mardi 9 avril 2019

Le Tarmac ferme fin mai 2019


Après plus d'un an de luttes contre une décision du Ministère de la Culture et de la Communication, Le Tarmac - La scène internationale francophone, dirigé par Valérie Baran, et situé à Paris dans le 20° arrondissement, fermera malgré tout ses portes le 31 mai prochain. La salle vient de publier un communiqué que nous publions ci-dessous annonçant la triste nouvelle. Après des travaux le lieu ré-ouvrira avec une nouvelle équipe. 
Fabien Rivière
— Nous avons publié : 
(juillet 2018) > Le Tarmac bouge toujours 
(février 2018) > Défendre le Tarmac (Pétition + Soirée de mobilisation) 

www.letarmac.fr 
🌸 MERCI 🌸

Ça y est, les Traversées sont déjà presque terminées. Ce temps fort, dédié à la création internationale francophone sous toutes ses formes, marque la fin d'une saison riche de propositions artistiques variées, de rencontres, d'échanges et d'émotions, que nous avons vécue pleinement et intensément, dans l'espoir qu'elle ne soit pas la dernière.

Après plus d'un an de mobilisation pour le maintien du Tarmac et de ses missions, l'arbitrage du ministre de la Culture nous a été communiqué.

Le projet du Tarmac prendra officiellement fin le 31 mai 2019.

Le 159 avenue Gambetta, dans le 20ème arrondissement, connaitra ensuite quelques mois de travaux, avant de laisser place à un nouvel occupant.

Un immense merci à tous.tes - spectateur.rice.s, artistes, élu.e.s, partenaires, enseignant.e.s et acteurs associatifs - du plus profond de nos cœurs, pour le soutien indéfectible dont vous avez fait preuve durant ces longs mois de lutte à nos côtés.

Alors profitons des deux derniers spectacles de la saison pour nous retrouver une dernière fois et célébrer dignement la création francophone ! Deux spectacles, cinq représentations et autant de belles occasions de nous réunir pour mettre en lumière, ensemble, ces deux propositions artistiques fortes et fédératrices, avant nos restitutions des projets d'actions culturelles qui auront lieu en mai !

mercredi 3 avril 2019

Conférence d'Anne Teresa De Keersmaeker au Collège de France le 10 avril - Paris

« Pour clore le cycle avec l’Opéra national de Paris entamé au printemps 2018, le Collège de France recevra le [mercredi] 10 avril prochain [à 18h30] l’une des plus grandes figures de la danse contemporaine, la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker pour une conférence intitulée « Chorégraphier Bach : incarner une abstraction » ». Site    

samedi 30 mars 2019

mercredi 27 mars 2019

Installation de Jiří Kylián à l'Académie des beaux-arts + Appel à candidatures

Jiří Kylián, Photo DR
Jiří Kylián et sa femme Sabine Kupferberg, Photo DR

Le mercredi 13 mars, le chorégraphe tchèque Jiří Kylián, 72 ans, a officiellement été installé à l’Académie des beaux-arts (Paris, France), par son confrère Hugues R. Gall, membre de la section des membres libres.

L’Académie des beaux-arts a été fondée en 1816. Elle comprend 9 sections : Peinture (I), Sculpture (II), Architecture (III), Gravure (IV), Composition musicale (V), Membres libres (VI), Créations artistiques dans le cinéma et l’audiovisuel (VII, section créée en 1985), Photographie (VIII, section créée en 2005), Chorégraphie (IX, section créée le 9 octobre 2018).

Jiří Kylián a été élu membre associé étranger de l’Académie le 25 avril 2018 au fauteuil du peintre Leonardo Cremonini. Les membres associés étrangers, statutairement au nombre de 16, sont élus parmi des artistes ou personnalités étrangères contribuant par leur action à promouvoir la création artistique dans le monde. Les  membres Associés étrangers forment un dixième groupe, mais pas une section. 

Au cours de cette cérémonie qui s'est tenue sous la Coupole du Palais de l’Institut de France, Hugues R. Gall a prononcé le discours d’installation de Jiří Kylián, avant d’inviter ce dernier à faire, selon l’usage, l’éloge de son prédécesseur.

William Christie, membre de la section des membres libres de l’Académie des beaux-arts, a dirigé à cette occasion l’ensemble Les Arts Florissants.

