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vendredi 28 février 2025

La photo - William Forsythe

William Forsythe, Photo DR

Surprenante, et magnifique, photo du chorégraphe William Forsythe, dont le nom du photographe n'est pas indiqué, que l'on découvre sur le site internet de l'Opéra national de Paris, pour la saison 2024-2025 (ICI). 
Fabien Rivière

lundi 13 mars 2017

Revue du crieur : excellent article consacré à la situation de l'Opéra de Paris


La Revue du crieur est une initiative du site d'information Mediapart et des éditions La Découverte. Elle publie trois par an des « enquête sur les idées et la culture » comme l'indique son sous-titre. Son numéro 6 vient de sortir dans certains kiosques et en librairie. On y trouve un excellent article très fouillé signé Aurore Gorius consacré à la situation de l'Opéra national de Paris, au budget de 200 millions annuels, deux fois celui du Centre Pompidou et vingt fois celui de la Comédie-Française. La couverture du numéro titre « L'Opéra au bord du gouffre », en pages intérieures « Les gâchis de l’Opéra de Paris ».
PRÉSENTATION de l'article :
La démission fracassante de Benjamin Millepied de son poste de directeur de la danse à l’Opéra de Paris, quelques mois seulement après une nomination censée attirer de nouveaux mécènes susceptibles de compenser le désengagement croissant de l’État, a jeté une lumière crue sur la plus grosse institution culturelle française, accusée de conservatisme par le flamboyant et contesté danseur Étoile. Avec ses deux salles (Garnier et Bastille), ses 70 corps de métiers et ses plus de 1 700 employés, l’Opéra peine à faire cohabiter les exigences contradictoires qui le traversent : l’innovation, pour un art, le lyrique, qui n’a produit en France aucune grande œuvre depuis plus de trente ans ou la garantie du nombre élevé des représentations malgré le fort taux d’accidents du travail chez les danseuses et danseurs. Une tutelle politique prônant la rentabilité, et donc la hausse du coût des places, tout en demandant un accès élargi aux publics, ainsi que la baisse de la masse salariale, dans une des institutions les plus syndiquées de France, ont achevé de rendre l’Opéra incontrôlable.
La subvention de l'État à l'Opéra de Paris a baissé ces dernières années, dans une structure où la masse salariale représente 70 % du budget. Le mécénat n'ayant pas compensé cette baisse, les prix des places, par exemple pour la danse, s'envolent (on peut lire nos La saison Danse 2017 - 2018 de l'Opéra de Paris : prudence et hausse des prix et Danse : Le prix des places selon Benjamin Millepied), ce qui exclut la majorité de la population. Selon la Cour des comptes la gestion du personnel est hasardeuse et se double d'une difficulté dans la maîtrise des coûts de production des œuvres. 

Concernant l'épisode Millepied qui s'est clôt par sa démission, l'article montre bien qu'il ne s'agit pas d'une opposition entre le Gentil Millepied et le Méchant Opéra, mais que le "petit nouveau" a multiplié pour le moins les maladresses. On apprend aussi que sa présence associée à celle de sa femme Natalie Portman a permis de récolter pour le gala d'ouverture de la saison 2015-2016 plus d'un million d'euros contre 100.000 à 400.000 habituellement. Et, dans un autre domaine, qu'entre cent et cent-cinquante accidents du travail touchent le ballet chaque année, qui compte 154 danseurs. 
Fabien Rivière
Revue du crieur, numéro 6, février - avril 2017, 15 €. Site de l'éditeur   
www.revueducrieur.fr  

jeudi 23 février 2017

Anne Teresa de Keersmaeker à l’Opéra : pour quels enjeux ? (« Così fan tutte » de Mozart)

Vues de la scène du Così fan tutte d'Anne Teresa De Keersmaeker avant le début 
de la représentation (haut), et aux saluts (bas), Photos Fabien Rivière ©

Proposer à un/e chorégraphe contemporain/e la mise en scène d’un opéra est peut-être une bonne idée. Mais peut-être pas. À vrai dire la question reste ouverte. Ainsi l’Opéra national de Paris présentait du 23 janvier au 19 février 2016 pour une série de 6 représentations un Così fan tutte. Opera buffa en deux actes que signe la Belge Anne Teresa De Keersmaeker. La production sera reprise la saison prochaine du 12 septembre au 21 octobre 7 fois (En savoir +). On peut préciser qu'un opéra bouffe est un opéra traitant d'un sujet comique ou léger. 

Così fan tutte, qui date de 1790, est le dernier opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, qui meurt en 1791 à 35 ans. Le livret est de Lorenzo Da Ponte. 

Ce qui frappe, dans un premier temps, c’est le décalage qui existe entre la qualité de la musique et la relative faiblesse du texte du livret, qui comprend des discussions assez banales et des réflexions plus générales assez belles sur le sujet abordé. L’enjeu est simple : des hommes vont tester la fidélité de femmes. Sans doute, pour l’époque, on peut noter l’égalité entre les hommes et les femmes, et l’intervention d’une servante avec qui l’on discute sur un pied d’égalité en quelque sorte.

