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lundi 1 janvier 2024

Les travaux de rénovation des façades du Centre national de la danse enfin réalisés ?

Une des façades du Centre national de la danse en septembre 2023, Photo Fabien Rivière 
Ce n'est pas encore officiel. Mais on dispose enfin d'un calendrier prévisionnel des travaux de rénovation des façades fortement dégradées du Centre national de la danse (CND) de Pantin, qui sont depuis juillet 2017 (soit six ans et demi) recouvertes d'un filet de protection pour éviter les chutes de morceaux de béton. 

Rappelons que le bâtiment a été commandé en 1965 à l'architecte Jacques Kalisz, qui défend une architecture dite brutaliste de béton brut et de verre. Il a été inauguré en 1972 comme cité administrative, avec ses services sociaux, son commissariat de police dans une aile du rez-de-chaussée et son tribunal au dernier étage, dans le cadre d'une utopie communiste. 

Il a changé de destination pour être réaménagé pour son usage actuel par les architectes Antoinette Robain et Claire Guieysse en 2004 (récompensé par l’équerre d’argent), puis en 2013 pour les niveaux supérieurs. L'inauguration de cet espace de 11.800 m², dont la rénovation a coûté 15 millions d'euros TTC, eu lieu le 18 juin 2004 en présence du ministre de la culture de l'époque Renaud Donnedieu de Vabres. 

Philippe Verrièle écrivait déjà dans La Lettre du Spectacle du 12 juin 2015 : « Le béton du bâtiment historique continuant à se dégrader, un traitement important s’imposera rapidement. » On savourera évidemment le « s'imposera rapidement. » Il y a presque six ans, il revenait de nouveau sur l'affaire dans La Lettre du Spectacle du 17 janvier 2018 (à lire ICI). Il rappelait que le problème est connu... depuis l'inauguration de 2004.

On a appris par Le Parisien du 23 novembre 2022 (ICI) que la ville de Pantin (Seine-Saint-Denis) a vendu le CND, présenté par le quotidien comme « l'un des joyaux culturels du département », dont le prix est estimé à 20.680.000 €, à l’État, pour 5 millions d’euros. Un prix au rabais qui s’explique notamment par l’état des façades du bâtiment. Mais la vente comporte une clause d’agrément garantissant que le CND reste à Pantin. L’opposition a remis en question le coût annoncé, regrettant que cette vente n’ait fait l’objet d’aucune concertation publique.

À cette occasion, un point important est précisé : « Les travaux de rénovation s’élèvent à 20 millions d’euros », a confié le maire (PS) de Pantin au journal. « La Cour des comptes a dit que pour réaliser un tel investissement, il fallait mieux que l’État soit propriétaire. »  Mais le coût de la rénovation était estimé il y a six ans à 24 millions d'euros. On peut penser qu'il a augmenté sensiblement depuis puisque les matériaux ont continué à se dégrader. Qui croire ? 

Un texte de l'Oppic, Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture, présente les enjeux actuels. C'est lui qui dirige les opérations de rénovation extérieure et intérieure des bâtiments à finalité culturelle, ou leur construction. 

En 2018 il a demandé au ministère de la Culture des garanties sur la soutenabilité financière de l’opération du CND avant d’engager un appel d’offres. Il les a obtenues. Il écrit : « La dégradation des bétons en façades d’abord sur les parements, puis sur des ouvrages structurels avait été constatée dès la première opération mais les tentatives de réparations ponctuelles n’ont pas tenu et beaucoup de nouvelles zones dégradées sont apparues [nous soulignons]. Dans ce cadre, un nouveau diagnostic a été réalisé entre 2016 et 2018 et a démontré la nécessité d’étendre le périmètre des travaux à l’ensemble des parements et structures extérieures. »  