A l’issue de cette séance, S.A.R. La Princesse de Hanovre lui a remis son épée d’académicien.

Par ailleurs, le 13 mars 2019, les quatre (nouvellement créés) fauteuils de chorégraphes ont été déclarés vacantsLes candidats, de nationalité française, doivent adresser leur lettre de candidature au Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts, Monsieur Laurent Petitgirard, avant le mercredi 27 mars 2019 à 12 heures. Les élections auront lieu le 24 avril prochain.
Fabien Rivière


.
DISCOURS de Jiří Kylián (extrait)   Source 


Permettez-moi de vous dire quelques mots de l’art de la danse. La vie est le mouvement, le mouvement est la danse, la danse est la vie. Elle est la forme d’art la plus fugitive et la plus vulnérable, car elle vit et meurt au moment même de sa création. Mais elle est aussi la compagne la plus fidèle de notre vie. Nous dansons, bon an mal an, de l’instant de notre naissance à celui de notre mort. (Quelque chose dont nous, les immortels, n’avons pas à nous soucier.) La danse est le langage de notre corps. Elle révèle l’état de notre être, notre état d’esprit – et elle est certainement notre mode de communication le plus personnel.

Voilà bien des années, j’étais fasciné par les cultures des Aborigènes d’Australie, des cultures restées pratiquement inchangées depuis plus de 40 000 ans. Ce qui m’intéressait particulièrement était la place qu’elles donnent à la danse, comme l‘acte le plus significatif de la vie. En 1982, nous avons organisé en Australie un grand festival de danse aborigène, afin de comprendre pourquoi la danse avait un rôle si important dans leurs sociétés. 

J’ai passé beaucoup de temps avec les Aborigènes. Un jour, j’ai demandé à un vieil homme d’une tribu du désert: “Pourquoi dansez-vous, et pourquoi la danse est-elle si importante pour vous ?” Il m’a répondu : “Parce que mon père me l’a appris et que je dois l’apprendre à mon fils.” Cette simple phrase m’en a plus appris sur l’importance de la danse que des années d’études. Ce que m’a dit cet homme, c’est qu’il était juste un petit maillon d’une chaîne sans fin, un lien entre le passé et le futur. Et que s’il ne remplissait pas son rôle, la chaîne serait brisée et le message perdu pour toujours. D’une certaine manière l’Académie des beaux-arts sert exactement la même fin : elle est un lien entre la tradition et l’innovation, entre ce qui fut et ce qui sera.

Jusqu’à aujourd’hui, l’Académie n’avait honoré que deux artistes de ma discipline, Maurice Béjart et Marcel Marceau, qui ont fait partie de la section des membres libres. Je les aimais tous deux. Béjart fut un innovateur hardi, son langage chorégraphique était très inspirant, clair, puissant, accessible à un large public. Dans les années soixante, lorsque j’étais étudiant au Conservatoire de Prague, un film en 8 millimètres de l‘une de ses créations, Symphonie pour un homme seul, nous est parvenu. Pour moi, cela a été une révélation. Ce petit film en 8 mm m’ouvrait tout un nouvel univers.

C’est à la même époque que j’ai eu la chance de rencontrer l’art de Marcel Marceau. Il fut un créateur et un interprète d’une extrême sensibilité, dont la simple pantomime a ému, enchanté et inspiré des millions de gens. Il fut la plus grande figure de ce que l’on appelle l’Art du silence. Il savait nous montrer les larmes derrière un masque de sourire, il savait nous montrer l’invisible. Il parlait couramment trois langues au moins, mais il n’en avait nul besoin. Son langage silencieux était universel, il parlait droit au coeur, à tous les gens, à toutes les races, à toutes les religions, aux riches comme aux pauvres... et je le salue bien bas.

Aujourd‘hui nous voilà tous assis sous cette même Coupole, les mortels et les immortels. Beaucoup de mortels, que j’admire profondément. Des créateurs, des maîtres, qui pourraient aisément se tenir ici, à ma place. Et nous avons tous en commun quelque chose de beau et de fatal: nous sommes vivants, chaque minute de cette cérémonie nous voit vieillir d’autant, et nous sommes promis à la mort. Les mortels comme les immortels. Oui, nous vivons, nous mourons, nous laissons des traces – grandes ou petites, toutes ces traces devraient être révérées et conservées dans la mémoire. 

