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samedi 9 novembre 2024

machìna : HÖR, Berlin - Jan 4, 2023

machìna à The Salon by NADA & The Community, 20/10/2024, Photo Fabien Rivière
J'ai découvert la DJ machìna lors de son set à l'occasion de The Salon by NADA & The Community (site), à Paris, foire d'art plastique. le dimanche 20 octobre dernier.  
Fabien Rivière

dimanche 3 décembre 2023

Burka Band (Kabul - Berlin), I Care For You + No Burka!

— The Burka Band is an all-female indie rock band from Kabul.
— ALBUM Burka Blue (Single) - publié le 28 avril 2003 (écoute et achat) >  bandcamp 
 « "Burka Blue” came about during a music workshop in oktober 2002 held at the state music school “Institut of learning Music” in Kabul (Afghanistan). The event was put on by the Goethe Institut together with the afganistan minister for culture.

the band “a certain frank” (Kurt Dahlke und Frank Fenstermacher) were invitied as well as the drummer Saskia von Klitzing who also played in the band Fehlfarben. there were 2 concerts as well as a workshop on instrumentation in pop music and modern recording techniques. a small music studio was also set up to give local musicians the possibility to record their own music after years of supression.

during the workshops Saskia gave drum lessons. one young woman who happened to be there was so impressed that she immediately decided to learn the drums herself. the beat of “Burka Blue” is the result. 2 others spontaneously join and so the first afgan girl pop band is born: the “Burka Band”, 3 women in their typical local dress.

The video was filmed in various “safe” public locations. Other songs are planned such as a version of “Kabul, Kabul”
Who is hiding behing the burkas?
is it women?
is the the taliban?

” …my mother wears blue jeans now
and i am so surprised..
the things are changing faster
i don`t know, if it`s right…”

The Burka Band eclipsed the summer media in 2003, appearing in the online edition of the German magazine Spiegel, Charlotte Roche?s ?Fast Forward? on viva TV and Yahoo?s opening page which leads to diplomatic irritations. The TV channel SAT 1 broadcasts extensive coverage in its evening news. The BBC and AFP and different European daily newspapers publish articles as does the world?s largest US music publication, Spin Magazine. » 
Le groupe Burka Band
Pochette de l'album Burka Blue (Single)


mardi 5 septembre 2023

Henry Hektik (Allemagne), Motion P. Music - [Full LP]

— 1988 
(Natural Sciences (Manchester, UK) & Harsh Reality Music (Memphis, Tennessee), 2023) 
L'ALBUM (écoute et achat)  >  bandcamp 

« A figure who collaborated with M. Finnkreig and active in the 80's German underground and tape trading circuit, he disappeared off the grid, leaving few documents of his music behind, with the handful of remaining tapes swallowed by mould or fried in electrical accidents. »

Henry Harms

Profile:

Musician originally from Aurich, who studied in West-Berlin in den late 1980s. Closely connected to the label Deaf Eye.

Aliases:Henry Hektik
In Groups:MachinetoolSubtle ReignTrio Der Einmaligkeit

1. Haiwasa 00:00 2. Private Apocalypse 04:33 3. T.B.A 09:55 4. Hong Kong Wedding Night 15:19 5. Nightwatch 22:58 6. Here Comes Escape 30:44

jeudi 17 août 2023

Peaches (Berlin), Dick in The Air feat. Margaret Cho

On trouve la version originale de Dick in The Air dans l'album Rub et deux versions remixées dans l'album Rub Remixed. Rub, en français Frotter. 
L'ALBUM (écoute gratuite et achat) Rub  >  bandcamp   
L'ALBUM (écoute gratuite et achat)  Rub Remixed   bandcamp  
Peaches

lundi 26 août 2019

Deborah Hay prend positions ? (« ten », Berlin)

Le groupe de rock Die Türen se prépare 
Le groupe de rock en action
PHOTOS Fabien Rivière 

ten de la danseuse et chorégraphe américaine Deborah Hay constitue le 4° et dernier programme que présente le festival Tanz im August (Berlin, Allemagne) dans le cadre de la rétrospective qui lui est consacrée (1). 

