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samedi 1 novembre 2025

Danse - Le drapeau Palestien interdit aux Abbesses

Le public grimpe la rue Ravignan, en face du Théâtre des Abbesses, Photo Fabien Rivière 
Gush is Great, par Production Xx, Photo Fabien Rivière
Gush is Great, par Production Xx, Photo Fabien Rivière
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Le Théâtre de la Ville à Paris présentait en septembre en son Théâtre des Abbesses cinq programmes consacrés aux résultats du Concours Danse élargie. Le concours se déroule depuis 2010 les années paires (20 projets de 10 minutes chacun), les résultats sont développés les années impaires. En 2025, nous y voici. 

Le 4° programme est composé de trois propositions qui ont pour points communs la transmission d'œuvres, à des élèves ou à des professionnel-le-s.

Il s'est ouvert par une pièce en plein air, Gush is Greatcréation de Production Xx, soit Julie Botet, Simon Le Borgne, Max Gomard, Philomène Jander, Zoé Lakhnati et Ulysse Zangs (présentations en fin d'article) en collaboration avec les 36 élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) de Paris - Ida Rubinstein (8° arrondissement), option Danse classique, jazz et contemporain, de la seconde à bac +3, qui ont entre 16 et 23 ans. 

La version originale, de 10 minutes réglementaires, a été proposée lors de l'édition 2024 du concours Danse élargie. Elle a obtenu le 2° prix du jury d'artistes et le prix du « Jury Jeunes », soit alors 19 élèves de ce même département danse du Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) de Paris - Ida Rubinstein, qui ont souhaité reprendre la pièce et la développer. 

Vers la fin de la performance, Photo Fabien Rivière

Nous écrivions : « (...) on observe un slow motion de 10 minutes du fond du plateau à son devant, une ligne d'interprètes face au public, qui va jeter par dessus bord si on ose dire, tout un tas d'objets dissimulés sous ses manteaux. C'est du mime, et "politiquement", pour répondre à un jury, c'est bien faiblard, sinon geignard, passif. » 

Fin de la performance, Photo Fabien Rivière

En septembre 2025, l'œuvre prend une toute autre ampleur. On observe les spectatrices et spectateurs nombreux, grimper la rue pentue en face du théâtre des Abbesses, et stopper un peu avant la place sur laquelle elle débouche. Ils entourent les interprètes qui prennent position au milieu de la rue, debout dans le sens de la descente. Ils vont marcher lentement un peu plus de 50 mètres, en 30 minutes. C'est "lent". Dans le programme, Production Xx fait état d'« une apparente lenteur. Apparente car en vérité il y a un vrai rythme et tout va beaucoup plus vite que ce qu'il n'y paraît. » Ils vont jeter au sol différents objets. En fin de course, ils vont se laisser tomber au sol et y demeurer un temps. 

Après les applaudissements, les membres de Production Xx vont se succéder dans la lecture d'un texte qui dénonce l'interdiction qui leur a été faite de déployer un drapeau Palestinien. Nous le publions in-extenso ci-dessous. Un extrait : « (...) nous tenions quand même et aussi à exprimer notre profonde inquiétude face à la décision qui a été prise d’interdire la présence du drapeau palestinien dans cette performance avec les élèves. Cette décision soulève des questions fondamentales sur la liberté d’expression artistique, sur le rôle de l’art dans la sphère publique, et sur les limites imposées à la représentation de la réalité politique, complexe, malgré le cadre institutionnel et scolaire autour de ce projet. Nous avions besoin de partager avec vous ces inquiétudes. (vifs applaudissements) » Selon une bonne source, l'interdiction argue de la présence de mineur-e-s. 

