jeudi 3 octobre 2024

Louis Cole (Los Angeles), Things Will Fall Apart

Extraits de l'album de Louis Cole (with Metropole Orkest & Jules Buckley), nothing, paru le 9 août 2024.
L'ALBUM (écoute et achat)  >  bandcamp 
— NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ > ICI 

mercredi 2 octobre 2024

Louis Cole (Los Angeles), Who Cares 1 + Doesn't Matter

Extraits de l'album de Louis Cole (with Metropole Orkest & Jules Buckley), nothing, paru le 9 août 2024.
L'ALBUM (écoute et achat)  >  bandcamp 
— NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ > ICI 

mardi 1 octobre 2024

Le festival Excentriques, c'est du sérieux (Mounia Nassangar, Simon Le Borgne, Xenia Koghilaki) (1/2)

Sandra Neuveut dirige le festival Excentriques, Photo DR 

EXCENTRIQUES 2024

Cette année, pour sa quatrième édition, le festival Excentriques, qu'organise Sarah Neuveut à La Briqueterie - Centre de Développement Chorégraphique National (CDCN) à Vitry-sur-Seine — commune limitrophe du sud de Paris —, qu'elle dirige depuis déjà quatre ans tout juste, souhaite poursuivre son accompagnement des œuvres chorégraphiques émergentes, dans le cadre de son projet initial qui défend « la parité, le développement durable et le dialogue entre l’art et la société », mais aussi la coopération européenne.

Du mardi 24 septembre au dimanche 6 octobre, on peut suivre sept soirées (deux ou trois propositions chaque fois) à la Briqueterie et un spectacle au MAC VAL présenté deux après-midis. Onze œuvres signées de onze chorégraphes et un compositeur, et deux ateliers. 

Sans oublier un nouveau numéro de la revue maison, Cahiers de danse #2 (En savoir +) début octobre, consacré au sommeil, et la présence sur deux soirs, les 3 et 4 octobre, de l'excellente librairie nomade française spécialisée en danse Books on the Move (En savoir +).  
 
Douze artistes, soit neuf femmes et trois hommes. Nationalités française (avec Mounia Nassangar,  Dominique Brun, Pol Pi, Dalila Belaza, Geisha Fontaine et Pierre Cottreau, Gaëlle Bourges et Simon Le Borgne), grecque (Chara Kotsali et Xenia Koghilaki), autrichienne vivant en Suisse (Teresa Vittucci), et lituanienne avec le musicien Arturas Bumšteinas. 

Mounia NASSANGAR  S.T.U.C.K

Les cinq interprètes de S.T.U.C.K, Photo @le.kabuki

Le  Théâtre de la Ville à Paris présentait un extrait de dix minutes de S.T.U.C.K de Mounia Nassangar lors du concours Danse élargie en juin dernier, où elle a reçu le mérité premier prix du jury d'artistes, ainsi que le premier prix Espaces Magnétiques (notre article > Concours Danse élargie 2024 : la croisière s'amuse). 

Nous écrivions : « L'espace est réellement construit, pas subi comme souvent, ou en tout cas accepté comme tel. La chorégraphe est aussi à l'aise dans la lenteur que la vitesse. En ouverture, les corps sont immobiles dans un espace immense et vide, comme des arbres éclairés seulement par la lune. C'est une pièce de femmes (métis) fortes, qui porte une tension sinon une violence sourde qui sait éviter la précipitation, le pathos et l'hystérie. » 

La version longue de la pièce confirme le talent de celle qui se définit sur son Instagram comme : « Choreographer•Dancer•Dj•event producer•AD» Elle est aussi mannequin, notamment pour Jean-Paul Gaultier. À Paris, la scène d'ouverture suggérait un désert la nuit éclairé par la lune. À Vitry, c'est plutôt une boîte de nuit le plus souvent, puis, par moments, une immensité glacée sous un ciel où scintillent des aurores boréales. 

Le programme explique : « Le whacking dérivé de l’anglais whack qui signifie « gifle » est né dans les années 1970 dans les clubs gays de la communauté noire et afrolatina. C’est une danse d’urgence et d’expression, née d’une oppression. » Sans vigilance, la relation danse - musique, ici électro et house, risque de produire un bel objet formel mais un peu vain. Ce n'est absolument pas le cas ce soir. Elle ne neutralise pas la nécessité expressive, l'urgence de dire, de témoigner, de vivre, d'être. Cette relation, très savante, est puissamment travaillée. On sort secoué, et ravi. 