Elle est née en 1941 dans le quartier de Brooklyn à New York (elle a aujourd'hui 78 ans). En 1964 elle va danser six mois pour la compagnie de Merce Cunningham lors de sa tournée en Europe et en Asie, puis va participer au Judson Dance Theater à New York, un collectif qui conteste l'évolution de la danse moderne vers une technicité et une virtuosité excessives. Elle crée ainsi ten à l'Anderson Theater à New York en 1968.

Cinquante-et-un ans plus tard, à Berlin, c'est dans un très beau studio de danse du radialsystem, comme neuf, au parquet de bois clair, que la pièce est proposée. Il est situé au rez-de-chaussée, et quand on ouvre l'une des deux portes qui y donnent accès, on se retrouve le long du fleuve qui traverse la ville, la Sprée, dans un cadre bucolique. 

La pièce comprend dix interprètes et un groupe de rock progressif. Les deux sont d'ici. La pièce a été transmise en deux fois trois heures aux premiers, le groupe de rock, Die Türen [Les Portes], qui a sorti un album en janvier dernier, improvise ce soir une version libre et quasi sans paroles du CD. La musique est puissante, et donne un souffle magnifique à l'œuvre de Deborah Hay. Une dizaine de personnes sortiront avant la fin cependant, ce qui est très raisonnable. :) 

À l'époque c'est le groupe de rock psychédélique sud-africain The Third Eye formé en 1968 à Durban qui officiait (à écouter ci-dessous). 


Les danseurs, habillés d'un blanc clinique, ne vont cesser pendant 62 minutes, de s'organiser le plus souvent en groupes au nombre variable, et vont prendre des positions plus ou moins probables ou improbables, systématiquement corrigées par d'autres danseurs, qui leur rappellent la bonne position. La musique porte les forces de libération, la danse celles de maintien de l'ordre. Ce n'est sans doute pas que cela, être danseur. Mais dans la danse moderne et classique, et aussi contemporaine, le danseur ne cesse de se soumettre aux ordres du chorégraphe. Il doit apprendre un ensemble de mouvements et de positions, et pouvoir les reproduire sans faute. Il se doit d'obéir. Il est constamment rappelé à l'ordre en quelque sorte. C'est un portrait terrible. Mais il n'est pas sûr que les danseurs, qui semblent s'amuser, envisagent cette pièce, qui semble so cool, so fun, de cette façon. Est-ce à dire que le danseur apprend à aimer l'ordre, et à le produire et reproduire ?

Assez étonnamment, aussi bien en 1968 la critique américaine Jill Johnston dans le Village Voice, en 2018 le programme du MoMA (Museum of Modern Art) de New York qui a organisé une importante exposition consacrée au Judson Dance Theater (ICI), et en 2019 le programme de Tanz im August, présentent les enjeux de la pièce comme purement abstraits. 

Chez la première : « Les mouvements (...) sont presque entièrement constitués de quelques pas ordonnés selon des configurations géométriques strictes et utilisent les mêmes matériaux de base (...) Le travail de Hay illustre sa croyance dans le potentiel ludique de la danse et la réceptivité du corps dansant à son environnement. » (« The movements (...) consist almost entirely of casual steps ordered into strict geometric configurations, and use the same basic materials (...) Hay’s work illustrates her belief in the potential playfulness of dance and the responsiveness of the dancing body to its surroundings. »)

Chez le deuxième il est question d'« organiser ses pièces autour de tâches, de jeux, de répétition et la réduction du mouvement » (« organizing her pieces around tasks, games, repetition, and the reduction of movement. ») ? 

Chez le troisième : « Dix interprètes suivent une partition radicalement simple : ils se servent les uns des autres et des [deux] poteaux pour créer des configurations géométriques strictes ; les mouvements quotidiens se fondent dans des poses complexes. » (« Ten performers follow a radically simple score: using one another and the poles to create strict geometrical configurations; everyday movements coalesce into complex poses. »)

Plus largement, on se disait que la pièce pouvait aussi être vue comme une métaphore de l'ordre social. Dans une société il faut dans chaque situation (re)prendre la bonne position. Sinon, il y a toujours quelqu'un, en représentant de la société, pour vous rappeler à l'ordre, et, en quelque sorte, vous soumettre à un ordre supérieur sans discussion possible le plus souvent. 