Le travail de répétition a duré trois semaines, au Carreau du Temple et à la Ménagerie de Verre. Il s'est agi de travailler « les états de corps », comme confié par un-e interprète. C'est bien, mais est-ce suffisant ? Comme si le corps pouvait répondre à tout. Aucune photographie vue, ou vidéo et film visionnés, ou de livres lus. Le réel est maintenu à distance (à une unique exception près, finalement interdite). Est mobilisé l'imaginaire de la manifestation, mais dans une énergie très sinon trop basse, qui fait penser plus à celle d'un enterrement. Pour un psychanalyste lacanien, cette action de laisser tomber des objets peut être comprise comme un impératif sinon un ordre : laissez tomber (toute lutte). On pourrait parler de corps - paysage, c'est-à-dire de corps intéressants à regarder, poétiques pourquoi pas, mais passifs. 

Dans la pratique avec des jeunes, on trouve à l'opposé par exemple le chorégraphe belge d'Anvers Jan Martens (avec des textes ; notre article L'adolescence sidérante de Jan Martens (« Passing the Bechdel Test »)) et le français de Marseille Christophe Haleb (observation et écoute ; voir le premier et le deuxième film de la série Éternelle jeunesse ; Éternelle jeunesse #1 Valence - Éternelle Jeunesse #2 Amiens), sans même parler de Dominique Bagouet (1951 - 1992) qui expliquait qu'il travaillait jadis avec des danseurs et dorénavant avec des êtres humains dansants.   

Première page, feuille en noir et blanc de format A4 scotchée sur les portes
de toutes les entrées d'immeubles de la rue, Photo Fabien Rivière
Seconde page, feuille en noir et blanc de format A4 scotchée sur les portes
de toutes les entrées d'immeubles de la rue, Photo Fabien Rivière

Personne n'a fait attention à ces deux feuilles en noir et blanc de format A4 scotchées sur les portes de toutes les entrées d'immeubles de la rue où a lieu la performance, pourtant très instructives. Nous les publions ci-dessus. Il s'agit d'un courrier d'un représentant de l'État, en l'espèce du Préfet de police adressé au Théâtre de la Ville (et du Théâtre de la Ville aux riverains et aux commerçants). Il indique au passage l'existence d'un Bureau de la voie publique, Section manifestations. Il rappelle la nécessité d'une autorisation de l'État pour qu'un groupe intervienne dans l'espace public. Surtout on notera l'intitulé du courrier, en majuscules : PROJET DE MANIFESTATION NON REVENDICATIVE SE DÉROULANT DANS L'ESPACE PUBLIC. Il y est question « d'une déambulation chorégraphiée avec des danseurs. » NON REVENDICATIVE est la catégorie choisie, qui a facilité l'obtention de l'autorisation. L'animation neutralise sinon annule la revendication ? 
Fabien Rivière 
— Programme 4, Focus Jeunes créateurs - Générations Danse élargie, Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses, 19 et 20 septembre. En savoir +

NOUS AVONS PUBLIÉ : 

Julie Botet est passée par l'école du Centre Chorégraphique National (CCN) de Roubaix sous Carolyn Carlson puis Olivier Dubois. 
Simon Le Borgne est membre du Ballet de l'Opéra national de Paris, en congé.  
Max Gomard, a étudié au Conservatoire de Tours et Coline à Istres, puis a participé à cinq créations avec Thomas Lebrun, Fabrice Ramalingom, Alban Richard, Georges Appaix et Michel Kelemenis. 
Philomène Jander a étudié à P.A.R.T.S (Performing Arts Research and Training Studios) à Bruxelles.
Zoé Lakhnati est diplômée en danse classique du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse (CNSMD) de Lyon en 2019 et de P.A.R.T.S (Performing Arts Research and Training Studios) à Bruxelles en 2022. Danseuse interprète pour les chorégraphes Mette Ingvartsen et Leïla Ka et a travaillé en tant qu’assistante pour Robyn Orlin et Dimitri Chamblas. 
Ulysse Zangs est diplômé de l'École du Ballet de l'Opéra de Paris et de la Palucca Hochschule für Tanz à Dresde (Allemagne) avant de rejoindre la Dresden Frankfurt Dance Company, où il a joué jusqu'en 2019. Travaillant désormais en tant qu'artiste indépendant, il collabore avec des chorégraphes et metteurs en scène de théâtre tels que Benjamin Millepied, l'Allemand Ersail Mondtag, Simon Le Borgne, et d'autres. Il est aussi musicien. 

