L'ALBUM (écoute et achat) > bandcamp
samedi 21 octobre 2023
Unknown Mortal Orchestra (Portland, Oregon), Can't Keep Checking My Phone (+ Live KEXP, Seattle)
Extrait de l'album Multi-Love, publié le 26 mai 2015.
jeudi 19 octobre 2023
Le courage de Daniel Hellmann (« Dear Human Animals »)
| Daniel Hellmann dans Dear Human Animals, Photo Fabien Rivière |
Le performer, acteur et chanteur zurichois Daniel Hellmann a clos avec panache Tendres monstres - Festival de spectacles et de performances suisses, qui s'est déroulé sur quatre jours en septembre dernier sur le vaste site de la Cité internationale à Paris dans le Parc, le Théâtre de la Cité internationale et la Fondation Suisse - Pavillon Le Corbusier (avec aussi une exposition).
Mais les monstres, pas "tendres", ne sont pas les artistes, mais bien, dans le solo de Daniel Hellmann, les humains, qui exercent des violences à l'encontre des animaux. Dear Human Animals, créé le 24 novembre 2020 à la Gessneralle Zürich, est né pendant sa résidence de six mois à San Francisco (Etats-Unis) en 2017, un an avant qu'il ne devienne vegan, lors de sa recherche pour la pièce Requiem for a piece of meat, en français Requiem pour un morceau de viande.
Il explique : « Ce qui semblait innocent, comme un verre de lait ou un repas familial traditionnel, a soudain été exposé comme une pratique cruelle à laquelle je ne voulais plus participer. Les personnes que j’aimais (et que j’aime encore aujourd’hui) ne faisaient soudain plus partie de ma communauté de valeurs, à mes yeux, elles étaient devenues des personnes responsables de souffrances indicibles et inutiles, que ce soit par commodité ou par ignorance. Au début, j’ai ressenti une rupture brutale. Un cocktail d’émotions mêlant déception, colère, frustration, peur, tristesse et désespoir m’a accompagné pendant un certain temps. Les querelles autour des représentations de Requiem for a piece of meat, qui étaient annulés / censurées par le Theater Chur [ville à l'est de la Suisse], m’ont encouragé à me détacher intérieurement de la scène de la danse et du théâtre. Je ne voulais pas faire partie d’une communauté culturelle qui célèbre l’expression des corps, qui, sur le plan discursif et artistique fait campagne pour la diversité et les droits de tant de minorités ou de personnes opprimées, mais sert à manger des parties du corps démembrées d’autres individus. Je ne me sentais pas libre parce que je savais que personne ne voulait voir de l’art didactique ou moralisateur sur ces sujets, mais en même temps, la plupart des gens trouvent déjà la simple reproduction des faits moralisatrice. En fin de compte, nous savons tous que les industries animales sont l’un des plus grands crimes commis par l’espèce humaine. Au xxie siècle, il n’y a tout simplement plus d’excuses ni de justifications pour cela. »
Il fallait donc inventer une forme nouvelle pour réussir à faire comprendre et accepter ses réflexions. Il crée le personnage de Soya the Cow, en français Soya la Vache. Daniel Hellmann : « J’ai choisi une vache parce que ces êtres forts et doux sont le symbole de la domination de l’homme sur les animaux. Ils ont été utilisés pour le labourage, la production de lait et de viande depuis des milliers d’années. »
Il élabore aussi une forme métissée, toujours ludique, entre militantisme drag qu'il découvre à San Francisco, conférence, one man show et récital musical (c'est un excellent chanteur à la voix puissante et chaude, s'accompagnant au piano). Conférence où l'on apprend par exemple qu'une vache ne produit pas spontanément du lait, mais qu'elle doit porter un veau, qu'on lui retire à la naissance, ce qui traumatise l'animal.
La salle affichait complet. Elle était attentive, et l'accueil fut chaleureux
On retrouvera Soya The Cow dans la prochaine création de Daniel Hellmann, Queer Animals, dévoilée en novembre 2024 au Sogar Theater de Zurich.
Fabien Rivière
Tendres monstres est une collaboration entre le Théâtre de la Cité internationale, le Centre culturel Suisse (CCS) de Paris qui est actuellement en travaux, Pro Helvetia, et le festival Jerk Off. En savoir +
TOURNÉE > ICI
NOUS AVONS PUBLIÉ :
mercredi 18 octobre 2023
Idles (Bristol, UK), Dancer
Le 5° album studio de Idles, Tangk, est annoncé pour le 16 février 2024. En attendant voici le 1er morceau dévoilé, Dancer, avec une vidéo mise en ligne ce jour à 11h.
Movement Director: Angelica Wolanska
Remi Black
— L'ALBUM (écoute et achat) > bandcamp
NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ :
IDLES
POCHETTE DE L'ALBUM TANGK
samedi 14 octobre 2023
lundi 9 octobre 2023
Bonne nouvelle - Little Big bientôt à Lyon et Paris (+ Toulouse)
Bonne nouvelle : les russes de Saint-Pétersbourg désormais exilés à Los Angeles Little Big, qui se définissent comme un « Punk-Pop-Rave music band », passent enfin à Lyon et Paris, respectivement au Transbordeur le mercredi 8 novembre 20h ICI et au Bataclan le jeudi 9 novembre 20h ICI lors de leur tournée européenne.