Calendrier prévisionnel :
Début des travaux : 2025 
Fin des travaux : 2027

Le programme est ainsi précisé : « Mandaté fin 2022 pour mener à bien cette opération, l’Oppic a lancé la consultation de maîtrise d’œuvre [personne physique ou morale choisie par le maître d'ouvrage pour la conduite opérationnelle des travaux], sous la forme d’une procédure négociée, en février [2023]. Après une phase de sélection des candidatures, les échanges menés avec les quatre candidats retenus ont permis de préciser et stabiliser les offres en matière de moyens humains mobilisés, de méthodologie et de processus qualité envisagé. Le marché de maîtrise d’œuvre a été notifié fin octobre [2023]. Les études pourront ainsi être menées pendant l’année 2024, avec l’objectif de lancer les travaux en 2025 pour une durée prévisionnelle d’environ deux ans. De nombreux diagnostics et chantiers test permettront de définir les modes opératoires d’intervention, encore très expérimentaux compte tenu de la forte dégradation de cette façade en béton brut [nous soulignons] et de vérifier leur adéquation avec des travaux menés en site occupé. L’enjeu sera de garantir la pérennité des interventions, sans remettre en cause l’aspect d’origine du bâtiment. » 

L'opération s'annonce comme très délicate. Il faut de plus espérer qu'elle sera durable, et ne nécessitera pas de nouveaux travaux à court ou moyen terme. Affaire à suivre.  
Fabien Rivière

jeudi 16 février 2023

Sida, Art et Danse au Palais de Tokyo et au CND : «EXPOSÉ-ES» (1/2)

 Marion Scemama, Silence = Death (1989-2019) (avec David Wojnarowicz) 
Impression digitale sur papier Baryta 60×40cm. Courtesy de la New Galerie (Paris)

Le Palais de Tokyo (Paris) consacre une ambitieuse exposition au Sida dans les arts, EXPOSÉ-ES, qui débute le 17 février pour presque trois mois, comprenant des plasticiens, photographes, écrivains, cinéastes et performers, à laquelle s'est associé pour le volet danse le Centre national de la danse (CND) à Pantin (93). Une publication est parue en coédition avec le Fonds Mercator (Bruxelles, Belgique, ICIdétails en fin d'article).

À l'origine, il y a le projet d'Emma Lavigne à son arrivée à la tête du Palais de Tokyo en 2019. Après avoir étudié différentes propositions de curateurs, elle désigne François Piron commissaire d'exposition, avec la conseillère scientifique Elisabeth Lebovici. Cette dernière est l'auteure du livre Ce que le sida m’a fait. Art et activisme à la fin du XX° siècle (2017, 2° édition augmentée 2021 ICI), qui inspire la manifestation. En septembre 2021 Emma Lavigne a été désignée Directrice générale de Pinault Collection qui regroupe trois musées : la Bourse de Commerce à Paris, le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana à Venise. En janvier 2022, on apprend que c'est Guillaume Désanges qui lui succède. Il décide de maintenir l'exposition. 

Qui affirme : 
 «  Exposé·es : des personnes n’ont pas choisi d’être exposées à un virus, une maladie, une épidémie.
Exposé·es : des personnes ont choisi de s’exposer pour rendre visible ce virus, cette maladie, cette épidémie.
Parmi ces personnes, des artistes. Parmi ces virus et ces maladies, le VIH/sida, qui a causé l’épidémie la plus meurtrière du dernier siècle, et de celui-ci.  »

Couverture du catalogue de l'exposition
EXPOSÉ-ES D'après Ce que le sida m'a fait d'Elisabeth Lebovici
 
Extrait de la série Merce [Cunningham] Drawings  (2011-2013),
de 
Nancy Brooks Brody - à voir ICI