The Wants (Brooklyn, New York), Ape Trap

Agenda danse et performance - Paris et sa région - Avril 2019

1  — Théâtre des Champs-Élysées - Théâtre de la Ville au Th. des Champs-Élysées
2  —  Théâtre de la Ville - Les Abbesses 
3  —  Théâtre de la Ville - Espace Cardin
4  — Théâtre de la Bastille
5  —  Atelier de Paris CDCN
6  — Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines - Scène nationale
7  —  MC 93 Bobigny
8  —  Musée national de l’histoire de l’immigration
9  —  Grand Palais, galeries nationales
10  —  La Colline - Théâtre national

11  —  Cent Quatre
12  —  Ménagerie de Verre
13  —  Théâtre de Vanves 
14  —  Biennale de danse du Val-de-Marne 
15  —  Le Regard du Cygne 
16  —  Cité des sciences et de l'industrie
17  —  Opéra de Paris
18  —  Festival Concordan(s)e
19  —  Monnaie de Paris
20  —  TND Chaillot
21  —  Centre Pompidou





1  —  Théâtre des Champs-Élysées (8°)
  Boston Ballet     
         William Forsythe Pas/Parts 2018 
         Jiří Kylián   Wings of Wax 
          William Forsythe Playlist (EP) 
NOTRE ARTICLE > La renaissance de William Forsythe
Du mardi 9 au jeudi 11 avril. En savoir +

—  Le Théâtre de la Ville au Théâtre des Champs-Élysées
Sankai Juku  Arc  CRÉATION
Du lundi 29 avril au samedi 4 mai. Photo DR  En savoir +   

2  —  Théâtre de la Ville - Les Abbesses (18°) 
Ambra Senatore  Passo   REPRISE
Du mercredi 10 au samedi 13 avril.  En savoir +  

Ballet Rambert - Ben Duke (Royaume-Uni)  Goat   1h
Du mardi 16 au vendredi 26 avril. En savoir +  



3  —  Théâtre de la Ville - Espace Cardin (8°)
Gaëlle Bourges  Le bain   À partir de 6 ans 
Du mercredi 3 au dimanche 7 avril, Studio. Photo DR  En savoir +  



4  — Théâtre de la Bastille (11°)     
—————— Avec l'Atelier de Paris CDCN (du 8 au 18 avril) : 
— Shira Eviatar (Tel-Aviv)  Body Roots   solo - 25 mn.  +  Rising   duo 30 mn.
            Du lundi 8 au vendredi 12 avril 19h30. Rising, Photo Tamar Lamm  En savoir + 

Oona Doherty (Belfast, Irlande du Nord) Hard to be Soft - A Belfast Prayer
            Du lundi 8 au vendredi 12 avril 21h.  Photo Luca Truffarelli   En savoir + 

— Nina Santes  Hymen hymne
             Du lundi 15 au jeudi 18 avril 19h. En savoir +      

  Simon Mayer   (Autriche) SunBengSitting    Magnifique 
             Du lundi 15 au jeudi 18 avril 21h. En savoir +  
Simon Mayer, Capture d'écran Espaces Magnétiques


5  —  Atelier de Paris CDCN (12°)
Open studio vendredi 19 avril 16h : Dominique Mercy et Malou Airaudo. www.atelierdeparis.org  


6  — Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines - Scène nationale (78)
Christian Rizzo  d'à côté     dès 6 ans - 50 mn.
Du mercredi 3 au samedi 6 avril. Photo Christian Rizzo En savoir +     


7  —  MC 93 Bobigny (93)
Jan Lauwers (Belgique)  Guerre et Térébenthine  décembre 2017 - 2h
Du mardi 9 au mercredi 10 avril. Photo Maciej Zakrzewski  En savoir +   

Jan Lauwers (Belgique)    La chambre d'Isabella  2004   
Du vendredi 12 au samedi 13 avril. Photo Eveline Vanassche  En savoir +  

— Nacera Belaza  La nuit, la traversées, sur le fil  1h30 - 3 pièces   
            Du mercredi 10 au samedi 13 avril. En savoir +   
— Nacera Belaza  La procession    samedi 13 avril 11h30. En savoir +  
— Nacera Belaza Le Cercle   CRÉATION        
             Du mercredi 17 au samedi 20 avril. En savoir +     