Simon LE BORGNE  Ad Libitum

Simon Le Borgne et Ulysse Zangs dans Ad Libitum, Photo DR 

Simon Le Borgne a été élève pendant neuf ans de l'École de Danse de l'Opéra national de Paris à Nanterre (2005-2014), avant d'intégrer le Ballet de l'Opéra national de Paris, successivement surnuméraire en 2014, engagé comme membre permanent en 2016 en tant que Quadrille, Coryphée en 2019 et Prix de la Danse AROP pour la saison 2018/2019, devenant finalement Sujet en 2020. Il est le personnage central de la création d'Alexander Ekman pour ce Ballet, Play, en décembre 2017.  

S'il a dansé du Balanchine, Mats Ek et Jiří Kylián, il possède une expérience riche et diversifiée en danse contemporaine, ayant rencontré les univers de Sidi Larbi Cherkaoui, Merce Cunningham, Sharon Eyal, Maguy Marin, Ohad Naharin, Crystal Pite, et Hofesh Shechter, notamment.

Notre homme, très occupé par ce Ballet, a souhaité faire une pause, pour faire le point. En effet, que reste-t-il de toutes ces expériences ? Quelles traces demeurent ? Comment se sédimentent-elles, pas seulement pour le danseur, mais pour l'homme ? Il y a peu, assistant à un solo d'un interprète proche de la cinquantaine, qu'on ne nommera pas, qui souhaitait se pencher sur sa carrière, on remarquait qu'il donnait le sentiment d'avoir été plus un objet qu'un sujet, un peu trimballé, dérouté, et pourquoi pas blessé par cette situation. Dans une autre approche, le Suisse de Genève Foofwa d'Imobilité, anciennement Frédéric Gafner, danseur pour Merce Cunningham à New York pendant sept ans, se posait le même genre de questions après son départ de la compagnie. Il proposa en 1998 le puissant et troublant Maximax & luj Godog?, formidable et courageuse introspection.

Ce soir, les appuis du danseur sont solides. Quelque chose comme une force tranquille. Pas de drame ou de règlements de compte (mais pourquoi pas régler des comptes, au demeurant). 

Dans un premier temps, debout derrière un micro sur pied, il investit la respiration, accompagné à la guitare électrique par un musicien. Les deux complices et le public, sont sur le même plateau, dans un cercle. Pour le danseur, cela débute au bord du cercle. On songe à l'épatant danseur et chorégraphe français Dominique Bagouet (1951-1992), qui expliquait qu'il collaborait jadis avec des danseurs, avant de préférer travailler avec des êtres humains dansant. Puis, notre être humain dansant, va investir l'intérieur du cercle, dans un art du lâcher prise, dans un long voyage. On songe à une marche sur un chemin de terre. 

Soudain, le musicien se met à danser dans un solo, mais on s'aperçoit que c'est un danseur professionnel par ailleurs, comme s'il était sur la scène de l'Opéra Garnier ou Bastille, machine "efficace". C'est plutôt une autoroute. Perplexité. Puis il reprend sa place, cette fois à la batterie où il est excellent, et souriant. 

Simon Le Borgne continue sa route. Il tente des interactions avec le public. C'est tentant, mais comment être pertinent, même s'il est accueilli par de larges sourires ? Peu de chorégraphes réussissent cette rencontre, à part Pina Bausch qui offre du thé et de la douceur, ou Robyn Orlin dans l'humour et la dépense (du spectateur). 

Quoiqu'il en soit, on saluera l'intelligence de la proposition, tranquille, épurée et élégante, pas si fréquente. 

Xenia KOGHILAKI  Slamming  

Slamming, de Xenia Koghilaki, Photo DR

Trois jeunes femmes, déterminées, se positionnent au milieu du plateau, côte à côte. Elles portent des baskets, jeans larges. Longs cheveux. Le public est lui aussi sur le même plateau, dans un dispositif tri-frontal carré. Accompagnées par un dj jouant live, elles ne vont pas cesser de se heurter, secouant la tête fortement, sans qu'on devine le sens à donner à la situation générale (hostilité, jeu, neutralité, coopération ?) qui va évoluer très intelligemment autour de cette idée de contacts dits virils. C'est un très bon travail à la fois réaliste, cru et mystérieux, qui demeure constamment fascinant.  
Fabien Rivière 

Festival Excentriques :  En savoir +

DIFFUSION 

> Mounia NASSANGAR  S.T.U.C.K
11.10  — Centre des arts, Enghien-les-Bains  En savoir + 
16>17.10 — Scène nationale de l’Essonne-Evry  En savoir + 
21>23.01.2025 — La Villette, Paris   En savoir +

> Simon LE BORGNE  Ad Libitum
9 octobre 2024   
[version in situ]
Le Triangle / La Cité de la danse, Rennes   En savoir +
dans le cadre de La Grande Scène organisée par le réseau Les Petites Scènes Ouvertes