L'événement présentera 35 artistes et 4 collectifs suivants (* = disparu-e-s) : 
FRANCE
Les Ami-e-s du patchwork des noms (1989 >, facebook), 
Yann Beauvais (cinéaste), 
Guillaume Dustan* (écrivain), 
Hervé Guibert*
Michel Journiac*
Audrey Liebot (Nantes, metteure en scène, interprète et auteure, site)
Pascal Lièvre (site), 
Bruno Pelassy* (site), 
Benoît  Pieron (site), 
Lili Reynaud-Dewar (site), 
Jimmy Robert (Guadeloupe, notamment performer, site), 
Régis Samba-Kounzi (photographe franco-congolais, site) & Julien Devemy, 
Marion Scemama (photographe proche notamment de David Wojnarowicz, site), 
Lionel Soukaz (cinéaste) & Stéphane Gérard, 
Georges Tony Stoll (photographe, site), 
Philippe Thomas*, Jean-Luc Moulène (site), 
et Bastille* (à sa mort la famille a détruit une partie des œuvres... ; alias Frank Webber, américain installé en France dans les années 50, 1929 - 1990, Article Libération), livre Schwein - Bastille Traces [Schwein, en français, Cochon], 12 cartes postales vendues par IEM ICI)  
EUROPE : (Royaume-Uni - Allemagne - Danemark) 
Black Audio Film Collective* (Londres, 1982-1998, site), 
Jesse Darling (Londres et Berlin, site), Derek Jarman*.
Henrik Olesen (né au Danemark, vit à Berlin, site). 
AFRIQUE DU SUD
The Bambanani Women Group (2002 >), 
Santu Mofokeng* (photographe, site). 
ÉTATS-UNIS Canada & Hong-Kong : 
Gregg Bordowitz (artiste et écrivain, site), 
Moyra Davey (Canada, vit à New York, site), 
Fierce Pussy [Chatte féroce] site (New York, 1991 > ; Nancy Brooks Brody, Joy Episalla, Zoe Leonard, Carrie Yamaoka) & Jo-ey Tang (Américain né à Hong-Kong, site), 
Nan Goldin
Félix Gonzalez-Torres*
Barbara Hammer* (cinéaste, site), 
et David Wojnarowicz*    

Une importante rétrospective a été consacrée récemment à David WojnarowiczHistory Keeps Me Awake at Night, qui a circulé du Whitney Museum of American Art à New York ICI au Museo nacional Centro de arte Reina Sofia à Madrid ICI, et enfin au Mudam Luxembourg - Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean à Luxembourg ICI (catalogue : ICI - bas de page). Par ailleurs de nombreuses publications de et au sujet de ce plasticien, en anglais et en français sont disponibles. On n'oubliera pas le magnifique récit d'une amitié à travers une traversée des États-Unis en voiture à deux, A Slow Boat To China de David Wojnarowicz et la française Marion Scemama ICI (couverture ci-dessous).       

Couverture de l'ouvrage A Slow Boat To China 
de 
David Wojnarowicz et Marion Scemama

Michel Journiac, Marquage d’un corps – Action de corps exclu,
Étape 7 du Rituel de Transmutation
, papier photographique,
tirage argentique couleur, 107x74 cm, 1983,
numéro d’identification 2021.9.3, Collection du Mucem

On peut citer, parus il y a peu, l'ouvrage de 830 pages de Thibault BoulvainL'art en sida – 1981-1997 ICI (couverture ci-dessous), le Pureté et impureté de l'art - Michel Journiac et le sida d'Antoine Idier ICI, La gentrification des esprits de Sarah Schulman ICI, retour sur la crise du sida et l’activisme d’ACT UP dans le New York des années 1980 et 1990, ainsi que le catalogue de l'exposition au Muceum à Marseille, VIH/sida: L'épidémie n'est pas finie! ICI, le catalogue de l'exposition au Migros Museum für Gegenwartskunst [Musée Migros d'art contemporain] à Zurich (Suisse), United by AIDS - An Anthology on Art in Response to HIV/AIDS ICI, et bien sûr en français le Alain Buffard Good Boy ICI

Couverture de l'ouvrage de Thibault Boulvain, L'art en sida – 1981-1997 (2021)
Rosalind Fox Solomon, Silence Equals Death, Washington, DC, 1987,
 de la série Portraits in The Time of AIDS, 1987-1988, 
www.rosalindfoxsolomon.com  

Plus anciens, on peut consulter le How to Make Dances in an Epidemic:Tracking Choreography in The Age of AIDS de David Gere ICI. On doit à l'écrivaine américaine Susan SontagLa Maladie comme métaphore & Le Sida et ses métaphores (en poche en 2009, et réédition grand format en 2021 ICI), et au critique américain Douglas Crimp*, AIDS – Cultural Analysis/Cultural Activism ICIAIDS Demo Graphics (avec Adam Ralston) ICIMelancholia and Moralism: Essays on AIDS and Queer Politics ICI, en espérant que l'ouvrage plusieurs fois reporté, Dance Dance Film Essays ICI, paraîtra bien le 23 mai 2023.  