Il est remarquable qu'une œuvre que l'on peut percevoir comme puissamment politique, au sens grec de la vie dans la cité, pièce de critique sociale en quelque sorte, devienne (ou soit dès l'origine ?) finalement absolument neutralisée (se neutralise elle-même ?), et se retrouve assignée à un rôle de gentil divertissement.  
Fabien Rivière 

(1) — (1er programme) my choreographed body ... revisited + Animals on the Beach, 9 au 11 août 2019 au HAU1. En savoir +    
— (2°) The Man Who Grew Common in Wisdom (1989/2019) + Fire, 16 et 17 août au Sophiensæle. En savoir +  
— (3°) The Match (avec le Cullberg), 23 et 24 août au radialsystem. En savoir +   
— (4°) ten23 et 24 août au radialsystem. En savoir +   

lundi 19 août 2019

Rire jaune avec Latifa Laâbissi ? (« White Dog »)

White Dog, de Latifa Laâbissi, Photo Nadia Lauro


. 
Que veut nous dire la danseuse et chorégraphe française Latifa Laâbissi avec sa nouvelle création, White Dog, en français Chien Blancprésentée lors du festival berlinois Tanz Im August ? Difficile à dire, sinon impossible. Dans un premier temps, on s'en tiendra à l'œuvre seule, dans un second, on se tournera vers le programme de salle et la présentation de la pièce sur le site internet de la compagnie.

Sur le plateau, entre pénombre et lumière, quatre interprètes sont assis par terre en cercle autour d'un tas d'épaisses cordes blanches plongées dans une intense lumière jaune du plus bel effet. Ils sont à droite du plateau à mi-chemin du fond et du bord, dans une très belle scénographie de Nadia Lauro, réalisée à partir de ce même cordage, qui figure une forêt, entre épure et foisonnement, entre vieux troncs verticaux, et jeunes et fines lianes torsadées.

Ces quatre humains suggèrent un mélange entre une tribu, un jardin d'enfants et de la BD. Le rythme est  lent un temps, puis tous vont s'agiter. Mais ils ne vont jamais quitter un rictus qui dévoile une solide dentition en or. Il ne s'agit pas de "bons sauvages" (selon l'expression de la période coloniale), mais bien de "sauvages" (selon une certaine terminologie d'hier et d'aujourd'hui). On se demande alors, si il ne s'agit pas (ayant jeté un coup d'oeil au programme de salle) de singer le regard raciste, d'en ricaner, de se vautrer dedans. Mais rien ne va vraiment évoluer, et au bout d'une heure, on reste sur sa fin. La lecture de la feuille de salle puis une visite du site de la compagnie (ci-dessous) expose l'ambition du projet : 
Pièce pour 4 interprètes, White Dog est une tentative de défaire le dressage de nos regards et de nos ressentiments. Contournant la violence et le bruit médiatique des débats, White Dog rend hommage à la stratégie du marronnage, pour déjouer le piège de nos diverses attentes. Convoquant les motifs chers à Latifa Laâbissi (le camouflage, l’ingestion, la figure toxique), la méthode de White Dog sera celle, puissante, de la fuite et de la fugue comme forme de lutte poétique. Un pas de côté, un mouvement de recul, une esquive ou encore une torsion pour entrer le temps d’une ronde, dans un lore sans folk à 4 corps, dans une polyphonie de figures composites et entrelacées, afin de passer les frontières et d’éviter les ornières de nos assignations. Il s’agit de se construire, non pas contre mais avec l’autre, ou tout contre lui, car c’est véritablement de partage et d’hybridation qu’il est question dans cette mêlée de corps. Se saisir de la vitalité minoritaire, pour l’extraire du silence tout autant que de l’affrontement binaire polémique, par l’« entrée en clandestinité d’une communauté d’indociles » et faire émerger des « communautés lianées ». Dans White Dog, il n’est plus tant question de nous mettre face à nos propres clichés que de dés-identifier et de dés-assigner les rôles. Cette stratégie de la fuite et du lianage induit une esthétique de la forêt et du tissage dans tout leur potentiel sémantique, comme un « ensemble de lignes et éléments qui recouvrent l’homme d’un treillis végétal du maquis pour convoquer la résistance ». La scénographie de Nadia Lauro intervient comme une activation possible, une traduction plastique et tactile du lien, de la liane, du réseau interlope qui se joue des codes, comme du devoir ou du narcissisme de la reconnaissance. 
"En ces temps sombres, où prolifèrent les dispositifs de contrôle, les résistances se doivent d’être furtives, ponctuelles, fractales — tout sauf frontales" - Dénètem Touam Bona [Anthropologue franco-centrafricain, il est professeur de philosophie]
Face à l'état du monde, faut-il faire un pas de côté, comme l'affirme la chorégraphe ? Pourquoi pas, mais pour combien de temps, et surtout pour quoi faire ? Rien d'indocile ici, ni de très dangereux pour le capitalisme actionnarial, les partis fascistes et le complexe militaro-industriel. Et s'opposer aux résistances frontales laisse perplexe.  