(+ Toulouse, le lundi 13 novembre ICI, Le Bikini - festival Pink Paradize 2023)
Fabien Rivière
— LITTLE BIG :
ÉCOUTER > bandcamp
VOIR > youtube
RÉSEAUX SOCIAUX > facebook
NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ :
jeudi 5 octobre 2023
It It Anita (Liège), Psychorigid
dimanche 1 octobre 2023
L'hymne à la vie de Miet Warlop (« One Song - Histoire(s) du Théâtre IV »)
Nommés en janvier dernier à la tête du Théâtre du Rond-Point à Paris, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, — succédant à Jean-Michel Ribes en poste depuis 2001 — ouvrent leur première saison de façon magistrale avec la pièce explosive de la belge de Flandre Miet Warlop, One Song - Histoire(s) du Théâtre IV.
Le NTGent (pour Nederlands Toneel Gent, en français Théâtre néerlandais de Gand) alors sous la direction du metteur en scène Milau Rau, lui a demandé si elle acceptait de succéder à lui-même, Faustin Linyekla et Angélica Lidell pour monter une Histoire(s) du Théâtre, numéro IV, avec la mission de raconter son histoire personnelle avec cet art. Elle s'est penchée sur sa première pièce, De Sportband / Afgetrainde Klanken, en français L'orchestre des sports / Sons entraînés, créée en 2005 après le suicide de son frère aîné.
Du sport, il va y en avoir, justement. Et de la vie, passionnément. Commençons par le sport : la scène de la grande salle du théâtre nous fait penser à la caverne d'Ali Baba, contenant diverses objets (et êtres humains) de grandes valeurs, des merveilles, en l'espèce ses instruments de musique, puisque One Song est à prendre au pied de la lettre : une performance où est jouée un unique morceau, mais dans d'infinies variations qui jamais ne lassent, dans un lieu qui mélange la salle de concert et le gymnase avec ses solides gradins en bois. Cinq musiciens habillés en sportifs et qui s'échauffent comme tel en ouverture, quatre supporters sur les gradins qui s'échauffent aussi mais pour soutenir leur équipe, une femme au mégaphone, et un majorette (un homme) dans son habit de lumière, d'un blanc virginal, volontiers derviche tourneur. Un concert sportif en quelque sorte puisqu'il faut avoir la santé à la fois pour jouer les instruments détournés mais aussi pour le spectateur qui doit accepter de recevoir ce flot puissant de sons rock, dans cet art de la dépense.
De la vie, donc, qui explose sous nos yeux. Une énergie vitale, puissante, bouleversante. Est-ce typiquement flamand de célébrer la vie, dans une pièce répétitive et obsessionnelle, sans jamais oublier qu'elle demeure intimement liée à la mort ? On songe aux anversois Jan Fabre, et Jan Martens avec son très sportif The Dog Days Are Over en 2014. Et aussi à la peinture avec les maîtres flamands Pieter Brueghel l'Ancien et Jérôme Bosch.
Fabien Rivière
One Song - Histoire(s) du Théâtre IV, de Miet Warlop, Théâtre du Rond-Point (Paris). En savoir +
TOURNÉE > ICI
France : les 25 et 26 janvier à Points Communs – Nouvelle Scène ICI (Cergy-Pontoise), 19 et 20 mars au Lieu Unique ICI (Nantes) et du 27 au 29 mars au Théâtre national de Bordeaux ICI.
PS. On se dit que ces chorégraphes sont susceptibles de rentrer en résonance avec la programmation du Théâtre du Rond-Point : Arkadi Zaides (avec Archive, Talos sur le programme très avancé de surveillance des frontières de l'Europe par des robots ou Necropolis sur les morts de migrants dans la Méditerranée), le libanais Ali Chahrour (notre article Puissance du mystère chez Ali Chahrour), l'autrichien Simon Mayer (son solo SunBengSitting ICI ou son quatuor Sons of Sissy ICI), les suisses Maud Blandel (notre article Deux regards sur la nuit) et Daniel Hellmann (nos articles L'amour à trois, cette utopie réalisée et Le courage de Daniel Hellmann (« Dear Human Animals »)), la brésilienne Renata Carvalho (avec son solo Manifesto Transpofágico), le bulgare Ivo Dimchev, l'italien Emio Greco, et les français Dalila Belaza, Viviana Moin, Claudia Triozzi, Vincent Dupont, Rémy Héritier Emmanuel Eggermont et Matthieu Hocquemiller.
samedi 30 septembre 2023
King Gizzard & The Lizard Wizard (Melbourne, Australia), Gila Monster
Extrait de l'album paru le 16 juin 2023 et sobrement intitulé PetroDragonic Apocalypse; or, Dawn of Eternal Night: An Annihilation of Planet Earth and the Beginning of Merciless Damnation, que l'on peut proposer de traduire par L'apocalypse pétrodragonienne; ou, l'aube de la nuit éternelle : L'anéantissement de la planète Terre et le début d'une damnation sans merci.