8  —  Musée national de l’histoire de l’immigration (12°)
EXPOSITION  Paris-Londres. Music Migrations (1962-1989) 
Du 12 mars au 5 janvier 2020. Electric Ballroom, Photo Pierre Terrasson  En savoir + 



9  —  Grand Palais, galeries nationales (8°)
EXPOSITION  Rouge, art et utopie au pays des Soviets 
Du mercredi 20 mars au lundi 1er juillet.  En savoir +   



10  —  La Colline - Théâtre national (20°)
THÉÂTRE Stanislas Nordey  Qui a tué mon père 
Texte d'Édouard Louis 
Du mardi 12 mars au mercredi 3 avril.  En savoir +   

(de gauche à droite) Édouard Louis et Stanislas Nordey, Photo Zena Holloway


11  —  Cent Quatre (19°)
Festival Séquence Danse Paris  un focus sur la danse contemporaine
Du mercredi 13 mars au dimanche 21 avril. En savoir +  



12  —  Ménagerie de Verre (11°)
Festival Étrange Cargo
Du mardi 12 mars au samedi 6 avril.  www.menagerie-de-verre.org  



13  —  Théâtre de Vanves (92) 
Festival Artdanthé  21° édition
Du mardi 19 mars au samedi 13 avril.  En savoir + 



14  —  Biennale de danse du Val-de-Marne (94)   

    thème :  Europa – entre Déesse et Démone       
NOTRE ARTICLE :
Pour ses 20 ans, la Biennale de danse du Val-de-Marne se politise ? 
20° édition — Du jeudi 21 mars au vendredi 19 avril  En savoir + 
64 représentations  —  42 compagnies 
   27 lieux partenaires —  festival Aerowaves Spring Forward 
1 livre anniversaire  —  1 revue Repères bilingue 
   1 documentaire   1 séance de Vidéo-Danse    
3 Ateliers Kaléidoscope  —  1 Atelier DaPoPa 
 1 Atelier Dancewalk avec Foofwa d'Imobilité  —  1 Atelier de pratiques somatiques 
 1 Rencontre Les Intrépides  —  1 Séance découverte Application A Danser (AAD) 
 — Val-de-Marne & Paris Ile-de-France


15  —  Le Regard du Cygne (20°)
Festival de danse Signes de printemps
Du jeudi 14 mars au mercredi 10 avril.  En savoir +  




16  —  Cité des sciences et de l'industrie (19°)
Exposition Microbiote (d'après le livre Le charme discret de l'intestin
Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019. En savoir +  


17  —  Opéra de Paris 
—— Palais Garnier : 
        Spectacle de l'école de danse de l'Opéra national de Paris
                   Du vendredi 29 mars au jeudi 4 avril. En savoir +   

—— Palais Garnier :
         Sol León & Paul Lightfoot  Sleight of Hand 
         Hans van Manen  Trois Gnossiennes 
          Sol León & Paul Lightfoot  Speak for Yourself
                     Du jeudi 18 avril au jeudi 23 mai. En savoir +   


18  —  Festival Concordan(s)e : une rencontre inédite entre un chorégraphe et un écrivain 
Du samedi 16 mars au samedi 27 avril. En savoir +   



19  — Monnaie de Paris (6°)
Exposition Thomas Schütte (Allemagne) 15 mars - 16 juin En savoir + 
   Photo Espaces Magnétiques 


20  —  TND Chaillot (16°)
Maud Le Place - CCN d'Orléans  Twenty-seven perspectives 
Du jeudi 28 mars au mercredi 3 avril, salle Firmin Gémier. En savoir +   


La Veronal  Pasionaria   Du 4 au 6 avril En savoir + 

Frédérick Gravel  Some Hope for the Bastards   Du 11 au 13 avril En savoir +

Carolyn Carlson  Seeds   Du 17 au 20 avril  En savoir + 

São Paulo Dance Company  Uwe Scholz  Suite pour deux pianos  
                +  Marco Goecke  L’Oiseau de feu  +  Joëlle Bouvier   Odisseia
                                     Du jeudi 18 au samedi 20 avril. En savoir +   


