. Il existe un danger à trop l'esthétiser. La montrer est une chose, expliquer les conditions socio-historiques qui rendent possibles son apparition en est une autre, plus difficile, plus ambitieuse et plus nécessaire. Au cinéma on dirait que tout cela est un problème de cadrage : le spectre est large entre la dénonciation et l'accord, en passant par le constat qui se veut neutre. (La)Horde défend le droit à un « regard non autoritaire ». Mais il nous semble que la réflexion sur le cadrage doit se poursuivre, en dissipant l'ambiguité. 

Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh ont présenté FACT. La ville en est le sujet principal : son patrimoine, ses mutations, ses espaces, les déplacements et les trajectoires de ses habitants, les mouvements de masse et les mouvements de foule. Ils ont recruté des interprètes aux formations diverses : deux danseurs jazz contemporain, quatre danseurs hip hop et un danseur électro. Les chorégraphes présentent des corps chargés d'énergie dans une écriture élégante. Cette croyance dans les potentialités du corps n'est pas si fréquente et doit être saluée. La prise de parole sur scène est encore maladroite mais les deux chorégraphes comprennent et progressent vite. 

PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES

Quoiqu'il puisse arriver (nous écrivons avant la remise des prix), nous avons décidé, comme en 2014 ICI, d'attribuer les PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES : 
— Premier Prix : Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE
— Deuxième Prix : COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel  TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE 
— Troisième Prix : Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh   FACT   FRANCE 

PRIX DANSE ÉLARGIE 

— Premier Prix du Jury :
 Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE
— Deuxième Prix du Jury :
 COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel 
TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE 
— Troisième Prix du Jury :
 Lyon-Eun Kwon  Glory    CORÉE DU SUD 
— Prix du Jury de spectateurs : 
Eirini Papanikolaou  Anthemoessa  GRÈCE
— Prix du Jury de spectateurs avec mention spéciale :
 Lyon-Eun Kwon  Glory   CORÉE DU SUD 
— Prix de la Technique : 
Eirini Papanikolaou  Anthemoessa  GRÈCE
Fabien Rivière
PHOTOS Fabien Rivière ©

On peut lire nos articles :
Le concours Danse élargie 2010 en photos
Photos et Analyses- 3° édition du concours Danse élargie 2014
Concours Danse élargie : que donne la cuvée 2015 ?

DEUX JURYS : 
— Un « jury d'artistes » (avec Eun-Me AHN directrice artistique de Eun-me Ahn company, chorégraphe, performeuse CORÉE DU SUD, Lee Bul plasticienne CORÉE DU SUD, Lucinda Childs chorégraphe USA, Tiago Guedes chorégraphe, directeur du théâtre municipal de Porto-Rivoli et Campo Alegre  PORTUGAL, Young-Kyu Jang musicien CORÉE DU SUD, Vincent Macaigne acteur, metteur en scène FRANCE, Dorothée Munyaneza musicienne, chorégraphe, comédienne FRANCE/RWANDA) au nombre de sept. 
— Un « jury de (neuf) spectateurs. »

VIDÉOS des projets sélectionnés sur Numéridanse.tv ICI


Sur les 17 projets proposés samedi,
 il demeure 10 Finalistes présentés dimanche, notés  F  
Nous avons fait précéder les propositions les + intéressantes de        

SAMEDI 18 juin — 
11h30 - 13h 
1.    Marion Schoevaert, Violaine Schwartz & Annamirl Van Der Pluijm
       MOLOCH   CORÉE DU SUD / FRANCE  
2.    Laurent Cèbe Les gens qui doutent   FRANCE     F  
3.    Eirini Papanikolaou  Anthemoessa   GRÈCE     F  
          4.    Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh  FACT   FRANCE     F  
           5.    DAL project  Erase the moon    CORÉE DU SUD      F  
6.    Pauline Corvellec BLACK AND LIGHT   FRANCE      F 
Capture d'écran Espaces Magnétiques
14h15 - 15h45
           7.    COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE     F  
8.    Jean Hostache & Garance Silve  Le Sacre du printemps   FRANCE
              9.    Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE      F  
10.   Cie Popùliphonia - Romain Pichard  Blue Monday    FRANCE     F  
11.   Lyon-Eun Kwon  Glory   CORÉE DU SUD      F  
12.   Paul Changarnier - Collectif A/R   h o m e    FRANCE

16h - 17h15
13.  ATELIER 37.2  GRAFT, danse d’une espèce à venir   FRANCE /  ITALIE /  CANADA
14.  Maud Blandel  TOUCH DOWN     SUISSE /  BELGIQUE /  PORTUGAL     F  
15.  Jasmina Krizaj & Cristina Planas Leitão  The Very Delicious Piece XL  
                 PORTUGAL / SLOVÉNIE     F  
16.  Christos Papadopoulos - Leon and Wolf company  OPUS  GRÈCE
17.  Pierre Piton  Capillotractée   SUISSE / LITUANIE