3 et 4 décembre 2024   
[version plateau - théâtre]
Théâtre de Vanves    En savoir +
dans le cadre de Danse Dense #lefestival

Avril à juillet 2024  
[version in situ ou plateau]
Bousbecque, Tressin, Verlinghem                  
dans le cadre des Belles Sorties de la Métropole Européenne de Lille En savoir +

dimanche 15 septembre 2024

Frédéric Werlé en vadrouille dans sa vie (« My choreographic suitcase ou ma dernière révérence »)

Les trois interprètes de My choreographic suitcase ou ma dernière révérence
(de gauche à droite, Paul Peterson, Lucie Euzet et Frédéric Werlé) en tournée à La Rochelle, Photo DR
.
En langue française, on dit « Se pencher sur son passé ». Métaphore éminemment chorégraphique. Mais comment faire, dans l'exercice, pour rester droit ? Non pas « droit dans ses bottes », mais simplement rester debout, sans tomber ou se faire mal. 

Le festival bien fait !, l'un des trois festivals (avec Faits d'hiver en janvier et février et Fait maison en juin) qu'organise (sur dix jours), en ce mois de septembre, Micadanses à Paris, proposait sans l'afficher explicitement une soirée penchée sur le passé. Avec déjà un temps fort, My choreographic suitcase ou ma dernière révérence, du français Frédéric Werlé, qui a dépassé la cinquantaine, qu'il interprète avec le musicien britannique de culture rock Paul Peterson et la française Lucie Euzet aux lumières. C'est le début de ses adieux, annonce-t-il. À l'issue de la représentation on lui fera remarquer, mi-taquin mi-sérieux, qu'il lui reste, au bas mot, une trentaine d'années devant lui. Estimation qu'il trouve un peu optimiste. Mais dans le butoh on peut commencer à la soixantaine. Tout est relatif.  

Debout après la personne qui scanne les billets, le chorégraphe accueille chaque spectatrice et spectateur d'un sourire et d'une solide poignet de main. L'homme, ou plutôt le bonhomme, sait recevoir. L'art c'est bien, mais l'humain c'est pas mal aussi. 

La scénographie, réaliste, est bien remplie. On aime beaucoup ces deux écrans, contrepied bienvenu où deux ciels noirs remplis d'étoiles immobiles scintillent dans un infini vertigineux.  

Que faire de son passé ? Frédéric Werlé a un solide parcours de danseur chez Philippe Decouflé, Régine Chopinot, Josette Baïz, Marcia Barcellos et Karl Biscuit, Georges Appaix, Angelin Preljocaj ... C'est aussi un chorégraphe. Qui pose une question cash : a-t-il « réussi » ? Il s'interroge à voix haute : « On est plusieurs à avoir raté la navette [comprendre, « du succès »] ». Tout se résume(rait) à l'argent et au talent. Il n'a pas le premier. Ni le second. Que faire « avant de raccrocher mon tutu », interroge celui qui défend la danse contemporaine ? Il évoque (invoque ?), sobrement mais puissamment, « tous les danseurs anonymes qui ont disparu. » Quelles traces demeurent ? Quelles archives ? Quelle histoire de la danse doit-on écrire ? Et qui écrit cette histoire ? Une histoire officielle ? Les intéressé-e-s ne sont-ils-elles pas dépossédé-e-s de leur histoire ? Il porte un regard aiguisé sur la profession, sincère et réaliste, avec la juste distance, sans charabia ni pathos, toujours élégant. Mais sur sa vie, il lâche soudain un pudique mais définitif « Je ne retiens rien de ma carrière », heureusement contrebalancé par un plus tranquille et réaliste : « Je suis là. Je suis en vie. » En effet. 
Fabien Rivière
— Vu le 13 septembre 2024.
— Soirée partagée avec Dégringolade ou l'Art de rester debout, de Ashley Chen & Pierre Le Bourgeois. 
— Programme du Festival :  ICI (format Pdf)
— On peut retrouver Frédéric Werlé au Regard du Cygne (Paris, 20°) le samedi 21 décembre prochain pour une carte blanche. leregarducygne.com  

vendredi 9 août 2024

A. Savage (Brooklyn, New York), Elvis In The Army

L'Américain Andrew Savage, chanteur du groupe de rock pêchu de Brooklyn à New York Parquet Courts, signe en solo A. Savage. Extrait de son second album intitulé Several Songs About Fireparu le 6 octobre 2023. Travaillé en Grande-Bretagne avec le célèbre producteur John Parish, qui collabore avec PJ Harvey. Dans la vidéo, on reconnaitra le quartier au dessus de la gare de Nord, et, à l'est, le cimetière du Père Lachaise, à Paris, tous deux situés sur la ligne 2 du métro.
L'ALBUM  > bandcamp    
Fabien Rivière  