Avec Roman Bonilauri, Lili Bracq, Salma Chemin Katar, Junior Douville, Héloïse Gappin Schmitt, Antoine Quares, Constance Voarick, Laura Annede Leray, Bertille Blondel, Cloé Sahone Billot, Natacha Fine, Tiana Rajaomaria, Léa Baudoin, William Boulay Itela, Maud Duchene, Vadim Villagordo, Livia Bras Jacques, Wei Faham Lee, Meliza Naves Suarez, Leïla Jouishomme, Gabriel Camara Issa, Léon Gauthier, Sybille Hoffman, Noé Lavandier, Salomé Moreels, Ulysse Roy, Louise Scheidt, Cassandra Thevenin, Yoannagbo Niang, Apolline Gueguen Caillié, Valentine Humbert, Mia Orobio Besson Magdelain, Roman Ramanick Gallonde, Elinoa Sieradzki Sprung, Yamin Ruiz, Salomé Tratman, Juliette Floc’Hlay

INTERVENTION 
de membres de Production Xx à l'issue de la performance 

— (Intervention d’une jeune femme)

Bonjour à toutes et à tous, 

Merci d’avoir assisté à la seconde présentation de la version XXL de la création collective Gush is Great,  

Merci aux équipes du Théâtre de la Ville, merci aux équipes techniques et encadrants du Conservatoire, Merci aux élèves qui nous ont choisi l’année passée lors de Danse élargie (vifs applaudissements) faisant confiance à la fois au projet mais aussi aux élèves actuels qui ont su s’approprier et porter cette pièce avec force et engagement.

Vous avez pu voir cet après-midi la grande qualité des interprètes que nous tenions à remercier chacune et chacun pour leur investissement autour de ce projet de transmission (vifs applaudissements) 

 

— (Intervention d’un jeune homme) 

Merci donc à … euh … çà va être un peu long, mais vous avez l’habitude je pense avec ce qui vient d’arriver. Merci à [énonce tous les prénoms des interprètes] vous pouvez évidemment les applaudir (vifs applaudissements). On doit aller assez vite car le temps nous est compté, pour ceux qui vont continuer l’après-midi de spectacles [en salle] mais nous tenions quand même et aussi à exprimer notre profonde inquiétude face à la décision qui a été prise d’interdire la présence du drapeau palestinien dans cette performance avec les élèves. Cette décision soulève des questions fondamentales sur la liberté d’expression artistique, sur le rôle de l’art dans la sphère publique, et sur les limites imposées à la représentation de la réalité politique, complexe, malgré le cadre institutionnel et scolaire autour de ce projet. Nous avions besoin de partager avec vous ces inquiétudes.  (vifs applaudissements)  


— (Intervention d’une jeune femme)

Dans notre démarche, le drapeau n’est pas un simple emblème, il ne représente pas un mot d’ordre, mais un geste scénique porteur d’histoire de luttes, de silence et de fractures; Le convoquer dans une chorégraphie c’est ouvrir un espace de réflexion sur les corps en résistance et sur les territoires traversés par la violence et l’effacement. Empêcher l’apparition d’un symbole, en l’occurence celui d’un peuple exterminé par un régime autoritaire revient à nier une part de réalité, cela revient à taire une douleur. L’art, dans son essence n’est pas un espace neutre. Il interroge, dérange parfois, et c’est précisément là que réside sa nécessité. (vifs applaudissements) 


— (Intervention d’un jeune homme)

Nous affirmons que notre travail ne fait l’apologie d’aucune violence, il cherche au contraire à rendre visible les expériences souvent tues apportées aux corps marginalisés, et à ouvrir un espace poétique pour montrer la complexité de notre monde. L’art est un langage, la scène un lieu de liberté  symbolique. Restreindre les signes que les artistes peuvent y déployer revient à réduire cette liberté et à céder à une logique de contrôle politique sur la création. Nous refusons que la peur, la pression ou la neutralisation idéologique viennent restreindre le champ de ce qui peut être dansé. (applaudissements) 