L'ALBUM (écoute et achat) > bandcamp
NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ :
King Gizzard & The Lizard Wizard
Katerina Andreou en chantier («Mourn Baby Mourn»)
| Vue d'une partie de la scénographie de Mourn Baby Mourn de Katerina Andreou à l'issue de la représentation, Photo Fabien Rivière |
Comment se nomme la nouvelle création de la grecque installée en France Katerina Andreou ? Mourn Baby Mourn, en français Deuil Bébé Deuil, et elle était visible au Centre Pompidou à Paris. Le plateau ? Un sol noir, des parpaings en son centre en vrac, et des tubes lumineux blancs surtout et certains oranges, posés au sol en bord de scène, qui cadrent l'espace dans un rectangle. L'action ? Un solo qu'elle interprète.
Elle entre en scène et va se saisir des parpaings l'un après l'autre, comme pour poursuivre la construction d'un mur. Si l'on songe à la pièce précédente, le duo Zeppelin Bend (notre article Résister avec Katerina Andreou ?), on retrouve l'usage de matériaux bruts, alors des pneus, des cordes et des formes ressemblant à des pylônes, posant déjà la question du genre, puisque plutôt mobilisés par et associés à l'homme.
On peut y voir aussi (surtout ?) la volonté consciente ou pas non pas de construire une fiction, mais de s'affronter courageusement au réel, tel qu'il est. On peut citer alors le psychanalyste Jacques Lacan qui déclarait : « Le réel, c’est quand on se cogne » (synthèse de la citation originelle : « (...) quand on se cogne, le réel, c’est l’impossible à pénétrer »). D'un côté le mur dans sa matérialité et son objectivité, de l'autre les pensées subjectives d'une femme qui sont projetées sur lui en lettres majuscules blanches, et qui témoignent d'une certaine perplexité.
C'est un chantier. Il le restera. Ce n'est vraiment pas grave. D'un format qui en plus ne colle pas aux exigences du marché de la danse, puisqu'il dure 40 minutes, et non une heure. Essayer de construire, ok, mais quoi au juste (et, question subsidiaire, avec qui ?) ? Elle va lâcher l'affaire (un temps ?) et partir dans l'espace terrestre, puis va se hisser en haut du mur, s'y asseoir, et se retrouver projetée dans l'espace-temps un temps, sans qu'on sache si c'est un jeu vidéo ou une conquête spatiale ici ou ailleurs, une réalité, une vision, un fantasme, un rêve. Peu importe.
Pour quel futur ? Comment faire ? L'artiste n'a pas de réponse. Même si le chantier est l'endroit où s'expérimente normalement les méthodes, les matériaux, et les façons de les coordonner.
La dimension politique de la proposition peut échapper. La chorégraphe déclare cependant dans le programme de salle : « Dans les années 1990, en tant qu’enfant puis adolescente, je pense qu’il y avait un espoir. C’est aussi romantique que ça. En Grèce, il y avait même eu un boom d’espoir, avec l’adhésion à l’Union Européenne, les premières chaînes de télévisions privées, etc. Nous sortions de la dictature et allions vers l’Union Européenne, sans trop savoir ce qu’il y avait entre les deux. Le gouvernement socialiste avait comme logo un soleil qui se lève. Il y avait une promesse de modernisation et de changement, d’ouverture et d’un passage – si je peux me permettre – de la périphérie au centre, de l’Est à l’Ouest… L’idée du progrès était vague et plus elle se concrétisait plus elle perdait en justesse et en inclusivité. Très vite, cette bulle a explosé et elle était vide. Dès 2008, avant même que la crise économique n’éclate, le manque de capacité à espérer ou même à se projeter était évident. » Et : « Ce qui me motive, ce n’est pas le progrès ni une promesse mais bien l’inverse: la détresse et le fait qu’il n’y ait rien. » Enfin : « (...) je tourne en boucle, c’est ma manière de danser. » N'est-ce pas le synonyme de tourner en rond ? Une conscience de la gravité de la situation, mais pas vraiment d'outils pour penser le monde, ni même d'engagement dans le réel. D'où la figure du mur en parpaings. Il existe pourtant des gens qui essaient de penser la situation, s'engagent et agissent. Les sciences humaines fournissent des ressources. Bref, n'est-ce pas l'autre mot de dépolitisation qui s'exprime ? Et n'est-ce pas une situation partagée par beaucoup d'artistes de la danse contemporaine ? Que faire, disait Lénine ? En effet, que faire ?
Fabien Rivière
Mourn Baby Mourn, de Katerina Andeou, Centre Pompidou (Paris), 27 - 30 septembre. En savoir +
PS. Le Centre Pompidou ne doit pas oublier qu'il est un lieu international. Ainsi, en sortant de la représentation j'ai discuté avec un couple de jeunes suisses allemands sympathiques de Bâle ne comprenant pas le français (mais l'anglais), et donc doublement perplexes ou perdus. Par hasard juste avant j'avais trouvé le texte de la traduction anglaise du spectacle, abandonné quelque part, que je leur ai communiqué. De quoi les satisfaire. Bref, le sous-titrage s'impose.
TOURNÉE > ICI
mercredi 27 septembre 2023
Jaws The Shark (London, UK), Suff City
Mis en ligne le 4 juillet 2023. En prévision de son nouvel album prévu à l'automne.