samedi 29 juin 2024

Meridian Brothers (Colombie), En el Caribe estoy triste + Mandala

Extraits de l'album Mi Latinoamérica Sufre qui sera publié le 12 juillet prochain.
L'ALBUM (écoute et achat)  >  bandcamp 
NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ  >  ICI 
POCHETTE DE L'ALBUM 
MERIDIAN BROTHERS 





lundi 24 juin 2024

Concours Danse élargie 2024 : la croisière s'amuse

Affiche du concours Danse élargie, Photo Fabien Rivière

AMBIANCE 

Le bonheur règne. Nous sommes dans la salle historique du Théâtre de la Ville à Paris qui a réouvert en septembre dernier après 7 ans de travaux. Dans l'attente des résultats de la 8° édition du concours Danse élargie (la première date de 2010), le dimanche 16 juin à 19h30. Un Crash Test va se dérouler, soit, sur le plateau, 20 propositions de 10 minutes jouées en même temps. Effet garanti. C'est massif et tonique. 

On peut rappeler rapidement les règles du concours : les pièces présentées ne peuvent dépasser 10 minutes, et doivent comporter au minimum 3 interprètes. Cette année, les organisateurs ont reçu 366 propositions provenant de 68 nationalités. Ils en ont retenus 20 (10 de France et 10 de l'étranger), provenant de 10 pays (Suisse, Belgique, Allemagne, Colombie, Iran, Brésil, Israël, Finlande, Royaume-Uni et Nigéria). Ce qui représente 5,5 %. Les choix sont-ils pertinents ou représentatifs ? Impossible de répondre. Il faudrait que tout soit mis en ligne pour pouvoir se faire une idée et sans doute réaliser la difficulté du choix. Les 20 pièces sont présentées le samedi de 11h30 à 18h30 (avec "pause déjeuner" et "pause"), une sélection de 10 reviennent le dimanche. 

TOUT VA BIEN 

On attend les résultats. Vont se succéder « la mention de la SACD » (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) décidée par trois élus auteurs et administrateurs de la SACD dont le chorégraphe Yvann Alexandre (Yvann Alexandre parlera aussi de « Prix ») (avec Anne Villacèque et Jonathan Pontier), qui va finalement remettre une seconde mention, puis le prix de la Technique du Théâtre de la Ville (l'équipe technique compte une vingtaine de personnes), le prix du Jury Jeunes (au nombre de 19) du département danse du Conservatoire régional de Paris accompagné de sa Modératrice (Sandra Neuveut, Directrice de la Briqueterie - Centre de développement chorégraphique national (CDCN) du Val-de-Marne; le-s-la chorégraphe-s retenu-e-s retravaillera-ont la pièce avec ces jeunes qui sera proposée en septembre 2025 au Théâtre des Abbesses), et enfin les trois prix du jury d'Artistes (cf. précisions ci-dessous) et son Modérateur (Christophe Lemaire, Adjoint à la direction et à la programmation du Théâtre de la Ville). 

Boris Charmatz sur le plateau du Théâtre de la Ville ce dimanche 16 juin,
Capture d'écran Espaces Magnétiques
 

Sur le plateau, Boris Charmatz, co-fondateur du concours Danse élargie avec le directeur du Théâtre de la Ville Emmanuel Demarcy-Mota, précise : « Moi je voulais qu'il n'y ait qu'une seule édition et que ça s'arrête. (...) Quand je voyais aujourd'hui les projets, je me disais que ça valait le coup que ça continue, même si j'étais le premier à vouloir que ça s'arrête. » Il ajoutera : « The first edition was so beautiful (...). » Et : « (...) today (...) I would give definitively twenty prices for twenty reasons. »

Mais quels sont les arguments avancés pour attribuer les prix ? 

Devant la façade du Théâtre de la Ville, de gauche à droite : Yvann Alexandre,
Rebecca Journo, Anne Villacèque et Jonathan Pontier, Photo DR

Pour la SACD, partenaire depuis le début, Yvann Alexandre explique : « Bonsoir à toutes et à tous. Merci pour l'invitation dans Danse élargie. C'est la première fois qu'il y a un comité SACD. Merci infiniment aussi pour cette journée... en tout cas que nous avons vécu comme riche, passionnante, faite de gestes engagés et surtout généreux. (...) l'idée c'était d'attribuer et de soutenir avec une aide à la première diffusion ». Il salue  « l'écriture, la performance, la finesse noire, pour reprendre tes mots [Jonathan Pontier], ce que raconte les corps et les images, la création musicale aussi, en live. Nous avons été unanimes en fait, pour se dire, voilà, on allait décerner ce premier prix à Rebecca Journo  [pour L'heure du thé]»  