 

— (Intervention d’un jeune homme)

Nous continuerons, avec responsabilité et exigence, à défendre notre liberté artistique, engagée, ouverte au dialogue, et ancrée dans la réalité de notre époque. Et nous remercions encore une fois les jeunes qui, avec nous, ont porté ces quelques mots essentiels. Merci.  (vifs applaudissements) 

lundi 20 juin 2016

Concours - Danse élargie entre Danse de surface et Danse du monde


Le concours Danse élargie est une initiative de Boris Charmatz pour le Musée de la Danse - Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne et d'Emmanuel Demarcy-Mota pour le Théâtre de la Ville à Paris. Il se déroule au Théâtre de la Ville, tous les deux ans en juin un week-end. Il se veut ouvert à « des artistes de toutes les générations et de toutes disciplines. » La règle est simple : présenter une pièce de 10 minutes maximum, composée de 3 interprètes minimum. Vingt pièces sont proposées. 

En 2014, 319 dossiers de 37 pays ont été reçus. Pour l'édition 2016, 480 dossiers ont été réceptionnés (soit une augmentation de plus de 50 %) provenant de 50 pays. 34 ont été retenus. 

PASSAGE PAR SÉOUL CETTE ANNÉE



Danse élargie à Séoul avant Paris cette année : un visuel et les lauréats

L'Année de la Corée du Sud en France a été l'occasion d'une première partie du concours organisée à Séoul les 11 et 12 juin au LG Arts Center, où ont été présentés 17 projets ICI, et dont il ressort quatre lauréats (1er prix du jury : Jeong Seyoung pour Deus Ex Machina (Corée du Sud) [Formation exerce (initiée en 1998 par Mathilde Monnier, au sein du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon (CCN MLR))],  2° prix du jury : Samuel & Mathieu Joseph et Jeff Armand pour Libre sans toi-t (Île Maurice), 3° prix du jury : Gaétan Bulourde pour Spoiled Spring : There  are no more seasons (Belgique), Prix du jury spectateur : Chien-Hao Chang  pour Bout (Taïwan)).

EN 2016, DANSE ÉLARGIE REPREND DES COULEURS

Une seconde partie du concours se poursuit dans la capitale française, où dix-sept autres projets sont invités à se présenter (voir la liste et les photos ci-dessous) les 17 et 18 juin

À Paris, après une première édition 2010 prometteuse, les seconde et troisième éditions furent décevantes, artistiquement parlant (officiellement 2014 « fut un succès au-delà de toute attente » de par le grand nombre de dossiers déposés, « un jury international composé d'artistes de grande renommée et de toutes disciplines », les « centaines d'interprètes sur la scène du Théâtre de la Ville » et les 1800 spectateurs). 

Surprise : en 2016 la manifestation reprend des couleurs (artistiques). 

DANSE DE SURFACE ET DANSE BLANCHE

Mais il faut nuancer : côté négatif, on notera la place majoritaire, statistiquement parlant, des propositions sans grand intérêt, trop propres, fades et vides, de gentils Blancs, — dont on se demande avec une certaine inquiétude sinon angoisse la relation qu'ils entretiennent avec le monde, avec le réel (il y a bien une tentative dans une proposition de traiter de la réalité, mais elle demeure anecdotique), — que nous qualifierons de Danse de Surface (DS). Ou alors faudrait-il parler d'une Danse Blanche (DB) ? Une « Danse ethnique » nous souffle un professionnel paisible en souriant ? D'ailleurs, à l'exception d'une pièce qui mixe des Français et des Coréens du Sud, les Blancs demeurent entre eux (c'est un Blanc qui rédige ces lignes). Pas de mélange. Peu de couleurs. 