— Jaws The Shark est sur bandcamp (écoute sans publicité et achat)
NOUS AVONS DÉJÀ PUBLIÉ :
mardi 26 septembre 2023
Adi Boutrous en pleines « Reflections » ?
| Saluts à l'issue de Reflections, Photo Fabien Rivière |
Le danseur et chorégraphe israélien Adi Boutrous présente au Théâtre de la Ville - Les Abbesses Reflections, en français Réflexions, d'une durée d'environ 55 minutes (annoncée 1h10). Les interprètes de ce quintette prennent successivement un ensemble de pauses, sans discontinuer, le silence alternant avec la musique ancienne. Le programme expliquant l'intérêt du créateur pour la peinture de la Renaissance, qu'il nomme « l'urgence d'un retour aux sources ». La nature de cette urgence et de ces sources n'est pas précisée.
En français, 'réflexions' a deux sens : le travail de la pensée, et le reflet d'une image par un miroir par exemple. Soit une situation active, et une passive. Ici c'est la seconde définition qui est retenue. On veut bien croire que les peintures qui sont reproduites corporellement sur scène sont intéressantes (on ne verra jamais les tableaux originaux). Mais quel est l'intérêt de les reproduire sur scène justement ? Est-ce qu'on n'appauvrit pas considérablement les choses ? Ce travail d'enchevêtrement non stop des corps, dans une sorte de slow motion sans fin, atteint assez vite ses limites.
Dans le même programme, Adi Boutrous, chrétien, explique qu'il ne veut pas faire une pièce religieuse (soit, mais les textes officiels ne sont pas les seuls, il existe aussi les textes apocryphes, c'est-à-dire écartés par la tradition ; deux tomes publiés en 2019 à La Pléiade respectivement de 1782 et 2156 pages quand même, Écrits apocryphes chrétiens ICI). Il est uniquement intéressé par « la spiritualité ». De la même façon, qu'est-ce que cela signifie ? Sans doute parle-t-il « du cycle de la vie, de la naissance à la mort » et « de douleur, de souffrance et de blessures reçues », cependant sur le plateau tout est propre, comme vidé de tout, évidé.
Enfin, il affirme vouloir « apprendre des choses sur soi-même à travers les autres et leurs œuvres ». Est-ce un vœu pieux ou l'acceptation réelle de la critique, contre les logiques haineuses de censures actuelles proliférantes ?
Fabien Rivière
Reflections, d'Adi Boutrous, Théâtre de la Ville - Les Abbesses, 25 - 30 septembre 2023. En savoir +
dimanche 24 septembre 2023
Deux regards sur la nuit (Maud Blandel, «L'Œil nu» et Calixto Neto, «IL FAUX») - Genève, La Bâtie
Ils étaient programmés le même soir, mais pas dans le même lieu, lors de La Bâtie - Festival de Genève (Suisse). On découvre qu'ils partagent un même courage, assez rare, de s'affronter au réel, explicitement.
D'abord le brésilien installé en France depuis dix ans Calixto Neto avec un solo qu'il interprète, IL FAUX, sous-titré Pièce de danse pour un corps dépossédé, au Théâtre Pitoëff, situé au premier étage d'une solide bâtisse inaugurée en 1909, à la façade en briques, à l'intérieur doux et coloré notamment par une très belle fresque dans l'escalier qui mène au lieu de la représentation (cf. ci-dessous), et un élégant dallage. Une femme explique que l'espace est trop petit pour le projet et que le chorégraphe a dû s'adapter. Il est déjà là quand nous entrons, nous observant tranquillement et silencieusement. Derrière lui, deux très grandes feuilles de papier kraft soutenus au tiers de la hauteur par des filins pour l'une, des cordes pour l'autre.
Assis en tailleur face au public, il prend la parole dans un excellent français. Il tient à nous parler, rappelant l'étymologie du mot kraft, mot allemand qui signifie force, en raison de la résistance du papier produit, mais au Brésil suggère plutôt l'idée de couleur, qui oppose le blanc considéré comme plus légitime que le noir.
Dans un texte publié dans le programme, le chorégraphe expose son ambitieux projet, citant l’écrivain étasunien noir Ta-Nehesi Coates qui s'inquiète de la condition de l'homme noir aux États-Unis, c'est-à-dire qui risque à tout moment d'être abattu par la police. L'exposition de la problématique dure 20 minutes ce qui est un peu long. Fallait-il se limiter à cinq minutes ?
Il élabore sous nos yeux avec le papier kraft une marionnette magnifique à laquelle il donne vie, d'une vitalité éclatante et réjouissante. À l'issue de dix minutes il l'assassine sauvagement. Ce n'est que quelques heures plus tard que je réalise qu'il s'agit peut-être d'une métaphore de l'homme noir dans nos sociétés.
Enfin, dans la demie-heure restante, il danse un solo, que l'on suit un temps avec intérêt puis que l'on perd un peu en route. S'il cherche dit-il les forces qui sont à l'origine des meurtres des corps noirs, quelle-s réponse-s propose-t-il ? Poser des questions, c'est déjà beaucoup, certes. Les questions sont passionnantes, mais pour quelle-s réponse-s et, surtout, pour quelle-s incarnation-s ? Cela exige-t-il de mobiliser les sciences humaines, aussi ?
| L'Œil nu, de Maud Blandel, Photos Pascal Gely |
.
On découvre la nouvelle création de la suisse Maud Blandel, L'Œil nu, au Pavillon ADC, soit Association pour la danse contemporaine Genève, inauguré en mars 2021, bâtiment tout en bois, projet qui a réussi à aboutir à l'issue de 23 ans de luttes.