Sur le plateau, de gauche à droite : Jonathan Pontier, Samuel Planas,
Yvann Alexandre et
 Anne Villacèque, Photo DR

Après la remise du premier « prix », il poursuit : « Alors, comme le disait Quentin, un concours c'est aussi plein de surprises, et puis c'est aussi la possibilité de planter des petites graines, en tout cas c'est une impulsion. Donc, en fait, de manière exceptionnelle, on a pas un seul prix. On a décidé d'ajouter un second prix. Alors, il y a pas de petits diplômes de prêts, je ne sais pas. Mais en tout cas, on voulait encourager un chorégraphe de demain, on voulait encourager un talent prometteur. Et le remercier aussi de nous avoir partagé ses racines. Et cette aide est donc attribuée à Samuel Planas [pour Gueule au brou]. (applaudissements) Donc, ces deux prix sont dotés d'une aide financière pour l'aide à la diffusion, mais je crois que le plus important c'est la parole des artistes. (il passe son micro aux artistes) »

Aline Jobert va remettre le Prix de la Technique,
Capture d'écran Espaces Magnétiques

Pour le Prix de la Technique, Aline Jobert, régisseuse générale du Concours danse élargie au Théâtre de la ville, indique : « Bonsoir ! (...) Donc, on a été très content de participer à cette édition de Danse élargie, sur notre vrai plateau et dans notre théâtre qu'on aime beaucoup. (...) C'était vraiment un plaisir et un honneur de travailler avec vous encore. (applaudissements) Les votes ont été très serrés, mais le prix de la Technique (...) revient à L'heure du Thé, de Rebecca Journo. »

Remise du Prix de la Jeunesse, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Concernant le Prix des Jeunes (19 personnes dont un jeune homme) : « (...) La diversité, le travail, l'originalité et la qualité des projets proposés sur ce plateau hier a rendu notre exercice difficile, cependant une pièce s'est assez vite démarquée lors des délibérations. Je crois qu'on peut parler d'un coup de cœur pour beaucoup d'entre nous ; le parti pris, la force, la maitrise et l'engagement politique fort de ce projet qui concerne particulièrement notre génération, surtout en ce contexte politique actuel, tout cela aiguise notre désir de travailler avec eux. Nous pensons que la reprise de cette pièce par les élèves du conservatoire régional de Paris représentera un défi et nous avons hâte de le relever. Nous avons donc choisi de décerner le prix du Jury Jeunes à de l'impertinence #2 pour Gush is Great»

Marc Lainé prend la parole pour le Jury d'Artistes,
Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le Jury d'Artistes monte à son tour sur scène. Marc Lainé (directeur de La Comédie de Valence, Centre dramatique national (CDN) Drôme-Ardèche depuis 2020) : « Simplement, on avait pas prévu, là ... on l'a pas écrit ce mot, là, mais vous dire que ça a été un moment passionnant pour nous toutes et tous. Un moment, évidemment, de choix, difficile. Ce qui a été très beau, c'est le dialogue qui s'est noué entre tous les membres du jury, un dialogue pour nous tous, très riche. Néanmoins on est évidemment aussi, très triste pour certains candidats qui méritaient amplement d'être récompensés ce soir. Il fallait en choisir trois, mais effectivement le choix a été très dur. Juste, pour le rappeler, c'est une évidence, mais ça nous paraissait important de le dire. » 

F I C T I O N S d'Annabelle Vir, Photo Nora Houguenade

Tânia Carvalho : « (Au sujet du 3° Prix :) Pour la liberté jubilatoire dont la pièce fait preuve, l'équilibre entre humour et férocité, la [proposition ?] abordée avec légèreté et engagement, un étrange sabbat que nous avons voulu saluer. F I C T I O N S d'Annabelle Vir. »

GUSH IS GREAT, de de l'impertinence #2, Photo Nora Houguenade 

Saïdo Lehlouh : « (...) (Au sujet du 3° Prix :) Encore bravo à elles, vous pouvez les applaudir bien fort, les accompagner  jusqu'à leurs sièges. (Au sujet du 2° Prix :) Pour sa beauté mélancolique, le corps collectif et spectral que cette performance déploie, comme une apocalypse au ralenti, une traversée inexorable vers le vide, dont on ne sait jamais si elle est subie ou choisie, on a décidé de décerner le deuxième prix à GUSH IS GREAT, de de l'impertinence #2 » 

Patricia Allio : « (Au sujet du 1er Prix :) Pour saluer la radicalité de son écriture, sa recherche formelle, la singularité et la puissance des interprètes, l'engagement et la représentation des corps et des personnalités que la pièce met en jeu avec une flamboyance minimale, un combat intime et collectif pour les temps présents, le premier prix est attribué à S.T.U.C.K de Mounia Nassangar. »