C'est aussi ou d'abord la responsabilité du « comité de sélection [des projets retenus], composé de membres des équipes du Musée de la danse, du LG Arts Center et du Théâtre de la Ville, [qui] a longuement et soigneusement étudié chaque projet. »

À l'inverse, ils manifestent la diversité de la France à eux seuls (sur 17 pièces) : Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh (et, discrètement, l'espace étant plongé dans l'obscurité totale sauf à la fin, quelques secondes, Pauline Corvellec). Par ailleurs, le Syrien réfugié en France Mithkal Alzghair a fait une partie de ses études ici. Deux, c'est peu.

DE BONNES SURPRISES

Les bonnes surprises n'en sont que plus éclatantes. Déplacement du Syrien Mithkal Alzghair, un trio d'hommes, est un choc bienvenu. Ils sont seuls. Ils entrent comme par mégarde par la droite du plateau, vide, habillés de façon fort simple (pantalon sombre et T-shirt blanc). Un d'eux porte une serviette blanche avec une certaine solennité, qu'il va poser au sol. Leur regard se portent vers nous. Et ils lèvent les bras. Comme si ils étaient en joue. Les gestes sont d'un dépouillement et d'une simplicité bouleversantes. Pas de musique ou de bande son. Le silence. Pas d'effet de lumière/s. Pas de pathos. Des faits, pourrait-on écrire. Plutôt que de dénoncer, le chorégraphe énonce. Le réel. Ce sont des hommes. Mais en même temps il y a un côté personnages de bande dessinée. Ils vont engager une danse (populaire) minimale, à partir du bas du corps, comme si de rien n'était. À la fin, ils vont se disperser doucement dans l'immensité de l'espace plongé dans une pénombre relative, dans une abstraction stupéfiante. 

Déplacement parlerait d'abord de ceux qui sont partis, qui sont devenus des réfugiés. Il est cependant difficile de ne pas y voir aussi ceux qui restent. 

À la demande de la directrice du studio Le Regard du Cygne, à Paris, Amy Swanson Salmon, un jeune garçon de dix ans, Victor, a donné son ressenti : 
 

Après deux créations en Syrie, Mithkal Alzghair vient en France en novembre 2009. Il a alors 29 ans, bientôt 30. La révolution de mars 2011 va changer la donne, rentrer au pays devenant beaucoup trop dangereux. Il obtient le statut de réfugié politique. 

Il va étudier à exerce, formation initiée en 1998 par Mathilde Monnier, au sein du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon (CCN MLR), de 2011 à 2013.

Après le studio Le Regard du Cygne à Paris les 24 et 25 mars 2016, Déplacement sera présenté : 
— à Berlin (Allemagne) dans le cadre de Tanz im August les 2 et 3 septembre ICI
 Onassis cultural center à Athènes (Grèce) les 26 et 27 octobre 
— Goethe institut à Bratislava dans le cadre du Nu Dance Festival ICI (Slovaquie) le 16 novembre 
— Les Treize Arches – scène conventionnée à Brive-la-Gaillarde ICI le 26 novembre
— Louvre-Lens ICI le 22 janvier 2017
— Le Vivat à Armentières dans le cadre de Vivat la danse ! 20 ans en 2017 le 25 janvier 2017 ICI 
— Centre de Développement Chorégraphique (CDC) de Toulouse ICI les 27 et 28 janvier 2017

La version solo de Déplacement dansée par Mithkal Alzghair sera visible lors du Festival d'Avignon Off dans le cadre de la Belle Scène Saint-Denis (cf. notre La Danse au Festival d'Avignon 2016 OFF) du 16 au 22 juillet à 10h, à A Corner in the World - Istanbul Independent Performing Arts Festival ICI (1-10 octobre) en Turquie le 6 octobre — qui sera consacré aux travaux en provenance du Moyen-Orient — et pendant les Petites Scènes Ouvertes ICI au Centre de Développement Chorégraphique (CDC) Le Cuvier à Artigues-près-Bordeaux le 1er décembre.  