L'espace, vide et noir, suggère un entrepôt fonctionnel où se retrouveraient six jeunes, cinq jeunes femmes et un jeune homme. Debout face à nous en train de jouer à la pétanque avec... des boules en mousse. La question des différentes modalités de l'être ensemble se pose déjà, qui ne va cesser de travailler la proposition. Passé ce court préambule, ils se dispersent dans l'espace mais restent constamment connectés les uns aux autres. Dans un premier temps visages et attitudes glaciales, puis dans un second détendus et disponibles.
En fond de plateau est disposé un élégant et sobre lecteur de bande magnétique métallique et noir Revox, comme maître du temps, qui diffuse la remarquable bande-son élaborée par Maud Blandel, Denis Rollet et Flavio Virzì. Ainsi, un saisissant rap américain qui pulse puissamment comme un cœur qui bat, renverse tout, accompagne un drame qu'il ne faut pas dévoiler. Tragédie privée qui submerge l'espace, implosion - explosion, contrebalancée par d'intenses et sympathiques battles un contre un.
C'est une longue marche dans la nuit, au propre comme au figuré, traversée des fulgurances de la vie, dont on sort bouleversé et réjoui.
Fabien Rivière
PS. Par ailleurs, on ne peut que saluer l'initiative consistant à proposer trois pièces lors de trois soirées distinctes d'un des chorégraphes les plus importants de sa génération, le libanais Ali Chahrour, qui vit toujours à Beyrouth, avec le fort bon Du temps où ma mère racontait (ICI), le magnifique The Love Behind My Eyes (ICI, notre article Puissance du mystère chez Ali Chahrour), et la dernière création, Iza Hawa (ICI).
Après un triptyque consacré à l'islam, le chorégraphe a élaboré un second triptyque sur l'amour, constitué de Night (2019), Du temps où ma mère racontait (2020), et The Love Behind My Eyes (2020). Ali Chahrour précise qu'Iza Hawa « est la quatrième pièce de ce qui devait initialement être une trilogie [sur l'amour]. Je devais entamer une nouvelle trilogie sur la peur cette année, mais nous l’avons reportée pour des raisons politiques, parce qu’il s’agit d’un sujet sensible. Nous travaillerons sur le premier chapitre en 2024. »
— Maud Blandel, L'Œil nu : En savoir +
Avec Karine Dahouindji, Maya Masse, Tilouna Morel, Ana Teresa Pereira, Romane Peytavin et Simon Ramseier.
TOURNÉE Maud Blandel
ICI (Pantin, Angers, Marseille ; autres dates à venir)
samedi 23 septembre 2023
Comment résister à l'Intelligence Artificielle ?
En quelques mois 15 milliards d’images ont été produites au moyen de l’intelligence artificielle (IA), soit plus que la totalité des photographies prises dans le monde depuis Nicéphore Niépce (1765 - 1833), l'inventeur de la photographie ! Avec la mondialisation et le développement exponentiel des techniques numériques, la propriété intellectuelle est devenue un enjeu de société et plus que jamais les artistes doivent faire entendre leur voix pour réaffirmer leurs droits.
En France, les professionnels tentent de s'organiser. Ainsi, lors d'une conférence de presse le 19 septembre dernier à l'occasion de ses 70 ans, l’ADAGP, société d’auteurs d’arts graphiques et plastiques, qui représente des milliers d’artistes « visuels » – peintres, sculpteurs, photographes, architectes, designers, dessinateurs de comics, illustrateurs, affichistes, infographistes, vidéastes, graffistes, muralistes… – a pris position.
Elle est l'interlocutrice des acteurs du monde de l’art – musées, éditeurs, commissaires-priseurs, galeristes, producteurs, télédiffuseurs, et assure « la perception et la répartition des droits d’auteur, en France comme à l’international, pour tous les modes d’exploitation : livres, presse, produits dérivés, télévision, vidéo à la demande, projections publiques, sites web, applications numériques ».
Thierry Maillard, le directeur juridique de l’ADAGP, a été très pointu sur ce sujet. Il s’est référé à la note du 23 mai 2023 publiée sur le site (ICI) et a rappelé les points qui sont à régler en priorité :
— le consentement des auteurs à l’utilisation de leurs œuvres ;
— leur rémunération grâce à l’introduction d’un mécanisme de compensation équitable en application des conventions internationales (Berne, Traité de l’OMPI, Accord sur les ADPIC) ;
— et l’obligation de transparence vis-à-vis des créateurs (qui doivent disposer d’un droit d’accès pour connaître les œuvres et données les concernant utilisées dans la fouille de données), comme du public, qui doit être informé de l’origine – auteur humain ou IA – des créations mises à disposition.
Ces points une fois traités permettront de résister à l’IA en général et l’IA « générative » ou « créative » en particulier (ChatGPT, Midjourney, Dall-E, Stable Diffusion). Beaucoup reste à faire.