21  —  Centre Pompidou (4°)
— Nadia Lauro & Zeena Parkins (musique)  Stitchomythia  Du 5 et 6 avril En savoir + 
— Myriam Gourfink  Glissement d'infini  Durée : 4h Du 12 au 14 avril  En savoir + 
— Performance dans le musée : Alice Ripoll aCORdo Du 19 au 21 avril  En savoir + 
— James Batchelor and collaborators Deepspace 20 et 21 avril  En savoir +  
— Wu-Kang Chen & Pichet Klunchun  Behalf  24 et 25 avril  En savoir + 

dimanche 17 mars 2019

La renaissance de William Forsythe (« Full on Forsythe », Boston) - À Paris début avril

L'Opéra de Boston (Boston Opera House), où est présenté le programme Full on Forsythe
Photo Fabien Rivière
Affiche du programme Full on Forsythe

— Envoyé spécial à Boston (Massachusetts), États-Unis.

Ce fut une soirée agitée, comme quand l'on se retrouve dans des montagnes russes. Je suis allé observer l’acte III du partenariat (« partnership ») de cinq ans entre le Boston Ballet et le génial chorégraphe américain William Forsythe, 69 ans. Il a débuté en février 2017 par une soirée complète, avec une reprise d’une pièce de 1984, Artifact, un chef-d’œuvre, dont un acte était modifié, devenant Artifact 2017 (cf. notre article ICI). A succédé en 2018 Pas/Parts 2018, une reprise d’une pièce de 36 minutes dans une soirée partagée (ICI). On peut indiquer que pour le public qui découvre cet univers, il s’agit d’une pièce nouvelle. Une création, en quelque sorte, si l'on veut. On peut remercier celui qui est à l’initiative de cet accord, le directeur artistique du Ballet, le Finlandais Mikko Nissinen.

Cet acte III est constitué de trois pièces : une reprise, Blake Works I, sur la musique du britannique James Blake, présentée pour la première fois aux États-Unis, créée pour le Ballet de l’Opéra national de Paris en juillet 2016. Pour qui, comme moi, suit le travail de Forsythe depuis 30 ans, je peux avouer avoir versé quelques larmes en découvrant cette proposition. Pas des larmes de joie, ni de tristesse au sens où l’on est touché artistiquement. Plutôt la tristesse de voir ce genre de choses advenir. Pour filer la métaphore littéraire, on peut y voir des mouvements chorégraphiques forts simples répétés, qui formeraient des lettres et des mots sans qu’advienne des phrases construites. Je suis allé revoir ce travail à Paris, pour être sûr du diagnostic, qui n’a pas été modifié. Mais pour le New York Times c'est « une merveilleuse lettre d'amour au ballet » (« Wonderful Love Letter to Ballet ») (ICI). 

On doit rappeler la trajectoire de notre homme pour comprendre la situation actuelle. Il crée sa première pièce, Urlicht, en 1976 pour le Ballet de Stuttgart, dont il devient le chorégraphe résident la même année. Il dirige le Ballet de Francfort (Frankfurt Ballet) de 1984 à 2004, puis enfin La Forsythe Company (The Forsythe Company) de 2005 à juin 2015. D’un côté, il va produire parmi les œuvres les plus hallucinantes et puissantes de l’époque. De l’autre, à deux reprises, il va se heurter aux exigences des collectivités locales. En 2004 il doit affronter la mairie de Francfort qui veut faire des économies et donc réduire la subvention. C’est la fin du Ballet de Francfort. En 2014, il ne peut plus soutenir la lourdeur de la direction d’une structure comme la Forsythe Company et le rythme exigé de trois nouveaux programmes chaque année, même en proposant un programme de reprise-s, sans parler du déficit significatif. Passer de Ballet de Francfort à Compagnie Forsythe (et non Ballet Forsythe), c’est abandonner, mine de rien, la référence à la danse classique. Et en effet, il explore des territoires qui relèvent très clairement de la danse contemporaine. Même si l’effectif de danseurs est réduit, le public est plus étroit, le modèle économique ne tient pas plus de dix ans. La voie de la danse contemporaine se ferme dramatiquement et traumatiquement face au mur des « réalités » économiques drastiques. La proposition du Ballet de Boston arrive à point nommé. Mais c’est un ballet classique. Et les danseurs de l’Opéra de Paris, autre ballet, ont leurs compétences mais ne maîtrisent pas les savoirs et savoir-faire accumulés lors des périodes Frankfurt Ballet et Forsythe Company. Peut-on alors affirmer que Forsythe n’a plus de compagnie pour créer de la danse contemporaine ? D’où une certaine schizophrénie. 