Absent de l'exposition, on évoquera quand même le dessinateur argentin installé en France depuis 1986 José Cunéo, vivant à Paris à la Goutte d'Or. En 1995, et pendant cinq ans, il se met notamment au service de Sida Info Service qui publie des affichettes dans les journaux incitant à la prévention de la maladie.
Une case d'une BD de Cunéo pour le CRIPS Île-de-France,
association pour la santé et contre le VIH/sida 

Autant le Palais de Tokyo ouvre large la focale, autant le Centre national de la danse (CND) donne le sentiment de la restreindre, excluant un certain nombre d'artistes de la danse qui vont continuer à demeurer injustement dans la pénombre, à ne pas être exposés : par exemple Stéphane Mougené* (Montpellier, notre article), Denis Psaltopoulos (Lyon) ICI, Lari Leong* film film, Thierry Smits (Belgique), Hideyuki Yano* [voir l'ouvrage de Chantal Aubry, Yano - Un artiste japonais à Paris ICI], etc. 

De même un espace de parole public et libre manque, afin que certaines problématiques soient abordées : par exemple la séropositivité demeure (toujours) le plus souvent cachée. Ainsi, sera-t-il fait état des rares chorégraphes à avoir parlé publiquement de leurs séropositivités (et homosexualités ?), Bill T. Jones (70 ans aujourd'hui) et son défunt amour Arnie Zane (1948 - 1988, ICI), comme Thierry Smits

Apprenant que le CND « prépare quelque chose sur les années Sida », le danseur et chorégraphe Santiago Sempere et des amies réagissent ainsi sur sa page Facebook :
.
On ne peut que saluer l'initiative du Palais de Tokyo, dont nous proposerons une analyse plus poussée dans un second article
Fabien Rivière
CATALOGUE D'EXPOSITION : 
EXPOSÉ-ES D'après Ce que le sida m'a fait d'Elisabeth Lebovici, Elisabeth Lebovici et François Piron (direction), design graphique Roxanne Maillet, 256 pages, 21 x 28 cm, 45 €, ISBN 9789462303393, distribution Actes Sud (France, Suisse, Canada) et Exhibitions International (Benelux [Belgique, Pays-Bas, Luxembourg]), parution le 15 février 2023. 
(TEXTES de Clémence Allezard, Cécile Chartrain, Vinciane Despret, Mylène Ferrand, Amandine Gay, Philippe Joanny, Elisabeth Lebovici, Nicolas Linnert, Sylvère Lotringer, Tim Madesclaire, Helen Molesworth, Veronica Noseda, Peggy Pierrot, François Piron, Donald Rodney, Jane Solomon, Jo-ey Tang, Gaëtan Thomas) 
 
PROGRAMME
PALAIS DE TOKYO  
—  EXPOSITION  vendredi 17 février  >  14 mai    EN SAVOIR + 
+ LES  POINTES PERCHÉ-ES - 5 conversations animées par Elisabeth Lebovici et François Piron. ICI 
+ LA MANUTENTION audrey liebot  30/03 06/04 13/04 - 19h>21h30
+ PERFORMANCE  ICI 