Très vite, on se disait ceci : plutôt que de proposer la forme d'une tribu, de faire tribu en quelque sorte, il aurait fallu faire société. Plutôt que de mal jouer la régression, mais très bien le repli dans l'entre-soi, la fermeture, il aurait fallu accepter sur le plateau la pluralité d'individus différents les uns des autres qui composent une société. Formulé autrement : plutôt que d'une virée à caractère ethnologique, c'est d'une solide analyse historique et sociologique dont on a besoin. 
Fabien Rivière 
—  White Dog, de Latifa Laâbissi, Tanz im August, du 15 au 17 août 2019. Site — Calendrier futur (à venir) 

Saluts, Photo Fabien Rivière 

vendredi 21 septembre 2018

jeudi 4 janvier 2018

Photo - Antonin Rioche par Thibault Gaëtan Dubroca



Il y a deux ans, le site du magazine papier KALTBLUT., basé à Berlin, a publié une série de photographies réalisées par Thibault Gaëtan Dubroca, du jeune danseur français Antonin Rioche, qui, depuis, a fait du chemin, comme danseur, mais aussi comme chorégraphe, réglant son premier solo en 2017, Oh Boy !, pour son ami Benjamin Behrends, qui sera présenté à Paris ce mois-ci (cf notre Agenda de janvier, Lieu n° 11 ICI).  > PHOTOS
Fabien Rivière 

lundi 4 septembre 2017

Affiche - Berlin - Création : Robert Wilson, LUTHER dancing with the gods

Métro, Berlin (Allemagne), Août 2017, Photo Fabien Rivière

Martin Luther, 1483 - 1546, portraits par Lucas Cranach l'Ancien, c.1500 (gauche) et 1528

vendredi 1 septembre 2017

Avec « El Baile », Mathilde Monnier déçoit (Berlin, Tanz im August)

Le plateau de El Baile, avant la représentation, à Berlin, Photo Fabien Rivière

Nous avons vu la nouvelle création de Mathilde MonnierEl Baile, en français Le Bal, lors du Festival Tanz im August à Berlin (Allemagne) à l'élégant Berliner Festspiele. La précédente création datait d'il y a quatre ans, Qu'est-ce qui nous arrive ?!?un projet avec des amateurs. Depuis, la danseuse et chorégraphe, présente dans le milieu de la danse contemporaine française depuis trente cinq ans, a été nommée directrice du Centre National de la Danse (CND), à Pantin (France). Expérience redoutable. 

Quoiqu'il en soit, une question se pose : où en est, artistiquement, Mathilde Monnier, à qui l'on doit des pièces aussi exceptionnelles que Pudique acide en 1984 et Extasis en 1985 avec son complice d'alors Jean-François Duroure puis, seule, Déroutes (2002), Publique (2004) pour des danseuses et autour de la musique de PJ Harvey, La place du singe (2005) avec l'écrivaine Christine Angot, frère&sœur (2005) créé dans la Cour d’honneur du Palais des Papes pendant le Festival d’Avignon, 2008 vallée (2006) avec le musicien Philippe Katerine, Tempo 76 (2007) sur la figure de l'unisson, Soapéra (2010), dans de la mousse, et  Twin paradox (2012) ? La réponse est aussi redoutable. 

