mercredi 26 décembre 2012

Au cinéma : Le Concours de danse

Le Concours de danse est un documentaire de la réalisatrice Bess Kargman qui suit sept jeunes danseurs classiques de 11 à 16 ans qui souhaitent pouvoir participer à la finale qui a lieu à New York du prestigieux concours, le Youth America Grand Prix site. La manifestation a été fondée en 1999 par deux anciens danseurs du Bolchoï. Il faut d'abord remporter l'une des 15 demi-finales organisées en Europe, aux États-Unis, au Brésil, au Mexique, et au Japon qui mobilisent 5.000 jeunes de toutes nationalités de 9 à 19 ans. Ce concours offre un jury de professionnels dont les membres viennent du monde entier, des prix, de l'argent au travers de bourses d'étude pour des écoles de danse et des opportunités d'engagement dans des écoles de grandes compagnies de ballet. Aux États-Unis les écoles sont très chères.  
  
Dans le dossier de presse la réalisatrice explique sa démarche : « J’ai voulu montrer la diversité du monde de la danse classique. Les jeunes danseurs du film ont été choisis dans ce sens. Ils devaient refléter cette diversité, tant en termes de races, de genres que de classes sociales et de choix de carrière. Je voulais ainsi contribuer à briser les stéréotypes : toutes les ballerines ne sont pas anorexiques, tous les danseurs ne sont pas homosexuels et leurs mères ne sont pas toutes abusives, etc. » La dernière affirmation est un peu maladroite qui associe anorexie, homosexualité et mère abusive. Cela dit on ne verra pas d'anorexique, pas d'homosexuel/le, et... une mère en larmes car son garçon ne veut plus faire de danse classique, mais qui respectera son choix. 

Quoiqu'il en soit, le film est une réussite. Il ne cache pas l'effet sur les corps de la danse classique, la place des blessures, ni l'engage-ment et les sacrifices des enfants, comme des parents quand on sait qu'un tutu coûte entre 15.000 à 20.000 $.

Surtout, il donne la parole aux enfants et à la famille, s'intéressant au contexte humain.

Les deux ans de tournage et de montage n'auront pas été vains. 

  (Extrait du film) Joan Sebastian Zamora   


Le concours de danse (titre original : First Position), version originale sous-titrée en français, de Bess Kargman, États-Unis, 2011, 1h34, Sortie en France le 12 décembre 2012. Film et salles

Site du film  (en anglais)


Joan Sebastian Zamora (16 ans) est né en Colombie. Il a quitté sa famille pour étudier aux États-Unis. 

 Aran Bell (11 ans) est né aux États-Unis, et réside à Naples. Gaya Bommer Yemini (11 ans) vit à Tel Aviv, où sa mère est chorégraphe. Elle a sympathisé avec Aran Bell.   




Jules Jarvis Fogarty (10 ans) et Miko Fogarty (12 ans) sont frère et sœur. Ils sont nés à Londres et vivent en Californie

La blonde Rebecca Houseknecht (17 ans) vit aux États-Unis. Michaela DePrince (14 ans) est née au Sierra Leone (Afrique de l'ouest). Ses parent sont morts lors de la guerre civile. Elle est recueillie avec sa sœur par une famille États-Unienne

dimanche 23 décembre 2012

Desh, d'Akram Khan : préférer le DVD documentaire, éviter le spectacle

Couverture du DVD documentaire Les six saisons consacré à Desh, d'Akram Khan
Affiche de Desh, façade du Théâtre de la Ville - Paris, Photo Espaces Magnétiques
En ouverture de Desh, la nouvelle création d'Akram Khan, solo qu'il interprète, on l'observe debout face au public, une lourde masse à la main frappant au sol un morceau de métal plat qui possède en son centre une ouverture de forme circulaire d'où émerge une très fragile pousse en terre de ce que l'on imagine être un arbre. Et déjà on se dit que cela commence mal : le son, amplifié, est trop fort, comme pendant toute la pièce, et déjà cette façon de tout surligner avec un marqueur (musical). C'est étouffant, on peut même par moment se croire au cinéma en train de regarder un film américain à gros budget.  

Le solo a été créé en 2011 à Londres. Soit avant qu'Akram Khan ne soit immobilisé six mois après une grave blessure au tendon d'Achille qui l'a contraint en janvier 2012 à annuler une série de représentations de son duo avec Sylvie Guillem au Théâtre des Champs-Élysées. Ce n'est donc pas la raison qui  l'amène à être un personnage et non un danseur. Installé à Londres où il est né, ses parents vivent au Bangladesh. Il expose ses relations tendues avec son père, les discussions avec sa jeune nièce, les appels téléphoniques à son opérateur téléphonique quand il réside au Bangladesh et qu'il ne peut plus accéder à la messagerie de son iPhone. Rien d'inoubliable. À l'exception de cette discussion téléphonique avec son père qui lui indique que des terres (familiales) l'attendent au pays. Mine de rien, il est alors question de la violence de l'impératif que porte l'héritage. 