CENTRE NATIONAL DE LA DANSE  
—  Pantin (93)  —  jeudi 9 mars > 13 mai  En savoir +
— EXPOSITION : Jimmy Robert (Guadeloupe, vit à Berlin) Pausing 
— PERFORMANCES : 
Jimmy Robert (Guadeloupe, vit à Berlin)  Joie noire   9-10/03
Audrey Liebot  on se connaît de la nuit  10-11/03
Pol Pi  Me Too, Galatée  10-11/03
Lasseindra Ninja (ball voguing, France)  Don't take it personal ball  11/03 19h30>minuit
David Wampach  ENDO  16>18/03
Mark Tompkins  WITNESS — Hommage à Harry Sheppard (1992)  16>18/03
Robyn Orlin  We must eat our suckers with the wrapper on... Variation #1  23>25/03  
Dominique Bagouet*  Jours étranges (1990)  23>25/03
Daniel Larrieu Cold Song [projection Gravures 25mn. + performance 25mn.]  30-31/03
Alain Buffard Mauvais genre (2005)  30-31/03 & 01/04 
Christodoulos Panayiotou (plasticien, Chypre, Paris)  Dying on stage durée : 5h  01/04
  
— RENCONTRE : 
Isabelle Ginot  Être danseur-euse et vulnérable 18/03 14h>18h  

lundi 18 avril 2022

Pétition : « NON à l'arrêt des cours de danse au Centre National de la Danse à Pantin »

ESPACES MAGNÉTIQUES publie volontiers la pétition : 

Le 11 mars, les parents d’élèves des cours d'application du Centre National de la Danse à Pantin ont été informés par mail de l’interruption des cours de danse, après vingt ans d’existence, et cela à compter de la rentrée prochaine.

Nous déplorons la désinvolture et la brutalité de cette annonce, faite uniquement par email et de façon très tardive. Il n'y a eu aucun préavis d’aucune sorte, et ni les formateurs ni le personnel administratif n’étaient informés.

Comment imaginer que le cursus de danse, proposé depuis 20 ans par le CND, suivi par près de 200 enfants chaque année, n'était pas pérenne ?

Du jour au lendemain, c’est donc 200 places de cours de danse qui disparaissent de notre territoire. Cela crée un vide et prive nos enfants d’une opportunité de pratique extra-scolaire culturelle et artistique de très grande qualité.

Le Centre National de la Danse est un établissement culturel dont une des missions est le rayonnement de la danse dans son territoire. Ces cours hebdomadaires permettent à cette institution de vivre à l'unisson de son territoire et d'éveiller la curiosité pour les autres activités culturelles proposées. La nouvelle politique du CND remet en cause la mixité sociale et l'accès de TOUS à la culture. 

Nous sommes attachés à la pédagogie dispensée par le CND, où prédominent une liberté et une volonté d'expérimentation qui nous semblent uniques. Les enfants s'épanouissent dans cet environnement. 

De plus à ce jour, et malgré un courrier co-signé par plus de 60 parents et envoyé le 4 avril, aucune réponse n’a été donnée et aucune alternative n’a été proposée pour que les enfants puissent poursuivre leur pratique.

Nous demandons l'abrogation de cette décision pour permettre aux enfants inscrits à ce jour, ainsi qu’aux prochains de suivre l’enseignement de qualité proposé par les professeurs du CND.

dimanche 23 octobre 2016

Que penser des nouveaux travaux d'1,5 million d'euros au Centre national de la danse ?



  (ci-dessus) Les nouveaux travaux n'ont pas modifié les façades :   
(du haut vers le bas) 1 & 2 : façade donnant sur le Canal de l'Ourcq 
et sur la très passante avenue du général Leclerc,  
3-4-5 : largeur du bâtiment sur l'avenue du général Leclerc
 6 : rue qui donne accès à l'entrée du CND rue Victor Hugo, 
   (ci-dessous) nouvelle entrée (ancienne entrée un peu après à gauche)  
   et nouvel aménagement intérieur du rez-de-chaussée  
 Photos Fabien Rivière ©






Le Centre national de la danse (CND) à Pantin (93), vient de réouvrir après 8 mois de travaux de réaménagement de l'intérieur de son rez-de-chaussée, financés par le Ministère de la Culture et de la Communication. Le montant est connu : 1,5 million d'euros. 