Nicolas Villodre
— Colloque sur le droit d'auteur : « PARCOURS L’œuvre d’art à la trace » En savoir +
Organisé pour les 70 ans de l’ADAGP
Jeudi 30 novembre 2023 - Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand
ADAGP, comme Action
Cette société civile à but non lucratif mène aussi des actions d’aide à la création, à la promotion des œuvres et à la formation des artistes, ne se bornant pas à reverser des droits aux auteurs ou à leurs représentants. A été créé à cet effet un fonds de soutien s’adressant aux adhérents de plus d’un an. De nombreuses dotations réparties en six catégories vont de 1500 à 6000 euros chacune permettent de réaliser les projets retenus. Par ailleurs, elle défend aussi les intérêts des auteurs auprès des pouvoirs publics et des institutions européennes et extra-européennes pour que le droit d’auteur soit une protection efficace des artistes et de leurs œuvres.
jeudi 21 septembre 2023
Conférences et tables rondes - Lancement du «Répertoire des contredanses (1762-1788)»
| "Partitions de contredanses publiées par Landrin", (vers 1770). Paris, Bibliothèque nationale de France - Bibliothèque musée de l'Opéra |
Peut-on transmettre une danse par une partition ? En 1762 apparaît le Répertoire des bals, publication qui propose un modèle de partition de contredanse figurant les schémas des déplacements et portées musicales, et répondant au développement d’une pratique plus populaire des danses de société. Un millier de partitions de contredanse sont ainsi publiées jusqu’en 1788. Après deux ans d’enquête dans les bibliothèques françaises et internationales, la base de données proposera de croiser recueils factices et séries éditoriales, permettant ainsi de reconstituer des réseaux de collaborations : un corpus remarquable pour l’histoire de la danse, mais aussi pour l’histoire du livre et de l’estampe.
Organisation
Pauline Chevalier (INHA) et Johanna Daniel (INHA)
Intervenants
Pascale Cugy (université Rennes 2), Irène Feste (chercheuse, danseuse et chorégraphe), Marie Glon (université de Lille) et Guillaume Jablonka (chercheur, danseur et chorégraphe)
Programme de recherche
« Chorégraphies. Écriture et dessin, signe et image, dans les processus de création et de transmission chorégraphiques » (domaine Histoire des disciplines et des techniques artistiques)
Mardi 26 Septembre 2023 - 17:00 - 20:00
Adresse : INHA, Galerie Colbert, Auditorium Jacqueline Lichtenstein
2 rue Vivienne 75002 Paris - 75002
— La Rencontre sera diffusée bientôt sur la chaîne YouTube de l'INHA > ICI
mercredi 20 septembre 2023
Cinéma - Germain, l'homme touché par la danse contemporaine (« Last Dance! »)
Pour commencer, on pourrait rappeler ce slogan bien connu, que nous utiliserons cependant dans un tout autre contexte : « Soyons attentifs, ensemble ». Il s'agit bien ici de distinguer le film de fiction Last Dance!, avec un point d'exclamation, de la jeune cinéaste suisse Delphine Lehericey, visible sur grands écrans depuis aujourd'hui, du documentaire situé en Nouvelle Orléans (États-Unis), Last Dance, de la jeune française Coline Abert, sorti en salles le 22 février dernier, dont le DVD et la VOD sont disponibles depuis le 15 septembre (nous y reviendrons).
Germain est un paisible retraité (interprété par François Berléand), encore empli d'amour pour sa femme (et inversement), et plus largement, très entouré familialement. Mais la vie va chambouler ce sympathique ordonnancement. Il se retrouve alors abruptement à devoir participer à une création de danse contemporaine qui mêle professionnel-le-s et amateurs sous la direction de la souriante performeuse et chorégraphe espagnole qui joue ici son propre rôle, La Ribot (prononcer : la ribote). Il ne devra pas reproduire mécaniquement une chorégraphie décidée à l'avance, mais découvrira son corps, expérience étonnante, agaçante, mais finalement bouleversante. La réalisatrice réussit à donner accès à une discipline réputée difficile.
La famille est un peu collante pour le moins, qui mêle trois générations, avec des jeunes plus charmants que les plus âgés. C'est une comédie existentielle humaine et tendre où il est possible de pleurer.
Fabien Rivière
Last Dance! est déjà sorti sur les écrans belges et suisses. C'est une co-production suisso-belge.
lundi 18 septembre 2023
dadá Joãozinho (São Paulo, Brésil), Ô Lulu + Cuidado! (feat. Alceu, Bebé)
Extraits de l'album tds bem Global publié le 31 août 2023.
L'ALBUM (écoute sans pub et achat) > bandcamp
Pochette de l'album
dadá Joãozinho
samedi 16 septembre 2023
Jobriath & The Creatures, « Take Me I'm Yours » LIVE The Bottom Line NYC on 24 July 1974
REMARQUE Après la version studio (Jobriath (USA), Take Me I'm Yours), voici une intense sinon flamboyante version live.
mercredi 13 septembre 2023
Métamorphoses de Mithkal Alzghair (« Clameurs »)
Avec le solo qu'il signe et interprète, Clameurs, d'une durée de 45 minutes, le danseur et chorégraphe syrien réfugié en France Mithkal Alzghair, 1er prix du concours Danse élargie en 2016 pour un trio (notre article et photos), pose un geste artistique radical. Il choisit l'épure, comme dessinée au fusain, ce carbone fossilisé, fibreux, noir et opaque. Il s'avance sur un sol présent depuis des millénaires, où quelques formes abstraites suggèrent des flaques d'eau. Il semble se poser la question : « Qu'est-ce qu'un être humain ? », et répondre : un être debout.