Nous avons assisté à la 5° (et avant-dernière) représentation, du deuxième balcon face. Quand on regarde vers le bas, vers la corbeille, on observe une majorité de chevelures blanches. Pour le renouvellement du public, on repassera. Dans un théâtre à l’italienne seules certaines catégories de places, les plus chères, jusqu'à la catégorie "Optima" à 210 € pour ce programme, permettent une bonne visibilité. Les autres places ne permettent de voir qu’une partie de la scène.    

La scène est vide, — si ce n’est 7 hauts panneaux rectangulaires verticaux transparents et pas très larges installés les uns à côté des autres sur une ligne qui va vers le fond du plateau, à droite et à gauche en bord de scène, — d’une scène immaculée de blanc, qui suggère un vaste loft - hangar, avec au fond cette lourde, haute et large porte métallique fermée.  

Le chef Suisse Philippe Jordan, directeur musical de l'Opéra national de Paris, dirige l’orchestre et les choeurs. C’est professionnel. Façon de dire qu’il manque un élément fondamental : l’émotion. C’est un peu gênant. Chaque chanteur est doublé par un danseur. À l’origine il y avait deux distributions de danseurs, l’une venant du Ballet de l’Opéra de Paris, l’autre de la compagnie de la chorégraphe, Rosas. Les premiers ont été remerciés à Noël pour une raison qui demeure inconnue, justifiée ou pas (mais ils semblent déçus de cette fin abrupte). Côté danse, on est frappé par la grande et constante pauvreté de la gestuelle. À l'inverse, le Golden Hours (As you like it), qui date de 2015, d'Anne Teresa De Keersmaeker, était un chef-d'œuvre.

On passe donc une soirée « tranquille », « propre », sans émotion et sans écriture des corps. On peut penser à un gentil spectacle bourgeois. On aurait aimé que la chorégraphe manifeste un peu plus de tempérament, elle en a, en secouant un peu tout cela, qu’elle soit un peu moins « timorée », « bien élevée », sinon « sage », comme une image. Elle semble avoir perdue en route la nécessité du projet, pour autant qu’il y en ait eu une au commencement. 
Fabien Rivière

vendredi 27 janvier 2017

Photos - La salle modulable de l'Opéra de Paris

(ci-dessus) À gauche, la salle de répétition de l'orchestre et en bas sa climatisation, au fond à droite à mi-hauteur la future entrée au niveau du rez-de-chaussée sur la rue. 
Photos Fabien Rivière ©




À l'issue de la conférence de presse de présentation de la saison 2017-2018 de l'Opéra national de Paris, à l'Opéra Bastille ce 25 janvier, il était proposé de visiter la salle modulable, qui y dort depuis 30 ans. En la découvrant, le choc est assuré, d'autant plus qu'il y fait un froid polaire, et on se dit que le cinéaste russe Andreï Tarkovski aurait adoré cet espace vide sauvage à l'atmosphère industrielle, post-humain. Les tailles sont respectables, dans une enveloppe de béton : 27 mètres de large (la profondeur de la première photo), 40 mètres de profondeur (de droite à gauche, en démontant la salle modulable qui accueille les répétitions de l'orchestre, située à gauche) et une hauteur de 16 mètres. Pour un volume de 50.000 m3. 

L'Opéra souhaite communiquer sur ce qu'il nomme « l'achèvement du projet de l'Opéra national de Paris », longtemps bloqué, qui aboutirait enfin. L'établissement dispose depuis la fin du XIX° siècle, 1898 pour être précis, d'un lieu inconnu du public, mais nécessaire à son fonctionnement, les Ateliers Berthier, situés à Paris au nord-ouest, conçus par Charles Garnier avec l'aide de Gustave Eiffel : « Historiquement dédiés à la fabrication et à la rénovation de décors (toiles) pour le Palais Garnier, ils constituent également un lieu de répétition et un espace de stockage de décors et costumes ainsi qu'une plateforme logistique. » 

En récupérant l'intégralité de ses espaces à l'Opéra Bastille, l'Opéra pourra libérer les Ateliers Berthier afin qu'y aboutisse un autre projet, celui d'une Cité du théâtre sur les 20.000 m2 du site : l'Odéon Théâtre de l'Europe, qui y dispose déjà d'une seconde salle depuis 2003 va s'agrandir, la Comédie française y construira une salle modulable de 500 à 600 places et le Conservatoire national supérieur d’art dramatique y emménagera (cf. Le Monde). Le tout forme un projet à 150 millions d'euros.

À l'Opéra Bastille, le projet final estimé à 60 millions d'euros comprend la salle modulable et un terrain adjacent inoccupé, le "terrain des délaissés". La salle servira aux répétitions et pourra accueillir jusqu'à 800 spectateurs. Le tout doit aboutir en 2022. 
Fabien Rivière 

dimanche 22 janvier 2017

La saison Danse 2017 - 2018 de l'Opéra de Paris : prudence et hausse des prix

La saison Danse 2017 - 2018 de l'Opéra national de Paris sera officiellement dévoilée le 25 janvier. Mais nous pouvons déjà la présenter en détail.  