OUI 

Mounia Nassanga prend la parole lors de la remise du 1er prix du jury
pour sa pièce, Photo Nora Houguenade  
.
Le S.T.U.C.K de Mounia Nassanga mérite en effet le premier prix du jury (qu'il aurait fallu partager avec Jaber Ramezan, voir ci-dessous). L'espace est réellement construit, pas subi comme souvent, ou en tout cas accepté comme tel. La chorégraphe est aussi à l'aise dans la lenteur que la vitesse. En ouverture, les corps sont immobiles dans un espace immense et vide, comme des arbres éclairés seulement par la lune. C'est une pièce de femmes (métis) fortes, qui porte une tension sinon une violence sourde qui sait éviter la précipitation, le pathos et l'hystérie.

NON

Nous sommes en désaccord avec pratiquement tous les prix, sauf le premier prix décerné par le jury d'artistes, donc. D'une façon générale, il y aura eu, successivement, du vide, de l'arrogance, du glauque, de l'hystérie. Appeler un collectif de l'impertinence (qui reçoit deux prix !) est bien présomptueux sinon arrogant, et est-ce très réaliste ? L'impertinence se pratique sans jamais s'auto-désigner a priori ou a posteriori, encore moins publiquement. Ici, on observe un slow motion de 10 minutes du fond du plateau à son devant, une ligne d'interprètes face au public, qui va jeter par dessus bord si on ose dire, tout un tas d'objets dissimulés sous ses manteaux. C'est du mime, et "politiquement", pour répondre à un jury, c'est bien faiblard, sinon geignard, passif. Encore du mime avec L'heure du thé de La Pieuvre (qui reçoit lui aussi deux prix !) dans une frontalité obsessionnelle et peu inventive. De l'hystérie avec Annabelle Dvir qui n'a rien d'un sabbat comme l'affirme un autre jury, puisqu'un sabbat est un jour de repos consacré à Dieu. Ici, aucune spiritualité mais de la psychiatrie. 

OUI 

Jaber Ramezan

Il est problématique que le Boundaries of bodies, en français Frontières des corps, de l'Iranien Jaber Ramezan, qui vit à Téhéran on doit le noter, soit reparti bredouille. Pièce épurée, courageuse, digne, d'un travail que l'on ne reverra peut-être jamais hélas, où un vent léger ou fort, c'est selon, immémorial, semble souffler sur les corps. Il réussit à se saisir du réel, sans complaisance ni hystérie ni pathos. Il est possible d'y voir une certaine fraternité avec les recherches du Syrien réfugié en France Mithkal Alzghair, 1er prix Danse élargie en 2016 (cf nos articles : un paragraphe dans Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde - PHOTOS Le « Déplacement » de Mithkal Alzghair (Avignon) Métamorphoses de Mithkal Alzghair (« Clameurs »)). 

Liam Francis
Mixtape, de Liam Francis, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le Mixtape du Britannique Liam Francis, 3 danseurs, soit 3 solides gaillards métis en jogging et Tee-shirt moulant, et un DJ jouant live, est touchant dans cette façon de croire encore en une écriture de la danse. Il était bien seul il faut le reconnaître, ce week-end. 

Tous les français, de Simon Roth, Capture d'écran Espaces Magnétiques

Le titre de la pièce de Simon Roth, Tous les français, est à prendre au pied de la lettre. En mobilisant 45 interprètes il donne le sentiment de vouloir travailler avec l'ensemble des corps qui existent dans une société. Belle lucidité. Bel appétit. Dans un premier temps chacun bouge, bougeotte ou gigote dans son coin, dans une atmosphère sonore plutôt menaçante où l'on entend des paroles extraites de discours politiques - slogans agressifs, en France ou à l'étranger (pour la France Eric Zemmour, Emmanuel Macron, Jordan Bardella, Marine Le Pen, de Gaulle, par ailleurs Giorgia Meloni). Dans un second temps, les êtres sont réunis dans un ensemble où les corps balancent bien, portés par une samba enivrante et libératrice où Jacques Chirac déclare « Je serai le président de tous les français»
Fabien Rivière


   PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES   
1er Prix ex-aequo :    S.T.U.C.K.  Mounia Nassangar  
                            ET  Boundaries of bodies — Jaber Ramezan
2° Prix : Tous les français Simon Roth 