Il déploie ses bras qui vont demeurer tendus vers l'arrière du corps longtemps, dans de subtiles variations. Il est pied nu, porte un pantalon sombre, et une veste gris clair sur un torse nu. Bien que toujours en appui sur le sol, il semble flotter de façon vertigineuse dans l'espace, dans un état de suspension, immobile, méditatif, songeur, observateur, témoin du monde. Peut-être s'agit-il d'un esprit, ou d'un ange. Puis il marche sur cette terre. Se retrouve-t-il dans une prison ? Est-il confronté à ses geôliers, qu'il implore, sans succès. Il est genou à terre, avant d'être abattu, comme un chien ? La condition humaine, n'est-ce pas ? Il va ramper, se redresser, frapper le sol. Il marche de nouveau, de façon mécanique, dégingandé, entre sérieux et absurde, légèreté et humour, comme un petit personnage de bande dessinée. La proposition n'est donc pas aussi sombre, et répétitive, que certain-e-s (beaucoup ?) prétendent. C'est une méditation. Il s'y trouve constamment un espace immense où l'on peut respirer, sans pathos.
Ces formes abstraites au sol dessinent alors les continents, éparpillés, comme un puzzle. Il se penche pour les rassembler, doucement. Il prend soin du monde. Mais, à la fin, il donne le sentiment d'abandonner, découragé.
Fabien Rivière
Focus Jeunes chorégraphes - Danse élargie
Théâtre de la Ville - Les Abbesses
— Focus Jeunes créateurs # 1 (07-08/09) En savoir +
Amit Noy A Big Big Room Full of Everybody's Hope
Ionna Paraskevopoulou Coconut Effect
— Focus Jeunes créateurs # 2 (11-12/09) En savoir +
Mithkal Alzghair Clameurs
Dalila Belaza Rive
— Focus Jeunes créateurs # 3 (15-16/09) En savoir +
Rémi Esterle Hug
Nicolas Barry Grand Crié
— Focus Jeunes créateurs # 4 (20-21/09) En savoir +
Formats courts
mardi 12 septembre 2023
Cinéma - Michel Gondry s'amuse : « Le Livre des solutions » ou la vie mode d'emploi
Le dernier film (en date) de Michel Gondry, Le Livre des solutions (2023), est réjouissant à voir, dans la lignée de son Be Kind Rewind (2008), bien qu’il ait été classé dans le genre « comédies dramatiques ». Le réalisateur est venu en personne le commenter à la suite de la projection qui nous a été offerte en primeur au Centre Pompidou et a confirmé qu’il était en grande partie autobiographique. Le comédien Pierre Niney jouant son rôle avec grande finesse.
Paradoxalement, pour traiter de cinéma à l’ancienne – de film expérimental, d’auteur, d’animation, tourné au caméscope analogique avec des bouts de ficelle –, Gondry, cinéaste aujourd’hui reconnu grâce à ses clips musicaux (The Chemical Brothers, Daft Punk, IAM, Beck, The White Stripes, Steriogram, The Vines, Björk, Oui Oui, The Polyphonic Spree, Massive Attack, Etienne Daho, Michael Andrews & Gary Jules, The Rolling Stones) et à ses succès au box-office, a bénéficié d’importants moyens de production. Ce long métrage a pour sujet le 7° Art et les affres du créateur, incapable, pour diverses raisons, de mettre fin à son « work in progress ». Tourné, pour les premières scènes, à Paris (aux Champs-Élysées, là où siégeaient les maisons de production avant leur délocalisation du côté de Belleville), et, pour tout le reste, en Occitanie (dans les Cévennes), notamment à Villemagne, le film n’a rien de rétrograde – on n’est jamais dans l’esthétique « Amélie Poulain ».
Le réalisme le partage avec le surréalisme. Le cadre campagnard, les mouches et les insectes constamment captés par les objectifs de la maison Zeiss, le casting « anti-star » assumé – qui n’est pas poussé jusqu’aux tronches chères à Fellini ou à Mocky –, le jeu naturaliste des premiers rôles se fondant sans heurt à la figuration autochtone ne vise pas à célébrer le « c’était mieux avant » mais, plus simplement, à contraster avec une certaine modernité – celle des anti-dépresseurs, dont il est impossible de nos jours de se priver ; du tout numérique nécessaire au montage ou équipant les studios d’enregistrement, à Londres comme au fin fond du Gard ; le harcèlement des producteurs…
La question des masters (ou du « final cut ») se pose d’emblée et provoque la fuite en avant de l’équipée plus ou moins sauvage, réduite à deux collaboratrices garde-fous et à un assistant monteur bronchiteux. Les pieds nickelés trouvent refuge dans la maison de la tante du protagoniste, subtilement incarnée par Françoise Lebrun – laquelle ne ressemble pas du tout au modèle original, d’après une confidence de l’auteur, ce qui n’est pas plus grave que ça. Le générique, comme Le livre des solutions, est écrit à la main – par Niney, Gondry ou un calligraphe de talent. Ce livre est censé répondre à tous les problèmes pratiques qui se posent dans la vie et dans la fabrication d’un film. Inutile de dire que les recettes proposées par ce tuto sont, les unes, de bon sens, les autres, plutôt farfelues.