Mais c'est au début, quand il penche la tête vers l'avant et découvre sur son crâne lisse le dessin stylisé à la peinture noire d'un visage, figurant une marionnette, ou à la fin, quand il danse pendant quelques minutes, lâchant prise enfin, qu'il touche. Il propose alors d'autres motricités.  

Sinon, cette façon de tout cadenasser déçoit. Comme s'il fallait assurer absolument "du spectaculaire" à de l'humain, c'est-à-dire aussi à du silence, à du lâcher prise, à du doute, à une certaine finesse. En quoi est-ce encore de la danse contemporaine ? Ne faudrait-il pas proposer une nouvelle catégorie : danse spectaculaire.

Le jeune cinéaste Français Gilles Delmas a eu la bonne idée de suivre Akram Khan lors de la création. Il en revient avec un excellent documentaire qui vient d'être publié en DVD, Les six saisons
 (dont les deux visuels ci-dessous sont extraits). 


Il circule entre la MC2: Maison de la Culture de Grenoble où le chorégraphe est artiste associé depuis mai 2011 pour trois ans et le Bengladesh puisque la pièce travaille la question de la mémoire, de la relation au père et de la façon dont deux cultures peuvent coexister (ou pas) en soi.


À Grenoble, on découvre le travail de répétitions, un Akram Khan plus intime, plus tranquille, sans les couches supplémentaires et à notre avis superflues que sont la musique, les lumières, la scénographie, et sans la précipitation et la tension d'une trop grande vitesse. Au Bangladesh, le documentaire est épatant, plastiquement et humainement renversant, et pourquoi pas émouvant quand il filme les rues et les habitants de Khulna (cf. carte ci-dessous), la troisième ville du pays par sa population, les rives, et le Camp de réfugiés de Sutarkhali au sud de Khulna en pleine activité, victimes du cyclone Alia en 2009 et plus largement du réchauffement climatique et de la montée des eaux. Il filme la vie. 

PS. Une dépêche AFP du 13 décembre expose les projets du chorégraphe : « Un nouveau cycle est en route: un bébé avec sa compagne japonaise en février, une pièce en préparation autour du "Sacre du printemps", dont on fête le centième anniversaire en mai 2013 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris [en réalité, du 24 au 26 juin site], un premier film dont il faut réunir les financements. » 

Desh, solo d'Akram Khan, Théâtre de la Ville - Paris, du 19 décembre 2012 au 2 janvier 2013 ICI, Tournée ICI.

– DVD Les six saisons / The six seasons, film documentaire de Gilles Delmas, Editions Lardux Films (Montreuil, 93), versions anglais et anglais sous-titré en français, 2012, 52 minutes, 12 € à la librairie du Théâtre de la Ville - Paris (ouverte une heure avant chaque représentation), librairie de l'Opéra Garnier ICI; 15 € (prix éditeur). En savoir + 
Carte du Bangladesh, site de l'ambassade de France à Dacca, Bangladesh, consulté le 23 déc. 12

lundi 17 décembre 2012

Au cinéma : Marina Abramović. L'artiste est présent

Avant tout, sans doute faut-il aller à l'essentiel : Marina Abramović. L'artiste est présent, pour franciser le titre, est un film passionnant et bouleversant. 

Marina Abramović est une figure importante de la performance, peu connue aussi bien du grand public que du milieu de la danse contemporaine. Née en Yougoslavie en 1946, elle y réalise à 27 ans sa première performance, qui fait sensation, Rythm 10 : la main gauche posée à plat sur une table, un couteau de cuisine dans l'autre main, elle plante très rapidement le couteau entre ses doigts écartés. Elle part, sinon s'exile aux Pays-Bas deux ans plus tard, en 1975. Elle y rencontre un autre performer, Ulay, avec qui elle jouera pendant treize ans dans le cadre d'un couple fusionnel, jusqu'à la cassure en 1988. 

Abramović & Ulay, Imponderabilia (photographic documentation), 1977; performance at the Galleria Communale d’Arte, Bologna, Italy, 1977, Courtesy the artist and Sean Kelly Gallery, New York ; photo : Giovanna dal Magro; © 2008 Marina Abramović and Artists Rights Society (ARS), New York / VG Bild-Kunst, Bonn, German

Le documentaire de Matthew Akers suit les six mois de préparations et les trois mois de déroulement de la rétrospective que le Museum of Modern Art (MoMA) de New York consacre à l'artiste en 2010 site. Marina Abramović a conscience de l'enjeu « historique », comme elle le dit, de l'événement : que soit enfin reconnu l'importance historique justement de la performance, et la portée de son propre travail. Pendant 40 ans elle a été prise pour une folle explique-t-elle. « Il faut du temps pour être prise au sérieux ». « J'ai 63 ans ! Je ne veux plus être alternative ! Je veux que la performance soit une véritable forme artistique respectée avant ma mort  ». C'est en effet que l'on s'épuise. Elle est l'une des dernières performers de sa génération encore en activité. Mais comme elle l'indique, l'infrastructure nécessaire pour une telle manifestation est énorme et n'a rien à voir avec la création, nécessitant une énergie considérable. La venue d'Ulay, avec qui elle souhaite se réconcilier, est aussi une façon de se confronter à ce qu'il reste de ses aspirations de jeunesse.

