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dimanche 28 octobre 2018

Revue du crieur #11 : mainmise du privé sur la Culture


Le numéro 11 de la Revue du crieur vient de paraître. Trois des onze articles qui le composent portent sur un sujet préoccupant : la mainmise du secteur privé sur le spectacle vivant dans un objectif de pure rentabilité économique (cf. descriptif ci-dessous).   
Fabien Rivière

— L'envers des friches culturelles. Quand l'attelage public-privé fabrique la gentrification.   (par Mickaël Correia)
Un peu partout en France, des espaces qui faisaient auparavant l'objet d'occupations illégales sont aujourd'hui convertis en lieux culturels « engagés », « branchés », et « créatifs », par une poignée d'entrepreneurs ambitieux qui entendent revaloriser des quartiers dépréciés. Mais cette « valorisation » semble   avant tout financière — et profiter essentiellement aux investisseurs  privés qui avancent main dans la main avec les acteurs publics. 
— Le « capitalisme culturel » à l'assaut du spectacle vivant. Pourquoi les salles de spectacles passent aux mains du privé. (Antoine Pecqueur)
Vivendi, Fimalac, Live Nation, Vente-privée : ces grands groupes ont en commun d'investir dans la musique, le théâtre, le cirque... Aujourd'hui, leurs opérations sont facilitées grâce à la complicité de l'État qui, par le biais de crédits d'impôts, délégations de service et autres partenariats favorise cet essor. Enquête sur ce changement de paradigme majeur dans la politique et  l'économie culturelle française. 
— Pour une culture désirable. Sortir des poncifs des politiques culturelles. (Paul Rondin)  
La politique culturelle semble de plus en plus introuvable et laisse libre cours aux intérêts d'acteurs privés qui en transforment à la fois la nature et la mission. Le directeur délégué du Festival d'Avignon, Paul Rondin, en appelle à une réactivation du désir des spectateurs à partir d'une réflexion collective qui associerait les publics aux animateurs de la culture.  
Revue du crieur, n°11, éditions La Découverte et Mediapart, parue en octobre 2018. En savoir + 
Prochain numéro en février 2019. 

lundi 13 mars 2017

Revue du crieur : excellent article consacré à la situation de l'Opéra de Paris


La Revue du crieur est une initiative du site d'information Mediapart et des éditions La Découverte. Elle publie trois par an des « enquête sur les idées et la culture » comme l'indique son sous-titre. Son numéro 6 vient de sortir dans certains kiosques et en librairie. On y trouve un excellent article très fouillé signé Aurore Gorius consacré à la situation de l'Opéra national de Paris, au budget de 200 millions annuels, deux fois celui du Centre Pompidou et vingt fois celui de la Comédie-Française. La couverture du numéro titre « L'Opéra au bord du gouffre », en pages intérieures « Les gâchis de l’Opéra de Paris ».
PRÉSENTATION de l'article :
La démission fracassante de Benjamin Millepied de son poste de directeur de la danse à l’Opéra de Paris, quelques mois seulement après une nomination censée attirer de nouveaux mécènes susceptibles de compenser le désengagement croissant de l’État, a jeté une lumière crue sur la plus grosse institution culturelle française, accusée de conservatisme par le flamboyant et contesté danseur Étoile. Avec ses deux salles (Garnier et Bastille), ses 70 corps de métiers et ses plus de 1 700 employés, l’Opéra peine à faire cohabiter les exigences contradictoires qui le traversent : l’innovation, pour un art, le lyrique, qui n’a produit en France aucune grande œuvre depuis plus de trente ans ou la garantie du nombre élevé des représentations malgré le fort taux d’accidents du travail chez les danseuses et danseurs. Une tutelle politique prônant la rentabilité, et donc la hausse du coût des places, tout en demandant un accès élargi aux publics, ainsi que la baisse de la masse salariale, dans une des institutions les plus syndiquées de France, ont achevé de rendre l’Opéra incontrôlable.
La subvention de l'État à l'Opéra de Paris a baissé ces dernières années, dans une structure où la masse salariale représente 70 % du budget. Le mécénat n'ayant pas compensé cette baisse, les prix des places, par exemple pour la danse, s'envolent (on peut lire nos La saison Danse 2017 - 2018 de l'Opéra de Paris : prudence et hausse des prix et Danse : Le prix des places selon Benjamin Millepied), ce qui exclut la majorité de la population. Selon la Cour des comptes la gestion du personnel est hasardeuse et se double d'une difficulté dans la maîtrise des coûts de production des œuvres. 

Concernant l'épisode Millepied qui s'est clôt par sa démission, l'article montre bien qu'il ne s'agit pas d'une opposition entre le Gentil Millepied et le Méchant Opéra, mais que le "petit nouveau" a multiplié pour le moins les maladresses. On apprend aussi que sa présence associée à celle de sa femme Natalie Portman a permis de récolter pour le gala d'ouverture de la saison 2015-2016 plus d'un million d'euros contre 100.000 à 400.000 habituellement. Et, dans un autre domaine, qu'entre cent et cent-cinquante accidents du travail touchent le ballet chaque année, qui compte 154 danseurs. 
Fabien Rivière
Revue du crieur, numéro 6, février - avril 2017, 15 €. Site de l'éditeur   
www.revueducrieur.fr