Le bon esprit et la bonne humeur y sont constants. Le suspense ne manque pas. Malgré quelques minutes de trop dans la séquence romantique de l’amourette avec une jeune femme au visage marqué par une cicatrice rappelant la tache de vin de Xavier Dolan dans Matthias et Maxime (2019), le tempo est vif, le ton alerte grâce au caractère survolté du héros, à ses caprices d’enfant gâté heureusement tempérés par la sagesse féminine. Les gags sont nombreux et de tous genres – visuels, sonores, de situation. Le caméo de Gordon Matthew Thomas Sumner, bassiste-chanteur anglais presque aussi fameux que McCartney, est étonnant et amusant. À la question : « Ça va ? » concernant sa proposition musicale, notre héros répond : « Pas mal et toi ? ». L’ingénieur du son ne sachant comment brancher le mini-combo radio CD du cinéaste, le musicien sort de derrière les fagots un câble avec un embout jack résolvant le problème technique. Les autres trouvailles comiques sont à l’avenant, qui inscrivent le film dans le sillage d’Hellzapoppin (1941).
Nicolas Villodre
SORTIE EN SALLES : 13 septembre 2023
CLIPS
Réalisés par Michel Gondry :
The Chemical Brothers - "Let Forever Be" — Daft Punk - "Around the world" — IAM - "Je Danse Le Mia" — Beck - "Deadweight" — The White Stripes - "Fell in Love with a Girl" — Steriogram - "Walkie Talkie Man" — The Vines - "Ride" — Björk - "Declare Independence" — Oui Oui - "La Ville" — The Polyphonic Spree - "Light & Day" — Massive Attack - "Protection" — Etienne Daho - "Les Voyages Immobiles" — Michael Andrews - Gary Jules - "Mad World" — The Rolling Stones - "Like a Rolling Stone" —
dimanche 10 septembre 2023
Ruth Childs et Cécile Bouffard, « Delicate People » au CAN Centre d'art Neuchâtel, invitée par l'ADN
— PHOTOS Fabien Rivière (du haut vers le bas, ordre chronologique)
La danseuse et chorégraphe anglo-américaine vivant en Suisse Ruth Childs, nièce de Lucinda Childs, a présenté le 2 septembre dernier un remarquable solo qu'elle interprète, Delicate People, créé en 2021, résultat de sa collaboration avec la plasticienne française Cécile Bouffard, au CAN Centre d'art Neuchâtel (Suisse), à l’invitation de l’ADN (Association Danse Neuchâtel) en ouverture de sa saison automnale. Il se déploie dans le silence, hors des théâtres, notamment dans la nature. À l'origine du projet : la plasticienne découvre une pièce de la chorégraphe, fantasia, et lui propose une collaboration.
Ruth Childs vient de recevoir, avec son deuxième solo Blast!, daté de 2022, le « Prix du spectacle suisse de danse 2022 » (annonce de l'Office fédéral de la culture (OFC), le 31 août dernier).
Ruth Childs est actuellement une des artistes en résidence à l’Arsenic – centre d’art scénique contemporain de Lausanne (Suisse) et artiste associée au CCN2- Centre chorégraphique national de Grenoble (France, 2023-2024).
Le CAN Centre d’art Neuchâtel a ouvert ses portes en 1995, dans ce qui fut jadis une usine de fabrication de systèmes de chauffage. L'équipe actuelle, de cette association à but non lucratif du même nom, est en place depuis 2018, constituée de 5 personnes, 4 plasticien-ne-s et "une militante et couturière", comme il m'a été précisé. Une direction doit rester en place au maximum 10 ans. La structure est financée par la Loterie Romande (société d'utilité publique) et la ville de Neuchâtel, soit 4/5° par des fonds publics. Les 5 responsables reçoivent tous le même salaire. « Les décisions artistiques, techniques, pratiques et salariales sont prises en commun. » Ils organisent 4 à 5 expositions par an. « Plus de cinq cents manifestations (expositions, performances, projections, concerts, conférences, tables rondes) y ont été organisées, auxquelles ont pris part plus de mille quatre cents artistes venus du monde entier. »
Fabien Rivière
À VENIR Delicate People :
— Centre culturel suisse. On Tour, Dans le cadre de Tendres Monstres - Festival de danses et performances suisses (21-24 septembre 2023, En savoir +), Cité Internationale (14°), Paris, France, samedi 23.09 – dimanche 24.04.2023
— Body On and On & UCCA Center for Contemporary Art, Beijing, China 22.10.2023
— Body On and On & UCCA Center for Contemporary Art, Shanghai, China 25.10.2023
PASSÉ Delicate People :
01–02.09.2023 CAN Centre d’art Neuchâtel / ADN - Danse Neuchâtel, Suisse
17.06.2023 Extension Sauvage, Combourg, France
02.06.2023 Arsenic, Lausanne, Suisse
21.11.2021 Le Grütli, Genève, Suisse (work in progress)
18–19.09.2021 Festival Constellations, Toulon, France (work in progress)
02.07.2021 Centre culturel suisse. Paris (work in progress)
12.06.2021 La Becque - Résidence d'artistes, La Tour-de-Peilz, Suisse (work in progress)
Inscription à :
Articles (Atom)