Il est intéressant de prendre connaissance de l'argumentaire développé pour justifier ces modifications. Le Centre national de la danse a ouvert en 2004, succédant à une cité administrative regroupant services sociaux, justice et police. Nous vous laissons apprécier si le nouveau projet de réaménagement de ce qui fut le vaste « palais du peuple », originellement dessiné par l'architecte Jacques Kalisz en 1972, « redonne au public, aux artistes, aux danseurs et à tous les usagers une plateforme d'invention et de travail, un nouveau regard sur le mouvement et sur l'art, un autre paysage du spectacle » (nous soulignons), quand on sait qu'une grève historique s'est déroulée le 4 octobre dernier (lire nos articles ICI et ) pour protester contre une prise en compte jugée insuffisante des demandes de revalorisation des salaires et des carrières, et des conditions de travail mauvaises (plus de 25% du personnel a quitté l'entreprise depuis 3 ans). 

Fallait-il engager ces travaux ? Changent-ils quelque chose ? Quelle était la solution la plus juste ? Quand on marche vers le Centre national de la danse, depuis la gare RER Pantin, on contemple la longue façade qui donne sur le canal de l'Ourcq et sur la très passante avenue du général Leclerc (cf. photos en haut de l'article). C'est de cette façon que la majorité des passants entrent en contacts avec le lieu. La vue suggère un bunker abandonné. Les grandes lettres rouges "danse" demeurent énigmatiques. L'autre entrée en contact se fait par l'étroite largeur du bâtiment sur la même avenue du général Leclerc. On notera les lettres "C" et "N" (noir sur fond blanc), lapidaires. C'est une singulière façon de communiquer. La vue générale n'est guère engageante.

Si l'on doit se fixer une  priorité, on peut penser que c'est à partir de ces analyses qu'il fallait travailler : rénover les façades donnant respectivement sur le canal, et en largeur donnant sur l'avenue du général Leclerc. 

Faute d'avoir posé le problème de façon juste, le réaménagement intérieur du rez-de-chaussée devient une démarche accessoire, d'autant plus que la nouvelle équipe de direction nommée autour de la nouvelle directrice, Mathilde Monnier, a profondément accentué un malaise social préexistant. La direction a préféré se concentrer sur le bâti au détriment de l'humain. 
Fabien Rivière 
  
ARGUMENTAIRE DE PRÉSENTATION DES TRAVAUX : 

LE CN D À PANTIN S'OUVRE À UNE NOUVELLE PRATIQUE DE SES ESPACES PUBLICS ! 

SON RÉAMÉNAGEMENT OUVRE PLUS LARGEMENT LE REZ-D-ECHAUSSÉE DU BÂTIMENT ET ORIENTE SON ACCÈS SUR LA VILLE DE PANTIN ET LES BERGES DU CANAL DE L'OURCQ. 

LE PROGRAMME DES TRAVAUX COMPREND LE REGROUPEMENT DE L'ACCUEIL ET DE LA BILLETTERIE DÉSORMAIS ORIENTÉS VERS LES FLUX PRINCIPAUX DE LA VILLE DE PANTIN, L'AMÉNAGEMENT D'UN CAFÉ-RESTAURANT, D'UNE LIBRAIRIE, LA RÉALISATION D'UNE SALLE FLEXIBLE D'EXPOSITION, D'UN ESPACE OUVERT DE DANSE ET DE PROJECTION ET LA RÉINVENTION DE LA SALLE DE LECTURE DE LA MÉDIATHÈQUE. 

LE NOUVEAU PROJET POUR LE VASTE « PALAIS DU PEUPLE », ORIGINELLEMENT DESSINÉ PAR L'ARCHITECTE JACQUES KALISZ EN 1972, REDONNE AU PUBLIC, AUX ARTISTES, AUX DANSEURS ET À TOUS LES USAGERS UNE PLATEFORME D'INVENTION ET DE TRAVAIL, UN NOUVEAU REGARD SUR LE MOUVEMENT ET SUR L'ART, UN AUTRE PAYSAGE DU SPECTACLE.   





mercredi 5 octobre 2016

Première grève historique au Centre national de la danse

C'est une première historique depuis l'ouverture du Centre national de la danse (CND) à Pantin (93) en 2004 : une grève, ce mardi 4 octobre 2016, suivie par une majorité du personnel, à la mesure du malaise (cf. notre article Exclusif : Préavis de grève au Centre national de la danse pour le mardi 4 octobre). 