LAURÉATS DANSE ÉLARGIE 𝟮𝟬𝟮𝟰 : PRIX et MENTIONS
 𝟭𝗲 : S.T.U.C.K.Mounia Nassangar
 𝟮𝗲 : Gush is Great — De l'impertinence
 𝟯𝗲 : F I C T I O N S — Annabelle Dvir
 𝗝𝘂𝗿𝘆 𝗝𝗲𝘂𝗻𝗲𝘀 : Gush is Great — De l'impertinence
 Prix 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗧𝗲𝗰𝗵𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲 : L’heure du thé — La Pieuvre
 — 𝗠𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗦𝗔𝗖𝗗  : L’heure du thé — La Pieuvre
 — 𝗠𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘀𝗽𝗲́𝗰𝗶𝗮𝗹𝗲 𝗦𝗔𝗖𝗗 : Gueule au brou — Samuel Planas

LE JURY D'ARTISTES
Patricia Allio — Metteuse en scène, autrice, performeuse
Lucie Antunes — Musicienne, compositrice
Tânia Carvalho — Chorégraphe, musicienne, artiste
Marc Lainé — Metteur en scène, auteur, scénographe
Saïdo Lehlouh  — Chorégraphe, danseur
Théo Mercier — Sculpteur, metteur en scène, plasticien
Arthur Nauzyciel — metteur en scène, acteur 
Ioanna Paraskevopoulou — Chorégraphe, danseuse

Le Jury d'Artistes décernera trois prix (13 000€, 8 000€ et 5 000€) et éventuellement des mentions spéciales aux finalistes de leur choix.

PROGRAMME
     (en rouge : le meilleur - en noir : intéressant)    
— SAMEDI 15 JUIN
Dans la grande salle du THÉÂTRE DE LA VILLE-SARAH BERNHARDT

11H15 - OUVERTURE DE LA PREMIÈRE JOURNÉE (20 PROJETS)

11h30 - Gueule au brou — Samuel Planas (4 interprètes) (France)
11h45 - A Very Eye — Tumbleweed (6) (Bruxelles-Zurich)
12h00 - Les Héritier·x — Marion Zurbach (3) (Suisse)
12h15 - L’heure du thé — Rebecca Journo (4) (France)
12h30 - Épopées — Lou Cantor (10) (France)
12h45 - Danse Fragile — Renato Cruz (6) (Brésil)
13h00 - Sabotage — Sara Angius, Johanna Ehlert (4) (Allemagne)

13H15 - PAUSE DÉJEUNER

14h45 - DisEngage — Joshua Akubo Gabriel (7) (Kaduna, Nigéria)
15h00 - Tous les français — Simon Roth (45) (France)
15h15 - Boundaries of bodies — Jaber Ramezan (6) (Iran) 
15h30 - MixtapeLiam Francis (4, 3 danseurs et un DJ) (Royaume-Uni)
15h45 - Game Theory — Joshua Monten (5) (Suisse)
16h00 - Beste cantate — Juliette Chevalier (9) (France - Belgique)

16H15 - PAUSE

16h45 - Gush is Great — de l’impertinence # 2 (7) (Sète, France)
17h00 - La Danse macabre — Pauline Bayard (7) (France)
17h15 - S.T.U.C.K. — Mounia Nassangar (5) (France)
17h30 - Les Jeux — Checho Tamayo (4) (Colombie)

17h45 - Organicitées — Marion Blondeau (3) (France)
18h00 - F I C T I O N S — Annabelle Dvir (3) (Ora, Israël)
18h15 - COURTSHIP DISPLAY (BIRDS OF PARADISE) — Tiia Kasurinen (4) (Finlande)

18H30 - FIN DES PERFORMANCES

— DIMANCHE 16 JUIN 2024 
Dans la grande salle du THÉÂTRE DE LA VILLE-SARAH BERNHARDT 

13H30 - OUVERTURE DE LA 2° JOURNÉE (10 PROJETS sur les 20)

14h30 - DisEngage — Joshua Akubo Gabriel
14h45 - F I C T I O N S — Annabelle Dvir
15h00 - S.T.U.C.K.Mounia Nassangar
15h15 - L’heure du thé — Rebecca Journo
15h30 - Tous les français — Simon Roth

16H00 - PAUSE
16h30 - Gueule au brou — Samuel Planas
16h45 - Mixtape — Liam Francis
17h00 - Boundaries of bodiesJaber Ramezan
17h15 - Les Héritier·x — Marion Zurbach
17h30 - Gush is Great — de l’impertinence # 2

mercredi 5 juin 2024

Human Koala (Pantin, France), Dance to Forget

Extrait de l'album The Big Decay, paru le 5 juin 2020.
L'ALBUM  > bandcamp 

vendredi 31 mai 2024

Low (Duluth, Minnesota), Whitetail

Extrait de l'album Things We Lost In The Fire, publié le 22 janvier 2001, auquel a participé Steve Albini. 
L'ALBUM (Écoute et achat)  >  bandcamp