Forsythe a déclaré récemment au New York Times revenir à la danse classique, on devrait même dire à la merveilleuse danse classique (cf. ICI). Mais l’homme peut le même jour du 4 juillet 2016 créer pour un plateau de la très décevante danse classique avec Blake Works I à l’Opéra de Paris et mettre en ligne sur la 3° scène (numérique) de l’Opéra de Paris de l’excellente danse contemporaine avec Alignigung, un duo (cf. photo ci-dessous, ICI). 

Alignigung, 2016, Single channel video, Dimensions variable,
Artwork © William Forsythe, Courtesy Gagosian 

OBJETS CHORÉGRAPHIQUES

Couverture du livre William Forsythe: Choreographic Objects paru fin 2018, Photo Fabien Rivière

On ne doit pas oublier son très bon travail (contemporain) de plasticien-chorégraphe ou de chorégraphe-plasticien avec ses « objets chorégraphiques » (« Choreographic Objects ») qui ont été présentés, dans une grande exposition à Francfort (Allemagne), puis à Boston aussi, très récemment (du 31 octobre 2018 au 21 février 2019), à l’Institute of Contemporary Art (ICA) (cf. photo ci-dessous, site ICI qui comprend 7 vidéos), première exposition d’ampleur aux États-Unis, qui a publié pour l’occasion un riche catalogue (William Forsythe: Choreographic Objects, sous la direction de Louise Neri et Eva Respini, publié par The Institute of Contemporary Art/Boston & DelMonico Books - Prestel Munich London New York,  228 pages, ICI). Quelques objets ont été présentés en Île-de-France (ICI).

The Institute of Contemporary Art/Boston, Photo Fabien Rivière

PAS/PARTS 2018

L’acte III comprend donc Blake Works I, une autre reprise avec Pas/Parts 2018 (qui réactualise Pas/Parts (1999)), et une création mondiale, Playlist (EP)

Junxiong Zhao et John Lam dans Pas/Parts 2018 de William Forsythe,
Photo d'Angela Sterling - courtesy of Boston Ballet

Dans Pas/Parts 2018 la scénographie et la musique ne disent pas la même chose que la danse. La scénographie et les lumières sont pourtant de Forsythe (« Scenic and Lighting Design »), la musique de Thom Willems, qui a travaillé trente ans avec le chorégraphe. La scénographie suggère une immense boite, constituée de trois immenses panneaux gris qui cadrent l’espace. l’ensemble du fond de scène, et les extrémités droites et gauches, suggérant une abstraction radicale et une incarnation profonde. La couleur virera ultérieurement à l’aurore boréale, couleur or pur. La musique peut faire penser aux pulsations magnifiquement sauvages du groupe de rock Britannique The Prodigy, mais comme si le musicien avait fait un stage chez John Cage, pour son articulation avec le silence. La scénographie et la musique sont les garants inconscients sans doute du « contemporain », quand la danse se veut classique. Les interprètes, dans un premier temps, sont dans des lignes tranchantes et courbes qui font penser aux formes des mantes religieuses. La danse n’est pas sans intérêt mais la dimension d’exercice peut agacer. D’un côté on se dit que c’est une proposition, qui, pour la danse classique est plutôt parmi les plus intéressantes, quand elle l’est quand même sensiblement moins en comparaison avec le Ballet de Francfort, et la danse contemporaine dans ce qu’elle propose de meilleur.

La présence d'un danseur afro-américain, Lawrence Rines, est importante. Outre d’être un fort bon interprète, au visage expressif, il apporte de la douceur et de l'humanité.