L'exposition comprend sur plusieurs niveaux des objets et des vidéos d'époque, et cinq performances historiques qu'une trentaine de jeunes artistes rejouent. Le centre, si l'on ose dire, est constitué par la performance de Marina Abramović. Dans une vaste salle très haute de plafond, elle demeure assise à la vue de tous dans le silence sur une chaise sobre face à une autre chaise et séparée par une table. Une
personne du public vient s'asseoir successivement devant elle, en silence elle aussi. Ils se regardent. De l'ouverture du musée, à 10h30, à sa fermeture, le plus souvent à 17h30. Soit plus de 700 heures. C'est quand le film approfondit cette partie, mélange d'extrême dureté physique et mentale et d'intenses émotions, des visiteurs pleurant, qu'il devient bouleversant. L'exposition sera un succès, avec 750.000 visiteurs. La seule réserve quant au film portera sur l'abus de fond musical (du piano) qui aurait mérité plus de sobriété.


Marina Abramović pendant sa performance au Museum of Modern Art (MoMA), Photo DR

PS. Le service de presse chargé de promouvoir le film n'avait manifestement pas envie de se fatiguer. C'est d'autant plus remarquable que rien moins que 21 films sont sortis ce mercredi 12 décembre, dont six consacrés à la danse et au corps (le très bon Anna Halprin. Le souffle de la danse, Le concours de danse, Casse-noisette par le Bolchoï, Casse-noisette par le britannique Royal Ballet et Les contes de Beatrix Potter par le Royal Ballet), et que Marina Abramović. L'artiste est présent ne sort que dans deux salles en France (toutes deux à Paris).  

Marina Abramović. The Artist is present, documentaire de Matthew Akers, USA, 2012, 1h44. Sorti le 12 décembre. Séances

Site du film -  Facebook du film 

Interview de Marina Abramović, par Yasmine Yossi, Télérama, 8 décembre 2012. ICI


 Livre de photos  Portraits in The Presence of Marina Abramović, Marco Anelli, 1445 photos, Textes de Marina Abramović, Klaus Biesenbach et Chrissie Iles, 192 pages, 23 x 23 cm, 2010, Damiani Editore, Bologne, Italie. Quelques photos - Le Livre - Editeur 
Un spectateur lors de la performance de Marina Abramović, Ce jeune homme pose sa main droite sur sa poitrine
Photo extraite du livre de photos de Marco Anelli, Portraits in The Presence of Marina Abramović 




     Bande-annonce du film  


    Interview de Marina Abramović et du réalisateur (en anglais)   

    Lady Gaga parle de Marina Abramović (en anglais)    

Exposition à Vienne (Autriche) : Hommes nus

    Hommes nus. De 1800 à aujourd'hui    
Leopold Museum, Vienne, Autriche 
Du 19 octobre 2012 au 28 janvier 2013
En savoir +
Egon Schiele, »Prediger« (Selbstakt mit blaugrünem Hemd), 1913 - Leopold Museum, Wien, Inv. 2365
[Prêcheur (Auto-performance avec une chemise bleue verte)]
Richard Gerstl, Selbstakt mit Palette, 1908 - Leopold Museum, Wien, Inv. 651
Andy Warhol, Querelle, um 1982 - Privatsammlung/ VBK, Wien 2012
François-Léon Benouville, Achills Zorn (Detail), 1847 - Musée Fabre, Montpellier
Joseph-Désiré Court, La mort d'Hippolyte, 1828 - Musée Fabre, Montpellier
Bruce Nauman, Untitled (Five Marching Men), 1985 -
 Friedrich Christian Flick Collection / VBK Wien 2012

dimanche 16 décembre 2012

Grèce : un parti néo-nazi dicte sa loi

Publié par Sud Ouest, 14 décembre 2012.

Le parti d'extrême droite "Aube dorée", raciste, tisse sa toile. Infiltré dans la police, il use de violence en toute impunité.

Le parti raciste Aube dorée est arrivé deux fois de suite à entrer légalement au Parlement. Or ses militants usent de violence contre des opposants politiques, des homosexuels, des migrants. Voilà qui en dit long sur la décomposition de la politique et de la société grecques. Le pays qui a vu naître la démocratie n'est-il pas en train de la voir mourir ? Suite

Bastards, nouvel album (de remixes) de Björk, en écoute

Ecoutez l'album avec deezer