*   *   * 
JumpStyle HardJump Shuffle @ Berlin HardStyle Germany, Alexanderplatz 

(La)Horde est un collectif créé par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel en 2013 à Paris. Il s'intéresse au jumpstyle. C'est un genre de musique électronique techno hardcore qui apparaît à la fin des années 90 aux Pays-Bas et en Belgique, qui associe une forme de danse pratiquée lors de fêtes underground. Le mouvement va se diffuser mondialement. Du côté d'internet on trouve de courtes vidéos d'une personne ou d'un groupe dansant dans l'espace privé ou public. 

L'intérêt pour cette danse se développe en trois temps : la création de Avant les gens mourraient pour l'Ecole de Danse Contemporaine de Montréal (EDCM) en 2014, le court métrage de 16 minutes Novaciéries ICI présenté dans les festivals (de cinéma, mais pas seulement) en 2015, et aujourd'hui To Da Bone en 2016.

Le titre de la pièce, To Da Bone — en françaisJusqu'à l'os —  associe de l'argot anglais, To Da (pour To The), à de l'anglais, la norme linguistique et son contraire. Les interprètes se connaissent depuis longtemps, mais ne s'étaient jamais rencontrés physiquement. Ils sont dix, huit jeunes hommes et deux jeunes femmes, qui ont adopté le look normcore : baskets, pantalon plutôt jean 501 (pas trop serré et pas trop large) et une veste de sport (ici, colorée). On lit sur internet qu'il s'agit d'« une esthétique de la normalité » et de « non-style ». (La)Horde aurait souhaité associer des performers afro-états-uniens et indonésiens, mais cela n'a pas été possible, et nous voici avec dix Blancs. Ils ont conscience que c'est problématique. 

Le groupe, compact, est en mouvement dans une mécanique sans fin, d'où un individu sort un temps, pour revenir dans la meute tout aussi mécaniquement. C'est réussi, un peu trop « viril » au sens où tout cela porte une agressivité certaine. Cette discipline peut faire penser à un entrainement de militaires ou de néo-nazis. À la fin on se dit qu'après la représentation ils vont tous aller « casser du pédé. » L'esthétique jumpstyle est en fait plurielle : sur internet, les vidéos sont bon enfant, souriantes et détendues, le film Novaciéries suggère la désolation, To Da Bone la potentialité d'une confrontation future violente. En leur remettant le deuxième prix du jury, Vincent Macaigne expliquait : « Ce qu'on a récompensé est vraiment très beau, parce que ça nous a parlé d'une forme de colère qu'il peut y avoir en Europe. Il y avait une sorte d'énergie à nos yeux tribale, politique et contemporaine. On a aussi voulu féliciter le travail de recherche de danse. » Mais on peut percevoir cette énergie comme régressive, et dangereuse. Il existe un danger à trop l'esthétiser. La montrer est une chose, expliquer les conditions socio-historiques qui rendent possibles son apparition en est une autre, plus difficile, plus ambitieuse et plus nécessaire. Au cinéma on dirait que tout cela est un problème de cadrage : le spectre est large entre la dénonciation et l'accord, en passant par le constat qui se veut neutre. (La)Horde défend le droit à un « regard non autoritaire ». Mais il nous semble que la réflexion sur le cadrage doit se poursuivre, en dissipant l'ambiguité. 

Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh ont présenté FACT. La ville en est le sujet principal : son patrimoine, ses mutations, ses espaces, les déplacements et les trajectoires de ses habitants, les mouvements de masse et les mouvements de foule. Ils ont recruté des interprètes aux formations diverses : deux danseurs jazz contemporain, quatre danseurs hip hop et un danseur électro. Les chorégraphes présentent des corps chargés d'énergie dans une écriture élégante. Cette croyance dans les potentialités du corps n'est pas si fréquente et doit être saluée. La prise de parole sur scène est encore maladroite mais les deux chorégraphes comprennent et progressent vite. 

PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES

Quoiqu'il puisse arriver (nous écrivons avant la remise des prix), nous avons décidé, comme en 2014 ICI, d'attribuer les PRIX ESPACES MAGNÉTIQUES : 
— Premier Prix : Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE
— Deuxième Prix : COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel  TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE 
— Troisième Prix : Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh   FACT   FRANCE 

PRIX DANSE ÉLARGIE 

— Premier Prix du Jury :
 Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE
— Deuxième Prix du Jury :
 COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel 
TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE 
— Troisième Prix du Jury :
 Lyon-Eun Kwon  Glory    CORÉE DU SUD 
— Prix du Jury de spectateurs : 
Eirini Papanikolaou  Anthemoessa  GRÈCE
— Prix du Jury de spectateurs avec mention spéciale :
 Lyon-Eun Kwon  Glory   CORÉE DU SUD 
— Prix de la Technique : 
Eirini Papanikolaou  Anthemoessa  GRÈCE
Fabien Rivière
PHOTOS Fabien Rivière ©

On peut lire nos articles :
Le concours Danse élargie 2010 en photos
Photos et Analyses- 3° édition du concours Danse élargie 2014
Concours Danse élargie : que donne la cuvée 2015 ?

DEUX JURYS : 
— Un « jury d'artistes » (avec Eun-Me AHN directrice artistique de Eun-me Ahn company, chorégraphe, performeuse CORÉE DU SUD, Lee Bul plasticienne CORÉE DU SUDLucinda Childs chorégraphe USA, Tiago Guedes chorégraphe, directeur du théâtre municipal de Porto-Rivoli et Campo Alegre  PORTUGAL, Young-Kyu Jang musicien CORÉE DU SUD, Vincent Macaigne acteur, metteur en scène FRANCE, Dorothée Munyaneza musicienne, chorégraphe, comédienne FRANCE/RWANDA) au nombre de sept. 
— Un « jury de (neuf) spectateurs. »

VIDÉOS des projets sélectionnés sur Numéridanse.tv ICI


Sur les 17 projets proposés samedi,
 il demeure 10 Finalistes présentés dimanche, notés  F  
Nous avons fait précéder les propositions les + intéressantes de        

SAMEDI 18 juin — 
11h30 - 13h 
1.    Marion Schoevaert, Violaine Schwartz & Annamirl Van Der Pluijm
       MOLOCH   CORÉE DU SUD / FRANCE  
2.    Laurent Cèbe Les gens qui doutent   FRANCE     F  
3.    Eirini Papanikolaou  Anthemoessa   GRÈCE     F  
          4.    Johanna Faye & Mustapha Saïd Lehlouh  FACT   FRANCE     F  
           5.    DAL project  Erase the moon    CORÉE DU SUD      F  
6.    Pauline Corvellec BLACK AND LIGHT   FRANCE      F 
Capture d'écran Espaces Magnétiques
14h15 - 15h45
           7.    COLLECTIF (LA)HORDE Marine Brutti - Jonathan Debrouwer - Arthur Harel TO DA BONE  FRANCE / QUÉBEC / HONGRIE / PAYS-BAS / POLOGNE / UKRAINE     F  
8.    Jean Hostache & Garance Silve  Le Sacre du printemps   FRANCE
              9.    Mithkal Alzghair   Déplacement    SYRIE  /  TURQUIE      F  
10.   Cie Popùliphonia - Romain Pichard  Blue Monday    FRANCE     F  
11.   Lyon-Eun Kwon  Glory   CORÉE DU SUD      F  
12.   Paul Changarnier - Collectif A/R   h o m e    FRANCE

16h - 17h15
13.  ATELIER 37.2  GRAFT, danse d’une espèce à venir   FRANCE /  ITALIE /  CANADA
14.  Maud Blandel  TOUCH DOWN     SUISSE /  BELGIQUE /  PORTUGAL     F  
15.  Jasmina Krizaj & Cristina Planas Leitão  The Very Delicious Piece XL  
                 PORTUGAL / SLOVÉNIE     F  
16.  Christos Papadopoulos - Leon and Wolf company  OPUS  GRÈCE
17.  Pierre Piton  Capillotractée   SUISSE / LITUANIE