La direction a annulé les cours du matin, l'ouverture de la médiathèque et les spectacles du soir. 

Les deux syndicats majoritaires à l'origine du mouvement, la CFDT et la CGT, avaient mis des affichettes dans tout le bâtiment, détournant les slogans de la direction et présentant leurs analyses de la situation (cf. ci-dessous). 
Fabien Rivière

vendredi 30 septembre 2016

Exclusif : Préavis de grève au Centre national de la danse pour le mardi 4 octobre

Vue de la nouvelle entrée du Centre national de la danse à Pantin, Photo Fabien Rivière

Les deux syndicats représentatifs du Centre national de la danse (CND), à Pantin (93), la CFDT et la CGT, ont déposé un préavis de grève pour le mardi 4 octobre à 8h jusqu'au mercredi 5 à 0h, après avoir consulté le personnel et obtenu son accord à plus de 50 %. 

Les revendications portent sur l'évolution des salaires et sur la gestion des ressources humaines qui serait problématique. 

Les négociations sur les salaires concernent encore l'année 2016. Le Ministère de la Culture et de la Communication a accordé une hausse de la masse salariale de 1,6 %. Les syndicats demandent 0,4 supplémentaire, ce qui est refusé. Les sommes en jeu sont minimes au regard du coût des travaux sur le bâtiment, qui viennent de s'achever : 1,5 million d'euros. L'activité du personnel, la diversité des métiers et ses difficultés sont mal connues. Il est reproché à la nouvelle équipe de direction de s'être octroyé des niveaux de salaires supérieurs à ceux des "anciens" de l'établissement, d'exclure certains services, une certaine désorganisation, et d'être à l'origine depuis trois ans du départ de plus d'un quart du personnel.   

Les syndicats regrettent que le Ministère de la Culture et de la Communication refuse de les rencontrer, et que la remise il y a une dizaine de jours à la directrice du CND du préavis de grève, n'ait pas permis que s'engage une réelle négociation comme la loi le prévoit. 
Fabien Rivière

vendredi 26 août 2016

Vers plus de déontologie au ministère de la Culture et dans les établissements publics culturels ?

Un communiqué de presse du Ministère de la Culture et de la Communication publié le 5 juillet ne doit pas passer inaperçu. En effet, il indique que la Ministre de la Culture et de la Commu-nication Audrey Azoulay veut « renforce[r] les dispositifs de contrôle et de déontologie » au sein du ministère qu'elle dirige et des établissements publics sous sa tutelle, à la suite de la remise d'un rapport de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique consacré à La déontologie dans les établissements publics culturels

Il faut espérer que le milieu de la danse saura se saisir de ce nouvel outil qui vise à faire progresser rien moins que la démocratie et la République contre un certain nombre de conduites plus que contestables et monarchiques. 

Un cas pratique remarquable illustre déjà ce qu'affirme vouloir combattre le Ministère de la Culture, en la nomination récente contestée d'Hélène Joly comme Directrice du Département Formation et pédagogie du Centre national de la danse (CND) à Pantin. Nous écrivions : « Elle n'a pas de compétence dans le domaine de la formation et de la pédagogie. Il apparaît que les professionnels de la formation et de la pédagogie en danse ne la connaissent pas. » (Une nomination contestée au Centre national de la danse). Un membre de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) d'Île-de-France, le bras du Ministère de la Culture et de la Communication en région, interrogé sur la possibilité qu'un candidat non retenu à ce poste porte l'affaire devant la Justice, répondit qu'en faisant cela il serait professionnellement immédiatement "grillé". Voici un étrange milieu où faire valoir ses droits vous discrédite professionnellement et celui ou celle qui ne les respecte pas vraiment est protégé/e. On nous précisait aussi que le cabinet de la Ministre se moquait des questions de déontologie. Nous avons donc découvert le communiqué du Ministère avec curiosité. Le CND est un établissement public. Les établissements publics sont  « des structures qui jouissent d'une certaine autonomie administrative et financière, par rapport à l'administration centrale du Ministère, pour remplir une mission d'intérêt général. » Il est sous la tutelle du Ministère de la Culture (cf. ICI). Ce dernier va-t-il laisser faire ? 