La note d'intention (française, la pièce est présentée en novembre au Théâtre national de Chaillot, cf. ICI) explique notamment ceci : 
À l’origine il y a Le Bal, pièce sans parole créée en 1981 par le metteur en scène Jean-Claude Penchenat et la compagnie du théâtre du Campagnol, devenue par la suite un film d’Ettore Scola. Mathilde Monnier et Alan Pauls, auteur argentin, inventent aujourd’hui un nouveau Bal qui s’ancre en Argentine, dans l’Histoire du pays de 78 à nos jours, plus spécifiquement à Buenos Aires, une ville où la danse a une place significative et qui s’inscrit dans un contexte politique et social fort.
Mais, à vrai dire, la pièce d'origine (extrait à voir ICI) comme le film (bande-annonce ICI) ne sont pas fameux, qui sentent la naphtaline (malgré le fait qu'ils affichent l'influence du Kontakthof  de Pina Bausch). Quelle est donc la pulsion qui mène à y trouver un intérêt et à construire un projet, en 2017 ? 

PEU DE DANSE

Le plateau est vide, si ce n'est une quinzaine de chaises noires, en deux rangées en face à face qui bordent le centre de la scène à droite et à gauche, et une table blanche, qui font penser à Rosas dans Rosas, pièce de 1983 d'Anne Teresa De Keersmaeker, d'ailleurs reprise et en tournée de septembre à juin 2018 (ICI).

Il y a étonnamment peu de danse, au profit d'un théâtre sans parole pour l'essentiel, si ce n'est quelques cris, gloussements et chants (non sous-titrés). La chorégraphe explique : « Le vocabulaire scénique puise en partie dans une déconstruction des danses urbaines et populaires de l’Argentine (tango, escondido, chacarera, valse tanguera, chamamé, cumbia, cuarteto, samba argentine). » Mais, à tellement « déconstruire », il ne reste pas grand chose à se mettre sous la dent. Déconstruire ne consiste pas à passer à la moulinette et à laisser les choses en plan, mais à, aussi, reconstruire. Dans ce sens, on est bien loin du travail de véritable déconstruction, par exemple, du flamenco, d'un Israel Galván présentant en juillet dernier dans la Cour d'honneur du Palais des Papes pendant le Festival d'Avignon, le puissant Fiesta (ICI). Il n'y aura qu'une scène véritablement de danse, remarquable, qui dure 9 minutes, de la 18° à la 27° minute, qui assume le fait de construire. 

RELÂCHÉ

Le projet demeure ainsi beaucoup trop relâché. Mathilde Monnier affirmant ne jouer qu'un rôle modeste, dans un projet qui est pourtant très ambitieux puisqu'il s'agit de retracer cinquante années d'histoire contemporaine de l'Argentine, des années 70 à aujourd'hui, de la dictature sanglante à la "démocratie" actuelle (Le pays est actuellement secoué par la disparition le 1er août du militant Santiago Maldonado, manifestement arrêté par des gendarmes (ICI). Une déclaration est d'ailleurs lue à l'issue de la représentation pour rappeler ces faits et protester de la réception en Allemagne d'un officiel argentin comme si de rien n'était).     

Mais revenons à la modestie affichée. Mathilde Monnier déclare :  
Moi, je suis une étrangère dans ce projet, cette pièce est leur pièce. Je suis là pour activer quelque chose qui leur appartient. J’amène une trame pour que surgisse leur histoire. J’ai décidé de ne pas montrer de mouvements car je souhaite que toute la matière vienne d’eux. Ensemble, nous avons composé une sorte d’abécédaire à travers lequel nous avons déconstruit toutes les danses traditionnelles. Ce travail nous a permis d’élaborer un vocabulaire commun. Sans trop les dénaturer, en les épurant. Et je pense, qu’ensemble, nous avons sélectionné des éléments chorégraphiques disant quelque chose de l’Argentine d’aujourd’hui.
En fait, on réalise soudain que cette méthode de travail est celle de Pina Bausch. Il n'est alors pas sûr que la modestie affichée soit réelle.  