Les propositions, déclinées en 13 programmes, sont prudentes, constituées principale-ment de reprises de pièces connues de noms connus avec Pina Bausch, Anne Teresa De Keersmaeker, Maurice Béjart, Rudolf Noureev, George Balanchine, John Cranko, Benjamin Millepied, Frederick Ashton. 

Alexander Ekman, Photo DR
Iván Pérez, Photo DR

Quelques créations cependant, de Saburo Teshigawara et James Thierrée (dans les espaces publics) ainsi que de deux nouveaux venus : le suédois Alexander Ekman, 33 ans, et l'espagnol basé aux Pays-Bas Iván Pérez, 33 ans. C'est peu.

Anne Teresa De Keersmaeker présentera de nouveau l'opéra Così fan tutte de Mozart au Palais Garnier  en septembre prochain, qui va être créé ce 23 janvier. 

Le directeur de l'Opéra de Paris Stéphane Lissner débute son éditorial qui ouvre la brochure de la saison 2017-2018 par l'affirmation selon laquelle l'Opéra « reste encore hors d'atteinte pour beaucoup, qui estiment, à tort ou à raison, que nos théâtres leur sont fermés, qu'ils n'y ont par leur place, pire, qu'ils n'y sont pas les bienvenus. (...) Je veux lutter inlassablement contre ce sentiment compréhensible mais en réalité infondé (...) je veux ouvrir nos portes, rendre l'Opéra abordable, y compris économiquement ». 

Mais, d'une part, il ne formule aucune proposition précise, et, pire, dans le même temps, et sans le dire ou s'en expliquer, les prix grimpent de façon vertigineuse du côté de la danse par exemple, avec des prix de places à 209 € en catégorie Optimum pour 
Orphée et Eurydice de Pina Bausch et 176 € en catégorie 1 et 143 € en catégorie 2 (donné au Palais Garnier, un théâtre à l'italienne, il existe bien des prix de places moins élevés mais la visibilité n'est pas bonne...), à 170 € en place Optimum pour Joyaux de Balanchine et 140 € en catégorie 1 et 120 € en catégorie 2, et enfin 150 € en Optimum pour Play de Alexander Ekman et Onéguine de John Cranko, et 125 € en catégorie 1 et 95 € en catégorie 2. Nous reproduisons à la fin de l'article une partie de la grille tarifaire.

Il n'existe toujours pas de tarifs sociaux à l'Opéra de Paris (contrairement au Théâtre National de la Danse Chaillot).
Fabien Rivière
operadeparis.fr 

PS - Nous n'ignorons pas qu'il existe depuis deux ans un dispositif où chaque saison douze représentations sont réservées aux moins de 28 ans où les places sont à dix euros (pour un total de 12.000 places). Il vient d'être complété par un nouveau dispositif qui vient d'être annoncé : « 25 000 places qui seront proposées à tarif réduit aux moins de 40 ans, avec une soirée réservée par mois (sauf en janvier). En outre, 1 000 places seront proposées à 250 familles qui ne sont jamais venues à l'Opéra, réparties dans quatre spectacles ([deux opéras :] La Veuve joyeuse, Le Barbier de Séville, [deux ballets :] Don Quichotte et La Fille mal gardée) à 25 euros par adulte et 10 euros par enfant de moins de 18 ans. » (source AFP)

Mais il faut mettre ces initiatives en regard du chiffre d'
« un petit peu plus d'un million de spectateurs » attendus cette même saison, comme l'a annoncé le directeur Stéphane Lissner. Ainsi, 37 250 places à un tarif avantageux représentent 3,725 % du total des places proposées à la vente sur une saison. 

G = Palais Garnier - B = Opéra Bastille
        PROGRAMME DANSE      

GALA - Ouverture de la saison de danse : Défilé du Ballet de l'Opéra national de Paris + Hans van Manen Trois gnossiennes + Sidi Larbi Cherkaoui Faun + George Balanchine Diamants  G - 21 SEPT 

George Balanchine Joyaux  G 

George Balanchine Agon + Saburo Teshigawara Création + Pina Bausch Le sacre du printemps  G 

Alexander Ekman (Suède) Play  G 

Rudolf Noureev Don Quichotte   B

John Cranko  Onéguine  G 

Benjamin Millepied Daphnis et Chloé + Maurice Béjart  Boléro   B

Pina Bausch  Orphée et Eurydice  G 

Sasha Waltz  Roméo et Juliette   B

École de danse - Démonstrations & Spectacles : Ivan Clustine Suites de danses +  Jiří Kylián Un ballo + John Neumeier  Spring and Fall   G 

Anne Teresa De Keersmaeker Quatuor n°4 + Die Grosse Fugue + Verklärte Nacht  G 

James Thierrée Création [dans les espaces publics] + Crystal Pite The Seasons' Canon [reprise saison précédente] + Ivan Perez (Espagne) Création + Hofesh Shechter The Art of Not Looking Back [nouvelle version] G 

Frederick Ashton La fille mal gardée G