De même, la nomination dans la nouvelle équipe de direction du CND mise en place par sa nouvelle directrice, du compagnon d'un de ses membres est-elle, dans le domaine de la déontologie, une faute ?  

Le CND est financé par des fonds publics. Ils doivent être utilisés selon les lois de la République. Il est légitime de savoir comment ils sont mobilisés. À une époque où une partie de la population exprime une violente défiance à  l'égard des milieux culturels, — on l'a bien vu à l'occasion de la crise des intermittents où il suffisait de lire les commentaires laissés par les internautes en bas des articles de presse — et où l'extrême-droite prospère, il est permis de penser qu'il est irresponsable de laisser apparaître ou perdurer des pratiques qui ne sont pas dignes d'une République.  

Quoiqu'il en soit, le même rapport préconise « une sensibilisation et la formation des dirigeants des établissements culturels ». Il faut espérer que les responsables du CND seront parmi les premiers à s'inscrire. Et qu'ils méditeront « le livret d’accueil, en cours de rédaction, rappelant les obligations déontologiques et les règles de bonne gestion publique des institutions [qui] sera diffusé dès cet automne ».

On saura dans les prochains mois dans quelle mesure ce nouveau dispositif est utilisé et efficace. 
Fabien Rivière

COMMUNIQUÉ DE PRESSE  
— Paris, le 5 juillet 2016
[pour aider à la lecture nous avons mis en gras les passages importants]

Audrey Azoulay renforce les dispositifs de contrôle et de déontologie 
au sein du ministère de la Culture et de la Communication

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, a reçu de Jean-Louis Nadal, président de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), le 5 juillet 2016 un rapport portant sur la déontologie dans les établissements publics culturels. Elle a salué la qualité du travail mené par la Haute Autorité.

Ce rapport répond à la demande du ministère de la Culture et de la Communication le 23 juin 2015, d’accompagner ses établissements dans la définition des lignes directrices et la rédaction d’une charte de déontologie. Il s’inscrit dans la mise en œuvre de l’instruction pour la maîtrise et la transparence des dépenses des dirigeants publiée en juin 2015 qui a conduit à l’adoption d’un document unique de cadrage des moyens affectés aux dirigeants dans les établissements publics.

Les travaux ont porté sur sept opérateurs pilotes : l’Institut national de l’audiovisuel, l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture, la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris, l’Etablissement public de Versailles, le Centre national d’art contemporain George Pompidou, le Musée d’Orsay et l’Opéra national de Paris.

Le rapport constate que, si des dispositions relatives à la déontologie existent d’ores et déjà au sein des établissements, elles restent cependant éparses et méritent d’être renforcées. Dans le cadre créé par la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires, la Haute Autorité formule trois propositions : la mise en œuvre d’un corpus de règles s’appliquant à l’ensemble du ministère et décliné dans chaque établissement public culturel ; l’accompagnement des dirigeants des établissements sur ces thématiques ; une formation plus approfondie des personnels.

Les propositions seront déclinées sous la coordination du Secrétaire général du ministère
— Une mission sera proposée à un membre d’une haute juridiction dès cet été afin d’engager la rédaction de la charte de déontologie du ministère ;
— Un travail est d’ores et déjà engagé autour de la formation continue des agents dont le plan d’orientation pluriannuel 2017-2019 devra intégrer la déontologie parmi ses priorités ;
— Enfin, la sensibilisation et la formation des dirigeants des établissements culturels se verront renforcées. Un livret d’accueil, en cours de rédaction, rappelant les obligations déontologiques et les règles de bonne gestion publique des institutions sera diffusé dès cet
automne.

Un référent «déontologie» au ministère de la Culture et de la Communication sera nommé dès publication du décret pris en application de la loi relative à la déontologie du 20 avril 2016.

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