Il est question d'Histoire mais Mathilde Monnier stipule : « Il nous appartient dans cette nouvelle pièce d’aborder l’histoire d’un pays non à partir de la grande Histoire des évènements mais plutôt de mettre en scène ce que l’histoire ne retient pas, ce qu’elle ne montre pas, ce qu’elle oublie ». Le résultat est qu'on ne dispose d'aucune information quant au contexte historique, et rien sur "ce que l'Histoire ne retient pas". 

Il aurait fallu parvenir à construire et développer un propos. Ce n'est pas le cas. Par exemple, en ouverture, Martin Gil, que l'on sent être une forte personnalité, bascule le bassin de l'avant à l'arrière et inversement, un certain temps, très sexuel. Puis on passe à autre chose. Un danseur pointe une arme imaginaire en direction d'une danseuse, tire, elle tombe, morte. Puis on passe à autre chose. Un homme habillé en femme, un transsexuel ? (renseignement pris, non), s'avance. Puis on passe à autre chose. La scène finale montre un homme jouant seul au foot, projetant un ballon sur une grille derrière laquelle un danseur en boîte de nuit danse. On réalise alors qu'on ne saura rien des Argentins. Une scène entière montre un cour de danse où le prof vire un à un les présumés mauvais élèves (à Berlin des gens rient). Pour quel sens et quel intérêt ? 

Soudain, les interprètes, alignés, sont au bord du plateau, dirigés vers le public. On songe à Pina Bausch. La consigne qui leur a été donnée est claire : engagez un strip-tease. Pourquoi pas ? Tout est dans la façon de le faire. Ici, sentiment de gêne. 

À l'issue des saluts, une danseuse lit une déclaration, Photo Fabien Rivière 

« UNE FEMME D'ÉTAT »

À l'issue de la représentation, une rencontre était organisée entre la performeuse espagnole basée à Genève (Suisse) La Ribot et Mathilde Monnier. La première dit d'entrée de la seconde, ceci, en français : « C'est une femme d'État ! ». Mais de quel État ? La première grève de l'histoire du CND a eu lieu sous la direction de Mathilde Monnier le 4 octobre dernier (ICI et ICI). Les syndicats expliquent qu'un quart du personnel a quitté le CND depuis sa venue en janvier 2014. Ils contestent les méthodes de la nouvelle équipe de direction arrivée avec la chorégraphe. Des travaux de restructuration du rez-de-chaussée du bâtiment pour 1,5 millions d'euros, et dont l'utilité est contestée (ICI), ont été réalisés. Les syndicats auraient préféré qu'une partie de cette somme serve à revaloriser les salaires. Les conditions de la nomination à un poste de direction ont été contestées (ICI). Il a aussi été fait appel à une boîte privée connue pour sa brutalité pour s'occuper des relations avec la presse. Notre premier contact avec la nouvelle équipe a été mouvementé (ICI). 

De fait, on peut constater que la chorégraphe a installé autour d'elle une cour comme au temps de Louis XIV. Le monde s'organise ainsi entre "Amis" et Ennemis (ceux qui émettent une critique ou réserve ou pensent différemment sont ipso facto exclus). Bref, si le bilan de la direction Monnier du point de vue artistique est plutôt bon, il est humainement mauvais. Il serait d'ailleurs judicieux que la directrice s'interroge sur cette violence, sur sa violence. Et investisse ces questionnements dans un spectacle ? Mais peut-être ou sans doute est-il trop tard. 

La pièce est signée aussi d'un écrivain, Alan Pauls, argentin. Lors de cette même rencontre Mathilde Monnier expliquait avec satisfaction travailler avec une dramaturge, ce que personne ne fait dans le milieu de la danse en France. Son rôle est notamment de la « documenter ». Sauf que ce travail donne le sentiment d'être insuffisamment travaillé. Il faut dire que la durée des répétitions a été fort brève : un mois et demi. Enfin, elle a indiqué qu'elle se situait dans le champ de la performance, avec l'idée sous-jacente, que c'est très valorisant. En réalité, El Baile est un gentil spectacle inoffensif dont une professionnelle allemande importante nous confiait à raison qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'elle en est l'auteure. 
Fabien Rivière

El Baile, de Mathilde Monnier et Alan Pauls, Haus der Berliner Festspiele [Maison du Festival de Berlin], Festival Tanz im August, Berlin, Allemagne, 29 et 30 août 2017. ICI