LA COMMANDE



Pour un chorégraphe, répondre à ce que l’on nomme dans le milieu « une commande » d’une compagnie qu’il ne dirige pas est un challenge redoutable. La thématique de la soirée, c’est la commande (en danse classique) justement. Puisque aucune des 3 pièces n’a été créée dans le cadre d’une compagnie que Forsythe dirigeait. En 1983, il répond ainsi à la demande de Rudolf Noureev pour le Ballet de l’Opèra de Paris. Cela donne l’excellent France / Dance où l’influence et le dialogue avec George Balanchine sont manifestes. De même nouvelle proposition dans le même cadre en 1987 qui donne un chef-d’œuvre : In The Middle Somewhat Elevated avec les sublimes Sylvie Guillem et Laurent Hilaire (cf. vidéo ci-dessus). Puis, cela se gâte avec Pas/Parts et Woundwork 1 en 1999 à l’intérêt plus limité. On peut faire l’hypothèse que pendant que Forsythe approfondit son travail contemporain de façon vertigineuse avec le Ballet de Francfort, inventant de nouveaux mondes et de nouvelles motricités, son investissement dans le classique devient assez formel. 
     
BLAKE WORKS I

Le Boston Ballet dans Blake Works I de William Forsythe,
Photo d'Angela Sterling - courtesy of Boston Ballet

Blake Works I demeure ce qu’il nous semble être, c'est-à-dire pas grand chose. Et entendre pour la 3° fois la bande-son de James Blake trouve ses limites. Sans doute, à la première écoute, cette musique exerce un fort pouvoir de séduction, mais qui s’use finalement vite. Et je me disais, sans pouvoir l’expliquer, que, tant qu'à faire, je préférerais le meilleur de Bob Dylan. À l’entracte qui suit, je suis un peu abattu. Je déambule de nouveau dans ce magnifique bâtiment qu'est l'Opéra de Boston.  

 PLAYLIST (EP)

Patrick Yocum et le Boston Ballet dans Playlist (EP) de William Forsythe,
Photo d'Angela Sterling - courtesy of Boston Ballet

Playlist (EP) est la première création depuis 27 ans pour une compagnie américaine. C'est une énorme surprise. Sans doute reprend-elle des principes d’épures maximales de Blake Works I. Mais le projet est abouti. Le souffle vital est manifeste. Playlist (EP) met en avant l'articulation entre danse classique et une bande-son qui comprend un choix de musique populaire afro-américaine de rhythm and blues et de soul du siècle dernier (Natalie Cole et Barry White) et d'aujourd'hui (cf. notre article La bande-son de la prochaine création de William Forsythe, « Playlist (EP) »). Ainsi : 
Artiste-s > Titre du morceau 
Peven Everett > Surely Shortly 
Abra > Vegas 
Lion Babe/Jax Jones > Impossible
Khalid > Location 
Barry White > Sha La La Means I Love You
Natalie Cole > This Will Be (An Everlasting Love)


Autant les couleurs des costumes sont passées dans Blake Works I, qui peuvent faire penser à une époque lointaine où Khrouchtchev était encore premier secrétaire du Comité central du Parti communiste d'URSS (Union des républiques socialistes soviétiques), autant ici elles flamboient. En ouverture les garçons, athlétiques, portent un collant bleu foncé et un T-shirt rose, et se déplacent en groupe et forment des lignes simples. La vie explose. Comme si le chorégraphe avait lâché prise sur l'angoisse et la souffrance. William Forsythe semble un ado à la vitalité stupéfiante. Cela peut sembler surprenant mais c'est rassurant. La salle ne s'y trompe pas qui se lève comme un seul homme pour célébrer cette Joie.    
Fabien Rivière

Programme Full on Forsythe, du 7 au 17 mars 2019, Ballet de Boston, Boston Opera House (Boston). En savoir +    
À VENIR 
———— PARIS :  
Le Boston Ballet présente au Théâtre des Champs-Élysées (Paris) du 9 au 11 avril 2019 : Playlist (EP) et Pas/Parts 2018 de William Forsythe et Wings of Wax de Jiří Kylián. En savoir +

———— BOSTON : 
— In the Middle, Somewhat Elevated de William Forsythe, dans le programme rEVOLUTION (27 Février - 8 Mars 2020), avec Agon de George Balanchine et Glass Pieces de Jerome Robbins.  En savoir +  
— Artifact Suite de William Forsythe dans le programme Off the Charts (8 - 29 Mai 2020) avec Dance Part 3 de Stephen Galloway [ancien danseur du Ballet de Francfort que dirigeait William Forsythe] et Bella Figura de Jiří Kylián. En savoir +