mardi 28 mai 2024

Merveille : Fat White Family (UK), Touch The Leather

Le morceau Touch The Leather est sorti à l'origine en mars 2014 en EP, mais cette vidéo date d'il y a trois jours.
NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ : 

dimanche 26 mai 2024

Fat White Family (UK), live at Glastonbury Festival

2015.
 « This was quite a mad show and the band went on at 4am when it was still dark and finished at around 5am when it was daylight. The energy was super high and the crowd stayed till the very end, which was a challenge in itself. There was even a marriage proposal at the end of their set... Something you wouldn't expect at a Fat White Family show!  »

mercredi 22 mai 2024

Hommage - Le juge Van Ruymbeke pour les services publics : « lI y a énormément d’argent à nos portes »

Renaud Van Ruymbeke en 2021

L’ancien juge anticorruption Renaud Van Ruymbeke est décédé le 10 mai dernier. Le célèbre magistrat, qui avait pris sa retraite en 2019, s’est éteint à l’âge de 71 ans. Affaire après affaire, il était devenu le symbole du juge indépendant. Sa carrière avait tôt rencontré le scandale Boulin, durant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981).

«Il y a énormément d’argent à nos portes et personne ne fait rien», regrettait encore le magistrat retraité en novembre 2022, dénonçant l'affaiblissement corrélatif des services publics, et notamment la Culture. Il avait appelé à «la nécessité de prise de conscience», «au moment où les Etats ont des déficits importants, de gros besoins pour les hôpitaux, pour la transition énergétique» (source : Libération).

Dans notre article Quels choix politiques pour la danse à Montpellier ?, nous écrivions :  « (...) on rappellera que les estimations quant à la fraude fiscale en France, par an, varient de 50 à 120 milliards (Rapport, Assemblée nationale, Jean-René Cazeneuve, 2022, n°292, annexe n°26, p. 7, ICI). Qui précise : « Les effectifs du contrôle fiscal ont diminué de plus de 4.000 personnes depuis 2010, dont 1.600 depuis 2017. » »

On mesure ainsi le caractère profondément mensonger des discours sur "les déficits" d'un libéralisme autoritaire, et de la nécessité de coupes budgétaires dans les services publics et les budgets sociaux, et l'on ne peut que constater l'ensemble des dégâts sociaux qu'ils provoquent, comme la montée en puissance du Front National devenu Rassemblement National. 
Fabien Rivière

jeudi 16 mai 2024

Hommage à Fred Dewilde - Rescapé du Bataclan

HUMANITÉ 
Le 13 novembre 2015, Fred Dewilde, auteur et illustrateur bédéiste, fait partie des 1.500 personnes environ présentes au Bataclan (Paris, 11° arrondissement) lors d'une attaque terroriste qui tue 90 personnes et fait des dizaines de blessés graves. Il survit sans blessures physiques, mais est psychiquement gravement traumatisé. Ce 5 mai 2024, il s'est suicidé à l'issue de 9 ans de résistance. Il avait 58 ans. 
Cette interview date de 2019. 
Fabien Rivière

jeudi 9 mai 2024

Hommage à Steve Albini - Shellac, album « The Futurist »

Steve Albini est une figure importante et respectée du rock indépendant anglo-saxon, ayant travaillé notamment avec Nirvana, PJ Harvey, et Pixies. Il a notamment co-fondé le groupe de Chicago Shellac en 1992. Il est mort le 7 mai d'une crise cardiaque à 61 ans, dix jours avant la sortie du nouvel album du groupe suivi d'une tournée. 
SHELLAC sur Bandcamp  > ICI 

 The Futurist est un album de Shellac sorti en 1997, en dix morceaux ou mouvements. La musique de l'album fut à l'origine composée pour la troupe de danse canadienne La La La Human Steps dirigée par Édouard Lock et basée à Montréal, mais fut finalement éditée en 33 tours, en seulement 779 exemplaires, qui furent offerts à des amis du groupe. La pochette du vinyle présente une liste des amis en question, avec le nom du destinataire entouré sur chaque exemplaire particulier. (source : wikipedia)
SHELLAC (à gauche, Steve Albini)

dimanche 5 mai 2024

Maladie de Charcot : Témoignage d'Olivier Goy

Mis en ligne le 30 septembre 2022. 
« Le combat continue 👊 Pour une meilleure place des malades et du handicap dans notre société. Pour un meilleur financement de la recherche. 

Envie de nous aider ? Allez sur https://www.invincible-ete.com faire un don defiscalisé à l’Institut du cerveau (et je vous offre une photo), précommander une place de cinéma… »

ET AUSSI : 
FILM Invincible été, réalisatrice Stéphanie Pillonca, sorti le 31 mai 2023.